Château des Ponts de Cé - Le Roi René Ier d'Anjou, dit le « Bon Roi René », duc d’Anjou, comte de Provence…(Time Travel 1409-1480)

Le successeur de Louis III d’Anjou mort de la malaria le 12 novembre 1434 fut son jeune frère René, nommé ordinairement le Roi René, parce qu'en mourant, Jeanne Il lui avait transmis par son testament le royaume de Naples.

Nous ne pouvons manquer d'arrêter un instant les regards du lecteur sur ce nom populaire, sur ce prince qui, après avoir connu la guerre et la captivité, trop malheureux dans son ambition pour rester ambitieux, se vit tour-à-tour dépouillé de ses possessions ou de ses espérances et ne garda intact qu'un privilège, celui de se consoler par les arts et par les bienfaits.

C'est au château d'Angers, dans le bâtiment orné de tourelles à fuseaux, formant aujourd'hui l'entrée de la prison, que René avait pris naissance (Juillet 1409).

Le nom de Tiphaine, nourrice dévouée aux soins de laquelle le confia Yolande d'Aragon, sa mère, doit être conservé, parce que lui-même a pris soin de le consacrer dans ses écrits reconnaissants.

De nombreux désastres signalèrent l'année de la naissance de René. L'hiver, long et rigoureux, se prolongea de la Saint-Michel à la Chandeleur; de grands fleuves débordèrent ; la famine exerça ses ravages : tristes indices des calamités de la France et d'une vie semée d'épreuves, de périls et de douleurs.

Les chroniques nous donnent peu de détails sur l'enfance du jeune prince, qui reçut au berceau le titre de comte de Piémont. Confié, avec sa soeur Marie, au tendre dévouement de Thiephaine la Magine, il se plut à perpétuer sa reconnaissance par un monument élevé dans l'église de Nantilly de Saumur. La bonne nourrice y était représentée couchée sur sa tombe, tenant dans ses bras le frère et la soeur.

La révolution, qui n'épargnait aucune mémoire royale, a brisé de sa main de fer ce touchant souvenir. Mais l'inscription gravée sur une table de pierre est échappée au marteau des Vandales. Elle est restée tout à la fois comme un gage touchant de piété filiale, et comme le témoin de l'impuissante rage de ces obscurs démolisseurs (1).

 Aucun autre renseignement sur les premières années de René n'est venu jusqu'à nous.

A sept ans, il passa de la main des femmes sous la tutelle d'un savant clerc et d'un preux chevalier, nommé Jehan de Proissy, « vacquant l'une fois aux armes, et l'aultre aux lectures, et tant prouffiia en tous les deux exercices, qu'il estoit tenu en iceulx, plus que son jeune aage ne requeroit, expérimenté et savant. »

Le roi de Sicile l'avait conduit à la cour de France aux fiançailles de sa fille Marie et du comte de Ponthieu, troisième fils de Charles VI. Les heureuses inclinations de René, son air doux et spirituel, ses piquantes saillies attirèrent l'attention du cardinal de Bar, son grand-oncle maternel. Il prit l'enfant en vive tendresse, et voulut se charger lui-même des soins et de la surveillance de soit éducation.

Comme c'était un noble seigneur, magnifique, éclairé, aussi pieux que savant, aimant les lettres et les arts, il se plut à faire naître et à développer les mêmes dispositions dans le jeune prince. Ou croit que René reçut alors les premières leçons de peinture des deux frères, Hubert et Jean Van Eick. Ce dernier, plus connu sous le nom de Jean de Bruges, et fondateur de l'école flamande, avait mis en usage la peinture à l'huile, et remplissait alors l'Europe de sa renommée et de ses tableaux.

Le bon cardinal, qui avait perdu deux frères à la bataille d'Azincourt, avait succédé h leur couronne ducale. Sans héritier direct, sans neveu de son nom, il ne tarda pas à adopter René, et à lui assurer le duché de Bar.

 Il lui donna même, malgré son extrême jeunesse, l'ordre de la Fidélité, dont il était grand-maître. Quarante seigneurs lorrains faisaient partie de cette chevalerie. Ils portaient un lévrier bleu, brodé sur leur écharpe, et pour devise : Tout ung. Le but de l'association était de s'aimer et de se soutenir mutuellement dans la bonne et la mauvaise fortune (2).

Rien n'indique que René fût auprès de son père, lorsque ce prince, atteint d'une maladie mortelle, succomba, jeune encore, dans sa bonne ville d'Angers (1417). La France entière s'associa à la douleur de la reine de Sicile. Le vieux roi et le dauphin le pleurèrent amèrement. Ils assistèrent en grand deuil à ses obsèques et disaient qu'ils avaient perdu leur soutien, leur conseiller et leur ami (3).

Yolande, devenue régente et tutrice de ses enfants, ne rappela point René en Anjou. Il continua d'être élevé sous les yeux du cardinal de Bar, qui lui portait une affection paternelle.

Bientôt il l'associa à son gouvernement, et, dès l'année 1418, le nom du jeune prince, sous le titre de comte de Guise, était joint à celui de son grand-oncle, dans les actes et les lettres adressés aux principaux officiers du duché.

Des bandes de soudoyers, attirés de France et de Bourgogne par l'espoir du pillage, exerçaient alors dans le Barrois d'épouvantables ravages. Le bon cardinal, qui savait au besoin porter « ung bassinet pour mitre, et pour crosse d'or une hache d'armes » se souvint de la vaillance héréditaire de sa race.

Marchant avec René a la tête de ses chevaliers, il tailla en pièces les bandits, châtia sévèrement les seigneurs, qui leur donnaient asile, et rétablit l'ordre et la sécurité dans ses états. Un projet qu'il méditait depuis longtemps dans l'intérêt de ses vassaux, la réunion des duchés de Bar et de Lorraine, lui restait à accomplir.

Charles II, dit le Hardi, régnait sur cette dernière province. Téméraire, entreprenant, toujours les armes à la main, il avait suivi le duc de Bourbon devant Tunis, combattu à Rosebeck, à Azincourt, en Flandre, en Allemagne, et vaincu en bataille rangée, et à un rendez-vous donné, l'empereur Venceslas sous les murs de Nancy. Tandis qu'il guerroyait en tous lieux où brillaient les lances, cherchant les aventures, les sourires des dames et les louanges des ménestrels, la bonne duchesse Marguerite de Bavière pleurait au pied des autels sur l'inconstance de son époux et sur ses enfants moissonnés dans leur adolescence. Il ne lui restait que trois filles, dont l’ainée, la douce Isabelle, annonçait les vertus et les grâces de sa mère.

Elle devait être l'héritière du beau duché de Lorraine, et les plus nobles princes songeaient déjà, malgré son jeune âge, à demander sa main.

Un obstacle difficile à surmonter s'opposait aux vues du cardinal Philippe. Charles, élevé sous les yeux du duc Philippe à la cour de Bourgogne, avait suivi la bannière de Jean Sans-Peur. Il répugnait à une alliance avec la maison d'Anjou, et craignait de s'aliéner une protection puissante.

Il consenti cependant à une entrevue proposée par le cardinal. L'éloquence du généreux vieillard, les motifs politiques qu'il exposa, le désir unanime du peuple et de la chevalerie des deux états, et plus encore, la bonne mine, le courage et la réputation naissante de René, qui, a dix ans, avait gagné ses éperons et fait ses premières armes, triomphèrent des hésitations du duc de Lorraine (4).

Les deux princes convinrent, avant de se séparer, que le jour de la Pentecôte, au plus tard (1419), le comte de Guise sérail de retour d'Anjou, porteur du consentement de madame Yolande, qu'il serait ensuite confié à la garde du duc de Lorraine, et qu'il habiterait la cour de Nancy jusqu'à sa quinzième année, époque fixée pour son mariage.

Le MARIAGE

Le 24 juin suivant, le cardinal renouvela la cérémonie de l'adoption, proclama René son successeur et unique héritier, lui céda le marquisat de Pont-à-Mousson, et lui fit jurer fidélité par tous ses vassaux. Le duc de Lorraine exigea le même serment pour sa fille Isabelle. Un contrat, revêtu des armes de Lorraine et de Bar, mit le dernier sceau à ces solennels engagements (5).

Les acclamations populaires avaient ratifié la convention de Saint-Mihiel, et tout était réglé entre les deux princes, lorsque le duc de Berg, beau-frère du cardinal, furieux de se voir enlever ce qu'il appelait son héritage, entra sur les terres de Bar, les armes à la main. Battu et fait prisonnier à la première rencontre, il fut trop heureux d'obtenir son pardon de la générosité du vainqueur.

 

Rien ne devait plus retarder l'accomplissement du traité. Le duc de Bourgogne, qui ne rêvait que vengeances depuis l'assassinat de son père sur le pont de Montereau, semblait excepter la maison d'Anjou de sa haine. Il avait répondu de gracieuses paroles aux ambassadeurs de Lorraine, et envoyé de magnifiques présents aux jeunes fiancés, lorsque le cardinal de Bar et le comte de Guise arrivèrent à Nancy, suivis d'un brillant cortège.

Quoique René n'eût pas treize ans, et qu'Isabelle en comptât dix à peine  « tous estoient si joyeulx de veoir la fervente et cordialle amour, qui estoit entre ces deux jeunes gens » que le duc Charles ne crut pas devoir différer davantage l'époque de leur union.

Henri de Ville, évêque de Toul, célébra le mariage à Nancy, le 14 octobre 1420 (6), au milieu des fêtes et des cris de joie des deux peuples, qui croyaient que cette alliance terminerait les divisions et les guerres dont ils avaient été trop souvent victimes (7).

 

Un seul homme, le comte Antoine de Vaudemont, ne partageait pas l'allégresse générale. Proche parent de Charles le Hardi et de même lignage, il avait servi son seigneur en fidèle vassal, en tous les lieux où l'avait entraîné son humeur belliqueuse. Mais il regardait la Lorraine comme un fief salique, qui ne pouvait par une femme sortir de sa maison. C'était un prince né sous la tente, familier avec les périls, et dont la fierté et le bonheur égalaient l'audace. Ses exploits, toujours couronnés de succès, lui avaient fait donner le surnom d'Entrepreneur (8). Il était, du reste, d'un caractère élevé, généreux et plein de droiture, ami des pauvres et grand justicier. Mais, une fois convaincu de la bonté de sa cause, rien ne pouvait lui faire abandonner son droit. Il remit à un autre temps à le faire valoir par les armes.

Un petit nombre d'événements signalent les premières années du mariage de René. Sous le charme de son amour pour Isabelle et partageant son temps entre les cours de Lorraine et de Bar, il cultive la musique et ta peinture, étudie les langues anciennes, la législation et les coutumes féodales, et perfectionne dans de courts intervalles de paix une éducation au-dessus de son siècle.

Nous le voyons cependant marcher avec son beau-père au secours de la ville de Toul, attaquée par les bourgeois de Metz, châtier la révolte de Jean de Luxembourg, comte de Ligny, prendre d'assaut sa capitale, forcer le damoisel de Commercy de s'avouer son homme-lige et son vassal, et terminer heureusement de rapides expéditions dirigées contre de turbulents voisins.

Mais dans ce siècle d'anarchie et de confusion sanglante, tandis qu'à Paris les léopards flottaient au-dessus des lys sur les tours de la basilique de Philippe-Auguste, et que l'époux de Marie d'Anjou faisait appel aux princes de son sang et à la fidélité de sa chevalerie, il était impossible que le duc de Bar restât longtemps étranger à la guerre sainte.

Déjà il avait vu à Nancy l'héroïque Jehanne de Vaucouleurs; elle l'avait sommé de l'accompagner à Orléans, et de suivre enfin la bannière de Charles VII.

 Le glorieux voyage de Reims permit à René d'accomplir sa promesse (9). A celle nouvelle inattendue, son dévouement et son ardeur ne connurent plus de bornes. Entraînant sur ses pas le duc de Lorraine, il se hâta de conclure une trêve avec la ville de Metz, leva le siège de Vaudemont, et rejoignit l'armée royale sous les murs de la cité de saint Rémi.

Les trois princes de la maison d'Anjou chevauchaient près de leur roi à cet immortel rendez-vous de la chevalerie de France. Du fond de l'Abruzze ultérieure, Louis III, vainqueur à Aquila, et le comte du Maine, son jeune frère, étaient accourus dans l'espoir de signaler leur vaillance, et d'y retrouver leur bien-aimée soeur.

Mais les vertus et la beauté de la douce Marie n'avaient point encore fixé le coeur de son époux. Restée à Loches, sur un ordre royal, elle n'avait partagé que les mauvais jours; et ses pleurs, mêlés aux joies du triomphe, coulaient dans sa retraite solitaire, non loin du château d'Agnès Sorel.

 

SACRE DE CHARLES

 (Procession du Cortège du Roy, 1429, Sacre de Charles VII (Gilles de Laval - Les Otages de la Sainte Ampoule)

Ce fut le 16 juillet (1429) que Charles VII fit son entrée dans sa bonne ville de Reims. Il y fut reçu au chant du Te Deum par une population pleurant de joye et de lyesse. Les sires de Châtillon et de Saveuse s'étaient enfuis la veille avec les Bourguignons et la garnison anglaise ; et les habitants pouvaient se livrer sans crainte à leur amour pour leur roi.

« Le lendemain, qui fust le dimanche, on ordonna que le gentil daulphin prendroit et recevroit sou digne sacre; et toute la nuict fist-on grande diligence, à ce que tout fust prest au matin. Lors vint le roi dedans la grande église, au lieu qui luy avoit été ordonné, vestu et habillé de vestements à ce propices. Puis l'archevêsque luy fist faire les serments accoutumez, et ensuite il fust faict chevalier par le duc d'Alençon ; et par après l'archevesque procéda à la consécration, gardant tout au long les cérémonies et solennitez contenues dans le livre Pontifical. Là estoient grant nombre de chevalerie, les douze pairs, les princes du noble sang royal et Jeanne la Pucelle tenant son étendait en main. Il avoit esté à la peine, c'estoit bien raison qu'il fust à l'honneur (l0).

Régnault de Chartres, archevêque de Reims. Jean de Sarrebrucke, évêque de Châlons, Jean de Saint-Michel évêque d'Orléans, Robert de Rouvres, évêque de Seez, et deux autres évêques représentèrent les pais ecclésiastiques à cette auguste cérémonie.

Le due d'Alençon, le comte de Vendôme, les sires de Laval, de la Trémouille, de Gaucourt et de Mailly répondirent au nom des pairs laïques. Ces derniers, suivant un usage aussi vieux que la monarchie française, tombé depuis en désuétude, montèrent avec le roi sur un échafaud élevé à la porte de l'église de Saint-Remi.

«  Véez cy vostre roy, crièrent-ils en le montrant au peuple, que nous pers de France, couronnons à roy et souverain seigneur ; et s'il y a âme qui le vueille contre dire, nous sommes icy pour en faire droict. Et sera au jour de demain consacré par la grâce du Saint-Esperit, ce par vous n'est contre dict. » Mille acclamations annoncèrent le consentement du peuple.

Le lendemain, quatre chevaliers désignés par le roi pour être les gardiens de la Sainte-Ampoule, les maréchaux de Retz et de Sainte-Sévère, le sire de Graville, grand-maitre des arbalestriers, et l'amiral de Culant, furent chercher l'huile sainte à l'abbaye de Saint-Remi.

L'abbé, après avoir reçu leur serment, apporta processionnellemcnt le précieux vase jusqu'à la porte de l'église Saint-Denys et le remit entre les mains de Régnault de Chartres, qui le déposa sur le grand-autel de l'église cathédrale.

• Nous te requerrons, dit alors l'archevêque au roi, de nous octroyer que à nos églises, conserves le privilège canonique, loy et justice due, nous gardes et deffendes comme roy est tenu en son royaume. »

Charles répondit :

« Je, par la grâce de Dieu, prouchain d'estre ordonné roy de France, promects au jour de mon sacre, devant Dieu et ses saints, au nom de Jhésus-Xhrist, au peuple xhrestien à moy subject, ces choses :

» 1° Que tout le peuple chrestien je garderay à l'église, et tout temps la vraye paix par vostre advis. »

« Item, que je le deffendray de toutes rapines et iniquités de tous degrés. »

« Item, que en tous jugemens, je commenderay équité et miséricorde, » afin que Dieu clément et miséricordieux m'octroye et à vous sa miséricorde. »

» Item, que de bonne foy je travaillerai à mon pouvoir mectre hors de ma terre et juridiction tous les hérétiques desclarez par l'Esgtise.

 Toutes ces choses dessus dictes, je confirme par serment. »

 

Le sacre de Charles VII et les merveilleux exploits de la Pucelle remplirent l'armée royale d'une exaltation qui tenait du prodige. Animé de l'enthousiasme général, René voulait combattre les Anglais, sans leur donner un instant de trêve. Une généreuse impatience et l'amour de la gloire lui avaient fait oublier les conseils de prudence du cardinal de Bar. Mais toujours fidèle aux lois de la chevalerie, il envoya un de ses hérauts au camp anglais renoncer en son nom à tout lien de vasselage, et déclarer au duc de Bedford que son honneur ne lui permettait d'engager sa foi qu'entre les mains du véritable et seul roi de France, joint de l'huile sainte, et couronné par Dieu dans la ville de Reims (11).

Le retour de Charles, à travers la Champagne et la Brie, ne fut qu'un continuel triomphe. Partout les populations se pressaient sur son passage, avides de contempler les traits de leur roi. Chaque jour, de nouvelles villes lui remettaient leurs clefs, et chassaient les garnisons anglaises. A Dammartin, le peuple fit éclater de tels transports, que Jeanne, émue jusqu'aux larmes, s'écria : « En mon Dieu, voicy ung bon peuple: et quand je devray mourir, je voudrois bien que ce fust en cette terre. »

Les provinces, où la domination anglaise paraissait le plus affermie, n'étaient point a l'abri des excursions d'intrépides chevaliers.

La Hire avait pénétré au coeur de la Normandie, et escaladé, pendant une nuit obscure, la redoutable forteresse de Château-Gaillard. Il y trouva un de ses plus chers compagnons d'armes, le vaillant sire de Barbazau , enfermé déloyalement, et depuis neuf années, dans un cachot obscur (12). Quand La Hire lui en ouvrit les portes, le vieux chevalier refusa de sortir. Il avait récemment donné sa foi au gouverneur anglais de ne pas rompre ses fers, secouru ou non secouru; et il fallut que ce dernier vînt en personne lui rendre sa parole. La trahison des Anglais, l'indigne et cruel traitement qu'il avait subi, les chaînes dont il portait encore les marques et la victoire de La Hire ne lui semblaient pas des motifs suffisants pour le délier de la foi jurée, et sauvegarder son honneur.

 

La délivrance du bon chevalier fut un grand sujet de joie dans le camp de Charles VII. Le roi, qui le vénérait comme un père, échangea son épée avec la sienne; et dans des lettres patentes, où il l'appelle le soutien de sa couronne, lui donna le droit de porter les «armes pleines de France, unies à la croix d'or sur champ d'azur (13).

Depuis un demi-siècle Barbazan était le guide et le modèle de toute chevalerie. Les troubadours et les chroniqueurs célébraient à l'envi sa vaillance. Ils aimaient à chanter ce glorieux combat des Sept (14), près du chastel de Montendre, où l'illustre chevalier avait renouvelé les exploits de Deaumanoir, et cette héroïque défense de Melun, alors qu'assiégé par les Anglais et les Bourguignons, sans vivres, sans munitions de guerre, il faisait sonner les cloches pour remplacer ses trompettes, tués par l'ennemi, donnait l'ordre de chevalerie sur la brèche, livrait dans les contremines des combats souterrains, et méritait par ses vertus, autant que par ses grands coups d'épée, l'héroïque surnom de chevalier sans reproche.

Bercé à ces récits de gloire, le duc de Bar ne tarda pas à témoigner au vieux guerrier une admiration et une confiance sans bornes. Il lui demanda, comme une grâce, d'unir leurs deux bannières, de partager la même tente et de courir les mêmes périls. René l'accompagna dès lors dans tontes ses entreprises. Pont-sur-Seine, Anglure, Chantilly, Pont-Sainte-Maxence et Choisy tombèrent bientôt en leur pouvoir.

 (Dernier vestige de l'une des résidences d'été du Roi René, duc d'Anjou, ce château fort est implanté aux Ponts-de-Cé dans le Maine et Loire)

 

René et la guerre de Cent ans

Ils rejoignirent, le 25 août suivant (1429), l'armée royale à Saint-Denis; mais après l'inutile combat livré aux portes de Paris et la retraite de Charles derrière la Loire, ils pénétrèrent en Champagne, dont Barbazan était gouverneur. Leurs premiers combats furent des victoires.

Huit mille Anglais assiégeaient Châlons, qui n'avait pour sa défense que le courage de sa milice et la lance d'un petit nombre de braves gentilshommes. Pressés par tant d'ennemis, les habitants allaient ouvrir leurs portes, quand René el Barbazan, a la têle de quatre mille hommes, s'élancent sur les Anglais, sans souci du nombre, les taillett en pièces et délivrent la ville (15).

La prise de la forteresse de Chappes suivit de près ce brillant fait d'armes. Jacques d'Aumont s'y était enfermé avec une garnison nombreuse. Il avait appelé à son aide la chevalerie du duché de Bourgogne, et le grand maréchal Antoine de Toulongeon, les sires de Chastellux, de Rochefort et de Poligny s'étaient empressés de marcher a sa voix.

Un sanglant combat, où ils perdirent leurs tentes, leurs drapeaux et leur artillerie, assura dans toute la Champagne le triomphe de la cause royale, et mil le comble à la réputation et à la gloire du jeune vainqueur.

 

Le roi de Sicile el le comte du Maine assistaient à cette bataille. Ils avaient rejoint leur frère depuis quelques jours, et se dirigèrent avec lui sur le Dauphiné, envahi par le duc de Savoie et Louis de Châlons, prince d'Orange. Le célèbre défenseur d'Orléans, Louis de Gaucourt, bailli de la province, les sires de Tournon, du Bouchage et de Bressieux, Jean de Lévis, Pierre du Terrait el une foule d'autres vaillants chevaliers étaient accourus à la défense de leur patrie.

Attaqué entre Colombiez et Anthon, sur les bords du Rhône, Louis de Châlons perdit l'élite de ses hommes d'armes. Il allait lui-même tomber entre les mains de cavaliers, qui l'avaient reconnu à son écu d'argent, lorsqu'il se précipita tout armé dans le Rhône. Longtemps son cheval de bataille lutta en vain contre le courant du fleuve; mais enfin on le vit reparaître sur la rive opposée, et le prince put entendre de loin les acclamations arrachées aux vainqueurs par son audacieuse témérité.

La mort du vénérable cardinal de Bar, suivie presque immédiatement de celle du duc de Lorraine (1430), rappela René à Nancy. Il y fil son entrée avec Isabelle, montés l'un et l'autre sur de magnifiques destriers, au milieu des bénédictions d'un peuple immense et de vieux cris de joie, Noël! Noël !

Le clergé et les hauts barons les attendaient suivant l'usage auprès d'une vieille croix de pierre, élevée à la porte Saint-Nicolas. Le duc et la duchesse mirent pied à terre avant de pénétrer dans la ville. Ils donnèrent leurs chevaux au chapitre de Saint-Georges, qui portait devant eux la croix et le cuissard du chevalier céleste. Alors les gentilshommes et le peuple entonnèrent le Veni Creator.

Les deux époux furent ainsi processionnellement conduits jusqu'à l'église ducale. Ils s'agenouillèrent devant le grand autel, el le doyen leur présenta un missel entre-ouvert.

« Nos très redoubtés seigneurs, ajouta le vieillard, vous plaît-il de faire le serment et devoirs que vos prédécesseurs de glorieuse mémoire ont accoustumé de prêter et faire de toute ancienneté à leur nouvelle réception en ceste duché de Lorraine et à leur première entrée en ceste ville de Naucy. »

« Volontiers, répondirent René et Isabelle; » puis étendant la main sur le saint livre, ils jurèrent par leur part de paradis, de bonnement entretenir les droicts de Lorraine. La dame Marguerite, qui en deuil estoit, feut joyeuse de veoir sa fille ainsi honorée (16).  

L'histoire du moyen âge n'offre rien de plus solennel que ces actes religieux, où le peuple, le clergé et la noblesse sommaient un prince à sou avènement à la couronne, de maintenir leurs franchises, libertés et privilèges.

Un mélange de loyauté et de rudesse, de dévouement et d'indépendance se retrouve toujours dans ces généreuses coutumes de nos pères, et si l'on pouvait juger de la dignité et du degré de liberté de deux époques par l'élévation du caractère, de la pensée et du langage, il ne nous resterait qu'à jeter un voile sur notre front.

Les premiers actes de René révèlent une maturité et une sagesse peu communes dans un prince de vingt-deux ans. Il conclut avec la ville de Metz une paix bonne et durable, rappelle à la présidence de son conseil le vertueux Henri de Ville, évêque de Toul, s'entoure des hommes les plus distingués par leur mérite et leur savoir, et renonce aux fêtes et aux plaisirs, pour consacrer tout son temps à l'administration de son duché.

Une ordonnance contre les blasphémateurs (17), un règlement qui accorde une indemnité aux hommes d'armes, dont les chevaux avaient été tués à son service, et plusieurs lettres-patentes, où il assure diverses villes et abbayes de sa protection et confirme leurs privilèges, nous ont été conservés comme des gages de sa foi et de sa constante sollicitude.

Cette époque de la vie de René est sans aucun doute la plus heureuse de sa longue carrière. Béni de ses sujets, en paix avec ses voisins, il n'avait point encore ressenti le vent de l'adversité, et nul revers ne ternissait l'éclat de ses armes. On aimait à redire sa tendre affection pour ses peuples, sa brillante valeur, sa piété sincère. Le ciel avait récompensé les vertus d'Isabelle, et elle avait donné quatre beaux enfants à son seigneur.

Une année entière s'écoula au sein d'une paix profonde, pendant laquelle René visita successivement toutes les villes de sou duché, et reçut sur son passage de touchantes preuves de vénération et d'amour.

Pour la première fois, la Lorraine ne retentissait plus du bruit des armes, et sans l'ambition inquiète du comte de Vaudemont, rien n'eût troublé la tranquillité dont elle jouissait.

Ce prince, un des témoins du traité de Saint-Mihiel, n'avait point attendu la mort du duc Charles pour protester contre la clause qui assurait la couronne à René. Dès l'année 1425, il s'était refusé à le reconnaître en qualité d'héritier présomptif du duché de Lorraine.

Le château de Vaudemont était devenu tout à coup le rendez-vous des hommes d'armes. Ses remparts se couvraient d'archers et de sentinelles, et, à l'ombre de ses hautes tours, le comte avait clairement annoncé ses prétentions hostiles dans un langage plein de menaces. Vainement trois ans de guerre, suivis de l'invasion de ses états et de la prise de l'importante forteresse dé Vezelise l'avaient forcé d'accepter une trêve. Le moindre prétexte suffisait pour la rompre; il ne tarda pas à le faire naître.

La mort de Charles II, duc de Lorraine, son beau-père, ayant laissé cette province à Isabelle, il se trouva à l'âge de 22 ans, maitre de ce duché et de celui de Bar. Mais le premier lui fut contesté par Antoine de Vaudemont, que soutenait le duc de Bourgogne. Charles VII intervint en faveur de René.

Les armes ayant été appelées à décider la querelle, René fut vaincu à Bulgneville et emmené à Dijon, prisonnier du duc de Bourgogne. Sa captivité, quelque temps interrompue, ne cessa complètement qu'en 1436, moment où il vint prendre possession de son duché d'Anjou.

Ici se place une expédition à Naples, ce sacrifice imposé à tous les princes de la maison d'Anjou-Sicile.

René part à la fin de novembre (1437) pour Arles, Aix et Marseille, puis,-après être monté dans cette ville sur une flottille génoise, il débarque au mois de mai 1438 devant Naples, la couronne en tête et le sceptre à la main.

Le 9 août, il part pour une expédition dans les Abruzzes, s'empare d'Aquila, puis deux fois est obligé de se replier sur Naples que menace Alphonse d'Aragon. Il est enfin forcé de s'enfermer dans cette place dont il soutient le siège avec la plus grande valeur, au milieu des privations et des dangers que la défection lui cause.

Le 5 juin (1442), la trahison indiqua aux ennemis un passage souterrain, et Naples succomba malgré les efforts héroïques de notre duc, qui revint en France.

Sa mère, Yolande, était sur le point de mourir au château de Saumur. Elle ne put être témoin d'un acte bien important, dont son cœur eût été fier et dont l'accomplissement fut regardé comme assurant enfin une paix durable avec l'Angleterre.

 Henri VI, qui avait cru la couronne de France pour toujours fixée sur sa tête, vaincu, chassé et privé depuis quelques années de l'épée formidable du duc de Bedford, fit demander par Suffolk la main de Marguerite, fille de René.

Le mariage fut célébré à Tours (1444) et renouvela ainsi, entre l'Anjou et l'Angleterre, ces liens que Geoffroy-Plantagenet avait noués trois siècles auparavant. Mais ici encore, l'espérance de René fut déçue.

Les historiens, les romanciers et les poètes ont dit les malheurs qui accablèrent l'héroïque Marguerite d'Anjou, après que la guerre fatale des Deux-Roses eut eu pour résultat la défaite de Henri de Lancastre, son mari. Retirée au château de Dampierre, près de Saumur, elle y mourut en 1482.

Vers 1446, le roi René, fatigué de la guerre et de la diplomatie, affligé par la double perte de sa mère Yolande et d'un fils, Louis d'Anjou, voulut se délasser et se consoler en se livrant à la peinture et à la poésie, et en remettant en honneur les jeux de l'ancienne chevalerie.

Il donna, près de Chinon, un premier pas d'armes dit l'Emprise de la Gueule du Dragon et fut frappé pendant cette fête brillante, des grâces de Jeanne de Laval, alors âgée de l3 ans seulement, dont il garda le souvenir et qu'il épousa deux ans après la mort d'Isabelle de Lorraine (survenue le 28 février 1453).

 Il fit bientôt célébrer à Saumur un second pas ou tournoi, nommé l'Emprise de la Joyeuse-Garde, (1447) dont l'éclat fut immense.

Bientôt il institua un ordre de chevalerie, dont la devise, inscrite au-dessous d'un croissant, portait en lettres bleues ces mots : Loz (louange) en croissant. ==> expo - La chevalerie du roi René d'Anjou - Ordre de Saint-Michel et Armorial de l’Ordre du Croissant

C'était bien là le langage subtil, l'euphémisme du temps, cette recherche de rébus qui faisait sculpter des cherdons (chardons) dans les chapelles bâties à l'occasion des mariages, afin de rappeler le cher don que ce jour on avait reçu. Le long manteau de velours rouge fourré d'hermine, qui formait, pour les princes, l'habit de cet ordre, se voit encore dans presque tous les dessins ou statues qui représentent notre ancien duc d'Anjou.

 De si longs souvenirs sont peu en rapport avec le peu de durée de l'institution que, dès 1460, le pape Jules II interdit pour délier de leur serment de fidélité, au roi René, les chevaliers napolitains, dont l'appui, donné à Ferdinand d'Aragon, devait mieux favoriser ses intérêts.

Visitant de nouveau sa chère Provence, René se rendit à Aix, à Marseille, à Arles, à Tarascon et fit, dans ce dernier lieu, exécuter un pas d'armes pastoral, où les tenants étaient velus en bergers. Les belles Provençales regrettèrent vivement de voir finir ces emprises galantes, si l'on en croit ce que nous dit gracieusement Louis de Beauvau :

« Là, veissiez de ces doulx cœurs saillir

Dont je vis tressaillir

Une à qui cuida (pensa) le cœur faillir

Au dire adieu !

A peine revenu à Angers, René se rendit près de Charles VII auquel les Anglais venaient de déclarer de nouveau la guerre, guerre funeste pour eux, car ils y perdirent la Normandie et la Guyenne.

Il figura en équipage splendide à l'entrée du roi dans la ville de Rouen, le 11 novembre 1449. Bientôt il fit un nouveau voyage en Provence où la peste s'était déclarée, et revint près d'Isabelle de Lorraine qu'une maladie incurable avait atteinte.

Les chroniques nous dépeignent cette princesse comme pieuse et dévouée aux tendres soins de la famille. René, pour lui procurer un lieu de riante promenade et, en même temps, pour accomplir un vœu dont son rétablissement était l'objet, fit bâtir sur un rocher baigné par la Mayenne et parfaitement en vue d'Angers, un couvent qui forme aujourd'hui une gracieuse maison de plaisance. Comme il se trouvait en ce lieu une grotte renfermant une image de Sainte-Madeleine vers laquelle le voisinage venait faire des neuvaines, René nomma, en mémoire de la sainte Baume de Provence, le nouvel ermitage, petite Baume, ou Baumette. Devenu maison de Cordeliers, puis de Récollets, cet asile a été habité pendant quelques mois par cet écrivain des œuvres duquel on peut dire, comme Esope à propos des langues, tant de bien et tant de mal, par l'inimitable Rabelais.

Les vœux de notre prince ne furent pas exaucés.

Isabelle mourut le 28 février 1452. René alors ne cessa d'employer toutes les ressources de sa poétique imagination pour exprimer sa douleur. Il peignait, en souvenir de celle qu'il avait perdue, des cœurs brûlants, avec ces mots : d'ardent désir, puis les entourait d'un chapelet de patenôtres, en ajoutant : dévot lui suis.

Il repoussait les consolations offertes par cette devise imitée de Pétrarque : Arco perlentare piaga non sana (Relâcher l'arc ne guérit pas la plaie). Mais il n'avait que 45 ans; il lui sembla qu'après avoir été fidèle à un premier amour, il pouvait espérer un nouvel avenir de tendresse et, toujours rempli du souvenir de la charmante Jeanne de Laval, il l'épousa le 10 septembre-1445, à l'église de l'abbaye Saint-Nicolas de notre ville.

Jeanne de Laval, cette reine de Sicile, dont le souvenir est resté populaire, parcourut avec René les diverses parties de la province, se montrant en tous lieux aussi bienfaisante que son époux.

 

Hélas! l'affection si méritée qu'ils avaient inspirée aux Angevins devait bientôt se changer en regrets.

Tant que Charles VII avait régné, René, son beau-frère et, surtout son ami dévoué, avait tranquillement joui de son duché d'Anjou; mais, à la mort de ce prince, l'astucieux Louis XI ne tarda pas à jeter un regard de convoitise sur notre province. Déjà, il avait marqué à René, son oncle, du mauvais vouloir parce que celui-ci n'avait pas arrêté dans sa marche un parti de Bretons (1465) qui allait se joindre aux Bourguignons.

Neuf ans plus tard, Louis XI se met en campagne avec une nombreuse armée pour aller combattre le duc de Bretagne François II, arrive à Angers, prétend que René est l'allié des Bretons, feint une grande colère et, se présentant au château, somme le gouverneur de lui remettre ses clefs (1474). Aucune demande n'était plus imprévue : toute résistance était impossible.

 

René était à son château de Baugé lorsqu'il apprit la présence du roi son neveu dans notre ville. il voulut d'abord monter à cheval pour venir lui faire fête, mais, la vérité lui ayant été dévoilée: « Le roy, dit-il, n'aura point de guerre avecque moy….. car mon âge ne s'adonne plus aux armes. Jà longtemps que j'ai proposé de vivre le reste de ma vie en paix et repos d'esprit et le feroy s'il m'est possible. »

Il tint parole et quittant Baugé, alla se réfugier à Aix, où, sur cette promenade que Walter Scott nous a dépeinte dans Charles-le-Téméraire, sur cette haute terrasse que les habitants nommaient sa Cheminée, il eut pour consolation la présence de Jeanne de Laval et de l'héroïque Marguerite, et appela plus que jamais à son aide la musique, la peinture et la poésie.

L'ambition de Louis XI le poursuivit encore dans cette retraite; tantôt menaçant, tantôt affectueux et flattant René par des dons conformes à ses goûts, il décida le débile vieillard a léguer son comté de Provence a Charles, comte du Maine, comme lui neveu de René, sachant très bien, dit notre compatriote Bodin, comment il se ferait mettre à la place du comte, ce qui, en effet, ne tarda pas à s'accomplir.

René mourut à Aix le 10 juillet 1480. Son cœur, que les Provençaux ne voulaient pas d'abord permettre de leur enlever, ne fut apporté à Angers que l'année suivante (1481); déposé d'abord aux Cordeliers, dans la chapelle que notre duc avait fait élever à saint Bernardin, patron de son confesseur, il fut inhumé en grande pompe, à Saint-Maurice, près de la tombe d'Isabelle de Lorraine.

En 1482, Marguerite d'Anjou, en 1498, enfin, Jeanne de Laval, morte à son château de Beaufort, vinrent prendre place dans le même caveau ! Sous une seule dalle, que d'amour, de puissance, de poésie, d'héroïsme et de douleur !

Ce peu de mots sur la vie de notre duc René suffit, sans doute, pour faire apprécier son caractère, dont Walter-Scott ne nous a dépeint que les dernières faiblesses. Généreux, plein de courage, avant tout bon au peuple et secourable pour tous, ce prince n'a pas su joindre à sa hardiesse et a son énergie une continuité de volonté, une persévérance d'efforts toujours nécessaires pour arriver à de grands et féconds résultats.

Mais, sur combien de points son nom rappelle le progrès des arts et des créations qui ont a jamais fixé le souvenir de notre contrée ?

Instruit dans la science de la composition musicale et, surtout, passionné pour l'art de la peinture, dont les célèbres Van-Eyck et Jean de Bruges lui avaient, diton, donné les premières leçons, il dut recevoir une grande impulsion vers les créations artistiques et littéraires, de son séjour à Naples dans un temps où le Dante et Pétrarque avaient doté l'Italie de leurs chefs-d'œuvre, où, bientôt, Léonard de Vinci devait peindre cet ange dont son maître Verocchio devait se montrer jaloux, et Pérugin préparer ses pinceaux pour enseigner Raphaël. Aussi, tout en créant des miniatures, en enluminant richement des manuscrits et, surtout, en écrivant ou rimant ses œuvres poétiques et galantes, René aima la sculpture et développa dans l'Anjou le goût de ce style ogival qui, par la finesse de ses ornements, s'élançant en flammes vacillantes ou se repliant en feuilles légères, a mérité le double surnom de panaché et de flamboyant.

Instruit, assure-t-on, dans la science du calcul, comme dans celles de la théologie et de la jurisprudence; connaissant, de plus, le latin, l'italien, le grec, l'hébreu et le catalan, il ne se borna pas à former des bibliothèques, telles que celle de Beaufort-en-Vallée : il fit des règlement utiles sur la procédure et les impôts, favorisa l'agriculture, réorganisa la juridiction des prud'hommes pêcheurs de Marseille, instituée dans le Xe siècle ; favorisa l'exploitation des mines et la fabrication du drap, et fonda, près d'Apt, une verrerie célèbre, en déclarant par édit que les gentilshommes provençaux ne dérogeraient pas en exerçant de ce genre d'industrie.

A Baugé, outre le château dont plusieurs parties portent le cachet de son époque, il avait bâti la chapelle du Petit-Mont, aujourd'hui détruite, dans laquelle les émissaires chargés de lui annoncer la perte de sa province d'Anjou le trouvèrent, dit-on, peignant une bartavelle, cet oiseau brillant, ce met délicieux, dont on doit à ses soins l'introduction dans notre pays.

Le couvent si pittoresque de la Baumette, une des chapelles de notre cathédrale, la nef restaurée de l'église de St-Martin doivent entre-autres nombreuses constructions, conserver dans notre cité le souvenir de ce prince. Mais c’'est surtout au temps de la procession du Sacre et de la Charibaude de Saint-Pierre que ce souvenir se réveille parmi nous : les torches, les violons, les accessoires bizarres de la pieuse cérémonie ont été institués par René avant qu'il ne songeât a inventer les personnages si étranges de la procession d'Aix.

Dans un manoir élevé par lui au milieu des pêcheurs du canton de Reculée, il avait créé sous le nom de Roi des Gardons, un président a cette humble confrérie, et lui avait donné pour privilège d'allumer, en compagnie de la plus jeune mariée de l'année, le feu de joie traditionnel qui réjouissait tout le canton.

Tel fut notre prince : il n'a pas mérité l'épithète de Grand, mais il est pour tous, et a juste titre, le Bon roi René.

David, ce sculpteur dont la célébrité rejaillit sur nous, nous a donné deux fois son image. La première de ces statues représente René vieux et portant, avec le sceptre, le manteau et les insignes de l'ordre du Croissant : c'est déjà René dépossédé. C'est véritablement René réfugié à Aix.

La seconde, réalisation d'une noble et généreuse pensée de M. le comte de Quatrebarbes, nous montre bien notre jeune duc, le combattant de Charles VII, le valeureux et galant chevalier des emprises, ceint de l'épée, mais ayant près de lui la plume et les pinceaux qui devront calmer ses peines ou ennoblir ses loisirs.

Douze statuettes de bronze représentant les principales gloires de la contrée doivent se grouper autour de lui. Si vous demandez où se trouve ce monument, nous vous répondrons que la statue est déposée provisoirement au milieu du jardin fruitier et que les douze statuettes errent tout étonnées sur les hauts rayons de la bibliothèque de la Société d'agriculture.

0 cité angevine! Foulques-Nerra est mort : mais il nous semble qu'il n'est pas besoin d'un grand édificateur pour mettre en lumière un monument aussi vivement appelé par les vœux de tous!

L'Anjou, ainsi réuni à la couronne, n'en fut plus séparé ; il eut des gouverneurs qu'elle nommait et devint l'apanage des princes.

Mais, s'il cessait de vivre, pour ainsi dire, de sa vie propre, son nouveau possesseur la dota d'une institution qui devait profondément modifier ses mœurs et l'aspect même de sa principale cité.

La création des communes, hâtée dans une partie de la France par divers rois et, notamment, en 1515, par Louis le Hutin, était à peine, à la fin du XVe siècle, ébauchée dans notre contrée, tandis que dès le XIIe siècle, notre comte Henri II, roi d'Angleterre, avait donné aux habitants de la Rochelle une charte de commune au nom d'Aliénor, sa femme, duchesse d'Aquitaine.

Quelques habitants se bornaient au XVe siècle à se rassembler, de temps en temps, dans une salle située au-dessus de l'ancienne porte Chapelière, pour y traiter des affaires que le duc d'Anjou avait pu leur confier.

Il y avait bien loin de là, on le comprend, non-seulement aux institutions municipales qui bientôt se développèrent, mais même aux anciens droits municipaux que les Romains avaient donnés à Juliomagus.

Au mois de février 1474, Louis XI donna noire charte municipale accordée, dit le préambule, en reconnaissance de la fidélité que les habitants d'Angers avaient montrée a la couronne pendant la Ligue du Bien public.

Il est probable qu'en faisant cette concession, l'astucieux monarque avait moins en vue notre félicité que l'utilité, d'une part, d'apaiser en Anjou les regrets nés de l'expulsion du roi René; d'une autre, d'affaiblir la puissance des seigneurs de son nouveau duché, en élevant près d'elle une puissance rivale qu'il se réservait, sans doute, de modérer au besoin a l'aide de quelque subterfuge.

Le bienfait n'en fut pas moins acquis et, bientôt, notre ville prit possession de ses nouvelles armoiries, conservées encore de nos jours, et composées d'un écu ayant champ de gueules (rouge) avec une clef d'argent en pal, et deux fleurs de lys d'or sur un chef d'azur, « Qui est assez, dit Bourdigné, pour montrer que la bonne ville d'Angers est l'une des clefs du très cbrestien royaulme de France. »

 De fait, la situation de notre ville aux portes de la Bretagne et de l'Aquitaine, les sièges nombreux qu'elle a eu à soutenir contre les Bretons et les Normands, semblent lui avoir dès longtemps mérité le titre inscrit sur son blason.

Sans reproduire tous les détails héraldiques des armoiries que posséda précédemment notre province, nous rappellerons que les comtes ingelgériens portaient d'azur au chef de gueules, et que, sous Charles Ier, frère de Louis IX, l'écu eut un champ d'azur semé de fleurs de lys d'or sans nombre, avec un lambel pour brisure et trois pendants de gueules. Sous Charles VI, les fleurs de lys sans nombre de l'écu de France furent réduites à trois.

Celles de l'écu d'Anjou éprouvèrent la même réforme, mais la brisure, qui était un lambel, fut remplacée par une bordure de gueules.

Par la charte de Louis XI, la noblesse fut accordée aux officiers municipaux, savoir : aux maire, sous- maires, échevins, conseillers, etc., leur attribuant, pour eux et leur postérité les privilèges, franchises et libertés « dont jouissent, usent et ont accostumez de joïr et user les autres nobles du royaulme, avec pouvoir de parvenir à l'état et ordre de chevalerie, si bon leur semble, et d'acquérir fiefs, juridictions, terres et seigneuries nobles et noblement tenues. »

Cette dernière disposition eut pour résultat de déterminer un certain nombre de familles nouvellement anoblies à acheter des terres dont elles joignirent fastueusement le nom à celui de leurs ancêtres, de sorte qu'au bout de peu d'années, il fut très difficile en Anjou de distinguer des maisons titrées depuis longtemps.

Angers ancien et moderne : guide de l'étranger dans cette ville et ses environs / par É. L. [Lachèse],

 

(Histoire de la Pucelle. Lebrun des Charmettes).

 

 

 

Des femmes Vikings au Ponts de Cé (château pont-de-céais) 869 <==.... ....==>Installation de René en Anjou

 

Contes et légende d'Anjou, La Baillée des Filles du Bon Roi René <==.... ....==> Angers : Joutes Equestres (La Balade du Roi René)

Liste des comtes et ducs d'Anjou - monument René d'Anjou - Angers  <==.... ....==> Monument au roi René – Sculpture DAVID Pierre Jean - Château d' Angers

État du royaume de France en 1429, la Porte de France Vaucouleurs <==

 

 

 


 

 

René d’Anjou dans le Procès de Jeanne d’Arc

Jeanne d'Arc, emprisonnée à Rouen, a répondu dans son deuxième interrogatoire public à celui de ses juges qui lui demandait : « N'eûtes-vous point affaire avec le duc de Lorraine ?

— Le duc de Lorraine manda qu'on me conduisît vers lui. J'y allai et lui dis: Je veux aller en France. Le duc m'interrogea sur la recouvrance de sa santé. Mais moi je lui dis que de cela je ne savais rien. » Et lorsque l'interrogateur reprend :

 « Parlâtes-vous beaucoup au duc de votre voyage? » Jeanne répond:

«Je lui en communiquai peu de chose. Toutefois je lui dis de me laisser son fils (René d'Anjou, duc de Bar, qui avait épousé Isabelle de Lorraine.) et des gens pour me conduire en France, et que je prierais Dieu pour sa santé. J'étais allée au duc sous sauf-conduit. En le quittant, je revins à Vaucouleurs. »

— L'interrogateur : « Quel était votre costume quand vous partîtes de Vaucouleurs? » Jeanne: « A mon départ de Vaucouleurs j'étais en habit d'homme; je portais une épée que m'avait donnée Robert de Baudricourt, sans autres armes. »

Des réponses de cet interrogatoire et des dépositions empruntées au procès de réhabilitation se dégage très clairement cette déduction : c'est bien à Vaucouleurs que Jeannette a été munie de son premier « harnoys » de guerre, et pourvue de son premier cheval.

A Nancy, le seigneur duc avait borné ses largesses à un don de « quatre francs ». Pourquoi aurait-il donné davantage à cette pucelle de Domrémy qui l'exhortait « à reprendre sa bonne épouse », la sage Marguerite de Bavière, délaissée pour la belle Alison du May? Pourquoi aurait-il donné davantage à cette bonne et simple villageoise, qui, — n'étant pas sorcière, — n'avait à lui vendre aucun philtre pour « la recouvrance de sa santé? »

V. Joseph Fabre, Procès de réhabilitation de Jeanne D'Arc - Joseph Fabre, Procès île condamnation de Jeanne d'Arc, d'après les textes authentiques des procès-verbaux officiels. Traduction avec éclaircissements.

 

 

(1) Cy gist la nourrice Thiephaine

La Magine, qui ot grant paine,

A nourrir de let en enfance

 Marie d'Anjou, royne de France :

Et après son frère René,

Duc d'Anjou et depuis nommé,

Comme encores, roy de Secile,

Qui a voulu en ceste ville

Pour grant amour de nourriture,

Faire faire la sépulture

De la nourrice dessusdicle,

Qui à Dieu rendit l'Ame quitte,

Pour avoir grâce et tout déduict,

MCCCCLVIII

Du moys de mars treizième jour,

je vous pry tous par bon amour,

Affin qu'elle ail ung pou du voslre,

Donnez luy une pate nostre.

 

(1) Thibault V, comte de Blamont, était le fondateur de cet Ordre, où nous voyons deux chevaliers de l'illustre maison de Beaufremont. Un chevalier du même nom, le vaillant sire de Charny, reçut le collier de la Toison-d'Or à la création de l'Ordre.

(2) Le caractère de Louis II et son esprit de modération et de bonté sont peints dans son testament. « Il recommande au roi, pour le bien du royaume, de faire accord avec le duc de Bourgogne. Il pardonne à ce prince toutes les injures qu'il en a reçues. Il pardonne aussi au comte de la Marche, Jacques de Bourbon, mari de Jeanne de Duras, quant à Dieu, mais non pas aux droits de ses enfants au royaume de Sicile.»

Hadoyn de Bneil, évêque d'Angers, Guy de Laval, Pierre de Beauvau, Barthélemi et Gabriel de Valory sont nommés ses exécuteurs testamentaires.

(1) Voyez : 1° Articles accordez pour le mariage de René d'Anjou, comte de Guise, avec Isabelle de Lorraine.

2° Lettres de la reine Yolande d'Anjou et de Louis d'Anjou, son fils aîné, par lesquelles ils consentent que René, fils et frère des dessusdicts, porte les armes de Bar.

(Dom  Calmet. Preuve de l'hist. de Lorraine, tom IV)

 

(5) Cet acte, daté de Saint-Mihiel, le 13 août 1419, commence ainsi :  « Ayant égard à la grant proximité de lignaige, dont nous atteint, tant par pire que par mère, nostre très chier et très amé nepveu, messire René, comte de Guyse, filz de feu nostre seigneur et cousin le roy de Secile, et est isseu de hault rang et lignaige royal de couronnes de France, de Secile et d'Arragon ; encor de deux costez du sang impérial.... Puis plusieurs autres grandes causes justes et raisonnables a ce noua pouvant, etc. »

(6) Le 14e jour d'octobre 1420, espousa René duc de Bar, et depuis roy de Secile, Ysabelle, fille de monseigneur Charles duc de Lorraine. (Heures manuscrites du roy René).

(7) Le traité ratifié par Yolande d'Aragon, au nom de son fils, Louis III, pour régler le douaire d'Isabelle, contient tes considérations suivantes :

« Le bien de la paix est le plus excellent de tous les biens. Ysaye le desmontre en ses prophéties, où il appelle Nostre Seigneur Jésus-Christ pour lors à venir, prince de paix, en la nativité duquel la compagnie des anges chantent ; « Gloire au ciel et paix en terre. »

« Désirant de tout nostre cueur icelle paix, et pour ce que ès duché, pays cl seigneuries de Bar et de Lorraine, qui sont joignant, enclavés et marchisant, l'ung et l'aultre, en plusieurs parties d'iceulx, comme chascun sait du temps passé, par plusieurs fois et longuement par hayne, méfaict et aultrement par l'instigation de l'esperit malin, effusion de sang, feux bouliez et aultres maux innombrables se sont ensuis, et semblablement se pourroient ensuir de jour en jour, si remède n'y estoit mis pour à ce obvier, résister et entretenir lesdicts deulx pays et seigneuries en bon amour, accord, paix, unité et tranquillité, avons appointé le mariage de René d'Anjou et d'Ysabelle de Lorraine.... etc. »

(8) « Ce prince, dit Champier, estoit hardy et preulx, que c'estoit chose merveilleuse, car en guerre il ressembloit ung aultre Thémistocle athénien. » Il avait épousé Marie d'Harcourt, dame d'Elbeuf, d'Aumole, de Drionne et de Mayenne.

(9) Les ducs de Bar et de Lorrainne,

Commercy et de grands seigneurs

Vinrent à son service et règne

Iceulx offrir, et d'aultrcs plusieurs.

(Martial d'Auvergne. Vigiles de Charles VII).

(10) Mémoires contemporains sur la Pucelle d'Orléans. Collection Petitot.

(11) Déclaration de René au duc de Bedfort.

« Hault et puissant prince, duc de l'edfort, je, René, fils du roy ce Jérusalem et de Secile, duc de Bar, marquis de Pont, comte de Guyse, vous fait assavoir que, comme très révérend père en Dieu, mon très chier et très aimé oncle, le cardinal de Bar, se soie, depuis peu de temps en ça, soy en sa personne transporté par devant vous, pour plusieurs besoignes et affaires, et entre aultres choses, ait par moy et en mon nom, et par vertu de certaines mes lettres de procuration par moy à luy données, fait en vos mains, comme vous disant régent le royaulme de France, foi et hommaiges des terres et seigneuries, que je tiens en fief de la couronne de France, et de ce, vous oyt promis obéissance, comme mes prédescesseurs ont accoustumé faire au temps passé aux roys de France, ainsi que mondict oncle m'a de ces choses certiffié par ses lettres closes, je, pour certaines causes, qui ad ce m'ont meu et émeuvent, ay dès maintenant, et pour lors, renoncé et renonce par les présentes pleinement et absolument à tous les fiefz , terres et seigneuries dont mondict oncle a, et pourroit avoir reprins de vous comme régent, à tous hommaiges, foy, serments et promesses quelconques qu'il pourroit avoir faict pour moy et en mon nom, en tout comme à moy pourroit toucher à vous comme régent du royaulme de France ; et pareillement renonce à toutes promesses et choses quelconques par moy faictes et passées par nosdicles lettres-patentes, à vous envoyées, en quelque manière que ce soit,et puist estre, et à toutes les circonstances ; et dépendances; et par ces présentes renonciatures et la teneur de ces présentes lettres, veuil entends, de ce jour en avant, par moy estre, et demeure quiète et déchargé de tous lyens de foy, hommaiges et promesses quelconques, que mondict oncle pourroit avoir faict en vos mains, comme régent, pour moy et en mon nom, et par vertu de mesdictes lettres de procuration à luy données, et autrement, et moy par mesdictes lettres-patentes, a vous sur ce envoyées , et ces choses vous signilié-je, et vous escript par ces présentes scellées de mou scéel pour y saulver et garder mon honneur. »

Données le tiers d'août 1429.

 

(1) ……La Hire

Si passa Seine sur le tard,

 Et d'eschelles prins sans mot dire

 La place de Chasteau-Gaillard.

Elle est à sept lieues de Rouen ;

Et fust là trouvé enferré

Dens une fosse Barbazan,

Où neuf ans avoit démonré.

De sa délivrance joyeulx

Fust le roy merveilleusement,

Car il estoit vaillant et preulx,

Et l'aymoit chascun grandement.

{Vigiles de Charles VII).

 

(13) Par lettres-patentes du 28 juillet 1451, Charles VII transmit ce glorieux privilège à Louis de Faudoas, premier baron de Gascogne, en lui permettant d'écarteler ses armes de celles de France sans triture. Louis avait épousé Oudine de Barbazan, fille unique de cet illustre chevalier et de Sibille de Montant.

(14) Ce combat eut lieu en Saintonge, le 4 mai 1404, à la suite d'un défi fait par les Anglais. Barbazan, chef de l'emprise, choisit pour ses compagnons les sires Tanneguy-Duchastel, de Villars, Pierre Clignet de Brabant, de Bataille, de Carouis et de Champagné, tous chevaliers éprouvés, hormis Champagné, qui faisait ses premières armes.

Les chevaliers partirent de Paris en grand appareil et bien armés. Ils arrivèrent au lieu marqué, ou le sire de Harpedenne, sénéchal de Saintonge, pour les Français, et le comte de Rutlaud pour les Anglais, étaient juges du camp.

Le jour du combat, les chevaliers français entendirent la messe bien dévotement le matin, et reçurent le corps de Notre-Seigneur. Puis le sire de Barbazan leur fit un discours pour leur rappeler la justice de leur cause; il leur dit qu'il ne fallait pas songer seulement à sa dame et acquérir la bonne grâce du monde, mais à combattre contre les anciens et perpétuels ennemis du roi et de la France, contre des gens qui venaient de tuer leur roi (Richard II) et de renvoyer outrageusement madame Isabelle, leur reine. Il leur tint encore plusieurs autres sages propos, et les exhorta à bien garder leur honneur.

Quant aux Anglais, on assurait qu'ils ne s'étaient préparés au combat qu'en buvant et mangeant de leur mieux. Ils furent complètement vaincus après un combat long et opiniâtre. Le sire de Scales, leur chef, fut tué sur la place d'un coup de hache.

(Le baron de Barante. Histoire des dues de Bourgogne. Le moine de Saint-Denis.)

(15) Ils (Barbazan et René) allèrent courir sus, et tellement se portèrent, dit Belleforest, que les Anglois feurent desconfits, et que guères n'en échappa. D'iceulx feurent prisonniers de cinq à six cents, et ne moururent de François que quatre-vingts.

(16) Chroniques de lorraine.

(17) Les maugréants, renieurs, dépiteurs et blasphémateurs seront punis, la première fois à l'arbitrage des juges, selon la puissance des coupables; la deuxième fois, la somme devra être doublée; la troisième le coupable sera mis au pilori, le jour de la fête ou du marché ; la quatrième enfin, il aura la langue percée d'un fer chaud.