Armand Jean du Plessis de Richelieu, de la Sorbonne à l’évêché de Luçon (Time Travel 1606)

Destiné à une carrière militaire, Richelieu se trouve dans l'obligation en 1605 de se tourner vers une carrière religieuse : son frère Alphonse-Louis du Plessis refuse l'évêché de Luçon (gardé depuis 20 ans dans la famille) pour devenir moine en entrant à la Grande Chartreuse, et la famille refuse de perdre ce qu'elle considère comme une importante source de revenus. Il est frêle et maladif (migraines dues peut-être à des crises d'épilepsie et à la tuberculose en fin de vie) : la perspective de devenir évêque ne lui déplaît nullement. Il avait un peu moins de 22 ans Les études universitaires l’attirent : il commence des études de théologie en 1605. Richelieu fut sacré évêque par le cardinal de Givry, le 17 avril 1607. 1er août (1607), il priait la Faculté de théologie de décider dans quelles conditions il subirait l'examen

La soutenance solennelle eut lieu le 29 octobre suivant. C'était une série de propositions, que le candidat avait à défendre contre les attaques de deux bacheliers de première licence désignés par la Faculté. Il est probable que, suivant l'usage, tout se borna à une argumentation sur une question de théologie tirée au sort. S'il faut en croire l'abbé Joly et Amelot de la Houssaye, Richelieu aurait eu à développer ce texte du prophète Isaïe : « Quis similis mihi? Qui sera semblable à moi? » et naturellement plus tard, quand il fut ministre, on se prit à voir dans ces paroles le présage de ses grandeurs futures. Son argumentation fut très brillante. Il fit preuvé d'une dialectique si serrée et déploya tant de solidité et d'éclat dans l'exposition, que les examinateurs lui donnèrent à l'unanimité le titre de docteur (1).

Philippe de Gamaches, qui faisait partie du jury, déclara « qu'il n'y avait jamais eu de soutenance pareille à celle de Richelieu, et qu'il eût appréhendé lui-même de discuter contre un si éloquent, si docte et si subtil théologien » . Un savant d'Allemagne, qui voyageait en France et qui se trouvait ce jour-là à la Sorbonne, fut tellement satisfait de cet examen qu'il consigna son admiration dans ses mémoires (2). Le cardinal de Retz lui-même disait, longtemps après, de Richelieu : « Sa jeunesse jeta des étincelles de mérite. Il se distingua en Sorbonne. On remarqua de fort bonne heure qu'il avait de la force et de la vivacité dans l'esprit (3). » Ce triomphe laissa de profonds souvenirs dans l'âme de Richelieu. Tant qu'il vécut, il se plut à témoigner une affection toute particulière aux docteurs de Sorbonne et rechercha toujours leur conversation, leur amitié et leurs conseils.

D'autres liens que le doctorat attachèrent Richelieu à la Sorbonne.

Dès le 31 octobre, deux jours après son examen, il se fit recevoir hospes et socius. A ce double titre, il était membre de la maison ou société de Sorbonne, fréquentait librement la bibliothèque commune, et prenait sa part de l'administration du collège.

Armand Jean du Plessis de Richelieu évêque de Luçon

 

 

Il est nommé évêque de Luçon le 18 décembre 1606 par le roi Henri IV, et se rend à Rome où il reçoit l'investiture canonique le 17 avril 1607des mains du cardinal de Givry. Après avoir pris ses grades en Sorbonne, Richelieu demeura encore une année à Paris, avant de se rendre à Luçon. Pour obéir aux règlements de la Faculté de théologie, il se livra au ministère de la prédication et prêcha, en même temps que le père Cotton, le carême de 1608, dans la chapelle du Roi. Henri IV lui donnait les marques d'une particulière bienveillance. Il aimait à l'appeler son évêque, montrant par là qu'il avait contribué plus que tout autre à l'élever aux honneurs de l'épiscopat. Il lui avait même fait entendre, à son retourne Rome, qu'il demanderait quelque jour pour lui la pourpre de cardinal, et, par ses paroles si gracieuses et si pleines d'une affectueuse courtoisie, il flattait l'amour-propre du jeune prélat et ouvrait de vastes horizons à son ambition naissante.

 

Repères Historiques Richelieu, la Pourpre et le Sang

Cette année 1608 ne fut cependant pas sans épreuve pour Richelieu.

Dès la fin du carême, il eut des accès de fièvre, et nous lisons dans sa correspondance qu'il eut à se faire remplacer par le père Cotton pour plusieurs discours qu'il avait encore à prononcer devant le Roi (4). Une maladie plus grave, dont il n'indique pas la nature, l'obligea ensuite à rester trois mois dans son lit, sans pouvoir s'occuper d'aucun travail (5). Dès qu'il fut guéri, il prit tout à coup la résolution de partir pour Luçon.

Richelieu, que le Roi comblait des attentions les plus délicates, aurait pu, comme tant d'autres évêques, rester à la Cour et y faire son chemin par l'intrigue. On sait en effet que le mal général de l'Église de France, à cette époque, c'était que presque personne ne résidait dans son bénéfice. Il fallait même quelquefois l'intervention de l'autorité civile pour contraindre certains évêques à faire la visite de leur diocèse et y distribuer le sacrement de confirmation. Pour ces prélats mondains, aucune disgrâce n'égalait celle d'être exilé dans leur ville épiscopale, Aussi s'est-on demandé, non sans curiosité, les motifs qui déterminèrent Richelieu à aller vivre au fond d'un pauvre diocèse, alors qu'il aurait pu demeurer à Paris, et y mener cette existence brillante, que comportaient son nom, son rang et sa jeunesse. On a voulu voir dans ce départ inattendu un raffinement d'ambition (6). On lui a prêté, sinon le mot, du moins les sentiments de César, aimant mieux être le premier dans une bourgade que le second à Rome. A vrai dire, Richelieu, à qui ses modestes revenus ne permettaient pas de faire grande figure dans la capitale, estimait peut-être qu'il valait mieux pour lui aller remplir sa charge d'évêque à Luçon, où il recevrait les mêmes honneurs qu'un gouverneur de province, que de rester à Paris, confondu dans la foule des prélats de Cour.

Mais il avait sans aucun doute d'autres préoccupations d'un ordre plus élevé. Les souvenirs de son ordination et de son sacre étaient encore trop récents pour que les impressions en fussent déjà effacées. Devenu le premier pasteur d'un diocèse, il se croyait tenu en conscience de remplir tous les devoirs de sa charge et de travailler au salut des âmes qui lui avaient été confiées. De tels sentiments n'étonnent pas chez un jeune homme qui est resté jusqu'à vingt- deux ans à l'abri de la corruption du monde, qui a toujours vécu dans la solitude et le travail, et qui, avant d'accepter la haute mission dont il est revêtu, en a calculé toutes les obligations et toutes les responsabilités.

En supposant même que l'ambition n'ait pas été étrangère à cette détermination, et que, dans la pensée de Richelieu, l'évêché de Luçon n'ait été qu'un « marchepied pour s'élever davantage (7), il n'en faut pas moins admirer la sagesse et l'esprit de décision dont il fit preuve dans cette circonstance. Ami de l'étude, il eut le bon sens de comprendre que les divertissements frivoles de Paris ne pouvaient lui convenir, et qu'il trouverait, au contraire, à Luçon le calme et le recueillement qui sont si favorables aux travaux de l'esprit. Toujours poursuivi du désir de marcher sur les traces du cardinal du Perron, il sentait qu'il ne pourrait réussir à se faire un nom dans la controverse qu'en se condamnant à vivre dans une retraite complète, où il serait tout entier à ses livres, à ses recherches, à ses méditations et à ses devoirs.

Enfin, il était encore très inexpérimenté, et il avait besoin de se former au maniement des hommes. Or, peut-être devinait-il que rien ne serait plus propre à lui donner de la maturité, que de remplir ses fonctions d'évêque. Un évêque, en effet, a des relations obligées avec toutes les classes de la société. Il est l'ami et le conseiller des riches, le soutien et le père des pauvres. Son action s'étend aux choses les plus diverses, aux études de son clergé, qu'il doit diriger, aux finances de son diocèse, qu'il doit gérer, aux administrations civile et militaire avec lesquelles il est en contact journalier et contre lesquelles il doit souvent défendre ses droits, sans soulever de conflits.

L'épiscopat allait donc être pour Richelieu l'apprentissage du gouvernement; c'est dans l'exercice de cette charge qu'il allait acquérir la prudence, le tact, l'application aux affaires, la fermeté, l'esprit de dévouement, toutes les qualités en un mot qui conviennent à la fois à un bon évêque et à un homme d'État.

Richelieu, après avoir fait ses adieux aux amis qu'il laissait à Paris, se mit en route pour Luçon, dans les premiers jours de décembre 1608. Le voyage était long et particulièrement difficile à cause des rigueurs de la saison ; les routes étaient en mauvais état et peu sûres. Il ne pouvait songer à faire ce trajet à cheval ou en poste : c'eût été compromettre la solennité de son entrée dans sa ville épiscopale.

Il fut donc réduit à emprunter un carrosse et quatre chevaux à M. de Moussy, ami de sa famille et cousin des Bouthillier. Les carrosses étaient encore une nouveauté : c'étaient des voitures monumentales où huit personnes pouvaient trouver place, mais non sans s'exposer à quelque désagrément ; car il y avait des mantelets de cuir en guise de glaces et des stores d'étoffe que l'on bouclait pour se garantir du froid (8).

Richelieu partit dans cet équipage et emmena avec lui, dans cette habitation roulante, les gens et les bagages nécessaires pour monter sa maison. Il s'arrêta très probablement au château de Richelieu, qui était sur son passage, pour voir sa mère et recevoir les dernières recommandations de celle qui jusque-là avait si bien veillé sur lui, et qui allait lui continuer sa sollicitude dans sa nouvelle charge. (==> PHystorique vous ouvre les portes du temps au château du Cardinal de Richelieu)

 Il lui était difficile également de ne pas faire une seconde étape au prieuré de Coussaye. Ce prieuré lui avait été laissé par son père. Richelieu en fit son séjour de prédilection; c'est là qu'il prit l'habitude de venir tous les ans, pour se reposer de ses fatigues et se guérir des fièvres contractées dans les marais de Luçon.

Le 21 décembre, il arriva à Fontenay-le-Comte. Cette ville, l'une des plus importantes du bas Poitou, comptait six ou sept mille habitants, et était le siège d'un bailliage et d'une élection. Les échevins et les notables vinrent lui souhaiter la bienvenue. Richelieu répondit «qu'il était heureux d'avoir son évêché proche d'une ville qui était renommée pour avoir donné une infinité de beaux esprits à la France. Comme toutes les sciences se tiennent par la main, et que l'une ne peut subsister sans l'autre, il attache, dit-il le plus grand prix à leur amitié et compte sur leur assistance.

« Si vous me jugez capable de vous servir, ajoute-t-il en terminant, je m'offre de bon cœur à vous, vous suppliant de croire qu'il n'y a personne au monde de qui vous puissiez- vous prévaloir à plus juste titre que de moi (9) ».

Le chapitre de Luçon avait envoyé des délégués qui étaient venus saluer l'évêque à Fontenay. Richelieu les accueille avec des paroles fort gracieuses mais où l'on pourrait relever une petite pointe d'ironie :

« Messieurs, leur dit-il, je ne saurais vous faire connaître le contentement que je ressens de recevoir les témoignages de la bienveillance de votre compagnie; jusques ici je n'ai pu être si heureux que d'avoir tous les cœurs de ceux qui en sont. J'attribue ce malheur à mon absence et au peu de connaissance que vous avez pu prendre de la bonne volonté que je vous porte. Mais maintenant que je serai avec vous et que je pourrai vous faire paraître combien je vous honore, je me promets que vous me voudrez tous du bien (10). » C'était une allusion aux démêlés qui existaient depuis longtemps entre le chapitre et Mme de Richelieu, et en même temps un appel à la concorde et à l'oubli des griefs : sa propre présence était une garantie d'apaisement et de réconciliation.

Après ces deux harangues, l'évêque, escorté des chanoines, se dirigea vers Luçon où il arriva le jour même, fête de saint Thomas (11).

L'antique cérémonial ne lui fut pas complètement appliqué.

 Autrefois le seigneur de Saint-Gemmes, l'épée au côté, en pourpoint de soie et en chausses semelées, venait prendre les rênes du cheval du nouvel évêque, et le conduisait jusqu'à la porte de l'évêché. Mais les du Bouchet, seigneurs de Saint-Gemmes, s'étaient faits protestants; ils avaient même, pendant les guerres de religion, livré Poitiers aux hérétiques et ruiné le prieuré de Saint-Cyr en Talmondais. On comprend donc que, devenus les ennemis de l'Église catholique, ils se soient dispensés de figurer à l'entrée de l'évêque de Luçon.

Richelieu fut reçu sur le seuil de la cathédrale par le chapitre, le clergé et le peuple de la ville; suivant l'usage, le doyen lui offrit l'eau bénite et l'encens, et lui rappela, dans le compliment traditionnel, les liens qui allaient l'attacher à l'Eglise de Luçon. Richelieu répondit par une courte harangue où il révélait plus nettement encore ses dispositions conciliantes :

« Messieurs, j'ai toujours infiniment estimé une loi que les anciens appelaient amnistie d'oubliance ; elle se pratiquait, à la fin des guerres civiles, pour convier les peuples qui avaient été animés les uns contre les autres à perdre la mémoire de tout ce qui s'était passé.

« Cette sainte loi doit être reçue parmi nous ; je vous exhorte, autant qu'il m'est possible, à l'embrasser. Pour moi, bien que je ne puisse ignorer qu'il y en a en cette compagnie qui m'ont été fort contraires, même depuis le temps qu'il a plu à Dieu de me rendre votre chef, je proteste que je n'en aurai aucun ressentiment. Cela vous doit convier à faire de même, si vous avez quelque différend entre vous, afin qu'avec le temps on puisse dire de vous ce que l'on disait, en l'Église naissante, de tous les chrétiens, eorum cor unum et anima una (12). »

Richelieu revêtit ensuite ses ornements pontificaux, alla à l'autel, puis au trône qui lui avait été préparé dans le chœur, et reçut les promesses d'obéissance de tous les prêtres présents à la cérémonie. Il prêta lui-même le serment suivant, la main sur l’évangile :

« Moi, Armand-Jean du Plessis de Richelieu, évêque de l'Église cathédrale de Luçon, je jure et promets fidélité à cette Église, mon épouse. Je promets en outre de ne révéler à personne les secrets du chapitre, pas même à celui des chanoines dont il aurait été question. Je défendrai de tout mon pouvoir les biens et les libertés de mon diocèse, et si quelque droit ou propriété a été aliéné je ne négligerai rien pour le recouvrer. Que Dieu me vienne en aide, et ses saints évangiles. Ainsi-soit-il (13). »

Se tournant ensuite vers le peuple, il lui adressa ce discours qui est si remarquable par les idées de tolérance qu'il contient, et qui dut produire une impression d'étonnement sur ceux qui l'entendirent :

 « Messieurs, venant pour vivre avec vous et faire ma demeure ordinaire en ce lieu, il n'y a rien qui me puisse être plus agréable que de lire en vos visages et reconnaître par vos paroles que vous en ressentez de la joie; je vous remercie du témoignage que vous me rendez de votre bonne volonté, que je tâcherai de mériter par toutes sortes de bons offices, n'y ayant rien que j'aie en plus grande affection que de vous pouvoir être utile à tous, en général et en particulier.

« Je sais qu'en cette compagnie il y en a qui sont désunis d'avec nous quant à la croyance ; je souhaite en revanche que nous soyons unis d'affection ; je ferai tout ce qui me sera possible pour vous convier à avoir ce dessein, qui leur sera utile aussi bien qu'à nous, et agréable au Roi à qui nous devons tous complaire (14). »

Quand les cérémonies furent terminées, le nouvel évêque du éprouver un véritable serrement de cœur, en visitant sa ville épiscopale. Ce n'était guère qu'un village de deux ou trois mille habitants.

Les luttes religieuses y avaient amoncelé les ruines. La cathédrale, édifice gothique du XIVe siècle, était dans un état de délabrement qui nécessitait les réparations les plus urgentes. Les voûtes étaient lézardées et menaçaient de s'effondrer sur les fidèles. Les autels avaient perdu leurs ornements : les tableaux, les tapisseries, les chandeliers d'argent, tout avait disparu. La sacristie ne contenait que les objets les plus indispensables au culte. A l'extérieur, la flèche avait été renversée et le portail presque entièrement détruit. Comme en beaucoup d'endroits, les sculptures avaient été brisées à coups de marteau par les protestants. L'église Saint-Philibert avait été ruinée de fond en comble et n'offrait plus qu'un vaste monceau de pierres. L'évêché, grande construction massive, avec tours et créneaux, était absolument inhabitable. A plusieurs reprises, il avait servi d'abri aux catholiques assiégés par les protestants, et les murs portaient encore des traces nombreuses des attaques qu'ils avaient soutenues. Les cours étaient envahies par les halliers; les jardins et les dépendances avaient cessé d'être entretenus depuis plus de quarante ans.

 Richelieu dut donc se mettre à la recherche d'une autre habitation. Un gentilhomme du pays lui offrit une maison assez loin de y la cathédrale, et c'est là qu'il logea en attendant que le palais épiscopal fût réparé.

Le peuple de Luçon était bon, simple, religieux et très dévoué à ses évêques. Mais les protestants, qui étaient nombreux, actifs et remuants, avaient dans la ville une très grande influence. Ils avaient profité de l'absence des évêques pour s'arroger les droits les plus exorbitants.

Richelieu allait remettre tout en ordre et réparer tous ces maux. Quelques années allaient lui suffire pour restaurer et décorer la cathédrale, rebâtir presque complètement le palais épiscopal, fonder un séminaire et plusieurs communautés religieuses, enfin évangéliser toutes ces pauvres populations, et faire du diocèse de Luçon l'un des mieux administrés de toute la France.

Désormais, le chapitre avait un chef qui saurait imposer son autorité, les catholiques un protecteur dévoué, les protestants un adversaire loyal, tolérant mais sans faiblesse, les nobles un gentilhomme de leur rang, enfin le diocèse tout entier un pasteur qui allait s'occuper de tous ses besoins avec un zèle infatigable et le faire bénéficier de sa propre gloire et de son étonnante fortune.

Il ne serait peut-être pas sans intérêt de faire ici le portrait de ce jeune évêque, au moment où il commence si modestement une carrière qui devait être si brillante. Tout le monde a vu au Louvre le portrait du cardinal de Richelieu par Philippe de Champagne. C'est une œuvre très exacte où l'on retrouve le « fantôme à barbe grise, à l'œil gris terne, aux fines mains maigres, l'homme à la forte tête, mais sans entrailles » qui causait tant d'effroi à Michelet.

Mais Richelieu, à l'âge de vingt-deux ans, avait plus de charmes et de séductions. Un bronze du Bernin et un tableau de Jode ont permis à l'historien de la duchesse d'Aiguillon d'esquisser avec un grand bonheur d'expression la physionomie si mobile et si intéressante de l'évêque de Luçon :

« A tous les dons de l'intelligence, Richelieu joignait alors beaucoup d'avantages physiques. Sans être élevée, sa taille était au-dessus de la moyenne, bien prise, et admirablement proportionnée. Souple et nerveux, il montait parfaitement à cheval et maniait les armes avec l'habileté d'un homme de guerre. Il avait dans son air quelque chose de cette raideur que donne l'habitude du commandement militaire, mais elle était adoucie par une exquise politesse.

« Son front était haut et largement découvert, avec des sourcils fins et bien dessinés. Il avait des yeux vifs et pénétrants quoique d'un gris un peu terne et souvent voilés par de longues paupières qui s'abaissaient comme si la lumière les eût fatiguées, ou qu'il eût mieux voulu concentrer l'effort de sa pensée. Le nez, légèrement busqué, était assez fort, mais bien fait, la bouche gracieuse et fine, avec des lèvres mobiles, ombragées d'une moustache très fournie et retroussée suivant la mode du temps. Sa figure, quoique allongée, était pleine et n'avait rien de cette maigreur maladive et de cette pâleur fiévreuse que les soucis de la politique devaient lui donner plus tard. Enfin une chevelure épaisse et soigneusement bouclée, qui relevait encore sa bonne mine, en faisait un beau cavalier en même temps qu'un prélat plein de noblesse et de distinction (15) ».

Voilà l'homme qui vient de monter sur le siège de Luçon et qui va donner à cet évêché les prémices de son activité et de son génie. Le théâtre dut lui sembler bien modeste et la tâche bien obscure; mais il avait foi en lui-même, et il pressentait que son séjour à Luçon ne serait qu’une étape très courte pour parvenir à des charges plus éclatantes.

Le diocèse de Luçon avait besoin d'un bon évêque. Au XVII siècle, le pays était pauvre, stérile, fiévreux. Un voyageur contemporain nous le décrit dans les termes suivants :

« Luçon ne devroit pas être mise au rang des villes, si on ne considéroit la qualité qu'elle porte d'évêché. Elle est située dans le Bas-Poitou, sur un petit ruisseau, au milieu de grands marais qui s'étendent principalement du côté par où nous arrivâmes, étant éloignée de la mer seulement de deux lieues ...

Aux environs, les chemins y sont entre deux fossés où souvent, si on ne prend garde à. soi, on peut s'égarer par la quantité des chemins qui ne sont pas frayés et qui se dispersent en plusieurs endroits de ces marais, pour aller à de petites chaumières qui sont la retraite de pauvres gens, qui ne vivent que d'un peu de blé qu'ils sèment sur la terre qu'ils ont tirée des canaux et des pâturages où ils nourrissent quelque peu de bétail; et n'y ayant point de bois pour se chauffer, ils usent des bousats de vaches séchés au soleil qui brûlent comme des tourbes. En un mot, je ne sais point de gens plus pauvres dans la France, que dans les marais du Bas-Poitou » (16).

Ce voyageur, Jouvin, de Rochefort, écrivait à une époque de prospérité relative. On peut s'imaginer ce qu'étaient le séjour de Luçon et l'aspect de l'évêché dans les années qui suivirent les misères de la Ligue ! Richelieu rencontrait, du premier coup, une tâche digne d'exercer sa piété et son génie.

Il était pauvre, nous l'avons dit. Mais il était fier et complait sur lui-même. Il avait vingt-trois ans. Il se mit à l'œuvre avec la décision qui était dans son caractère et qui est, d'ailleurs, si naturelle à cet Age.

Il fallut d'abord s'installer commodément. A ce point de vue, il avait tout à faire (17). Laissons-le parler lui-même:

 " Je suis extrêmement mal logé, car je n'ai aucun lieu où je puisse faire du feu à cause de la fumée; vous jugez bien que je n'ai pas besoin de grand hiver, mais il n'y a remède que la patience. Je vous puis assurer que j'ai le plus vilain évêché de France, le plus crotté et le plus désagréable; mais je vous laisse à penser quel est l'évêque! Il n'y a ici aucun lieu pour se promener, ni jardin, ni allée, ni quoique ce soit, de façon que j'ai ma maison pour prison » (18).

Cette prison, il s'efforce d'en faire un réduit sortable, et même honorable. La pointe de vanité qui se mêle à toutes ses actions se montre surtout par le soin avec lequel il s'applique à s'installer, à se procurer des domestiques faisant figure, du mobilier d'apparat, de la vaisselle plate. On sent qu'il est flatté de pouvoir écrire, après quelques mois de séjour, « qu'on le prend pour un grand monsieur dans le pays. » - « Je suis gueux, comme vous savez, écrit-il encore, dans un mouvement d'un joli tour, je suis gueux; mais toutefois, lorsque j'aurai plat d'argent, ma noblesse en sera fort relevée (19) »

On trouve, dans toute la correspondance de l'évêque avec une bonne amie, Mme de Bourges (20), les traits curieux d'une application aux détails, d'une précision méticuleuse, et un souci du qu'en dira-t-on, qui sont comme les premiers linéaments provinciaux du genre de génie qu'il devait consacrer à la conduite de sa propre fortune et à la direction des affaires publiques.

On y rencontre aussi des renseignements intéressants sur tout ce qui touche aux facultés d'administration du jeune prélat. Ses intérêts, en tant qu'évêque et baron de Luçon, sont l'objet de ses vives préoccupations (21).

Sa sollicitude s'étend d'ailleurs à tout son troupeau. Dans la grande misère qui accable ses administrés, il essaye, par tous les moyens, de leur venir en aide. Il s'efforce d'obtenir des secours ou du moins des dégrèvements d'impôts, et, pour cela, s'adresse un peu à tout le monde, aux personnes chargées de faire l'assiette de la taxe, aux habitants des villes voisines qui doivent supporter une part des charges communes (22); même au surintendant des finances, au tout puissant Sully, près duquel il agit par l'intermédiaire du marquis de Richelieu , resté à Paris. Il faut souligner, en passant, cette première trace des relations qui bientôt se noueront plus étroitement entre le ministre de Henri IV et celui qui devait être le ministre de Louis XIII. Actuellement, Richelieu est le solliciteur. C'est dans les termes du plus humble respect qu'il s'adresse au favori du roi. Plus tard, les rôles changeront, et les attitudes changeront avec les rôles (23).

La famille de Richelieu était, on s’en souvient, engagée dans un procès avec le chapitre de Luçon, au sujet de l’emploi des revenus de l’évêché pendant la vacance du siège. Armand du Plessis prend en main cette affaire et la règle par une transaction où, pour parler avec un des historiens de l’évêché de Luçon, « un prélat jeune encore et âgé seulement de vingt-quatre ans fit la loi à son chapitre et donna des preuves de la supériorité de son esprit sur tout ce qui l’entourait, »

L'une des conditions de cet arrangement fut la réparation, faite en commun, de la belle cathédrale de Luçon dévastée et à demi-ruinée par les guerres des protestants (24).

Richelieu ne s'occupe pas seulement du temporel : il donne au spirituel tous ses soins. Il met sa gloire à arracher, de son diocèse, l'ivraie qui l'obstrue.

Selon les prescriptions des Conciles, il fait, à Pâques de l'année 1609, sa tournée épiscopale. Il organise partout des prédications de capucins, des oraisons et des neuvaines « pour échauffer à la dévotion et à la piété les âmes qui se sont refroidies » (25).

 Il met un zèle particulier au choix de ses curés. Tandis que, partout ailleurs, ils sont nommés par la simple faveur, ou sur la recommandation de personnes influentes, il décide que, dorénavant, toutes les cures à sa collation seront données au concours, et, malgré son désir d'être agréable à ses amis, il écarte ceux de leurs protégés qu'il considère comme incapables {26). La difficulté du recrutement le frappe, comme elle touche tous ceux qui ont à cœur les intérêts de l'Eglise.

 Il prend sa part dans ce grand mouvement qui va faire, du XVIIe siècle, le siècle catholique par excellence. Un des premiers, parmi ses confrères, il songe à établir chez lui un séminaire. Henri IV lui recommande les Jésuites. Le père Cotton s'adresse à lui, invoquant la « particulière bienveillance dont il honore la Compagnie (27). » Richelieu se tient, il est vrai, sur la réserve, en ce qui concerne ces messieurs; mais il n'en poursuit pas moins son entreprise, et elle aboutira bientôt par le concours de Bérulle et des pères de l'Oratoire (28).

Ce devoir de bon pasteur, Richelieu le remplit, en assistant aux conférences alors si à la mode, où les apologistes de la foi catholique joutent contre les ministres protestants (29). Il s'efforce d'arranger les querelles qui divisent les gentilshommes de son voisinage et considère « comme un devoir de sa profession » d'empêcher, par ses conseils, les duels contre lesquels il dirigera, plus tard, toute la rigueur des ordonnances royales (30).

Il adresse aux grands, ou à ses amis de la Cour, quelquefois même à de simples connaissances, des lettres de condoléance, écrites dans un style bizarre et contourné qui montre tout l'embarras de la raison aux prises avec les sentiments (31).

 

 

Richelieu et L’oratoire à Luçon

Dans le remarquable discours prononcé en 1866 à l'occasion de la restitution, à l'église de la Sorbonne, du chef du grand cardinal, et où il s'est attaché cependant à étudier en Richelieu l’évêque et le théologien, le P.A. Perraud n'a peut-être pas assez fait ressortir la gloire qui revient au plus illustre des évêques de Luçon pour avoir, le premier en France, établi un séminaire dans son diocèse.

Dès 1611, une époque où il n'y avait encore aucune maison de ce genre en France, et au moment même où celui qui fut dans notre pays le promoteur de la fondation de ces utiles établissements instituait la congrégation de l'Oratoire.

Richelieu avait obtenu des lettres-patentes pour l’érection d'un séminaire à Luçon (31). Dès qu'il eut appris la fondation du P. de Bérulle, nous dit-il lui-même dans ses Mémoires (32), « apprenant que cet institut avait pour fin le secours des  évêques en l'instruction des pauvres âmes…. il prit connaissance du dit sieur de Bérulle et se résolut d'envoyer sa compagnie en son dit évêché, où ils eurent la seconde maison qu'ils posséderont en ce royaume. »

Moins d'un an après, dans une lettre à M. de Bethune(33), Richelieu parle de « Messieurs de l'Oratoire qui sont depuis 5 ou 6 mois éstabis à Luçon, qui se doibvent employer à l'instruction des curez »

Dès ce moment ii y eut donc à Luçon une sorte de séminaire dirigé par des Oratoriens.  Mais il fallait, pour donner à cette fondation tout le développement qu'elle comportait, aménager des bâtiments. Mgr de Beauregard dit que « Richelieu acheta de ses deniers une maison pour y rassembler ceux qui se destinaient à l'Eglise (34) ». Il faut ajouter que l'évêque avait obtenu, par les patentes de 1611 et de 1613, l’autorisation de lever une contribution de 3,000  livres sur les bénéficiers de son diocèse (35).

Les bâtiments furent prêts vers 1616 et, le 14 décembre de cette année, Richelieu passa avec le P. de Bérulle le contrat définitif (36) dont voici la teneur : 

Armand Jean du Plessis de Richelieu, par la miséricorde divine et la grâce du St Siège apostolique évêque de Luçon, conseiller de la sérénissime et christianissime Reine de France et de Navarre, grand aumônier, conseiller et secrétaire  de Sa Majesté très chrétienne, à tous et à chacun de ceux qui verront, liront et ouiront ces présentes lettres salut et sincère charité en Notre Seigneur. Comme il a toujours été dans notre intention d’ordonner et régler les actes de notre charge et  office pour la grande gloire de Dieu et l'exaltation de notre sainte mère l'Eglise catholique et romaine la propagation de la foi de cette église l'extirpation des hérésies et la conversion des hérétiques ; l’instruction et l’'édification spirituelle du peuple chrétien confié à nos soins et a notre sollicitude et comme nous avons appris et savons d'une façon certaine que les RR. Pères de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus-Christ N. S. seraient très utiles et même nécessaires pour faire ce que nous venons de dire dans notre diocèse, à ce induit par beaucoup de justes et raisonnables causes, nous avons érigé, institué et fondé, nous érigeons, instituons et fondons par les présentes, dans notre dite ville de Luçon, une maison de prêtres de la dite congrégation du dit Oratoire; Et cette maison, pour fonds et dot et pour subvenir à l'entretien et à !a nourriture et aux nécessités et commodités des prêtres de cette congrégation qui demeureront dans cette maison ainsi érigée, nous avons assigné et uni, nous assignons et unissons le canonicat et la prébende préceptorale de notre insigne église cathédrale de Luçon, et aussi la cure ou église paroissiale de Saint Philbert de la même ville de Luçon; avec les droits, dépendances de ce canonicat, de cette prébende pastorale et de cette église paroissiale de St Philbert; décidant et ordonnant par les présentes, nous avons statué, décrété et ordonné, nous statuons, décrétons et ordonnons que le séminaire et le collège érigé et institué auparavant par nous dans la dite ville de Luçon soit pour toujours régi et administré par les RR. Pères de la congrégation dudit Oratoire, avec la pleine et entière disposition, administration et direction de tous les fruits, revenus, biens temporels, meubles et immeubles, donnés présentement et à l'avenir audit séminaire et collège, ou plutôt cette dite maison de la dite congrégation substituée pour les donations a ce séminaire ou collège,  afin que par eux soient remplis les devoirs de la dite prébende et charge paroissiale, et de plus à cette condition que les RR. Pères de la dite congrégation seront tenus et resteront obligés avec les revenus, donnés et affectés à la dite maison, de nourrir et habiller dans la même maison ou collège, six ou plusieurs enfants ou jeunes gens nés dans ledit diocèse de Luçon, voués et destinés au saint état du sacerdoce, et choisis pour cela par les mêmes Pères ; de plus ils auront et seront tenus d'avoir et garder dans cette dite maison deux ecclésiastiques que nous puissions nous, évêque  Luçon et nos futurs successeurs les évêques de Luçon, envoyer par tout le diocèse tant pour le catéchiser le peuple et l'instruire des voies du salut que pour antres fonctions et offices ecclésiastiques à y remplir suivant que nous et nos dits successeurs le jugeront convenable; et de plus avec la réserve de servir, sa vie durant au vénérable maitre Froissart chanoine prébendier  de la dite prébende préceptorale et recteur ou curé de la dite église de St Philbert une pension annuelle de 300 livres tournois ayant cours en ce royaume de France ; sous la réserve de l’agrément et bon vouloir de Notre Saint Père le Pape et du susdit siège apostolique, et d’après la résignation en faveur de l’union faite ou à faire par le dit Froissart chanoine prébendier et curé ; nous avons fait et faisons la dite érection, institutions, fondation, assignation, union, ordination, réservation et affectation en toute choses pour le mieux en mode, droit et forme qu’il se peut faire et le plus validement par nous ; lesquelles choses acceptant pour lui et ses successeurs le R.P. supérieur général de la dite congrégation, le sieur P. de Bérulle, et les vénérables et éminents Pères Nicolas de Soulfour, Jacques Gastaud, docteur en théologie de la Faculté de Paris, Guillaume Gibieuf, docteur en théologie de la même Faculté ; Salomon Thuandière, Charles Dorron et Jean Menant, tous prêtres de la dite congrégation et la représentant lesquels suivant les susdites et en tant que par elles ils sont obligés d’y satisfaire, pour eux et leurs successeurs, ont promis et promettent, spontanément et librement, pour eux et leurs successeurs, et par serment se sont obligés et s’obligent foi de prêtres, renonçant à toute exception contraire, pour maintenant et plus tard. En foi et témoignage de quoi nous avons ordonné que les présentes lettres, souscrites et signées de notre main et des signatures desdits Pères acceptant, soient, par notre cher maitre CH. Gallot, clerc parisien, licencié en droit pontifical et impérial, notaire public et apostolique et notaire de la vénérable curie de Paris… demeurant rue neuve de Notre-Dame ; et en cette affaire désigné pour notre notaire et secrétaire, souscrites, contresignées et munies de notre sceau.

Donné à Paris, l’an du Seigneur 1616, le mercredi 14e du mois de décembre : présent Maitre Jean Millot, prêtre et docteur en théologie de la dite Faculté de Paris et Claude Richer, clerc d’Angers, les deux demeurant à Paris, appelés et mandés à ce comme témoins.

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Toute l'histoire générale de la Vendée s'efface devant ce que les chouans ont appelé " La grande Guerre ", et il est difficile de prononcer ce mot de " Vendée " sans qu'aussitôt l'esprit se reporte aux luttes sanglantes de la période révolutionnaire....

 

(1) Dans l'argumentation, le candidat était tenu de répondre à toutes les objections des professeurs. Il arrivait parfois que les esprits échauffés par l'ardeur de la lutte perdaient quelque peu de la gravité qui convient à une solennité de ce genre. A la thèse d'Armand de Bourbon, prince de Conti, le père Arnoux. jésuite, voulut se mêler à la discussion ; mais la faculté s'y opposa avec tant d'énergie que le pauvre père dut renoncer à la parole. La querelle fut un instant si vive qu'il perdit son bonnet : on le garda longtemps en Sorbonne comme un monument de sa témérité. (Aubery, Mém. pour l'hist. de Richelieu, t. I.)

(2) L'auteur de la Vie ? msc. du card. de Richelieu dit à tort qu'il rentra en France sur la fin de l'an 1606. (Arsenal, 190 ter. f. 2.)

(3) AUBERY, Hist. du card. duc de Richelieu, p. 7. Perrault, dans ses Hommes illustres, ne juge pas moins favorablement les qualités intellectuelles de Richelieu : « il avait l'esprit vif, le jugement solide, les idées générales, un courage capable de tout entreprendre, et à l'épreuve de toutes sortes de disgrâce. -

(4) AVENEL, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 3.

(5) AVENEL, Lettres, t. I, p. 6.

(6) Mgr PERRAUD, Le card. de Richelieu, p. 19.

(7) Mgr PERRAUD, Le card. de Richelieu, p. 16.

(8) D'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue, t. II, p. 19.

(9) AVENEL, Lettres de Rich., t. I, p. 12. —

 (10) ld., p. 14.

(11) La distance de Fontenay a Luçon n’est que de 6 lieues.

(12) AVENEL, Lettres de Rich., t. 1, p. 14.

(13) DOM FONTENEAU, Papiers d'Aquitaine, t. LXIV, p. 488.

(14)  AVENEL, Lettres de Rich., t. 1, p. 15,

(15) Bonneau AVENANT. Hist. de la Duchesse d'Aiguillon, p. 47.

(16) Le Voyageur d’Europe ou sont les voyages de France, d’Italie et de Malte etc…. par M. A. Jouvin de Rochefort. Paris, 1672, in-12. Voyage de France (t.1, p.190)

(17) La Fontenelle de Vaudoré, évêques de Lu9on (t.1er, p. 318-148).

(18) Correspondance (,p.24).

(19) Ibid. (I,p.24).

(20) M Avenel a cherché en vain à identifier cette Mme de Bourges, qui fut la correspondante assidue et l’amie particulière de Richelieu, alors qu’il était encore évêque de Luçon. Tout ce que l’on sait d’elle, c’est qu’elle demeurait rue des Blancs-Manteaux, et qu’elle vivait encore en 1629. (Correspondance, I, 642). M. Avenel indique cependant qu’en 1648, un sieur de Bourges, docteur régent en faculté de médecine, était premier échevin de la ville de Paris. Grâce aux renseignements qui nous ont été obligeamment fournis par la famille de Bourges, encore existante, nous pouvons ajouter que ce de Bourges se nommait Jean, qu’il était déjà échevin en 1642 et docteur en médecine, dès 1620. La famille des de Bourges, originaire du château de Chauvigny, en Poitou, vint s’établir à Paris vers le milieu du seizième siècle, y exerça la médecine et, depuis lors, fut mêlée activement à la vie municipale de Paris. Il y eut trois échevins de ce nom. L’origine poitevine de la famille et la profession médicale qui la rapprochait des Pidoux, grands amis des la Porte, peuvent expliquer les relations intimes des de Bourges avec les du Plessis. Dans un des tableaux de Philippe de Champagne, conservés au Louvre, salle Las-Cazes, un de Bourges est représenté en costume d’échevin de Paris. C’est probablement le nôtre.

(21) Correspondance (1,17 décembre 1608).

(22) Ibid. (p.18-19) et passim.

(23) Ibid. (p.90, lire la note de M. Avenel).

(24) Fontenelle de Vaudoré, op., cit.(p.369). – Les armes de Richelieu figurent sur la face principale de l’évêché, celle qui regarde le chœur de la cathédrale. Cette partie du monument est certainement du quinzième siècle. Cependant on dit à Luçon que les appartements qu’occupa Richelieu se trouvaient en retour d’équerre sur le jardin et qu’ils n’existent plus. On peut conclure de là que Richelieu avait habité un bâtiment plus ancien construit probablement à la suite et dans le style du gros pavillon qu’une voûte relie la cathédrale. Ce bâtiment aura été démoli après la reconstruction, par Richelieu, de l’évêché actuel.

La cathédrale est un beau monument des quatorzième et quinzième siècle dont les vastes proportions et la flèche hardie dominent la petite ville et la campagne au loin. On y a dépensé beaucoup d’argent du temps de Richelieu ; mais on montre encore la vieille chaire en bois, ou dit-on, il a prêché. Ses panneaux sont décorés de fleurs peintes dans la manière Hollandaises.

(25) Correpondance (t.1, p.221-22 et p.78). Cfr, sur une conférence à Châtellerault, en 1611. CH. READ, Daniel Chamier, Paris, 1858, in-8 (p.319).

(26) Ibid. (p.29)- Cfr. Testament Polotique, ch.2 (édit. Foncemagne, p.159).

(27) PRAT, La Compagnie de Jésus au temps du P.Cotton (t.II, p.330). en mai 1610, nous trouvons encore Richelieu en correspondance avec le P. Cotton. L’abbé de la Cochère écrit à Richelieu qu’il a remis au révérend père les lettres à lui adressées : « il m’a dit qu’il vous avoit voué beaucoup de service. » Archives des Affaires Etrangères. Mémoire et documents ; France (vol.767. f 205).

(28) On montre encore à Luçon, une vieille porte datée de 1612, et qui, dit-on, est celle du séminaire que Richelieu a fait construire. Sur cette question du séminaire qui occupa très longtemps l’attention de l’évêque, il faut rapprocher : correspondance (t.V, p85) ; La Fontenelle de Vaudoré (t1. P.398) ; et Mémoire de Richelieu, édit. Petitot t.V, (p.61). la fondation n’eut lieu effectivement qu’en 1661. Une maison du dix-septième siècle à Luçon, dans Revue de la Société littéraire de la Vendée, 1886 (p.136).

(29) Correspondance (I, 79).

(30) Ibid. (p.114).

(31) A sa sœur (p.46 et p.74) ; à la comtesse de Soissons, sur la mort de son mari (p.93) ; à M. de Villeroy, sur celle de sa fille (p.112). voir encore p.20, p.92, p.109..

Il faut citer un exemple de ce style obséquieux qui fut, pendant quelques temps, celui de Richelieu, quand il s’adressait aux grands. Il écrit à Sully : « Monsieur, si j’avais autant de moyen de vous servir, comme j’ai d’occasion de cous importuner, je vous rendrais les preuves de mon affection et de mon devoir avec autant de contentement que je prends la plume avec déplaisir pour mendier les témoignages non-mérités de votre bienveillance ; ce que je n’eusse jamais osé, si je n’eusse su que ceux qu’avec vérité on peut dire grands, plus encore pour les qualités qui sont en eux que pour leurs charges, sont bien aises d’avoir l’occasion d’obliger leurs inférieurs pour faire paroitre que si leur pouvoir les rend recommandables, leur bonne volonté le dait encore d’avantage….. » et cela est écrit en 1612, deux ans après la mort de Henri IV, alors que la faveur de Sully avait pris fin, et que l’évêque de Luçon commençait à s’assurer de son rang et de son mérite. La première moitié du premier volume de la Correspondance est pleine de lettres de ce style qui ne  laissent guère deviner le ton sec et impérieux qui domine dans les derniers volumes de la publication de M. Avenel.

(31) Manuscrit D. Fonteneau, XIV, p.189, bibliothèque de Poitiers.

(32) T.V, p.61.

(33) Avenel, Correspondance de Richelieu, I.p.85.

(34) Vie de Richelieu, 3e cahier. L’auteur ajoute : » Cette maison connue autrefois sous le nom de la Souche…. Etait située dans la rue qui va de la petite place près de l’église à la paroisse. »

(35) Fontenelle, Histoire de l’Evêché de Luçon, p.378.

(36) Archives nationales, MM 564, p.64. je le traduis du latin. Ce document important est publié ici pour la première fois.