Château de Talmont – Guillaume de Lezay - Guillaume IX- Hugues VII de Lusignan - Louis VII et Aliénor d’Aquitaine (Time Travel)

Guillaume de Lezay, succéda en 1112 (37) à son père Goscelin, comme le prouve la présence, à cette date de son suzerain, Guillaume, comte de Poitiers, venu à Talmont dans le but évident de régler les comptes de la succession. Cependant, malgré nos recherches, nous n'avons pu trouver, de trace de ce baron, avant 1118, époque à laquelle il fut cité, comme témoin dans une charte du prieuré de Fontaines (40). A partir de cette époque seulement les documents deviennent moins rares.

 

Il en est un entr'autres, traduit du cartulaire de Talmont, par M. Paul Marchegay, qui raconte l'anecdote suivante :

« A Saint-Hilaire-de- Talmont, distant de l'abbaye d'un kilomètre et demi, il y avait, la veille et le jour de la fète du patron de ce bourg (14 janvier), une foire importante dont tous les droits et produits, appartenaient à l'abbaye de Sainte-Croix. Une certaine année que le ( cartulaire n'indique pas, suivant sa déplorable habitude.)  le verglas fût tellement fort, que soit hommes, soit bêtes, nul n'osait sortir et ne pouvait se tenir sur ses pieds.

« Tandis que le receveur de l'abbaye restait prudemment au coin du feu, les sergents du seigneur de Talmont et du comte de Poitou, arrivés de la surveille à Saint-Hilaire, pour y faire la police, ne perdirent pas leur temps. Se transportant dans les maisons où les marchands étaient installés, ils y réclamèrent et perçurent tout ce qui était dû pour droit de foire. Le troisième jour, le verglas disparaît et le receveur accourt à Saint-Hilaire, mais trop tard, pour recueillir autre chose que des injures et peut-être même des horions. Guillaume de Lezay, auquel l'abbé vint aussitôt porter sa plainte, fit rendre ce qui avait été touché par ses sergents.

« Ceux du comte étaient partis en toute hâte, afin d'éviter la restitution de leur gain illicite, mais Guillaume de Lezay paya de sa propre bourse, la somme qu'ils avaient perçue, en disant : Mes prédécesseurs ont donné au monastère de Sainte-Croix la foire de Saint-  Hilaire ; mon devoir est de lui assurer et même garantir le produit. Je réclamerai auprès du comte du Poitou pour qu'il me fasse rembourser par ses sergents (41). »

Nous partageons tout à fait l'avis du savant archiviste, quand il dit, dans une note qui accompagne ce récit, que des actes semblables de désintéressement et de justice, étaient rares au XIIe siècle, et méritaient d'être relatés, mais nous nous permettrons d'ajouter, que si les moines ont noté ce fait sur leurs tablettes, c'est que Guillaume, prince très violent, les avait peu habitués à cette manière de procéder, et qu'ils n'étaient pas fâchés de consigner par écrit, les paroles du seigneur, pour en assurer plus sûrement l'exécution à l'avenir, par lui et ses successeurs.

C'est de ce côté qu'il faut diriger ses recherches pour trouver le mobile qui poussa les moines à confier cette bonne action « aux signes de l'écriture ». Le sire de Talmont n'était pas toujours aussi aimable comme le prouve le fait suivant :

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En 1127, à la mort du comte de Poitou, son fils Guillaume IX, voulant connaître ses nouveaux domaines, visita le Talmondais et coucha même avec les siens dans le château.

Grand fut son étonnement, lorsque au départ, le lendemain matin, il s'aperçut que son hôte, Guillaume de Lezay, retenait près de lui Hugues VII, dit le Brun de Lusignan et plusieurs autres seigneurs de sa suite, avec l'audacieuse prétention de les garder prisonniers.

Le comte résolu à se venger, et à attaquer la place, mais n'ayant pas sous la main les forces nécessaires, se replia sur Longeville où il s'arrêta plusieurs jours, chez les moines du prieuré, qui, un peu malgré eux, lui donnèrent l'hospitalité, en attendant l'arrivée des renforts demandés. Il ne les quitta, tout porte à le supposer du moins, qu'après avoir obtenu pleine et entière satisfaction de la trahison du seigneur de Talmont (42). Mais à partir de cette époque, le comte eut une confiance très modérée en son vassal, et il ne faut pas s'étonner de le voir revenir en 1130 dans la contrée, pour surveiller ses agissements.

On doit aller jusqu'en 1135 pour entendre parler de nouveau de Guillaume ; ce baron persuadé que sa fin approchait se sentit tout à coup animé des plus nobles sentiments : « omne quod antiquitur et senescit prope interitum est, » disait-il, et pour le salut de son âme, il confirma les donations faites à Sainte-Croix, en y ajoutant quelques nouvelles aumônes (42).

Afin d'arriver à expliquer convenablement un fait très intéressant de notre histoire locale, qui doit être mentionné à cette place, il convient de résumer un peu les événements qui se déroulaient en Poitou vers 1137.

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Le comte Guillaume, parti récemment pour Saint-Jacques de Compostelle, mourait en route au mois d'avril. Dans son testament il avait exprimé le vif désir que sa fille Aléonor, qu'il instituait l'héritière de tous ses biens en Guyenne et Poitou, épousât le jeune Louis, fils du roi Louis VI.

Le mariage fut en effet célébré avec pompe dans un bref délai, et, au mois de juillet, Aléonor et son époux assistaient aux fêtes qui se donnaient à Poitiers, en leur honneur. Mais quelques jours après, Louis VI mourait à Paris, et son fils, le nouveau comte du Poitou, était appelé à lui succéder sur le trône de France.

Le sire de Talmont devenait donc ainsi vassal direct du roi qui réunissait, à la couronne, hélas ! pour trop peu de temps, sans guerre livrer ni bourse délier, le Poitou et la Guyenne.

Il faut croire que cet avènement fut loin de recevoir l'agrément de tous les seigneurs et habitants du pays, moins français que poitevins, car l'abbé Suger de Saint-Denis, conseiller intime du jeune roi, raconte dans ses chroniques, que les habitants de Poitiers se déclarèrent en commune (1138) et qu'ils entraînèrent presque tout le pays dans la rébellion.

A cette nouvelle, le jeune Louis VII accourut en toute hâte en Poitou, fit rentrer d'abord la capitale dans l'obéissance, et de là entreprit une excursion dans la région, pour vaincre les dernières résistances et faire reconnaître sa suzeraineté par tous les barons récalcitrants.

 C'est pendant ce voyage, qu'il eut une petite affaire à régler avec les Talmondais. Laissons l'abbé Suger, qui accompagnait le roi, nous raconter comment se termina « la trahison du seigneur de Talmont ».

Le roi Louis VII sortant de Poitiers, « se dirigea en hâte du côté de l'Océan, vers un noble château dont le nom vient de Talus mundi ou talis mondus, et qui, suivant l'opinion de ceux qui l'expliquent ainsi, le doit tant à la beauté du lieu qu'à la fertilité du sol et aussi à la sûreté du château, dans les fossés duquel la marée de l'Océan, qui n'est pas fort éloigné, monte deux fois par jour, et par son mouvement dans les ruisseaux d'eau douce permet, deux fois par jour, d'apporter en bateau, dans l'intérieur des terres et jusqu'à la porte de la tour, abondance de poissons, de viandes et de marchandises diverses.

« Le Roi fit sommer de se présenter devant lui, un certain baron, nommé Guillaume de Lezay, homme factieux et fourbe, qui avait usurpé ce château à l'occasion de sa garde. Il avait déjà eu avec lui un démêlé, au sujet des faucons blancs du duc Guillaume, de ceux  qu'on appelle gerfauts, retenus par lui et restitués seulement sous le coup des menaces et de la crainte, et il le pressait vivement aussi pour la reddition du château.

Celui-ci, nous prenant à part, l'évêque de Soissons et moi, invitait instamment, par notre entremise, le seigneur Roi à venir en personne recevoir son château. Aussi l'évêque et plusieurs autres engageaient le seigneur Roi à se hâter d'aller prendre possession du château, puisqu'il lui était offert. Mais nous, et un bien petit nombre partageant notre avis, craignions leur perfidie et regardions comme dangereux, pour nous et notre seigneur, de pénétrer dans l'enceinte du château avant la remise de sa tour inexpugnable.

Pour dissuader « d'agir ainsi, nous rappelions un fait semblable, à savoir que jadis le roi des Français, Charles (44), de retour d'une expédition en Lorraine, après avoir accepté avec confiance l'hospitalité qu'Herbert, comte de Vermandois, lui offrait comme vassal et comme ami, avait trouvé un perfide ennemi qui le retint en captivité jusqu'à sa mort : d'autant plus que nous avions appris que ce même Guillaume avait fait la même chose ou à peu près, au duc Guillaume, lequel ayant logé une certaine nuit dans le château, put, à grand'peine, lorsqu'il voulut sortir le matin, franchir les portes perfidement fermées sur lui et les siens, contraint d'y laisser prisonniers, quelques-uns des plus nobles seigneurs de son armée.

 Mais comme le plus grand nombre préférait aller que s'arrêter, nous refusâmes de céder à leur sotte audace. Pour eux, ayant envoyé en avant leurs sergents choisir des logements et acheter des vivres, ils les suivaient comme en se jouant. Nous, au contraire, attribuant à une trop grande légèreté cette conduite d'hommes qui, imprévoyants, désarmés, envoyaient en avant leurs destriers et leurs armes.

« nous les blâmions avec force invectives. L'événement ne tarda point. Déjà le susdit Guillaume, ne pouvant plus cacher sa trahison, et après qu'il eut fait arrêter sans bruit quelques-uns de ceux qui étaient entrés les premiers, tenait lui-même la porte embrassée, laissant entrer ceux qui lui paraissaient de meilleur prix, et repoussait ceux dont il ne voulait pas.

Courant en désordre et vociférant, ceux qu'on saisissait au dedans criaient à ceux de dehors de prendre la fuite. Les traîtres, ouvrant aussitôt les portes, se mirent à la poursuite de ces derniers, s'efforçant de prendre les uns, de blesser ou bien de dépouiller lestement les autres.

 Quand soudain, bien que tardivement, le seigneur Roi, courant aux armes avec son armée, ceint de sa cuirasse, de son casque et de ses jambarts de fer, accourut au secours des fuyards, tomba sur ceux qui les poursuivaient, et avec ses Français, les seuls à peu près qui l'eussent suivi, rendit la pareille aux Poitevins.

 Là, on vit le Roi, couper de sa propre épée, les pieds à deux de leurs chevaliers, supplice d'autant plus douloureux que son manque de force, à cause de sa grande jeunesse (45), le faisait durer plus longtemps. Les mettant donc en fuite, les refoulant jusqu'à la porte, malgré  son encombrement, avec l'aide de Dieu, il tira de la trahison de ces scélérats une si grande et si digne vengeance, que sur l'heure, contre tout ce qu'on pouvait espérer, il se décida à attaquer à main forte et bras tendu, le château qui semblait inexpugnable, renversa et brisa par les armes ses moyens de défense, et livra aux flammes tout le château, mêmes les abbayes et les églises, jusqu'à l'enceinte de la tour où se réfugièrent ceux des traîtres qui avaient échappé à la mort (46). »

Comme on peut le remarquer dans le cours de ce récit, selon Suger, Guillaume de Lezay avait usurpé la possession du château, en invoquant un droit de garde, « idem castrun occasione custodie sibi usurpaverat ». Or, pour expliquer l'exactitude de cette phrase, on peut faire deux suppositions.

Si le véritable Guillaume de Lezay, qui, en 1135, voyait la mort approcher, est réellement descendu au tombeau, celui qui résista au roi était certainement un usurpateur, portant le même nom, qui avait profité de cette circonstance pour se joindre aux révoltés : dans cette hypothèse, Suger a donc raison de le qualifier comme il le fait. Si, au contraire, le sire de Talmont vit encore, et qu'on le traite d'usurpateur, c'est que le comte de Poitou avait retiré à son trop puissant et trop fourbe feudataire, la garde du château qu'il commandait, en lui laissant seulement le titre de seigneur de la contrée, et que, malgré cette décision, Lezay avait repris possession de la forteresse, afin de résister à l'armée du roi, au moment du soulèvement de la province.

Château de Talmont – Guillaume de Lezay - Guillaume IX- Hugues VII de Lusignan - Louis VII et Aliénor d’Aquitaine (Time Travel) (1)

Dans les deux cas, il est ainsi prouvé, qu'en 1138, le château devait être en la main du roi (47).

Nous accordons facilement la préférence à la première explication ; il a dû se passer, en effet, à cette date, des événements dont les traces ne nous sont simplement qu'indiquées et qu'il est difficile de parfaitement expliquer, jusqu'à plus ample information.

Les premiers Seigneurs du château de Talmont (8)

Ainsi, une charte de Sainte-Croix rapporte qu'en 1140, « Hugo Aspero-Montis, Talemundi castri partim dominus (47) », Hugues d'Apremont, frère de Raoul, était coseigneur du château de Talmont; qui pouvait bien partager avec lui ce titre ? Si ce n'est Eble de Mauléon que nous trouverons seul maître du Talmondais. Ces deux barons, Hugues et Eble, avaient épousé les deux filles de Lezay qui ne laissa pas d'enfant mâle.

Ce Hugues, chevalier, semble être mort sans postérité : il fut tué par Simon de Mescench, qui fit une fondation à l'abbaye de Buzey, en réparation de ce meurtre ; l'approbation de l'évêque de Nantes est de 1150 (49).

Son frère Rorgue d'Apremont, qui avait péri dans un combat sur mer, avait été inhumé par ses soins dans le cimetière de Sainte-Croix, et les moines de cette abbaye célébrèrent un service en échange de terrages ou dîmes sur les landes situées entre le château et le bois d'Orbestier, et dans la paroisse de Grosbreuil, ainsi que de redevances en sèches pêchées dans les étiers de Jard et de Talmont.

G. LOQUET, Architecte du Gouvernement et du département de la Vendée.

 

 

Les premiers seigneurs de Talmont Saint Hilaire <==.... ....==>ESSAIS HISTORIQUES SUR LE TALMONDAIS, Les vicomtes de Thouars

 

 

 


 

 

Aliénor d'Aquitaine la concession des priviléges de franche-commune -

La Mairie de la Ville de Niort a dû prendre naissance aussitôt après la concession des priviléges de franche-commune, accordés à cette cité par la reine ALIÉNOR, duchesse d'Aquitaine. Niort est une ville de commune....

(39) Cartulaire de Talmond, chapitre CCI.

(40) Cartulaire de Fontaines, chapitre XIX.

(41) Cartulaire de Talmond, chapitre CCLXXVII, circa 1 120.

(42) Cartulaire de Talmond, chapitre CXCVIII. Voir l'Histoire de Sainte-Croix de Talmond.

(43) Cartulaire de Talmond, chapitre CCCXLII.

(44) Charles le Simple en 923.

(45) Louis VII avait alors environ 17 ans.

(46) D'après un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fond latin, n° [2,710. Traduction de M. Jules Lair.

(47) En 1144 on sait que le sire de Lezay avait, nom Simon.

(48) Cartulaire de Talmond, chapitre CCGLI.