Les premières années du XVIe siècle virent, éclore une révolution religieuse qui devait changer la face du monde au dire des novateurs ou tout au moins amener certaines perturbations dans les couches sociales.

Des hommes éloquents prêchèrent une nouvelle religion qui eut vite des adeptes, Martin Luther en Allemagne, Jean Calvin en France.

D'abord acceptée avec enthousiasme par un grand nombre de gentilshommes parce qu'elle s'annonçait comme un puissant dissolvant de la vieille société féodale, elle favorisait aussi leur haine contre l'influence et la fortune du haut clergé.

Elle ne tarda pas à gagner le peuple des campagnes, de ces fertiles plaines de la Saintonge et du littoral chez lequel les idées nouvelles devaient, pousser des racines si vivaces et où tant de sang devait être versé. « Sur ces falaises battues par les ouragans-, là « où l'âme est forte, l'humeur aventureuse, où les têtes sont vives « et les idées progressives, la réforme religieuse fut promptement accueillie par un peuple navigateur que ses habitudes maritimes et commerciales mettaient journellement en contact avec les schismatiques du Nord. »

Dès l'année 1536, la religion nouvelle fut prêchée dans nos contrées par Albert Babinot, docteur en droit et Philippe Véron dit le Ramasseur, envoyés par Calvin.

Les îles de Marennes leur offraient, par leur situation géographique, un moyen de se dérober aux poursuites de leurs ennemis.

Aussi de la Charente à la Gironde eurent-ils bientôt réuni un grand nombre d'adeptes. Le clergé, inquiet, poursuivait les chefs, en faisait condamner à mort et leur donnait par ce moyen une force nouvelle.

Aussi à Marennes, à Saint-Just, dans l'ile d'Oléron, à La Tremblade, à Soubise, presque tous les habitants se firent protestants.

Si la persécution fut violente, la conversion aux idées nouvelles fut rapide.

Dès 1576, c'est-à-dire quarante ans après les premières prédications, dans ce qui forma plus tard le Consistoire de Marennes, on ne comptait pas moins de onze églises réformées ayant chacune un pasteur; celui qui était à Soubise à ce moment portait le nom de Blanc.

La lutte devint inévitable entre les deux partis, catholiques et protestants, lutte à jamais regrettable par les ruines de toutes sortes qu'elle accumula sur le sol de notre pays et dont les conséquences se firent sentir pendant des siècles.

Les premières hostilités éclatèrent dans les îles de Marennes et firent entrevoir dès le début le caractère qu'allait prendre cette lutte fratricide.

Le premier fait qui se passe à Soubise pendant tes guerres de religion eut lieu en 1569.

Dans la lutte acharnée que se faisaient les deux partis, un chef catholique, Puytaillé, se jeta dans le château de Tonnay-Charente et de là faisait journellement des expéditions dans les pays environnants, îles de Marennes, Arvert, Saintes, Taillebourg, etc.

Soubise appartenait alors aux protestants qui avaient même réuni six gros navires dans le port, puisqu'on nous dit qu'une nuit Puytaillé, ayant traversé la Charente, vint surprendre le château de Soubise, s'empara des navires et les emmena à Tonnay-Charente, heureux de cette prise. Il ne devait point les conserver longtemps, car pendant une de ses absences nombreuses, un chef calviniste, le sieur de Romegoux, qui occupait le château de Taillebourg, ayant descendu la rivière, se jeta dans Tonnay-Charente et à son tour emmena les six navires.

 L'année suivante, Hardouin de Villiers, dit La Rivière Puytaillé le jeune, ayant mis le siège devant le château de Rochefort, le nom de Soubise se trouve de nouveau mêlé à notre histoire à cause de sa proximité de celui de Rochefort.

 

 Rochefort était un poste important pour les Rochelais, par sa situation à peu de distance de la mer. La Rivière Puytaillé invita le baron de La Garde, qui se trouvait à l'embouchure de la Charente, à remonter le fleuve pour venir bloquer Rochefort.

Mais ce dernier craignit en passant devant le château de Soubise d'avoir affaire à la garnison huguenote qui y était enfermée il jeta l'ancre devant le Vergeroux. C'est là une preuve que le château avait conservé son ancienne importance et que ses murailles étaient encore capables de protéger ceux qui s'y trouvaient.

Malgré cela, le baron de La Garde, peu de temps après, remonta la Charente malgré les garnisons calvinistes de Soubise et de Rochefort et se rendit à Taillebourg pour contraindre le sieur de Romegoux à rester tranquille.

 

 Après le siège de Fontenay le Comte et la défaite de La Rivière Puytaillé, nous voyons le château de Soubise occupé par une faible garnison papiste, mise par ce même La Rivière Puytaillé, sans savoir de quelle façon il s'était emparé de la place.

Le calviniste La Noue ayant donné le commandement de ses soldats au comte François de La Rochefoucault, celui-ci vint devant Soubise et emporta le château d'assaut (1570)

Après ce fait d'armes. François de La Rochefoucault laissa une garnison dans la place et, avec le reste de ses hommes, il se porta rapidement sur la Seudre.

Les calvinistes gardèrent Soubise où ils ne paraissent point avoir été troublés ni inquiètes jusqu'en 1574.

A ce moment Henri III venait de monter sur le trône, et de concert avec sa mère, Catherine de Médicis, il ordonna au duc de Montpensier de pousser la guerre avec activité dans les contrées de l'Ouest.

Au mois d'août, le prince était entré en Poitou avec une armée de dix mille hommes et dix-huit pièces de canon.

Il prit d'abord Saint-Maixent, y laissa une forte garnison, prit quelques autres petites places et vint mettre le siège devant Melle, où commandait le capitaine Tournecoupe, calviniste énergique. Ayant refusé de se rendre à la première sommation, il fut forcé dans la place, pris et pendu avec douze de ses officiers.

Cette exécution barbare jeta l'épouvante dans toutes les autres places de l'Aunis et de la Saintonge. Alors Rochefort, Tonnay-Charente et Soubise envoyèrent leur soumission sans attendre l'arrivée de l'armée royale

Pendant les onze années qui suivirent il n'est pas question de Soubise dans l'histoire et cette place semble avoir appartenu pendant ce temps aux catholiques.

 Cependant en 1585, le prince de Condé (Henri Ier de Bourbon-Condé) qui guerroyait en Aunis, s'étant décidé à faire le siège de Brouage, occupe par les catholiques commandés par Saint-Luc, voulut, avant d'entreprendre ce siège, s'emparer de Saint-Jean-d'Angle, de Soubise et des îles de Marênnes.

 Dans ce but il se rendit à La Rochelle avec un corps de cavalerie, réunit ses capitaines, ses hommes de guerre, de l'artillerie et se disposa à partir pour Brouage.

 

Sur sa route il s'empara du château de Fouras. Le lendemain il divisa sa petite troupe en deux parties, dont il commanda t'une et avec laquelle il marcha sur Saint-Jean-d'Angle et les îles de Marennes. Il donna le commandement de l'autre à Saint-Même, Montgommery, de Lorges et Antoine de Ranques, avec ordre de l'attendre devant Brouage après s'être emparé du château de Soubise, gardé par une garnison de deux cents papistes.

La garnison de cette place désespérant de la défendre;  l’évacua à l'approche des calvinistes et mit le feu au pont-levis en se retirant. Elle fut poursuivie à travers les marais jusque sous les murs de Brouage. Une partie s'étant jetée dans le canal pour le traverser à la nage, s'y noya; d'autres furent passés au fil de l'épée; enfin une quarantaine furent faits prisonniers sous les yeux mêmes de Saint-Luc qui ne put leur porter secours, les barques étant à sec dans le port.

Au nombre des prisonniers se trouvaient Luchet, Sauvage, Millambourg, capitaines de valeur, que de Lorges relâcha. Aussitôt libres ils se jetèrent dans la place de Brouage et devinrent d'un grand secours pour Saint-Luc. Le prince de Condé, apprenant ce fait, en fut très mécontent parce qu'il comprit que la faute commise par de Lorges donnait aux catholiques des secours précieux (1585)

Le siège de Brouage se poursuivait avec vigueur, les protestants semblaient devoir se rendre maitres de la place, mais cette espérance ne fut pas de longue durée.

L'armée calviniste chargée du siège de Brouage ayant appris la défaite des leurs à Angers et en outre que le maréchal de Matignon venait à grandes journées au secours de la place, à la tête des forces catholiques de la Haute-Saintonge, de la Guyenne et de l'Angoumois, fut consternée.

Saint-Même partageant la terreur de ses soldats fut un des premiers à abandonner ses cantonnements d'Hiers. Seul, Saint-Dizant qui commandait le régiment de Boisrond montra quelque courage. Il se rendit dans le camp que venait d'abandonner Saint-Même, il s'y fortifia pendant quatre jours et se disposait à s'y défendre avec courage. Mais la nouvelle de l'arrivée du maréchal de Matignon à Gemozac jeta la panique dans sa troupe. Vainement il essaya de la retenir, il ne put réussir à garder auprès de lui que les moins peureux, avec lesquels il forma un corps de retraite.

Ce que voyant, Saint-Luc sortit de Brouage avec des troupes et poursuivit les fuyards jusqu'à Soubise Comme il serrait de trop près les calvinistes, Saint-Dixant, pour retarder la marche de l'ennemi, fit rompre un pont sur la route, ce qui mit un peu de retard dans la marche de Saint-Luc. Saint-Disant remonta la rive gauche de la Charente et traversa la rivière au moulin de La Bridoire, près Rochefort, croyant ainsi échapper à Saint-Luc; mais ce dernier le rejoignit en ce lieu, lui tua une trentaine d'hommes, lui en prit deux fois autant et lui enleva ses bagages.

Les affaires des protestants étaient donc loin d'être prospères. Battus partout, les calvinistes fuyaient devant les catholiques. Leur puissance était comme expirante dans nos contrées et 'on ne douta plus que son heure dernière était venue quand on apprit que le duc de Mayenne était en Saintonge avec douze compagnies d'ordonnance, au nombre de dix-huit cents lances, quatre cents cavaliers albanais, neuf cents reitres, cinq mille cinq cents suisses, six à sept mille fantassins français et un grand nombre de gentilshommes volontaires, sous le commandement des capitaines Sacremore, Birague, Nicolas Tiercelin, Dominique de Vie et plusieurs autres et avec seize pièces de canon.

Les protestants ne parurent point effrayés de ce déploiement de forces et résolurent de tenir tête à l’orage.

Pour empêcher les protestants de se rallier dans nos provinces et de porter des secours aux villes de La Rochelle et de Saint-Jean-d'Angély, les catholiques firent venir deux nouveaux régiments de Bretagne et d'Anjou, mirent des garnisons dans toutes les places fortes avoisinant ces villes. Soubise fut au nombre de celles qui reçurent des soldats et des munitions.

L'année suivante (1586) les protestants, ayant à leur tête le prince de Condé, reprirent quelques avantages qui contribuèrent beaucoup à améliorer tes affaires du parti en relevant le courage des populations que les derniers revers avaient considérablement refroidies.

Le but des protestants était de balayer les approches de La Rochelle et de Saint-Jean-d'Angely des catholiques.

Dans ce but les protestants ayant accordé à Guy-Paul de Coligny, comte de Laval, un régiment, de l'artillerie, des munitions, et auquel vinrent se joindre des milices rochelaises, de la cavalerie et quatre cents hommes de pied commandes par Plassac, il revint avec Sortet et Montgommery mettre le siège devant le château de Soubise où La Personne lui amena par la Charente quatre pièces de canon.

Soubise était alors occupé par deux compagnies de la garnison de Brouage et quelques volontaires placés là par Saint-Luc, sous les ordres de Cimadière.

 Ce capitaine n'ayant pas une grande confiance dans les murs du château, s'était empresse de fortifier l'église. A l'arrivée des protestants il se retira dans le fort improvisé avec tout son monde croyant ne pas être attaqué avec du canon. Mais à la vue de l'artillerie braquée contre les retranchements il est troublé et ne songe plus qu'à conjurer le danger.

Un gentilhomme de ses parents lui persuade qu'il faut se rendre. Cimadière écoute ce conseil, d'autant mieux qu'il sait que les calvinistes ne ménageront pas la place. Il se rend au quartier du comte de Laval pour traiter de sa soumission. A la nouvelle de sa conduite, ses soldats furent indignés; sans la protection du comte de Laval, Cimadière eut payé de sa tête cet acte de l’acheté.

La capitulation eut lieu ; la garnison obtint de se retirer à condition que les chefs resteraient prisonniers de guerre. Ce fut le dernier siège que soutint le château de Soubise ; Du reste le moment approchait où ces guerres malheureuses allaient prendre fin ; encore quelques années, Henri de Navarre allait monter sur le trône et pacifier le pays.

Cependant Soubise vit encore des troupes calvinistes et voici à quelle occasion.

D'Aubigné voulant conduire ses soldats dans l'ile d'Oléron, pour leur épargner la famine qui était sur le continent, vint à Soubise. En sa qualité de colonel il se fit délivrer l'artillerie, les armes et les munitions trouvées dans le château. Il réunit le tout au petit port de Pierre Menue à l'entrée de la Charente. Il embarqua les soldats et les armes sur cinq navires et les transporta dans l'ile d'Oléron (1586).

Quant aux troupes que d'Aubigné n'emmena point, avec lui, elles formaient sept compagnies; elles furent taillées en pièces trois mois après, une partie près de Moëze, par Saint Luc, et l'autre partie à Dompierre, par la cavalerie du maréchal de Biron.

Ce fut le dernier événement des guerres de religion dans nos contrées. Désormais le château de Soubise et les terres de la principauté ne joueront plus aucun rôle politique.

 

 

==> En 1712, Hercule-Mériadec de Rohan, Prince de Soubise réédifia l'église saint Pierre à ses frais.