Installation de René en Anjou

La vie du roi René, à son retour de Naples, entre dans une phase nouvelle, Le bouillant chevalier, arrivé à l'âge de la maturité, déjà refroidi l'endroit de la gloire militaire, commence à faire place au prince débonnaire et pacifique, artiste et lettré, dont la physionomie s'est conservée davantage dans l'histoire et dans la tradition. Le gouvernement de ses États particuliers, le bien-être de ses sujets, les intérêts généraux de la France, les travaux de l'esprit, formeront désormais son occupation principale, et, s'il prend part encore à deux ou trois expéditions, si sa position l'implique forcément dans les plus graves questions de la politique extérieure, s'il continue enfin de revendiquer les domaines qui lui ont été enlevés, ce ne seront plus là, pour ainsi dire, que des accidents. Mêlé plus directement aux conseils du Roi, il exercera sur la marche des affaires une influence véritable, et remplira dans toute  son étendue originelle le rôle de pair du royaume, de prince du sang français. En un mot, il sera avant tout le duc d'Anjou (car la Lorraine ne le possédera pas longtemps et la Provence n'aura que plus tard ses préférences); le roi de Sicile n'existera plus guère que de nom, et le « lion déchaîné » deviendra peu à peu ce qu'on pourrait appeler un prince d'intérieur. Cette transformation sera surtout sensible après son second mariage mais, dès l'époque où en est parvenu notre récit, le nouveau caractère de l'homme apparaît.

Aussi les événements se présenteront- ils moins pressés sous notre  plume; ce qui ne veut nullement dire qu'ils auront par eux- même moins d'intérêt.

Une autre cause, plus malheureuse peut-être que la perte du royaume de Naples, vint contribuer à modifier l'existence de René et à le rappeler au milieu des Angevins. Il était depuis peu à Marseille, occupé à tenir les États-généraux, quand la reine Yolande, âgée de soixante-deux ans, mourut à Saumur, en l'hôtel du seigneur de Tucé, le 14 novembre 1442.

 Il n'eut donc pas la consolation de fermer les yeux à son illustre mère, bien que Nostredame et ses imitateurs la lui fassent retrouver mourante à Marseille même.

Cette grande princesse, qui avait tout fait pour la France et pour lui, avait consacré ses dernières années à administrer, en l'absence du seigneur titulaire, le duché d'Anjou, auquel elle avait rendu la paix.

Par son testament, daté du 12 novembre et de l'hôtel de Tucé, elle donnait à René tous les droits qu'elle pouvait avoir conservés sur le duché de Bar et le marquisat du Pont, et à Charles, son plus jeune fils, les terres de Lunel, Berre et Martigues, qui lui appartenaient en propre et qu'elle lui avait déjà cédées, sauf l'usufruit, en 1438Ses biens meubles étaient aussi légués à Charles, excepté quelques objets précieux, tapisseries ou bijoux, laissés en souvenir à son fils aîné, à sa fille Marie et à sa petite-fille Marguerite.

 C'était là tout ce que possédait Yolande d'Aragon elle mourait pauvre, déclarant qu'elle n'avait ni réserve, ni or, ni argent monnayé, et qu'elle avait tout dépensé pour les rois de France et de Sicile.

Une sépulture assez modeste lui fut donnée dans l'église de Saint-Maurice d'Angers, près de l'hôtel de saint René. Sa disparition causait un vide égal dans les deux cours. Charles VII rendit l’hommage à sa mémoire, attestant malheureusement par sa conduite ultérieure que le frein qui le retenait n'était plus là. Quant à René, l'état de son duché, qui se trouvait tout à coup sans défense contre l'anarchie et contre les attaques des Anglais, lui faisait un devoir impérieux d'y revenir au plus tôt. Aussi ne passa-t-il en Provence que le temps nécessaire pour assurer la sécurité de cette contrée, Les états tenus à Marseille au mois de novembre le supplièrent de prendre des mesures pour protéger les places maritimes contre les incursions des vaisseaux catalans, « puisque, comme il disait, il allait quitter le pays pour se rendre auprès du roi de France. »

Il arrêta ces mesures avec eux, et confirma, dans la même session, tous les privilèges des Provençaux. Avant de s'éloigner, il voulut encore réformer l'exercice de la justice, et rendit à ce sujet une nouvelle ordonnance, datée de Tarascon, le 12 janvier 1443.

A ce moment, Charles VII venait de reprendre aux Anglais, dans une campagne rapide, la Guyenne et le pays des Landes.

Le  Roi  René  et le Château des Ponts de Cé

En Anjou, le Roi René affectionnait tout particulièrement  son château des Ponts de Cé situé sur la Loire et aux portes d’Angers.

Il  l’embellit  «   en  1454  d’un  grand  et  d’un  petit  jardin, celui-ci  voisin  de  l’entrée ; on  y  voyait  des  préaux, des  pavillons, des  volliers  ou  tonnelles, des  accoudoirs  et  bordures  de  bois, des arbres  fruitiers  et  des  plantes variées, spécialement  des  rosiers. Il  n’y  avait  d’abord  comme  clôtures  que  des  haies, suivant  l’usage  du  pays ; aussi  les  pourceaux  venaient-ils  prendre  des  ébats  funestes  à  la  culture. René  donna  l’ordre d’élever  des murs et, en  même  temps, de  lui  faire  un  petit  logis  à  cheminée, du  coté de  devers  le  pont, pour  drecer  et  tenir  viande  quand  il  vouldrait  manger  avec  une  petite  fenêtre  à  treillis qui  regardat  le  long  du  pont.         « 

 

 

Le roi René, sa vie, son administration, ses travaux artistiques et littéraires : d'après les documents inédits des archives de France et d'Italie. vol. 1 / par A. Lecoy de La Marche...

http://amisdumuseedescoiffes.com/rene1er-danjou-1409-1480/

 

 

Le Roi René Ier d'Anjou, dit le « Bon Roi René », duc d’Anjou, comte de Provence…(Time Travel 1409-1480) <==

==> Notes sur le château d'Angers