Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont

En 1345, lorsque fut décidé le mariage d'Amaury IV et de Peronnelle de Thouars, nul ne pouvait prévoir à quelle haute fortune serait appelée Pernelle, que la possession du comté de Dreux et du vicomté de Thouars rendit un jour une des plus grandes dames de France.

Du reste, à la haute situation qu'il tenait de ses pères, Amaury ne tarda pas à joindre la considérable importance des fonctions que les rois dc France lui confièrent en 1350, Philippe de Valois lui donna le commandement de ses troupes en Anjou et au Maine puis, lorsque le maréchal de Nesle fut fait prisonnier par les Anglais le 1er avril 1351, c'est Amaury que le roi appela à le remplacer comme son lieutenant en Poitou, Saintonge, Limousin, Angoumois et Périgord. Le maréchal, du reste, était son beau-frère, époux comme lui de l'une des filles de Louis 1 de Thouars.

En 1352, il est lieutenant du roi en Aquitaine en 1354, en Normandie, Anjou et Maine.

En 1364, Charles V établit Amaury comme son lieutenant en Touraine puis, en 1367, il l'institue son lieutenant-général et capitaine souverain en Touraine, Anjou et Maine.

 En 1369 enfin il est lieutenant du roi en Basse-Normandie.

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Sceau de Peronnelle de Thouars, 1362-1367

 

Dans l'intervalle, en 1356, il fut fait prisonnier des Anglais non pas à la bataille de Poitiers, comme le disent les historiens modernes, mais une dizaine de jours avant. A la fin d'août, de concert avec le maréchal Boucicaut, il avait défendu Romorantin contre les Anglais et avait été contraint, le 3 septembre, de se rendre en même temps que la place au prince de Galles Amaury IV était la propriété de son vainqueur, qui sans doute le laissa en liberté sur parole. On connaît en effet deux actes, des 14 octobre 1356 et 2 juin 1357, dressés par Amaury sur le territoire français.

Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont

L'un est une vente à l'abbaye de la Roë, destinée sans doute à lui procurer de l'argent, soit pour sa rançon, soit pour les frais de son existence en captivité. Le second, passé à Saumur et daté sous cette forme insolite « le vendredi avant la Consécration, qu'il faut traduire évidemment par « avant le Sacre, » est du 2 juin 1357

2. C'est une procuration donnée à ceux qui, pendant sa captivité en Angleterre, devaient le suppléer dans la gestion de ses biens. Ses mandataires sont avant tous Isabeau de Craon, sa sœur, et Pernelle de Thouars, sa femme; puis ensuite l'abbé de la Roë, Jean de Saintré, Maurice Mauvinet, Foulques de Soucelles, Jean Pointeau, Juhel de Logé, Camus de Tucé, Macé d'Anjou et Guillaume Tardif.

Amaury, une fois emmené en Angleterre, y resta prisonnier le lieu de sa détention était Bristol, ainsi que l'apprend le mandement du 17 mars 1360 donné au moment de la descente des Français à Winchelsea, prescrivant de le consigner dans la citadelle de cette ville.

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Jeton d'Amaury IV

 

Rendu à la liberté, grâce au traité de Brétigny, Amaury IV reprit sans doute ses fonctions de lieutenant du roi et c'est en cette qualité qu'il intervint à Pirmil (3) dans des circonstances restées ignorées des historiens manceaux, et dont on doit la révélation au curieux procès-verbal dressé par Jean Chandos, dans lequel il relate jour par jour ses actes comme commissaire du roi d'Angleterre, chargé par lui de prendre possession des places françaises qui lui avaient été cédées par le traité de Brétigny (4).

Pendant son séjour à Thouars, du 2 au 6 novembre 1361, Chandos reçut Aimery d'Argenton, lieutenant du duc d'Anjou, et Jean de Saintré, sénéchal d'Anjou, qui venaient se plaindre des actes d'hostilité contre les Français commis en même temps par Jacques Plantin, qui venait de s'emparer de la tour de Pirmil, et par des bandes armées qui séjournaient dans les paroisses de Cunault et de Trèves.

Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont

Malgré son désir d'accueillir ces plaintes par quelques fins de non- recevoir, Chandos, grâce à la fermeté du maréchal de Boucicaut, se vit contraint d'agir. Le 6 novembre, il vint diner à Montreuil-Bellay et coucher à Saumur, où, jusqu'au 13 novembre, il fut occupé à nettoyer cette partie de l'Anjou des bandes anglaises qui l'infestaient.

Il alla coucher le 13 à Beaufort-en- Vallée le 14 il était à Sablé, mais il n'eut pas à aller plus loin car en y arrivant, il y fut reçu par Amaury IV, lequel venait de prendre Pirmil d'assaut et de châtier l'Anglais perturbateur de la paix. Chandos n'avait plus rien à faire dans le Maine il reprit le chemin du Poitou, après avoir reçu le serment que sa qualité de propriétaire de fiefs dans les provinces devenues anglaises obligeait Amaury à prêter au roi d'Angleterre.

Au dire de M. Imbert (5), Amaury IV, à partir de la reprise de la guerre entre la France et l'Angleterre, aurait déserté les étendards français pour se montrer le fidèle allié du Prince-Noir.

 Il aurait assisté à la prise de Limoges, en 1370, à celle de Montpaon, en 1371 puis en 1372, toujours de concert avec les Anglais, il aurait tenu tête à du Guesclin, défendant contre lui Poitiers d'abord, puis Thouars, et même, en qualité de seigneur de la ville, il aurait été l'âme de la résistance dans cette dernière place, dont la reddition, le 30 novembre 1372, fut le dernier coup porté à la domination anglaise dans le Poitou.

M. Imbert qui, dans ses livres, par un judicieux emploi des documents originaux, est parvenu à établir tant de points nouveaux, s'est complètement mépris sur le rôle d'Amaury pendant les dernières années de sa vie. Il est bien certain que, possesseur de fiefs dans les territoires cédés par le roi de France à l'Angleterre par le traité de Brétigny, force lui avait été, en 1361, de prêter serment entre les mains de Chandos, puis, en 1363, de faire hommage lige au Prince-Noir, qui venait d'être créé prince d'Aquitaine mais, lors de la reprise des hostilités, il embrassa la cause française.

En aout 1369, il était à la tête de l'armée qui, après avoir vainement cherché à faire lever le siège de la Roche-sur-Yon, se dirigea vers Château-Gontier, dont les Anglais s'étaient emparé; en septembre, il fut créé par Charles V lieutenant en Basse-Normandie en janvier 1372, Charles V lui accorda quittance générale pour toutes les sommes reçues par lui (7).  Tous ces actes excluent expressément sa présence dans le camp anglais. Froissart du reste le désigne au nombre des chefs de l'armée française réunis le 30 novembre afin d'assurer l'exécution de la convention de Surgères (8.)

Mais s'il est bien établi qu'Amaury, bien loin de combattre contre la France, portait au contraire les armes pour elle, il n'en est pas de même pour sa femme;

Peronnelle, probablement désireuse de ménager ses intérêts, ne rompit pas sans doute avec les Anglais. Il est certain du moins que son nom figure en tête des seigneurs poitevins dans la convention de Surgères, et que c'est Pernelle elle-même qui, le 30 novembre 1372, à l'heure des vêpres, vint trouver les chefs de l'armée française, afin de leur remettre la place et, le lendemain à Loudun, de faire hommage lige de la vicomté, avec serment de fidélité au duc de Berri de qui, à cause du comté de Poitou, relevait la vicomté de Thouars (9). Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont

Thouars rentra donc au pouvoir du roi de France le 30 novembre 1372 six mois après, jour pour jour, le 30 mai 1373, Amaury rendait le dernier soupir, âgé de quarante-six ans seulement.

Il fut enseveli dans la chapelle des Cordeliers d'Angers, sous une tombe que le dessin de Bruneau de Tartifume, donné au numéro 367 du Cartulaire de Craon. ne rend que bien imparfaitement, ainsi qu'il est facile de s'en convaincre en le comparant à celui de Gaignières, conservé à la Bibliothèque nationale dans les cartons de l'Anjou.

Avec Amaury s'éteignait le dernier mâle de la branche aînée de la maison de Craon l'héritage de la famille tombait aux mains de la sœur du défunt, Isabelle, épouse de Louis de Sully, dont la fille Marie devait le faire bientôt passer aux la Trémoïlle.

Amaury, grâce au charme exceptionnel de ses manières, laissait une réputation toute particulière.

C'est du moins ce qui ressort du passage suivant du Livre du chevalier de la Tour-Landry « Mes belles filles, gardez que vous soiez courtoises et humbles car il n'est nulle plus belle vertu….. Je cognois un grant seigneur en ce pais qui a plus conquis chevaliers et escuyers, et autres gens à le servir ou faire son plaisir, par sa grant courtoisie, au temps qu'il se povoit armer, que autres ne faisoient pour argent, ne pour autre chose. C'est messire de Craon qui bien fait à louer de honneur et de courtoisie sur tous les autres chevaliers que je cognois (10). »

 Sa femme ne lui avait donné aucune postérité. Bien qu'il ne lui en ait jamais été attribué aucune, il faut reconnaître qu'il eut deux enfants naturels, deux donnés, comme on disait alors un fils et une fille, dont la mère est restée inconnue.

Le fils portait le nom de Pierre, sous lequel il est mentionné dans le testament de la sœur de son père, Isabelle de Craon, fait à Sully le 15 septembre 1383, où il figure pour un legs de deux cents livres d'or. La fille, appelée Jeannette, n'est, elle aussi, mentionnée qu'une seule fois en mars 1365 lorsque, à l'occasion de son mariage avec Thibault de la Devillière, Amaury IV fit don aux nouveaux époux du domaine de Solesmes, évalué soixante livres de rente. Thibault figure en qualité d'exécuteur testamentaire des dernières volontés d'Amaury IV et d'Isabelle de Craon; on connaît assez les dispositions de cette dernière, pour savoir qu'il n'y était pas désigné au nombre des parties prenantes on ne saurait dire s'il en était de même dans celles d'Amaury IV.

On le voit, la grande dame dont parle en son Livre le chevalier de la Tour-Landry, pouvait avoir droit de protester de l'honnêteté de ses relations avec « monseigneur de Craon, » duquel elle disait « Il ne me requist oncques, ne me fist villennie mais que le père qui me engendra ; je ne dy mie qu'il ne couchast en mon lict, mais ce fut sans villenie et sans mal y penser (11). » » Elle aurait eu tort de se porter garant de la conduite de son ami, dont les amours n'appartenaient pas sans doute à un milieu aussi élevé.

Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont

Peronnelle de Thouars survécut de quatorze ans à Amaury.

Dès la fin de 1375 elle avait épousé en secondes noces Clément Rouault, dit Tristan, fils de Clément Rouault de Boisménard, dont le père avait été anobli en 1317 seulement, et de Marie de Montfaucon (12)

 On trouvera dans le livre de M. Imbert mention d'un certain nombre d'actes de Rouault postérieurs à son mariage. On indiquera au Cartulaire de Craon quelques documents qui lui ont échappé.

Clément Rouault, après son mariage, abandonna sans doute entièrement le blason un peu récent des Rouault, pour ne prendre que celui de Thouars c'est ce que prouve son sceau (1096 des Archives) donné ici (figure 142), d'après une empreinte de 1378. C'est un sceau rond, de 0,03, à l'écu penché, timbré d'un heaume couronné et orné d'un vol.

L'écu où l'on a donné place seulement au blason plein de Thouars, est soutenu à dextre d'un griffon, à senestre d'un lion dans le champ deux branches tréflées la légende SEEL. …VICOMTE DE T….. COTE DE DREUX (13).

A côté de ce sceau on doit placer (figure 143), celui de Pernelle d'après une empreinte de 1378.

C'est un sceau rond (Archives, n° 1095) de 0,035, admirablement gravé. Ecu droit aux armes de Thouars suspendu au cou d'un aigle aux ailes éployécs et soutenu de deux lions assis, mantelés des armes de Dreux.

Dans le bas deux étoiles à six pointes légende en gothique cursive : … .ELLE. VICOMTESSE. DE. THOUARS ET CANT.DRE…..

Le sceau de Clairambault, numéro 8877, appartient lui aussi à l'époque où Clément Rouault était vicomte de Thouars c'est un sceau rond, de 0,037, apposé le 20 août 1383. Il contient l'écu de Thouars « soutenu par un homme d'armes coiffé d'un heaume couronné et cime d'un vol, tenant une lance, accosté de deux bustes de femmes, supporté par deux lions. »

 

On ajoutera ici (figure 144), le blason de Thouars, tel que Bruneau de Tartifume l'a relevé dans le vitrail de la chapelle Saint-Jean des Cordeliers d'Angers. On remarque sur son dessin l'absence du franc quartier. Aussi Bruneau de Tartifume le décrit-il de France semé il n'aurait cependant pas dû se méprendre aux émaux puisque Thouars porte, au dire de Navarre d'or à flors de lis d'azur à ung quartier de gueulles.

 

 

 

 

 

 Péronnelle de Thouars, Vicomtesse de Thouars, comtesse de Benon, dame de Tiffauges, de Talmont....<==.... ....==> Le vicomte de Thouars Tristan Rouault et Péronnelle de Thouars

==> Les Marches communes du Poitou, d'Anjou, de Bretagne et l’organisation judiciaire et lois anciennes de la province du Poitou.


 

1. Siméon Luce, Froissart, t. Vr p. 3-11, 238-244.

2. Voir la note qui accompagne ce document publié in extenso sous le numéro 535 du Cartulaire.

3. Pirmil est une commune du département de la Sarthe située à douze kilomètres de Brûlon, son chef-lieu de canton. Les archives de sa fabrique possèdent des comptes, dont divers extraits, de 1425 à 1435, ont été publiés par MM. l'abbé Charles et l'abbé Froger dans leur Invasion anglaise dans le Maine de 1425l à 1428 (Mamers, 1889, 112 p. in-8"

 

4. Il a été imprimé in-extenso par M. Bardonnet, dans le volume de 1866 des Mémoires de la Société de statistique des Deux-Sèvres, et tiré à part, en 116 p. in-8)°.

5. Voir Notice sur les vicomtes de Thouars (Niort, 1867, 111 p. in-8°) et Histoire de Thouars (Niort, 1871, 415 p. in-8°).

6. M. D. d'Aussy vient en quelques pages de donner un excellent résumé des évènements qui replacèrent les provinces de l'Ouest sous la domination française. Voir Campagne de du Guesclin dans le Poitou, l'Aunis et la Saintonge (1372-1375), La Rochelle, 1890, 16 p. in-8».

7. Voir Cartulaire, numéros 565, 606-619, 62i.

8. Voir Froissart, t. VIII, p. 98.

9. Voir Secousse, Recueil de pièces sur Charles II, roi de Navarre, p. 651, cité par M. Luce, Froissart, t. VIII, p. LII. 2. Le Livre dit chevalier de la Tour-Landry pour l'enseignement de ses filles, publié par Anatole de Montaiglon Paris, Bibliothèque Elzévirienne, LXIV-303 p. in-18.

10. M. de Montaiglon, dans son édition, p. 22, a imprimé Pierre de Craon mais cette leçon, fournie par le seul manuscrit de Londres, est contredite par tous les autres, qui portent les uns messire les autres monseigneur de Craon

11. Le Livre du chevalier de la Tour-Landry, p. 57.

12. M. Guérin, au Trésor des chartes du Poitou, t. IV, p. 218, a donné une longue note sur les Rouault. Il y mentionne de nombreuses instances en Parlement, que Tristan et Pernelle eurent à subir.

13. Les éditeurs du Trésor de- Numismatique et de Glyptique, à la planche XXXI, n° 3, de l'album des Sceaux des Grands Feudataires, ont publié, en le donnant pour celui de Clément Rouault, un sceau dont la ressemblance avec celui de Pernelle de 1378 est telle que l'erreur de leur attribution semble évidente. Malheureusement la légende ne possède plus une seule lettre distincte et en l'absence de toute indication de source, de toute date, on se bornera ici à constater l'identité des types et à rappeler que les attributions du Trésor témoignent d'une érudition si peu solide, qu'elles ne sauraient être acceptées sans un contrôle sévère.