La fondation de l’Abbaye de Cluny ; En 910, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume Ier dit le Pieux fait don à l’abbé Bernon de terres à Cluny

Le IXe siècle finissait. Les guerres interminables qui avaient marqué le démembrement de l'empire de Charlemagne ne faisaient que trop pressentir de nouveaux troubles. D'une part les invasions normandes, de l'autre le changement de dynastie en France -et en Allemagne devaient amener un tel déchaînement des passions humaines que le Xe siècle a été justement surnommé le siècle de fer. On lui donne encore le nom de saeculum obscurum ; les débris des civilisations précédentes disparaissent sous les pieds des barbares. Deux dates sont à retenir, parce qu'elles vont marquer des temps nouveaux 910, la fondation de Cluny et 911, l'établissement des Normands en Neustrie.

Convertis au Christianisme, les compagnons de Rollon servirent de défenseurs à la France qu'ils avaient tant de fois ravagée. Le nouveau monastère allait être le point d'appui pour la réforme ecclésiastique séculière et régulière.

Rappelons rapidement les circonstances qui ont marqué la création de l'Ordre de Cluny. Eudes, premier roi couronné des Capétiens, avait pour adversaire en Bourgogne Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine.

Testament de Guillaume d’Aquitaine, duc et comte, contenant la donation par lui faite de la ville de Cluny avec toutes ses appartenances et dépendances, et entre autres la chapelle dédiée en l’honneur de la Vierge Marie et de l’apôtre Saint Pierre, à Bernon, abbé de Gigny, pour y fonder un monastère de l’ordre de Saint Benoit, sous l’invocation de Saint Pierre et Saint Paul, que ce prince soumet immédiatement au Saint Siège, l’exemption de toute subjection de roi, princes, évêques et autres, avec plusieurs déprécations contre ceux qui voudraient envahir les biens d’icelui, ledit testament fait à Bourges, en date du 3 des ides de septembre, l’an 11e du règne du roi Charles, qui revient à l’an 910, côté …..

Ce prince, héros guerrier des peuples du centre et du midi, avait longtemps lutté contre le nouveau roi. A la fin il avait reconnu Eudes comme son suzerain ; il lui voua dès lors une fidélité à toute épreuve. Son zèle pour la réformation des moeurs n'était pas moins ardent. Il fit siennes les doléances exprimées, en 909, par les Pères du Concile de Trosly, (près de Soissons). «.L'état monastique, disaient-ils, est presque anéanti... On voit au milieu des moines des chanoines, des religieuses même, des abbés laïques qui vivent installés là avec leurs femmes et leurs enfants, leurs hommes de guerre et leurs meutes (l) ».

Abbaye de Cluny - Plan I

D'autres assemblées conciliaires gémissent sur la décadence plus profonde encore du clergé séculier. Le sel de la terre affadi était foulé aux pieds. Ce sera l'éternelle gloire des grands abbés de Cluny et de leurs fervents religieux d'avoir extirpé la simonie et la clérogamie qui, comme une lèpre hideuse, déshonoraient l'Epouse du Christ sur la terre. C'est aussi de Cluny que partira le mouvement de rénovation dans l'ordre monastique tout entier.

Guillaume le Pieux était en relations avec les religieux de La Balme (Jura), où la règle de saint Savin de Poitiers, déjà suivie à Saint-Martin d'Autun, était pratiquée dans toute son austérité.

Abbaye de Cluny Porte principale

(P1 Porte Pricipale)

En 909, il pria l'abbé Bernon de La Balme et son ami Hugues d'Autun de se rendre près de lui dans la villa de Cluny (2). Ils auraient à parcourir tout le pays et viendraient lui indiquer ensuite l'endroit qui leur paraîtrait le plus favorable à une maison de prières.

Les deux vénérables religieux n'eurent pas de peine à remarquer la situation avantageuse de la villa (3) elle-même, terre domaniale sous les Romains, restée manse bénéficiaire sous les deux premières races des rois francs (4).

Au centre s'élevait le maître-manoir avec les dépendances, cuisines, bâtiments pour les serfs qui le cultivaient, granges, étables, pressoirs, tours, jardins, vergers, viviers. Autour de la manse se groupaient les villages, dont la tenue comprenait quinze petites terres exploitées par des colons et leurs familles.

— C'est ici même, à Cluny, dirent Bernon et Hugues, lorsqu'ils vinrent retrouver leur hôte, que doit s'élever la maison de Dieu. Nulle solitude n'est plus apte à la vie monastique, au milieu des forêts que les frères auront à défricher et qui les sépareront des vains bruits du monde.

— Y pensez-vous, mes vénérés Pères, répondit le vieux duc ? Cluny est ma résidence préférée. Ces forêts n'ont pas leurs pareilles pour la chasse dans toute l'étendue de mes domaines.

— « Messire, reprend Bernon avec sa rude franchise, chassez vos chiens de Cluny pour y mettre des moines. Quand vous serez au tribunal du Souverain Juge, aimerez-vous mieux être escorté par les aboiements de vos chiens que par les prières des moines ? »

Guillaume accueillit par un bon sourire la riposte de l'abbé de La Balme et décida que la fondation projetée aurait lieu à Cluny. « C'était, dira plus tard un de nos pieux cénobites, une vallée privée de vue, éloignée de toute communication humaine, mais qui respirait un tel parfum de solitude, de repos et de paix qu'elle ressemblait à une solitude céleste. »

Il n'y avait qu'un pas à faire pour en sortir et pénétrer au sud dans les vallées qui mènent à la Loire et à l'est dans l'immense plaine de la Saône. Une double chaîne de collines aux pentes modérées, au sein desquelles l'âme respire à l'aise, abritait des prairies arrosées par la rivière de la Grosne.

« Rien n'égale, ajoute un touriste (5), la mollesse correcte, la précision onduleuse de leur dessin ; ces contours ne sont pas sèchement arrêtés avec une rigidité mathématique, mais semblent avoir été tracés par une main caressante. »

La province elle-même où allait s'élever la nouvelle abbaye offrait les meilleurs gages de sécurité. On sait que la Bourgogne avait résisté au morcellement féodal et qu'elle était restée unifiée entre les mains de ses rois particuliers. Son premier duc bénéficiaire, Richard le Justicier, oncle de Guillaume le Pieux veillait vigoureusement au maintien de cette unité.

Abbaye de Cluny - Plan II

Aucune invasion normande ou hongroise n'avait pu se maintenir dans les limites de la vieille Confédération éduenne : la paix y était non moins profonde que dans les montagnes du Jura et de l'Auvergne. Aussi plusieurs colonies monastiques y étaient-elles venues chercher un refuge au milieu des guerres qui désolaient le pays partout ailleurs.

Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge

(Abbaye de Cluny Clocher C3 et C5 Horloge)

Citons les religieux de Noirmoutiers apportant à Tournus les reliques de saint Philibert, les moines de Fleury-sur-Loire qui s'arrêtèrent à Perrecy entre Autun et Charolles, elles bénédictins de Saint-Bénigne, à Dijon.

Cluny était destiné à servir de centre religieux à la France et à l'Europe.

La grande voie de la Saône et du Rhône mit la nouvelle abbaye en contact avec l'Italie, l'Orient et l'Espagne. C'est au midi qu'elle trouva d'abord les éléments de sa puissance : ses premiers abbés sortiront, ainsi qu'un grand nombre de religieux, de l'Auvergne, du Limousin et de la Provence ; toutes les familles princières de la France et des Pays-Bas lui donneront ensuite leurs enfants pour porter la réforme en Angleterre, en Lorraine, en Suisse, en Allemagne et jusqu'à Constantinople et en Terre Sainte.

 Rome entra de suite en rapports avec les fils spirituels de saint Odon, de saint Mayeul, de saint Hugues et de Pierre le Vénérable et ceux-ci seront durant de longs siècles les appuis et les consolateurs des Souverains Pontifes persécutés.

Les fondateurs de Cluny eurent-ils le pressentiment de la gloire réservée à leur oeuvre ? Il serait téméraire de le penser ; mais, à étudier de près la charte de donation, on ne peut qu'admirer les précautions si sages dont ils surent l'entourer.

(Visite virtuelle su Narthex de l'abbaye de Cluny I)

 

Après un préambule très solennel sur l'usage que les riches doivent faire de leurs biens, Guillaume fait savoir qu'il donne aux apôtres Pierre et Paul le village de Cluny avec son courtil et sa manse seigneuriale, avec la chapelle dédiée à sainte Marie mère de Dieu, et à saint Pierre, prince des apôtres, avec toutes les propriétés qui en dépendent. Pour que rien ne vînt troubler les religieux dans leur saintes observances et que la surveillance de l'évêque sur le cloître ne dégénérât pas une ingérence oppressive, le duc Guillaume voulut que l'abbaye de Cluny fut exempte de la juridiction épiscopale et la plaça directement sous la puissance du pontife romain (6).

Les moines auront toujours pleine liberté de choisir pour abbé le religieux de leur Ordre qu'ils préféreront. Celte précieuse immunité allait faire la grandeur de Cluny. « Il fut dès l'origine un petit état qui ne reconnaissait, dit Thomassin, ni empereur, ni aucun roi, ni aucun évêque ». Pierre le Vénérable avait déjà dit à Innocent II, en 1130 : « Terra nostra est nobis, sine rege, sine principe existens ».

Guillaume le pieux promulgua sa donation au plaid de Bourges, aux ides de septembre 910 ; il alla ensuite à Rome, la faire ratifier par le pape Jean X. Quant à Bernon, il se mit aussitôt à l'oeuvre. Il amena de La Balme à Cluny douze de ses religieux, selon la prescription de saint Benoit ; il les établit dans la manse de Guillaume, situé sur la voie Romaine de Luna qui de Belleville se dirigeait vers Autun(7).

Abbaye de Cluny - Plan III

Le premier soin des arrivants fut de dresser une grande croix de bois pour indiquer la place où le monastère serait bâti, non loin de la rivière qui suivait le fond de la Vallée noire et répandait ses eaux à travers d'immenses broussailles.

Bernon resta jusqu'en 924 abbé de La Balme, de Gigny et de Cluny. Il accrut avant de mourir la fondation de Guillaume le Pieux par Sauxilange, noble terre située près d'Issoire, dont le duc d'Aquitaine voulut encore se dépouiller et qui devait être la première fille de Cluny.

Bernon laissa à sa mort un grand renom de sainteté ; il était un zélaleur sévère pour la régularité ; on l'a loué pour sa doctrine, mais il fut surtout le génie qui organise, l'activité qui développe et la force qui maintient les oeuvres commencées.

 Abbaye de Cluny - Plan IV

Les premiers abbés

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(Tableau Chronologique des abbés de Cluny)

I — Saint ODON (926-929)

Le véritable fondateur de Cluny n'a pas été Bernon, obligé de partager sa charge abbatiale entre trois monastères. Ce fut Odon, en 926. Intelligence élevée, esprit cultivé à une époque d'ignorance et de barbarie, il comprit que la réforme monastique qui n'avait cessé d'être son idéal et celui de ses frères ne s'obtiendrait que par un retour généreux aux moeurs austères des premiers cénobites et à la pratique de la règle bénédictine.

Quand il fut élu abbé, sa réputation attira aussitôt à Cluny une foule de jeunes gens et d'hommes du monde, avides de silence et de sacrifice. Odon se vit obligé d'agrandir le premier monastère et de construire les lieux réguliers dits officinas monachorum.

Originaire du Maine, il avait passé plusieurs années à la cour de Guillaume, duc d'Aquitaine. Son père Abbon, un des leudes de ce chef illustre, en voulait faire un chevalier accompli ; le jeune homme avait des aspirations plus hautes : il embrassa la milice du Christ et entra au cloître de Saint-Martin de Tours. Il était encore chanoine que déjà il se livrait là d'effrayantes austérités.

Ses contemporains disent qu'il ne mangeait qu'une demi-livre de pain par jour et qu'il ne buvait qu'un peu de vin, contre la coutume des Francs, extra naturam Francorum.

Dans le désir d'une vie plus parfaite, il vint en Bourgogne Jurane avec son ami Adhégrin se placer sous la conduite de Bernon, au monastère de La Balme. Il se fit remarquer de suite par son humilité et son obéissance. Un jour que distrait par la lecture, il avait oublié de recueillir les miettes du repas au réfectoire, il se hâta de les retenir dans sa main. Comme il s'excusait devant son abbé, celui-ci lui dit d'ouvrir la main ; les miettes avaient été changées en perles ! Mais il se vit rudement réprimandé une autre fois pour n'avoir pas suivi la nuit un novice avec la lampe du dortoir à la main. La surveillance des enfants ou oblats confiés aux moines a toujours été l'objet de sévères et minutieuses prescriptions.

Saint Odon devenu abbé ne l'oubliera pas. Les études négligées de toutes parts, s'étaient réfugiées dans les cloîtres. L'abbé de Cluny leur ouvrit au grand large les portes de son monastère et il fut vrai de dire dès ce temps, qu'un fils de roi n'aurait pas été élevé dans le palais de son père avec autant de soin que les enfants l'étaient à Cluny.

T17 La Tour des Fromages, tour d'enceinte de l'abbaye, appelée autrefois tour des fèves

L'abbé était non moins zélé pour l'avancement spirituel de ses religieux. L'office du jour et de la nuit, les conférences alternant avec les emplois domestiques remplissaient tous les instants des frères ; mais le silence était si rigoureusement observé que ceux-ci ne demandaient que par signes les objets mis à leur usage. Suivons-les au travail, sur l'une des collines encore incultes qui dominent Cluny. Les moines s'avancent en rangs. Arrivés au lieu désigné, ils se retournent vers l'Orient et récitent les psaumes marqués dans leurs livres à cet effet, puis ils se mettent à bêcher et à arracher les broussailles. Au bout d'un certain temps, l'abbé leur fait signe de cesser ; il charge l'un d'eux de lire un point de la règle et lui-même en donne le commentaire ; tous rentrent au couvent en psalmodiant.

Les bénédictins ont défriché, chacun le sait, presque en entier le sol de la France. A peine arrivés à Cluny, ils créèrent les fameuses prairies de la Grosne. On les vit aussi dès les premiers temps s'improviser irrigateurs et pousser plus loin qu'on ne l'imagine la science de l'hydraulique. Ils furent des ingénieurs sans diplôme, mais non sans mérite (8).

Par degrés ils atteignirent les coteaux sur lesquels ils plantèrent la vigne. Nul n'ignore que les crûs du Mâconnais et du Beaujolais doivent leur origine aux moines de Cluny. Quand ils eurent rendu leurs champs labourables, ils se mirent à semer le blé et les fèves qui constituaient pour eux, comme pour les vieux Romains, la base de l'alimentation. Çà et là ils établissent des maisons, une forge, un moulin, des fours. Ces campements deviendront à la longue des villages puis des bourgades où les colons fugitifs et vagabonds arrivent par troupes.

Les moines leur donnent des terres et des prés en fermage perpétuel, tel qu'il existait aux Xe et XI e siècles (9).

C'est ainsi que se sont formées, autour de Cluny, les agglomérations monastiques qui de simples celles sont devenues ensuite des doyennés, puis des paroisses. Le pays se peupla peu à peu aussi ; l'homme laboure et sème dès qu'il peut compter sur une récolte ; il devient père de famille sitôt qu'il se croit en état de nourrir ses enfants. Jusqu'à la fin les moines se firent les initiateurs de tous les progrès dont l'agriculture avait si grand besoin et qui donnèrent naissance au commerce et à l'industrie locale.

Saint Odon aimait à visiter les nouveau-venus et les exhortait à vivre unis, s'entr'aidant les uns les autres en bons chrétiens. Il n'oubliait pas dans ses courses pastorales qu'ici et là, au milieu des bois, sur les hauteurs les plus solitaires vivaient plusieurs de ses frères, Adhégrin, Vital, tous adonnés à la contemplation. C'est la portion choisie de son troupeau. Avec quelle affabilité ils s'entretiennent en sa présence de leur bonheur ! Chaque dimanche, ils vont au monastère prendre leur part de réfection céleste, puis ils rentrent à Cotte, à St-Lazare, à Rufley, à St-Romain, emportant la farine et les fèves dont ils se nourrissent et tout heureux de reprendre leur vie érémitique.

Que de fois Odon aspira à les suivre! Mais au lieu de s'enfoncer dans la solitude, il se vit appelé au -delà des monts, à Rome, où trois fois Léon VII et Etienne VIII le mandèrent avec instance.

La guerre désolait le domaine de St-Pierre depuis que les comtes de Tusculum d'abord, puis les rois de la Haute-Italie prétendaient y exercer les droits de souveraineté. Par l'ascendant de ses vertus Odon réussit à réconcilier Hugues de Provence et son beau-fils Albéric, patrice de Rome. Il profila de son séjour dans la Ville éternelle pour réformer les monastères de St-Paul-hors-les-Murs, de Subiaco et de Farfa.

Rentré à Cluny, il conçut et réalisa avec bonheur la pensée de réunir sous un seul chef les communautés qui accepteraient la réforme de Cluny. Cette sorte de confédération répondait à un besoin de l'époque. Le royaume de France se constituait fortement et mettait un terme à l'anarchie féodale. Une loi générale poussait les faibles à chercher aide et protection auprès des plus forts.

Cluny allait ainsi devenir le point d'appui de tant d'âmes religieuses désemparées, le centre d'une vaste Congrégation qui s'étendra sur toute l'Europe monastique ; ainsi se réalisera l'union des coeurs qui fera la force de tous et coupera court aux abus. Cette hiérarchie dans le vaste développement que prenait alors la vie monastique est un fait immense. Mieux qu'aucun autre il donne la mesure de la sainteté et des hautes capacités d'Odon. Il a de plus attaché son nom à une oeuvre qui suffirait à l'illustrer.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde

(Abbaye de Cluny - La Tour Ronde)

A Tours, il avait dirigé les chants de la Basilique de St-Martin ; à La Balme, il en composa d'autres que l'Eglise chante encore et dont il enrichit Cluny. Il passe pour avoir rétabli et propagé partout les mélodies liturgiques, dites Grégoriennes. A l'aide du monocorde et de la notation alphabétique, il réussit à former en quelques semaines les enfants et les religieux et à les rendre capables d'exécuter à vue de notes ces suaves mélodies, sans qu'ils fussent obligés de les apprendre par coeur. Ses deux traités sur la musique se répandirent dans tous les monastères de l'Europe et sont encore aujourd'hui étudiés avec fruit.

Saint Odon au milieu de tant de travaux trouva le temps de composer des ouvrages en vers et en prose qui attestent la vigueur de son esprit et l'étendue de ses connaissances.

On a de lui sous le titre d'Occupationes de curieux vers latins sur la création du monde, sur la chute de l'homme et sur les principaux personnages de l'Ancien Testament. Le moine Jean-l'Italien, son premier historien, avait été son fidèle disciple et le compagnon de ses lointaines et incessantes pérégrinations. Nagold, son autre biographe, a complété l'oeuvre du moine Jean.

C'est lui qui nous apprend qu'Odon fut aidé miraculeusement par saint Martin dans la reconstruction de la première église de Cluny, appelée St-Pierre-le-Vieil. Au jour de la dédicace, le pieux abbé, n'ayant que de maigres provisions, était fort inquiet sur la manière de traiter ses hôtes, lorsqu'un sanglier vint s'offrir de lui-même et servit à festoyer la compagnie de saint Odon.

Abbaye de Cluny - La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage de Cluny

La Tour Ronde - Carlos Pinto (écurie Haras de la Gesse) à l'étape du Concours hippique - Grand National de Dressage  de Cluny.

Celui-ci, en vrai disciple du centurion d'Amiens, établit dans son monastère les traditions de charité qui existaient à Tours et qui seront dans tous les siècles une des plus pures gloires de Cluny. Il nourrissait dix-huit pauvres par jour et à certaines époques de l'année, en carême par exemple, il faisait des distributions de vivres à un très grand nombre d'indigents.

C'est encore saint Odon qui a jeté les fondements de la librairie de Cluny, cette célèbre bibliothèque que tous ses successeurs se feront une gloire d'accroître, en l'enrichissant des ouvrages les plus remarquables de chaque époque. Le moine Jean fut l'un des premiers copistes dont la main alerte transcrivit en belle écriture onciale, sur les in-folio en parchemin, nos chartes latines si précieuses pour l'histoire, signées des rois et des empereurs.

Saint Odon, qui avait obtenu un grand nombre de diplômes, reçut, en 939, l'acte qui consacrait l'indépendance de Cluny ; mais ce qui lui donnera un rang à part dans l'Ordre Bénédictin, c'est d'avoir, comme nous l'avons vu, réuni en une grande et pieuse congrégation les monastères épars jusqu'ici et isolés dans toutes les provinces, en Limousin (Tulle), en Auvergne (Aurillac), en Berry (Massay), dans l'Orléanais (Fleury), à Tours (St-Julien), Roman, et Mou lier, en Suisse. Voilà comment il a mérité le nom de Réparateur de la discipline monastique que ses contemporains lui ont décerné.

En l'année 929. le roi de France, Raoul, avait accordé au nouveau monastère le privilège de battre monnaie, comme gage de sa haute bienveillance.

Archives de l'abbaye de Cluny : inventaire général publié d'après les manuscrits inédits des Archives départementales de Saône-et-Loire / par Armand Bénet,... J.-L. Bazin,...

Histoire populaire de Cluny, d'après les sources et sur un plan nouveau , par L. Chaumont,...

 

 

PLAN V DE L'ABBAYE DE CLUNY

L Tombeau de Saint Hugues; d Tombeau du Pape Gélase; e Tombeau l'abbé Ponge; f Tombeau de Pierre le Vénérable; M Chapellede Saint Orient; N Chapelle de Saint Benoit; O Chapelle de Sainte Madeleine; P Chapelle de Sainte Agathe; R Chapelle de Saint Nicolas; Chapelle des Saints Nazaiez et Celse; T Chapelle de Saint Vincent; U Chapelle de Saint André; V Chapelle de Saint Clément; X Chapelle de Saint Jacques; Y Chapelle de Saint Denis; Z Boubon; b Chapelle Saint Martial - Tombeau Geoffroy d'Amboise, abbé de Cluny (1483-1518))

A Escalier pour descendre à l'abbaye; E Narthex et piliers; F Escalier de la chapelle Saint Michel; G Grande NEF; H Choeur; C1 Clocher des Bisans; C2 Clocher des Choeurs; C3 Clocher de l'eau Bénite; C4 Clocher des Lampes; C5 Clocher de l'Horloge;

TR Tour Ronde; P23 Porte des Jardins; T15 Le Farinier; T17 Tour des Fromages; 25 Moulin (bras de l'Eclouse des 4 moulins de la papeterie); P15 Parloir ou Porte Richelieu

abbaye de Cluny Porte Richelieu

 

 

==> Le Voyage clunisien du pape Urbain II, l'appel à la première croisade.

 

 


 

Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

L'histoire du Poitou, avant la conquête de Jules-César, était enveloppée dans une nuit profonde : on ne connaît pas même l'ancien nom de cette province qui n'a été appelée Pictia qu'après l'arrivée des Pictones, nation Scytique qu'il ne faut pas confondre avec les Pictes, qui ne vinrent en Poitou que plus de douze cents ans après leurs devanciers.......


 

(1) Mabillon. Ami. Bénédictines, livre II, p. 330.

(2) Le nom latin de Cluny est Cluniacum qui tire son élymologie du gentilice romain Clunius et du suffixe acum, donné aux terres du fisc impérial.

(3) Maison de maître avec bâtiments d'exploitation.

(4) En Soi, Charlemagne avait fait don de cette villa aux évêques de Mâcon qui l'échangèrent plus tard avec Warin ou Guérin, comte d'Auvergne, un des ancêtres de Guillaume le Pieux, contre les terres de Genouilly, sur les limites des comtés de Chalon et de Mâcon, des Eaux Chaudes en Nivernais et de Lituines en Auvergne.

(5) Montaigu. — Souvenirs de Bourgogne, p. 324.

(6)-Cf, Bibliotheca Cluniacensis, Col. 1, 2, 3, 4.

(7) Les blocs de granit rouge qui soutiennent encore la terrasse de l'abbatiale passent pour être des débris de cette antique construction romaine.

(8) l'origine, une eau abondante fut amenée dans tous les endroits où elle était nécessaire, à l'aide de canaux habilement établis sous terre et dont le développement comptait à la fin : 4 kilomètres et plus.

(9) C'est le servage, bien différent de l'esclavage antique.