Château de Bressuire le 11 janvier 1442 - La Praguerie en Poitou (Guerre de Cent Ans)

Après la prise de Pontoise (19 septembre 1441), Charles VII resta à Paris jusqu'au commencement de novembre, s'employant à mettre en état de défense les places récemment conquises il s'achemina de nouveau vers nos provinces, passant par Amboise, Chinon et Saumur, toujours préoccupé de mettre un terme aux ravages des gens de guerre.

 Pendant son séjour dans cette dernière ville, des mesures furent prises pour faire cesser les déprédations commises dans le Bas-Poitou par les Bretons qui occupaient Palluau et les Essarts depuis vingt ans.

On sait que ces places avaient été confisquées sur Isabelle de Vivonne et son mari, Charles de Blois, dit de Bretagne, seigneur d'Avaugour, à cause de leur complicité dans la trahison dont fut victime à Chantoceaux, l'an 1420, Jean V (ou VI) duc de Bretagne, et données à Richard, comte d'Étampes, frère cadet de ce prince et d'Artur, comte de Richemont, lequel Richard était aussi seigneur de Châteaumur Isabelle était en procès depuis lors contre le donataire et, désespérant d'arriver par les moyens légaux à rentrer en possession de ses terres, elle fit plus d'une tentative pour les recouvrer par la force des armes. Les bandes qu'elle soudoyait dans ce but donnèrent souvent prétexte aux garnisons de Palluau et des Essarts de faire des courses dans la campagne et de dévaster la région voisine.

 Richard était décédé le 3 juin 1438, laissant un fils âgé de trois ans, qui fut François II, dernier duc de Bretagne. Les Bretons, n'ayant plus de maître capable de les refréner, se livrèrent plus que jamais au pillage. C'est pourquoi Charles VII, d'accord avec le duc Jean V, décida que, en attendant la fin des querelles entre les Montfort et les Penthièvre, les deux places seraient mises sous la garde du connétable de Richemont, qui venait de donner maintes preuves de sa fermeté dans la répression des routiers (2).

Le roi célébra la fête de l'Epiphanie à Saumur et de là se rendit à Bressuire (3). Deux autres forteresses du Bas-Poitou, appartenant à Georges de La Trémoïlle, Mareuil-sur-Lay et Sainte-Hermine, étaient restées depuis la Praguerie au pouvoir des rebelles.

Elles avaient, dix ans auparavant, joué un rôle actif dans la lutte entre Richemont et le premier ministre. Leurs garnisons avaient pris part, sous Jean de La Roche et Pierre de Vignolles, au coup demain dirigé contre Mervent et s'étaient emparées de cette ville, le 8 juin 1432 (4). Mareuil avait à cette époque pour capitaine Louis Frontdebeuf et Sainte-Hermine Guillaume Chabot (5), qui depuis s'était brouillé avec La Trémoïlle.

De Bressuire, Charles VII envoya mettre en sa main ces deux places; elles furent évacuées et les capitaines ne furent maintenus qu'après avoir prêté serment de ne plus molester les habitants de la contrée (6)

Charles se transporta ensuite à Niort, enleva définitivement ce centre important à Jean duc d'Alençon et le replaça sous l'autorité royale, « pour ce que ceulx des places de Guyenne estans delà la Charente avoient de grans accointances et faveurs avec aucuns de ladite ville », dit Mathieu d'Escouchy (7).

 L'on a vu qu'elle avait été le principal point de concentration des princes coalisés, en 1440. Malgré les réclamations réitérées de ceux-ci, le roi garda Niort, en promettant toutefois une indemnité au duc d'Alençon, qui était le maître de cette place depuis le 28 août 1423 et avait payé une somme considérable pour son acquisition (8).

 Les habitants de cette ville, qui avaient encouru le mécontentement de Charles VII, lors de la Praguerie, bien qu'ils eussent eu beaucoup à souffrir des exactions des officiers du duc et qu'en réalité ils eussent été, en 1440, plus malheureux que coupables, rentrèrent alors en grâce ils obtinrent, le 12 mai 1442, le rétablissement de leur mairie avec tous les droits, les prérogatives et la juridiction dont ils jouissaient auparavant (9).

 C'est de Niort, le 24 janvier 1442 n. s., qu'est daté un arrêt de bannissement et déconfiscation rendu contre Guy de La Roche, seigneur de Verteuil, Jacques sire de Pons, Maurice de Pluscallec, Bricet de Saint-Cyr, Pierre de Saint-Gelais, Jean Raymon, Olivier et Jacques Perceval, frères, et Pierre Béchet.

Ils étaient déclarés rebelles et ennemis de la chose publique, criminels de lèse-majesté, pour avoir, malgré toutes les défenses, assemblé gens d'armes et de trait en grand nombre et s'être mis sur les champs avec eux en Poitou, en Saintonge et dans les pays voisins, où ils avaient assailli, pris et pillé des forteresses, fait .prisonniers et rançonné les sujets du roi, enlevé leur bétail et leurs autres biens, brûlé et démoli des maisons, apatissé des villes et villages, mis des églises au pillage, ravi et violé des femmes, perpétré des meurtres nombreux, guetté les chemins jour et nuit, détroussé les passants, etc.

 D'après un autre acte, Guy de La Roche était accusé en outre de s'être « servy et aidé ès choses dessus dictes d'aucuns Anglois estans en la frontière de Guyenne, comme souldoyers (10). Un délai de dix jours était toutefois accordé aux coupables pour se rendre à merci.

Charles annonçait en même temps qu'il réunissait une armée afin de punir ces malfaiteurs, en purger le pays, assaillir et prendre les places et forteresses qui leur servaient de repaires il mandait à ses officiers et vassaux de Poitou et de Saintonge de se joindre à lui pour cette expédition.

En effet, les dix jours écoulés, le roi, voulant donner à cet arrêt une prompte sanction, s'avança à la tête de son armée jusqu'à Saint-Jean d'Angély et Saintes.

A son approche, Jacques de Pons s'empressa de faire sa soumission et d'abandonner les places que lui et son père n'avaient cessé d'occuper, prétendant les tenir en gage de la couronne (11). Maurice de Pluscallec, loin de suivre cet exemple, se retrancha avec ses frères dans la ville de Taillebourg et garnit de gens de guerre les autres forteresses de la châtellenie.

Il fallut les réduire par la force un corps d'armée, après un siège en règle, s'empara de Taillebourg et fit les trois Pluscallec prisonniers. Maurice fut conduit à la Rochelle et déclaré coupable de lèse-majesté.

Ses gens furent décapités ou pendus, « pour les maux innombrables qu'ils avoient faiz ».

 Le roi mit une garnison dans la ville, pour sa garde et la sûreté du pays puis l'année suivante (12 mai 1443), il fit don de Taillebourg à Prégent de Coëtivy.

Ayant pourvu de la sorte à la sécurité de la Saintonge, Charles vu reprit le chemin du Poitou.

Du 2 au 10 mars au moins (12) il séjourna à Lusignan et quelques jours après il était à Poitiers (13) il se rendit ensuite à Ruffec, où il passa les fêtes de Pâques (1er avril) et dirigea une dernière entreprise.

Guy de La Roche n'avait toujours pas fait sa soumission. Pierre de Brézé, sénéchal de Poitou, Prégent de Coëtivy, amiral de France, et le maréchal de Culant furent envoyés, avec des forces suffisantes, pour mettre le siège devant son château de Verteuil sur la Charente.

Deux cents hommes de guerre, commandés par un gentilhomme du pays, lieutenant de La Roche, le défendaient et opposèrent aux troupes royales une sérieuse résistance « mais tantost ilz furent si approchez de fossez, de bombardes et d'engins volans qu'ilz se rendirent, sous cette condition qu'ilz ne se dévoient jamais armer contre le roy ny sa seigneurie. »  Charles fit alors détruire et raser le château de Verteuil (14).

Pendant ce séjour à Ruffec, Dunois vint le trouver, chargé d'une mission spéciale de son frère le duc d'Orléans faisait offrir au roi de s'employer à la remise entre ses mains de la ville d'Angoulême, occupée par Guy de La Roche et ses gens, au nom du comte Jean, encore prisonnier en Angleterre. Le roi accueillit favorablement cette proposition bientôt un traité conclu par Dunois amena l'évacuation de l'Angoumois par les pillards

Ces divers actes de vigueur de Charles VII eurent pour résultat de faire renaître presque complètement la tranquillité dans le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois, et lui permirent de se rendre en Guyenne, pour la Journée de Tartas, sans être obligé de laisser derrière lui une partie de ses forces.

Société des archives historiques du Poitou dans : Recueil des documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la chancellerie de France.

 

 

 

 ==> Guerre de Cent ans, Time Travel le 8 juin 1432 : prise du château de Mervent, Mort et obsèques du Bâtard Jean d'Orléans.

 

 


 

Le nom de « Praguerie », en référence à une révolte hussite, vingt ans plus tôt à Prague

 

 

1. Vol. Précédent, p. 383, note.

2. Cosneau, Le Connétable de Richemont, p. 327.

3. Charles VII était dans cette ville le 11 janvier 1442 n. s. (Lettres permettant à Charles d Oyron de fortifier son lieu de Saint-Pierre de Verché en la vicomté de Thouars, vol. précédent, p. 132), et encore le 17 du même mois, date de lettres convoquant à Toulouse pour le 1er avril les nobles et les milices du Midi. (Dom Vaissète, t. IV, p. 496.)

4. Vol. précédent, Introduction, p.xxxix. et p. 264, 265, 272, 27S, 276.

5. Id., p. 291, 292.

6 .Le héraut Berry, Chronique de Charles VII, édit. Godefroy, in-foI., p. 411.

 7. Chronique, édit. par M. de Beaucourt, t. III p. 42, 43,51-52. 59-60, 68-10.

8. Les lettres de vente de Niort au duc d'Alençon sont imprimées dans notre t. VII (Arch. hist. du Poitou, t. XXVI), p. 405 et suiv.

9. Coll. dom Fonteneau, t. XX, p. 241.

10. Lettres d'abolition données, en juin 1446, en faveur de Guy de La Roche, Pierre de Saint-Gelais, Olivier et Jacques Perceval, Christophe Pot, Jacques Levraut, Guillaume Béjarry et plusieurs autres. (Vol. précédent, p. 364 et suiv.)

  1. Voy. l'acte par lequel le sire de Pons promet d'être à l'avenir vrai, loyal et obéissant vassal du roi, 8 mars 1442. (arch. nat., J. 389, n 10 P. 2531, fol. 208 v.) Jacques de Pons était neveu de La Trémoïlle sa soumission ne fut que momentanée; il ne tarda pas à conspirer avec les Anglais.

Emprisonné à Paris, il trouva moyen de s'évader et obtint de nouvelles lettres d'abolition au mois d'avril 1446, ce qui ne l'empêcha pas de continuer ses trahisons. Alors commença contre lui un procès pour crime de lèse-majesté, qui dura plusieurs années et se termina par une condamnation capitale, le 28 juin 1449. (Vol. précédent, p. 333-334.)

12. Les lettres de don de Fontenay-le-Comte à Richemont sont datées de Lusignan le 10 mars 140 n. s. (E. Cosneau, Le Connétable de Richemont, p.59'.)

13. Lettres de rémission en faveur de Guillaume des Aubues, datées de cette ville en mars, sans indication de quantième. (Vol. précédent, p. 135.)

14.  Sur diverses expédions, voy. Berry, Chronique de Charles VII, p.417-418, et notre vol. précédent , p 367-369