Mgr Jacques Raoul de la GUIBOURGÈRE, premier évêque de La Rochelle (1648—1661.) La Gallia Chrisliana nous fait connaître le mérite du PREMIER EVÊQUE DE LA ROCHELLE : « Jacques Raoul, » seigneur de la. Guibourgère, au comté de Nantes, » est recommandable à plus d'un titre, mais principalement pour avoir obtenu par sa sollicitude que La Rochelle qui, pendant bien des années, avait été le Boulevard de l'hérésie, maintenant changée heureusement, devînt le siège épiscopal d'une Eglise catholique ; et undè impietatis virus distillarat ad vicinas regiones inficiendas, indè ad amplœ diœcesis populos sanctioris veritalis fluenta dimanarent. »

Jacques Raoul avait passé par bien des degrés avant d'arriver à l'Evêché de La Rochelle.

 Né au plus fort du Protestantisme (1569), mais dans la catholique Bretagne, il s'illustra d'abord dans des emplois laïcs; conseiller au parlement de Rennes (1616), puis sénéchal de Nantes (1620), il devint maire de cette ville. Trois fois député par les Etats de Bretagne aux assemblées générales du royaume, sous Louis XIII, il rendit au Roi et à l'Etat de si éminents services, que ce prince le fit entrer à son conseil d'Etat.

Michel Raoul, son oncle, Evêque de Saintes, fatigué par ses infirmités, ayant donné sa démission, son neveu, Jacques Raoul fut nommé par Louis XIII à l’Evêché vacant.

Sacré Evêque de Saintes, le 11 Janvier 1632, à Nantes, et par l'Evêque de Nantes, il fit son entrée solennelle à Saintes, le 1 Juillet suivant.

Pendant les seize années qu'il siégea à Saintes, il vint souvent visiter La Rochelle, la principale ville de son Diocèse; il assista aux assemblées du clergé de France, pendant les années 1635 et 1645, et fut transféré, en 1646, à l'Evêché de Maillezais, qui ne devenait pour lui qu'un acheminement à l'Evêché de La Rochelle (1).

Le 2 mai 1648, le Pape Innocent X donna sa Bulle : ln supereminenti Ecclesim solio (2). Au mois d'Août suivant, Louis XIV donna ses lettres-patentes pour l'exécution de la Bulle (3), et Mgr Jacques Raoul prit possession de son Siège, par procureur, le 18 Octobre de la même année : ce jour-là, toutes les formalités étaient remplies; ainsi, le Dimanche, 18 Octobre 1648, jour de la fête de St-Luc évangéliste, doit être regardé comme la date de l'existence officielle de l'Evêché de La Rochelle.

A l'issue des Vêpres de la fêle, en présence du Présidial et de toutes les autorités de la ville, du P. Jousseaume, curé de Saint-Barthélemy, des Oratoriens, et du clergé, la prise de possession se fit, à l'Eglise de Saint Barthélemy-du-Grand-Temple, par M. Olivier Nicolas, prêtre, conseiller du Roi et official de La Rochelle; le tout suivant le cérémonial ordinaire , « par l'entrée » de la porte principale de l'Eglise, oubverture du tabernacle où est conservé le Saint-Sacrement, et des fonts baptismaux, avec grande solennité (4). »

L'acte authentique fut dressé par Theuleron, notaire, et signé par toutes les personnes de qualité.

Nous ne pouvons pas suivre, dans le détail, l'histoire de l'Evêché de La Rochelle et les actes de son premier Evêque; nous ne ferons qu'en indiquer, le plus brièvement possible, les actes principaux, afin de ne pas rompre tout à fait la chaîne des événements.

1648 Le nouvel Evêque célèbre à La Rochelle les fêtes de la Toussaint et de Noël.

1649, 9 Mai, fait son entrée à Maillezais, comme Evêque de La Rochelle. L'ancien Chapitre de Maillezais, composé de douze Religieux, refusait de quitter l'habit monastique, d'être sécularisé, et de se rendre à La Rochelle pour constituer le Chapitre de La Rochelle.

1650, 18 Mars, il célèbre le premier synode du clergé du Diocèse de La Rochelle.

15 Mai, transaction entre Mgr Jacques Raoul et Mgr de Bassompierre.

« Restait à prévenir, » dit l'historien de saint Vincent-de-Paul, « les contestations qui auraient pu naître entre les Evêques de La Rochelle et ceux de Saintes, dont le diocèse était démembré par l'établissement de ce nouvel Evèché. Vincent chercha donc pour Saintes un Evêque ami de la paix et de la justice, qu'il crut trouver en Louis de Bassompierre.

En effet, les deux Evêques s'abouchèrent à Maillezais, et par une transaction (5) homologuée en Parlement, ils étouffèrent en germe toute discussion.

Quatre-vingt-seize paroisses et une grande ville avaient été ôtées à l'Evêque de Saintes ; les droits de l'Evêque de Saintes pour cette portion de son diocèse étaient estimés 6,000 livres de rente ; les revenus du Chapitre de Saintes, qui avait aussi ses redevances en Aunis, étaient estimées à 600 livres; ceux de l'Archidiacre d'Aunis, à 240 livres; on prit des sommes égales sur les revenus de l'ancienne abbaye de Maillezais qui se montaient à 40,000 livres. On y ajouta un droit honorifique :

« Pour marque de reconnaissance et en l'honneur de la dépendance qu'ont eue autrefois les Eglises de La Rochelle., Isle de Ré et Pays d'Aulnix, de l'Evesché de Xainctes, l'Evêque de La Rochelle, pour luy et ses successeurs, promet de bailler et présenter annuellement et perpétuellement, le jour de Samedi-Saint, avant l'office, à l'Eglise Cathédrale de Saint-Pierre de Xainctes, un cierge de cire blanche, auquel sera attaché un escu d'or qui appartiendra au seigneur Evesque de Xainctes, et le cierge demeurera à l'Eglise. »

 Ce souvenir religieux et féodal dura jusqu'à la grande révolution. Le dernier des Coucy le présenta, pour la dernière fois, à Louis de La Rochefoucault, martyrisé aux Carmes ( 2 Septembre 1792).

 

La même année, eut lieu la construction de la fontaine royale de la place du Château. Elle était surmontée d'une croix de bronze doré. C'était au pied de cette croix que tous les ans, jusqu'en 1789, se rendit, le 1er Novembre, après les Vêpres de la Toussaint, la procession faite en mémoire de la reddition de la ville.

On chantait le Sub tuum au pied de ce monument, qui portait les armes du premier Evêque.

Par ses soins, La Rochelle commença à réparer ses ruines, et la Religion à y refleurir.

Synodes, visites pastorales, ordonnances, toute l'administration de Mgr Jacques Raoul le met aux premiers rangs du Clergé de cette grande époque, que dominent les douces et grandes figures de saint François-de-Sales et de saint Vincent-de-Paul, et auxquels se rattachent avec gloire les Bérulle, les Condren, les Bourgoing, les Ollier, les Bourdoise, et tant d'autres.

Le 15 Mai 1661, Mgr Jacques Raoul mourut, à l'âge de soixante-douze ans, après trente ans d'épiscopat, dont treize seulement à La Rochelle.

 

 

La famille Raoul, qui a joué un certain rôle dans la haute magistrature de Bretagne, a fourni deux évêques à l'église de Saintes.

Le premier fut Michel Raoul, successeur de Le Courbe de Brée, sacré à Paris, par le nonce du pape, le 18 mars 1618, après avoir été doyen du chapitre, et mort le 14 septembre 1630. Il fut remplacé par Jacques, son neveu, conseiller au parlement de Rennes, sénéchal et maire de Nantes (7).

Le nouveau prélat reçut l'onction sacrée dans cette dernière ville, le 11 janvier 1632, des mains de Philippe Cospeau, assisté des évêques de Vannes et d'Angers.

Cette cérémonie a été décrite en vers par Poulain du Housseau, avocat du roi au présidiat, et par plusieurs autres Bretons qui s'exercèrent sur ce sujet, et l'on peut en lire le récit dans le Catalogue des Evesques de Nantes d'Albert Legrand, p. 127-28 (édition de Rennes, Vatar, 1680,in-4), et dans l'Histoire de l'église santonne, par M. l'abbé Briant, t. 11, p. 331.

Jacques Raoul passa au siège de Maillezais en 1645, et ensuite à celui de la Rochette en 1648, lors de la translation de l'un des évêchés du bas Poitou dans l'ancien boulevard du protestantisme militaire français. Il prit possession de son nouveau siège le 18 octobre. (ARCÈRE, Histoire de la Rochelle.)

C'était un prélat de mœurs rudes et austères, qui prit beaucoup de peine pour rétablir dans son diocèse la discipline ecclésiastique, fort relâchée depuis les guerres de religion. Il publia un recueil d'ordonnances synodales sur ce sujet, qui témoignent du soin qu'il apporta à la réalisation de cette difficile entreprise (7).

Les portraits peints ou gravés que l'on possède de lui annoncent tous, par l'accentuation des traits, un caractère ferme et résolu.

Il eut pour conseil, pour ami et pour vice-gérant dans le détroit de Maillezais, René Moreau, curé de Notre Dame de Fontenay le Comte, dont il avait fait l'un de ses grands vicaires. Cet homme estimable, qui a laissé une grande réputation de charité chrétienne, l'aida puissamment dans ses tentatives de réformer.

Jacques Raoul finit ses jours à l'Hermenault, en mai 1661.

Voici son extrait mortuaire, écrit de ta main de R. Moreau sur les registres d'état civil de Notre-Dame de Fontenay

Le 30 may l661, a esté inhumé, en l'église des pères Capucins de cette ville, près le grand autel, du costé de l'Évangile, le corps de illustrissime et révérendissime père en Dieu messire Jacques Raoul de la Guybourgère, prélat de grand mérite, premier évesque de la Rochelle, décédé le 15 mai 1661, à l'âge de 71 ans, au chasteau épiscopal de l'Hermenault. MM. les religieux de l'esglise cathédrale résidant à Maillezais ont fait l'office. »

Henri de Laval lui succéda.

Les trappistes de la Melleray possèdent, dit-on, la crosse en ivoire de Jacques Raoul (9).

Son testament, que nous allons transcrire, est conservé en original dans la collection de documents historiques de M. Benjamin Fillon.

 

TESTAMENT DE JACQUES RAOUL DE LA GUIBOURGÈRE

 «Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit:

 Considérant qu'estant entré, dès le 25 febvrier dernier, en l'an de mon aâge 69, les momens de ma vie sont fort incertains, quoique, grâce à Dieu, sain de corps et d'esprit, je me suis disposé, selon mon foible pouvoir, espérant tout de la grâce de sa divine bonté, pour…… les effets de sa miséricorde ….. Complere secundum multitudinem miserationum. suarum; recognoissant l'excès de mes crimes et de mes péchés, d'autant plus fascheux, plus grands, que j'ai eu pendant le cours de ma vie divers emplois, du faix desquels je me tiens accablé; mais particulièrement du dernier, en l'exercice duquel recognois mes ignorances, mes foiblesses et mes laschetés, dont je demande pardon à mon Dieu, et à tous ceux qui ont esté sous ma charge.

    Mourant dans mon diocèse, si c'est à la Rochelle, ou en pays d'Aulnis, je desire estre enterré aux Capucins de la Rochelle; si c'est à l'Hermenault, ou au destroit de Maillezais, je desire estre enterré aux Capucins de Fontenay.

Je ne désigne point de lieu je me rapporte à ces bons frères de me le donner tel qu'il leur plairà.

 Je donne aux deux couvens cinq cens escus sçavoir mil francs à celui où je serai enterré, et cinq cents francs à l'autre. Ils disposeront de ceste somme ainsi qu'ils jugeront.

Je ne veux aucune pompe à mon enterrement, mais seulement ce qui est absolument nécessaire et de bienséance; mais je desire qu'aux jours et de mon enterrement et de mon service, on face quelques charités aux pauvres et aux mandians du lieu. Je n'en limite point la quantité, la laissant à mes exécuteurs; lesquels, avec mon héritier principal, considérant la grandeur de mon bien, et l'estat de mes debtes, suivant les mémoires que j'en ai faits, et outre les frais, funérailles et charités nécessaires pour mes héritiers, en décideront, en sorte que tout y soit sufisant, et aussi que mon héritier principal ne soit obligé de rapporter des biens dont il est ci devant saisi.

Je donne à mon église cathédralle de la Rochelle, qui est de peu d'importance et consistance, mon calice, sa patène, une croix, deux chandeliers, un petit bassin et ses burettes, un grand bassin, autrement aiguière, et une petit clochette, le tout de bon argent doré; et outre mon beau chasuble, mes grandes dalmatiques en broderie, ma plus belle aube, mes tapisseries et les deux tapis de Flandre, qui ont accoustumé de servir lorsque j'officie.

Des quels meubles les fabriqueurs de Saint-Berthelemy demeureront chargés, pour les délivrer au Chapitre de l'église cathédralle, sitost qu'elle sera establie.

   A mon successeur, par le soing et l'industrie du sr Suain, mon secrétaire, luy mesnage un cinquiesme tout desséché sur un huictiesme aux-Grandes Aumones de Togon et la Ronde transportés au sr de Chenin. Je donne le dict cinquiesme, qui pourra revenir à cent journeaux tout desséchés, une moitié aux frères de la charité, à condition qu'ils norriront et entretiendront pour le reste de ses jours le bonhomme Piedmouton, qui est en ceste maison, et l'autre moitié aux filles Hospitalières et de la Providence par egalles portions. Le dessèchement réussissant, ce sera à peu près du bléd assuré pour leur provision, les convians de prier Dieu pour moi.

  Je veux estre donné à l'hospital de Nantes douze cent livres.

J'ai un procès d'importance pour les vantes et honneurs de la terre de Barbesieux, comme relevant de l'evesché de Xaintes. Il y a heu quelque raison; mais il y a heu beaucoup de négligence à moi de ne l'avoir pas fait bailler. J'exhorte mon heritier principal de le poursuivre, et au cas, comme je l'estime fort juste, qu'il soit jugé favorablement pour nous. je desire que, les frais de la poursuite pris, le tiers de ce qui en reviendra de cler soit donné à Messieurs du Chapitre de Xaintes; tant pour aider à la construction de leur église, que pour une fondation perpétuelle que Mgrs mes deux prédécesseurs ont faicte.

»En ces différents articles consiste le sommaire de ce que- je désire estre faict après mon déceds. J'ay faict deux mémoires séparés, l'un de mes debtes, l'autre de mon bien, afin de laisser un esclaircissement (10). …….

 

Je déclare que je n'ai faict aucun autre testament, et, s'il s'en trouvait, je les révoque, le présent estant escript et signé de ma main.

 Faict à l'Hermenau, le 28 avril 1660,

JACQUES RAOUL, Pr E. DE LA ROCHELLE.

Et, advenant le 21 mai 1660, considéré que, pour l'exécution de ses dernieres volontés, se fallait nommer quelques exécuteurs après avoir releu le testament cy dessus, que nous confirmons en toutes ses parties, nous avons nommé pour l'exécution d'icelui, Mre Jacques Tanquarn (11), nostre grand archidiacre et mon neveu, et M~.re Moreau, prebstre, curé de Nostre Dame de Fontenay. Faict les dicts jour et an que dessus.

JACQUES RAOUL, pr E. DE LA ROCHELLE.

Je soussigné reconnais avoir mis le présent testament à moy confié par feu Monseigneur l'euesque de la Rochelle testateur, entre les mains de M. Julien Baudon, notaire royal en ceste ville, pour en délivrer grosses à qui il appartiendra.

Fait à Fontenay le vingt quatre jor de may mil six cens soixante un.

B R. MOREAU, prestre, curé de N. Dame, à Fontenay.  Remis au dict sieur Moreau le 10° jour de juing 1667.  

J. BAUDON, R

Discours pour la bénédiction de la chapelle des carmélites nouvellement installées à la Rochelle prononcé... le 9 février 1859

Landriot, Jean-Baptiste

 

 

 

L'Hermenault, Château épiscopal des évêques Maillezais (Time Travel) <==

 

 

 

 


 

(1) Gall. Christ. Il, col. 1084 et 1377.

(2) Datum Romoe IV. nonas Maii (2 Mai). Pontificalus anno IVe — Bullarium magnum. Edit. Luxemburgi. 1747. T. X, p. 197. M. I.acurie Hist. de Maillezais. Pièces justif. Note CXXV, p..525.

(3) Elles ne furent enregistrées ail Parlement que le 7 septembre 1650

(4) Registres du P. Jousseaume

(5) Hist de St- Vincent-de Paul. Maynard III, 323

(6) Il était alors veuf et avait, entre autres enfants, un fils cadet, nommé Guillaume, sr de Mésange, qui acheta, le 4 septembre 1649, de Jean Barrin, sr du BoisgeHray, la charge de conseiller non originaire au parlement de Bretagne.

 

(7) V. Ordonnances pour le diocèse de la Rochelle, publiée ez diverssynodes, etc. à Fontenay, chez P. Blanchet, 1658, in-8°.

(8) On trouve la mention d'un portrait peint de Jacques Raoul dans l'inventaire fait après le décès de R. Moreau. V. René Moreau, curé de Notre-Dame de Fontenay, par Benjamin Fillon Fontenay-Vendée, Robuchon, imprimeur- libraire, 1851. (2° édition.) In-18 de 90 pages.

(9) M. F..Parenteau a, dans sa collection de bijoux, une jolie bague-cachet en argent, de la fin du XVIe siècle, qui porte les armes de la famille Raoul de sable, au poisson d'argent en fasce, accompagné de quatre annelets de même, trois en chef et un en pointe.

(10) L'écriture des quatre lignes suivantes est à peu près complètement effacée.

(11) Jacques Tanoarn, sr de Couvran, prieur de Vouvent, appartenait à une famille de, robe de Bretagne.