Après la sa croisade, Comment Geoffroy de Lusignan entre en mer pour arriver au port de La Rochelle (Légende de Mélusine)

En ceste partie dit l’ystoire que Gieffroy singla tant, et sa gent, par la marine, qu’il arriva a un soir a la Rochelle, ou il fu moult bien festoiez. Et le lendemain s’en party, et vint tant par ses journees qu’il vint a Meurvent, et la trouva son père et sa mere, qui ja sceurent tout l’affaire, comment il avoit fait, et ses freres, oultre la mer. Et conjoirent moult Gieffroy, et aussi firent les autres enfans, ses freres. Et tint Remon grand court et donna moult de beaulx dons a tous ceulx qui avoient esté avecques Gieoffroy ce voyage.  Et dura bien la feste VIIj jours, et au IXe departy, et se tint chascun pour content. Or advint en ce temps qu’il ot un jayant en Gueurrande, en qui avoit si grant orgeuil que par sa force il mist tout le pays en patiz jusques a la Rochelle. Et en estoient les gens du pays moult chargiez, mais ilz n’en osoient mot dire. Nouvelles en vinrent a Remond, qui moult en fu doulent. Mais il n’en monstra nul semblant, afin que Gieffroy ne le sceust, pour doubte qu’il n’alast combatre le jayant, car il le sentoit de si grant cuer qu’il ne lairoit point qu’il n’y alast. Mais il ne pot estre si celé que Gieffroy ne le sceust. «  Et comment diable, dist Gieffroy, mes deux freres et moy avons tant fait que nous avons treu du soudant de Damas et de ses compplices, et ce mastin puant, qui est tout seul, tendroit le pays de mon père en patiz ! Par mon chief, mal le pensa, car il lui coustera moult chier, car ja n’y lerra autre gage que la vie. » lors vint a son père et lui dist : «  Monseigneur, j’ay grant merveille de vous, qui estre chevalier de si hault affaire, comment vous avez tant souffert de ce mastin Gardon, le jayant, qui a mis vostre pays de Guerrande enpatiz, et autre pays environ, tant du vostre comme de l’autrui, jusques a la Rochelle. Par Dieu, c’est grant honte a vous. » Quant Remond l’entent, si lui respond : « Gieffroy , beaulx filz, il n’a gueres que nous n’en savions nouvelles, et avons souffert pour amour de vostre venue, car nous ne voulions pas troubler la feste. Mais ne vous chault, car Gardon sera bien paiez de sa desserte. Ja lui occist Hervieu, mon père, son ayol en Pointieuvre, si comme on me dist en Bretaigne, quant je y fus combattre Olivier de Pont le Leon, pour trahison que Josselin, son père, avoit faicte a mon père Hervy de Leon. » Dont respondy Gieffroy.  « Je ne scay ne ne vueil enquester des choses passees ; puis que mes ancesseurs en ont eu l’onneur et en son venus a leur dessus, il me souffist. Mais de present cest injure se admendee. Monsiegneur, il ne vous en fault ja mouvoir pour un tel ribaut. Par les dens Dieu, je  n’y menray seulement que dix chevaliers de mon hostel pour moy tenir compaignie, non pas pour aide que j’en veulle avoir contre lui, mais pour moy accompaignier pour honneur. Et a Dieu vous commant, car je fineray jamais ains l’auray combatu corps a corps. Ou il me aura ou je l’auray, comment qu’il soit, a mon plaisir. » et quant Remond entent ceste parole, si en fu moult yriez et lui dist : « Pui qu’il ne puet estre autrement, va a lagarde de Dieu. » Lors prent congié de son père et de sa mere et s’achemine, lui Xje de chevaliers, et s’en va vers Guerrande, ou lieu ou il pense plus tost trouver le jayant Gardon. Et en va par tout enquesrant. Mais bien ot qui l’en dist nouvelles ; et lui demanda l’en pour quoy il le demandoit. «  Par foy, dist Gieffroy, je lui apporte le patie qu’il a prins par son fol oultraige sur les gens de la terre de monseigneur mon pere, en la pointe du fer de ma lance ; car, jamais, tant comme je vive, autre patiz n’en aura, et deusse mourir en la peine. » Quant les bonnes gens l’ouyrent ainsi parler, si lui dirent : «  Par ma foy, Gieffory, vous vous entremettez de grant folie, car telz cent que vous estes n’y pourroient durer. Ne vous chault, dist Gieffroy, n’en aiez ja doubte ; laissiez m’en avoir la paour tout a par moy. » Et celux se  teurent atant, qui ne l’oserent courroucier, car ils doubtoient trop la grant fierté dont il estoit plain, et le menerent a moins d’une lieue du retrait de jayant, et ils lui dirent que sempres le devroit trouver. Et il repondy : « Je le verray voulentiers, car pour le trouver suiz je venus. »

et cy se taist l’ystoire de Gieffroy et commence a parler de remond et de Melusigne. L’ystoire nous temoingne que Remond et Melusine estoient a Mervent, et vint a un samedy que Melusine se esconsoir de Remond cellui jour, comme il lui avoit promis que jamais le samedy ne mettroit peine d’elle veoir, et si n’avoit il fait jusques a ce jour, et n’y pensoit a nulle chose du monde fors ques a bien. Un pou devant disner lui vindrent nouvelles que son frere le conte de Forezle venoit veoir, dont il fu moult joyeux. Mais depuis en fut il moult courrouciez, ainsi comme vous orrez en l’ystoire cy après ensuivant. Remond fist grant et noble appareil pour recevoir son frere, et moult liez de sa venue. Quant Remon scot que il fu prez, il lui ala a l’encontre et le bienviengna moult liement. Lors alerent a la messe, et après le service divin, vindrent en la sale et laverent et s’assistrent a table et furent bien servis. Las ! Or commence une partie de la douleureuse tristece  Raimons. Son frere ne se pot tenir que il ne lui demandast : « Mon frere, ou est ma seur ? Faictes la venir avant, car j’ay grant desir de la veoir. Beau frere, dist Remond, elle est embesoingnie hu, mais ne la povez vous veoir ; mais demai la verrez vous, et vous fera bonne chiere. » et quant le conte de Forests ouy ceste response, si ne se teust pas atant, mais lui dist : «  Vous este mon frere, je ne vous doy pas celer vostre deshonneur. Beau frere, la commune renommee du peuple court partout que vostre femme vous fait deshonneur et que tous les samedis elle est en fait de fornicacion avec un autre. Ne vous n’estes si hardiz, tant estes vous aveugliez d’elle, d’enquerre ne de savoir ou elle va. Et les autres dient et maintiennent que c’est un esperit fae, qui le samedy fait sa penance. Or ne scay lequel croire, mais pour ce que vous estes monfrere, je ne vous doy pas celer ne souffrir vostre deshonneur, et pour ce suiz je cy venus pour vous le dire. » Lors quant  Remond ouy ces mos, doute la table ensus de lui, et entre en sa chambre, esprit de yre et de jalousie, et prent son epee qui pendoit a son chevez, et la ceint, et s’en va ou lieu ou il savoit bien que Melusigne s’en aloit tous les samedis, et reuve un fors huis fer, moult espez, et sachiez de vray que oncques mais n’avoit esté si avant. Lors, quant il appercoit l’uis, si tire l’espee et mist la pointe a l’encontre, qui m’oult estoir dure, et tourne et vire tant qu’il fist un pertuis ; et regarde dedens, et voit Melusigne qui estoit en une grant cuve de marbre, ou il avoit degrez jusques au fons. Et estoit bien la grandeur de la cuve de XV. Piez de roont tout autour en esquarrie, et y ot alees tout autour de bien V. piez de karge. Et la se baignoit Melusigne en l’estat que vous orrez cy aprez en la vray histoire.

 

Croisade : Guy de Lusignan à la rencontre du roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion. <==

==> Mélusine Mythe et Légende du Dragon ( Poitou donjon Niort – Claudine Glot, Centre Arthurien Comper)