Canalblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Publicité
PHystorique- Les Portes du Temps
17 octobre 2019

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir….)

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir… (2)

Isolé au milieu d'une plaine fertile, sur un plateau verdoyant d'une altitude de 116 mètres, d'où le regard embrasse, dans la direction du midi, les horizons les plus lointains, s'élève le bourg de Cherveux.

Le nom qu'il porte, nom d'origine celtique et qui caractérise sa situation élevée, en fait remonter l'origine à une date reculée; des outils de silex, recueillis dans la plaine, témoignent, du reste, que ce lieu était habité aux temps préhistoriques.

De bonne heure il devint le chef-lieu d'une paroisse, sous le vocable de Saint-Pierre-ès- Liens, qui faisait partie de l'archiprêtré de Saint-Maixent; l'Assemblée nationale en fit le chef-lieu d'un canton que la Constitution de l'an VIII réunit à celui de Saint-Maixent. Sous l'ancien régime, il était de plus le siège d'une châtellenie qui était tenue en vassalité de l'abbaye de Saint-Maixent, à hommage lige, au devoir annuel d'une peau de cerf pour recouvrir les livres du monastère.

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir… (1)

HISTOIRE

A l'ouest du bourg se trouve le château. Primitivement ce fut une simple motte féodale qui, entre les mains des Lusignan, aidé de la fée bâtisseuse, Mère Lusine (Mélusine) devint une forteresse.

Elle fut prise en 1242 par saint Louis sur Hugues XI de Lusignan et donnée par le roi à son frère Alphonse, comte de Poitou. Restituée plus tard aux descendants d'Hugues, elle passa successivement, par alliances, aux mains des familles de Mello, de Craon et de Châlon.

Sous le règne d'Edouard III, il fut saisi par les Anglais et donné à Guillaume de Felton, Sénéchal du Poitou.

En 1369, après la conquête de la province par Duguesclin, Cherveux revint à la famille de Châlon, d'où il passa à celle de la Trémoille.

 Georges de la Trémoille céda le domaine, vers 1457, à Amaury d'Estissac, seigneur de Coulonges-lès-Royaux, lequel le céda à Jean de Naydes qui à son tour le vendit à la famille Chenin.

Leur fille Louise épousa Robert de Coninngham en mai 1476.

D'origine Écossaise, capitaine de la garde du corps du roi.

Conigan alias Conigham, Coningham, Conygham , les rameaux français de cette famille (branche de Cherveux et Cangé) descendaient des cadets venus en France pour servir dans la garde écossaise de Charles VII et Louis XI.

 La famille écossaise de Conningham était bien en cour, et il est à croire que, sans la générosité des rois Louis XI et Charles VIII, les ressources personnelles de Robert de Conningham, ou de son fils Joachim, ne leur auraient pas permis d'édifier d'un seul jet le château qui nous occupe.

Cherveux fut transmis par mariage aux Puyguyon, puis aux St-Gelais.

Louis de saint-Gelais, Amiral de la flotte protestante, un des principaux chefs protestants de la région, s'empara de Niort et fut chargé du commandement de la province du Poitou dont Henri IV le nomma par la suite Lieutenant Général.

A cette époque, l'histoire n'a pas oublié le château de Cherveux.

Lors du siège de Niort, en 1569, du Lude songea tout d'abord à l'attaquer avec une armée de 5,000 hommes, quatre pièces de canon et quelques coulevrines : quand il se fut emparé de la forteresse, il en fit passer la garnison au fil de l'épée. Au bout de quelques jours, du Lude, obligé de lever le siège de Niort, fut heureux de pouvoir passer par Cherveux pour se rendre à Saint-Maixent, et de là gagner Poitiers.

Lezignem-Saint-Gelais ne tarda pas à reprendre le château de ses pères; mais en 1574, après la prise de Saint-Maixent, il tomba entre les mains des catholiques, commandés par le duc de Montpensier.

 Il achète la baronnie de la Mothe-Saint-Héray (Deux-Sèvres) le 25 février 1576.

Saint-Gelais s'étant, de nouveau, rendu maître de la forteresse qu'élevèrent, sans doute, ses ayeux, ne songea plus qu'à se venger des incursions que les Niortais faisaient sur ses terres. Ce fut lui qui surprit cette ville dans la nuit du 26 au 27 décembre 1588, et la réduisit au pouvoir du roi de Navarre.

Il en fit une redoutable place forte.

Il y ajouta même une avant cour, ou cour extérieure, renfermée de murs, flanquée de fortes tours avec créneaux pour sa défense.

Dans une de ces tours, placées à l'entrée de cette cour, il établit le premier corps-de-garde de la place; et, pour ôter aux ennemis les moyens de s'arrêter longtemps devant cette forteresse, il enferma dans la nouvelle cour la source d'eau vive qui abreuvait Cherveux.

  En temps de guerre c'était l'asile des vassaux, ils s'y retiraient avec leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux et leurs effets les plus précieux.

Lezignem-Saint-Gelais établit ensuite à Cherveux l'exercice de la religion protestante; il fit même élever un temple qui fut détruit par les ordres du roi parce qu'on l'avait construit trop près de l'église qui servait au culte des catholiques.

 

A la Révolution, les propriétaires de Cherveux, le comte de Narbonne-Pelet et son épouse Marie Félicie du Plessis-Châtillon (arrière-petite-fille de Colbert), périrent sur l’échafaud. Le château fut confisqué et vendu le 12 frimaire an III comme bien national à un fermier, Pierre Alloneau.

En 1892, le département voulait classer ce château mais les propriétaires refusaient. Il a été classé par les monuments historiques sans l’avis des propriétaires par arrêté du 16 septembre 1929. Ce qui a permis de pouvoir le réhabiliter ». Ses descendants le conservèrent jusqu’en 1931, date à laquelle il fut revendu.

 

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir… (4)

 

MONUMENT

L’ensemble du château de Cherveux frappe par son caractère d'élégance qu'il tient autant de la netteté de la coupe et de l'appareillage des pierres de taille, dont il est entièrement construit, que du soin qu'a pris l'architecte de supprimer, autant que possible, les lignes droites dans ses façades, et de donner un grand élancement à ses tours et au donjon.

Il a la forme d'un pentagone irrégulier, que ceignent de larges fossés alimentés par une source qui jaillit dans le talus du nord-est. L'ensemble des bâtiments entoure sur trois faces une cour d'environ 3o mètres de largeur, tandis que deux épaisses murailles, garnissant les deux autres faces de l'enceinte, rattachent le tout à une grosse tour formant éperon au nord-est.

L'entrée se trouve au couchant. Un pont dormant, qui était terminé par un pont-levis, fait accéder à un porche voûté, fort épais, placé sur la gauche de la façade; il est contigu à un bâtiment formant angle sur le fossé, dont la destination était de protéger l'entrée, mais qui, ayant été démoli par le canon lors du siège de 1569, fut reconstruit, peu après, sur ses anciennes bases, mais non point dans sa forme primitive; à droite du porche se trouvent des bâtiments de service qui l'unissent au donjon, et qui sont aussi d'une construction postérieure au reste de l'édifice.

C'est dans ce donjon que l'architecte de Cherveux a épuisé toutes les ressources, on pourrait dire toutes les subtilités, de sa science. Il est de forme quadrangulaire, mais ses faces n'offrent réellement qu'une succession d'angles rentrants et sortants destinés, sans nul doute, à faciliter la défense contre les armes à feu dont l'usage se répandait de plus en plus. En étudiant le raffinement de ses dispositions, où l'architecte a cherché à concilier les conditions du bien-être avec les nécessités de la défense, particulièrement par l'ouverture de larges fenêtres, placées il est vrai à une hauteur considérable et auxquelles il s'est efforcé de donner le moins d'horizon possible, on ne peut s'empêcher d'établir un rapprochement entre la forteresse élégante et les armures perfectionnées dont se couvraient les derniers chevaliers et qui les garantissaient si peu.

Écusson de la famille de Conningham

Écusson de la famille de Conningham.

A l'extérieur, le donjon est intact : ses mâchicoulis, fort saillants, ne sont surmontés que d'un petit nombre de créneaux, le tout recouvert d'une toiture quadrangulaire que perce, sur la façade principale, une grande fenêtre de mansarde richement ornée, placée au sommet de la ligne des grandes fenêtres à croisillons du donjon; à l'intérieur c'est un trou immense, béant, dont les baies sont ouvertes à tous les vents ; dans le milieu de ce siècle le propriétaire a enlevé à grands frais les solivages et les planchers des quatre étages, en laissant en 1’air les vastes cheminées qui les décoraient. Chacun de ces étages comprenait trois pièces : une salle carrée au milieu, un appartement de moindre étendue à droite, une sorte de retrait à gauche. Une seule fenêtre, garnie, suivant son importance, d'un ou deux sièges en pierre placés dans l'embrasure, éclairait chaque pièce. Dans la salle inférieure une trappe établissait une communication avec le rez-de-chaussée voûté, dont les étroites meurtrières surveillaient les fossés.

 

Armoiries du royaume d'Écosse

Armoiries du royaume d'Écosse.

La décoration extérieure a été presque totalement réservée pour les fenêtres du milieu de la façade où, au milieu de choux frisés et de rampants de vigne, apparaissent trois écussons. Sur la fenêtre de mansarde sont les armoiries de la famille de Conningham: d'argent, à trois pairles de sable, écartelé de gueules, à trois fleurs de lis d'or, répétées deux fois dans l'écusson ; cette singularité se reproduit dans la sculpture, absolument identique, qui se trouve au-dessous de la fenêtre intérieure, tandis qu'entre elles d'eux s'étalent, comme un souvenir de la patrie abandonnée, les armes du royaume d'Ecosse : d'or, au lion issant de gueules, dans un double trécheur fleurdelisé et contre-fleurdelisé de même.

Paysages_et_monuments_du_Poitou_[

Un escalier à vis, placé dans une tourelle à pans coupés, posée à partir du premier étage dans l'angle formé par le donjon et le corps de logis principal, faisait communiquer ensemble tous les étages du donjon; mais on ne pouvait accéder à cet escalier que de l'extérieur, au moyen d'une galerie en bois, partant du milieu de l'escalier du grand corps de logis et plaquée sur sa façade. Au sommet de cet escalier, sur un petit socle, sont sculptés un homme et une femme se donnant la main: l'homme a de longs souliers à la poulaine et un gippon à gros plis ; la femme, une longue robe à plis et serrée à la taille.

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir… (3)

Dans ces figures, dont les visages sont malheureusement mutilés, nous reconnaissons les propriétaires du château de Cherveux lors de sa construction.

Le corps de logis dont nous venons de parler part du donjon et forme la façade Sud du château en faisant, au milieu, un angle obtus. Au sommet de cet angle était placée une tour ronde qui, minée par le salpêtre, s'est effondrée vers 1855 ; en face, à l'intérieur de la cour, se trouve une tour octogonale dans laquelle est l'escalier qui mène dans les appartements du corps de logis principal. Ceux-ci, en général de forme irrégulière, n'ont de particulier que leurs grandes cheminées, dont les manteaux sont supportés par des colonnettes ornées de moulures.

La porte de cette tour est surmontée d'un arc décoré de choux frisés, encadrant un écusson que le salpêtre a totalement rongé. Le corps de logis vient se terminer sur une autre tour, fort élégante, de forme ronde et dont la toiture conique, s'élevant sur un étage correspondant à son diamètre intérieur, laisse à découvert la galerie supportée par les mâchicoulis. Au rez-de-chaussée de cette tour se trouve la salle du

Trésor; c'est une petite pièce voûtée, aux murs excessivement épais, éclairée seulement par une meurtrière et pourvue d'une cheminée; elle contient encore les deux grandes armoires en bois dans lesquelles étaient conservées les riches archives du château. Grâce à ces précautions minutieuses, celles-ci avaient traversé les siècles et échappé à toutes les chances de destruction qui les avaient si souvent menacées; aussi, on n'eut, en 1793, qu'à les prendre dans leur classement soigneux, pour les porter dans la cour extérieure, où elles alimentèrent un feu qui a anéanti toute l'histoire de la forteresse et du pays qui l'environne.

Sur la clé de voûte de la tour du Trésor est sculpté un écusson mi-parti, supporté par deux hommes sauvages, et qui porte d'un côté les armoiries de la famille de Coningham, tandis que l'autre est resté en blanc.

Une tourelle accolée au côté Nord de cette tour contient l'escalier qui la dessert. De là part un mur fort épais, aujourd'hui découronné, qui la relie à la grande tour ronde posée à l'angle Nord-Est de la cour et qui était, de ce côté, le point principal de la défense ; cette tour a été en partie démolie au moment où l'on enlevait les planchers du donjon, pour servir comme eux à la construction des bâtiments d'une ferme voisine. La salle du rez-de-chaussée servait de prison; au-dessous se trouvait le cul de basse-fosse, où l'on descendait les gens au moyen d'une ouverture dans sa voûte.

Sur la porte d'entrée de cette tour est un écusson dans lequel on reconnaît, malgré le soin avec lequel il a été mutilé, les armoiries de la tour du Trésor, ce qui permet d'attribuer à la même personne la construction de ces différentes parties du château.

Clef de voûte de la salle du Trésor

Clef de voûte de la salle du Trésor.

Il ne s'y rencontre pas trace de chapelle. Peut-être celle-ci se trouvait-elle dans le bâtiment contigu au porche, et qui, ayant été reconstruit par un zélé protestant, car il porte les armoiries de Louis de Saint-Gelais et de sa femme

 

Jeanne Du Puy, n'aura sûrement pas reçu de lui la même affectation ; peut-être aussi les seigneurs de Cherveux se sont-ils contentés de l'église paroissiale, qu'ils firent construire en même temps que leur château, et qui, en partie démolie pendant les guerres de religion, n'a conservé que la base de son clocher, avec un étage sans toiture, percé de hautes fenêtres et accompagné d'épais contreforts ornés de niches. Cette église est d'un côté contiguë à la vaste cour charretière du château, et de l'autre à une halle, sans doute de même époque, qui consiste en trois travées, formées par des poteaux en bois placés sur des dés en pierre, suivant le type ordinaire de la région.

Écusson accolé de Louis de Saint-Gelais et de Jeanne Dupuy

Écusson accolé de Louis de Saint-Gelais et de Jeanne Dupuy.

En dehors du siège de 1242, l'histoire générale ne, fait mention du château de Cherveux que pendant les guerres de religion. Louis de Saint-Gelais, un des plus actifs chefs protestants du Poitou, en avait fait une place d'armes redoutable, ce qui lui attira les attaques des chefs catholiques. En 1569, M. du Lude s'en empara et passa la garnison entière au fil de l'épée; en 1574, il fut encore pris par le duc de Montpensier.

Cherveux, Château des Lusignan (Mélusine, Saint Louis, Prince Noir… (5)

Longtemps habité par de riches et puissants seigneurs, il fut presque abandonné dans le cours du xvme siècle. Sans les dévastations que lui ont fait subir quelques-uns de ses propriétaires, il pous serait arrivé presque intact, nous conservant un intéressant spécimen de l'architecture militaire au début des temps modernes; en 1794 il fut toutefois fortement menacé, la République en le vendant s'étant réservé « le droit de faire démolir et combler à ses dépens, et quand elle le jugera à propos, les tours, fossés et autres parties des bâtiments, glacis, chemins couverts ». Mais elle n'usa pas heureusementde son droit, et aujourd'hui, en le classant comme monument historique, l'État le prend sous sa sauvegarde et le protégera, il faut l'espérer, aussi bien contre la main des hommes que contre l'injure du temps.

ALFRED RICHARD.

 

LA MARQUISE DE NONANT ET LE CHATEAU DE CHERVEUX.

Note lue à la séance de la Société de statistique des Deux-Sèvres, le 6 avril 1891, mais augmentée d'indications découvertes depuis cette lecture. TOME IX, n° 108.

 

Il n’a pas été publié, croyons-nous, jusqu’à ce jour de document authentique constatant quels ont été les possesseurs du château de Cherveux entre 1692, date à laquelle fut dressé un état de l’élection de Saint-Maixent donné par M. Alfred Richard, et la confiscation opérée au profit de la nation, à l’époque révolutionnaire.

Le dossier que j’ai entre les mains et les recherches que j’ai faites à son sujet m’ont permis de combler cette lacune et de donner quelques indications sur les possesseurs de ce domaine durant cette période plus que séculaire.

Ce dossier se compose de vingt-deux pièces, dont deux lettres autographes de Mme la marquise de Nouant, une quittance écrite entièrement de sa main, un compte signé : J.-M. de Fradet de Saint-Aoust, qui était le nom de sa famille personnelle, plusieurs quittances signées : la marquise de Nouant, et enfin divers billets, lettres ou quittances portant les signatures : Brault, Casimir la Mousselière, de Villiers.

En examinant ces différentes pièces, on y trouve des indications intéressantes, d’abord sur la personnalité de la marquise de Nouant, puis sur le château et le domaine de Cherveux.

 L’intérêt le plus direct et le plus considérable qu’offrent cet examen et les constatations qui en résultent consiste principalement en ce qu’ils portent sur des documents établissant que M me de Nouant a possédé le château de Cherveux et qu’elle descendait de la famille des Lusignan Saint-Gelais dont le nom illustre se retrouve dans plusieurs épisodes de notre histoire locale.

 A un autre point de vue, la marquise de Nouant est digne d’arrêter l’attention, quand on retrouve d’elle quelque autographe, car elle eut des relations d’amitié avec l’académicien Fontenelle, et elle tenait, au grand siècle, un salon littéraire en renom, à cette époque où les lettres étaient en si grand honneur et brillaient d’un si vif éclat.

On raconte (1) que l’auteur du poème de Thétis et Pelée dînait chez M me de Nouant le jour où cette tragédie, mise en musique par Colasse, fut représentée, pour la première fois, le 11 janvier 1689, sur le théâtre de l’Opéra, et qu’il s’y trouvait aussi, le 2 décembre 1750, jour de l’une des représentations de cette tragédie, qui fut reprise dix fois jusqu’en 1757, année de la mort de son auteur.

La marquise de Nouant n’était donc pas une femme obscure, même à cette époque de notre histoire nationale où il n’était pas aisé de briller parmi tant d’illustrations de toute sorte, et, en dehors des motifs d’intérêt local que nous avons de nous en occuper ici, bien d’autres titres justifieraient une étude, au moins succincte à son sujet.

Les autographes que nous avons d’elle n’ont aucune valeur ni même aucun caractère littéraire ; ce sont uniquement des lettres et des papiers d’affaires.

Aussi dans le travail que nous lui consacrons ne la considérons-nous qu’à titre de descendante d’une famille illustre de notre région et, comme telle, propriétaire d’un château dont les restes font encore partie de la richesse monumentale de notre département.

Les deux lettres comprises dans notre dossier sont adressées :

la lre « à Monsieur Guillemeau, à Cherveux, â Saint-Maixent, Poictou. » La 2 e « â Monsieur Guillemeau, chez mesdemoiselles Guilmeau, à Nyort, Poictou. »

Voici leur contenu

. — « A Paris, le 11 décembre 1722.

« La personne à qui vous aviez donné la commission de m’en- voier six perdrix s’en est très bien aquitée, monsieur, je lésai receües fort bien conditionnées, vous me ferez plaisir de m’en envoier quand il fera froid, car elles sont meilleures du Poitou que des autres provinces, mais je ne prétens pas qu’il vous en couste, je vous passeray à conte la poudre etle plomb et mesme s’il fault donner quelque chose à ceux qui tireront : vous n’aurez qu’â m’en faire un mémoire.

J’ai envoié à M. de Villiers une lettre de madame la duchesse de Mazarin pour M. le lieutenant général de Sainct-Maixent qui luy recommande vostre afaire contre Bordier, mandez-moy quel succès elle aura eu. J

’aprends par M. de la Mousselière la mort de monsieur vostre frère dont je suis fort fâchée et vous plains beaucoup d’avoir fait cette perte.

Je prie Dieu qu’il vous en console et suis toutte à vous,

« La Marquise de Nonant. »

II.

— « Je vous envoie, monsieur, l’acquit cy inclus de l’argent que j’ay receüe par le messager de Nyort le sr Vallée doit vous porter aussy celuy de l’argent qu’il m’a donné. Mr de la Mousselière a un estât de tous les payements que vous m’avez faits portez luy vos acquits afin de les confronter avec, vous trouverez que vous me devez encore une somme assez considérable que vous me ferez plaisir de m’envoier le plus tôt que vous pourrez.

Car je contais d’aller en Berry, mais je seray contrainte de rester icy, où il me fault beaucoup d’argent, je suis toutte à vous,

 « La Marquise de Nonant. »

« A Paris, le 18 juin 1723. »

« Je vous prie de dire à M. de la Mousselière que j’ay receüe le pacquet de sanguenite qu’il a eu la bonté de m’envoier, dont je le remercie. »

Ces deux lettres avaient été scellées d’un cachet armorié qui, bien que l’empreinte en soit mal venue dans certaines parties, peut être ainsi déterminé :

Deux écussons ovales accolés, surmontés de la couronne de marquis, entre les deux une tête de face ; celui de gauche porte sur champ uni trois quintefeuilles, 2 et 1, qui est Duplessis- Châtillon ; celui de droite, écartelé, au 1er et 4e d’azur à la croix alézée d’argent, qui est de Saint-Gelais, au 2e burelé d’argent et au 3e burelé d’argent au lion de gueule couronné armé et lampassé d’or, brochant sur le tout, qui est de Lusignan, puis au centre de l’écartèlement, un écusson ovale portant trois fers de lance de sable posés 2 et 1, qui est Fradet.

 Nous remarquons que dans ce sceau, pourtant assez compliqué, ne figurent pas les armes des Nouant qui portaient d’azur au chevron d’argent, accompagné en pointe de 3 besants mal ordonnés d’or (2).

Ces armes ne figurent pas non plus du reste dans celles des Duplessis-Châtillon dont Dubuisson, dans son Armorial des principales maisons et familles du royaume, édition de 1757, donnait la description suivante qui diffère sur plusieurs points de celle du cachet que nous trouvons sur les deux lettres écrites par la marquise de Nonant en 1722 : écu écartelé, aux 1 er et 4 e quartiers, d’argent, à trois quintefeuilles de gueule, au 2 e d’or à trois fers de lance de sable posés 2 et 1, qui est Fradet, au 3 e contre-écartelé, au 1 er et 4 e d’azur, à la croix alézée d’argent, au 2 e et 3 e burelé d’argent et d’azur de dix pièces au lion de gueule couronné, armé et lampassé d’or, brochant sur le tout, qui est de Saint-Gelais.

Nous verrons, au cours de cette étude, comment M me de Nonant se rattachait soit par sa naissance, soit par son alliance, aux diverses nobles familles dont les armes sont réunies dans le sceau dont elle cachetait sa correspondance.

Les lettres que nous avons signalées et qui portaient l’empreinte de ce sceau étaient adressées à M. Guillemeau, à Cherveux, ou chez mesdemoiselles Guillemeau, à Niort.

 Bien que nous n’ayions pas trouvé de documents établissant des liens de parenté entre les docteurs Guillemeau, auxquels les historiens de notre ville ont consacré des notices biographiques, et les fermiers de Cherveux en 1720 et années suivantes, il paraît tout au moins très vraisemblable qu’ils faisaient partie de la même famille.

Cette famille était très nombreuse, car nous avons vu dans la lettre du 11 décembre 1722, que l’un des frères était mort à cette époque, et, dans des pièces de date ultérieure, nous constatons qu’il y avait encore deux Guillemeau, fermiers de Cherveux.

Cette situation, au moins jusqu’au 24 mai 1723, résulte pour eux de la plupart des pièces du dossier que nous analysons, et c’est à ce titre qu’étaient adressées à l’un d’eux les lettres que nous avons transcrites ; postérieurement à cette date ils sont désignés comme « cy-devant fermiers de Cherveux. »

 

Plusieurs des énonciations de nos lettres coïncident du reste soit avec d’autres pièces du dossier, soit avec les recherches que nous avons faites sur leur auteur.

 Ainsi une quittance signée de Villier, en date, à Saint-Maixent, du 2 mars 1723, porte que le signataire a reçu de M. Guillemeau, fermier de Cherveux, la somme de trente-neuf livres pour les trois envois de perdrix qu’il a fait faire à Mme ta marquise de Nouant (port, paniers), « de laquelle somme (était-il dit dans une de ces lettres), il sera tenu compte audit sieur Guillemeau sur les prix de sa ferme, suivant les ordres de ladite dame ».

Il est aussi question dans cette correspondance d’un M. de la Mousselière, et, dans le dossier, nous trouvons plusieurs billets signés C. Casimir la Mousselière, contenant divers ordres donnés à des ouvriers pour des travaux à faire soit au château de Cherveux, soit à « des métairies » en dépendant.

C’était sans doute une sorte d’intendant chargé de gérer sur place les biens de M ,ne de Nouant dans le pays.

Enfin, dans la lettre du 18 juin 1723, il est parlé d’un projet de voyage en Berry que devait faire la: marquise, or nous verrons que, par son père, elle était originaire de cette province; le voyage projeté avait donc sans doute pour objet d’aller y visiter sa famille ou les terres qu’elle pouvait y posséder encore.

En suivant l’ordre des dates, la première pièce de notre dossier est un compte « de ce qui est deub par les sieurs Guillmeau à Madame la marquise de Nouant du prix de la ferme de Cherveux, à raison de quatre-mil huit cents livres par an ».

 Ce compte signé, comme nous l’avons dit, J.-M. de Fradet de Saint-Aoust, et paraphé au bas de chaque page des initiales J.-M. F., mentionne un premier règlement du 15 avril 1720 et est arrêté à la date du quinze juin mil sept cent vingt-deux ; il établit lesdits sieurs Guillemeau débiteurs à ce jour de « la somme de six-mil-sept-cent-quarante-deux livres douze sols, sans préjudice des termes courants ».

 

 

Nous remarquerons tout d’abord dans ce compte la somme de quatre mit huit cents livres indiquée comme étant !e prix annuel « de la ferme de Cherveux.. »

 Cette somme coïncide, à quelques centaines de livres près (différence qui peut résulter soit d’une augmentation du bail, soit de l’adjonction de quelques terres), avec celle portée dans l’Etat du Poitou sous Louis XIV, publié par Dugast-Matifeux comme étant la rente produite par ce domaine. « Le sieur de Saint-Gelais, est-il dit dans ce document, est seigneur de Saint-Gelais et de Cherveux près Niort, qui vaut 4,000 livres de rente. »

Les différents articles du compte fait entre les fermiers et la propriétaire de Cherveux sont relatifs à des paiements effectués soit par envoi d’argent par le « messager de Saint-Maixent », soit par le règlement de billets à l’ordre de Mme de Nouant, soit enfin par le paiement de réparations faites au château de Cherveux ou à des fermes qui en dépendaient.

Nous y trouvons deux mentions à signaler, d’abord celle-ci : « Aux pauvres malades et honteux de la paroisse de Cherveux, en 1721, soixante-huit livres neuf sols, suivant l’ordre de maddame. »

Puis cette autre : « Pour le foing (sic) fourni par les sieurs Guillemeau aux cheval et mulet de M. le chevalier Duplessis- Châtillon, soixante-dix livres ».

Elles établissent, la première, que bien que n’habitant pas sa terre de Cherveux, Mme de Nouant y faisait néanmoins exercer la bienfaisance en son nom, et, la seconde, que des personnes de sa famille séjournaient quelquefois dans ce domaine.

 Après cette pièce, viennent plusieurs quittances échelonnées, à de très courts intervalles, du 14 juillet 1722 (un mois après la date du compte précédent), au 16 juin 1723; elles portent décharge donnée aux fermiers de Cherveux d’acomptes payés sur leur prix de ferme et envoyés à la propriétaire, à Paris, le plus ordinairement par les messagers de Saint-Maixent ou de Niort.

Elles sont tout au moins signées par la marquise de Nouant ; l’une d’elles semble entièrement écrite de sa main, l’écriture en est très mauvaise, les lettres sont mal formées, la main qui les a tracées paraît mal assurée, l’orthographe y est tout à fait ancienne sinon même un peu fantaisiste; on voit qu’elle est l’œuvre d’une septuagénaire qui, bien qu’ayant d’illustres relations littéraires, prenait des licences avec la calligraphie, parfois même avec la grammaire. Voici la copie littérale de cette pièce autographe :

« 9 février 1723.

 « iay resu de Mr iean Guilmau sept cent soixante et sinq livres a valoire sur se quil me doit du prix de la ferme de Cherveux. A Paris, ce neuf feuvrier mil sept cent vaingt trois,

« La Marquise de Nonant. »

« 11 février 1723, 45 livres.

« Plus il m’a payé aujourdhuy quarante-cinq livres à valoir comme dessus. A Paris, le 11 février 1723.

« La Marquise de Nonant. »

La feuille sur laquelle cette quittance est écrite porte au dos cette adresse : « A Monsieur, Monsieur Millet, chez M me la comtesse de Nonnant, Paris ».

Il résulte d’une autre pièce du dossier que le s r Millet était le « maîstre d’hostel » de la marquise de Nouant.

Quelques-unes des quittances que nous possédons, ainsi que la lettre d’envoi de l’une d’elles, adressée à M. Guillemeau « au chasteau de Cherveux », sont signées : « Brault ».

C’était sans doute l’intendant ou le secrétaire de M me de Nonant. Dans cette lettre d’envoi il est dit que « la marquise de Nonant est allée en Normandie ».

Le marquisat de Nonant était en effet situé en Normandie, dans la partie de cette province comprise actuellement dans le département de l’Orne.

La dernière observation que nous ayons à faire au sujet de ces quittances est l’indication, dans celle du 8 mai 1723, du paiement de neuf cents livres fait « en vingt louis d’or », par conséquent en pièces de quarante livres. Les billets signés « Mousselière » ou « C. Casimir la Mousselière » et communiquant les ordres de « Madame » à des ouvriers pour diverses réparations à faire dans ses domaines mentionnent les noms de quelques terres « dépendant de Cherveux », telles que les « métairies de Boisne, de la Grange de Malvault, du Burg de Cherveux (sans doute le Bourg, l’agglomération de Cherveux), et des Goguelais. »

Maintenant que nous avons analysé les pièces de notre dossier, nous examinerons quelle était la situation de famille de celle dont la signature qu’elles portent pour la plupart a attiré notre attention, et par quels liens elle se rattachait à notre région.

La Marquise de Nouant était fille de Jean Fradet de Saint- Aoust, vi e du nom, comte de Château-Meillant, maréchal de camp, chevalier de l’ordre du Roi, lieutenant général d’artillerie, mort en 1657.

L’une des pièces de notre dossier, signée : « J.-M. de Fradet de Saint-Aoust », indique bien cette origine et, d’un autre côté, nous avons vu, dans une des lettres de la marquise, qu’elle parle d’un voyage projeté en Berry, évidemment dans sa terre de Saint-Aoust, ou tout au moins au berceau de sa famille paternelle. Saint-Août ou Aoust est actuellement une commune du canton et de l’arrondissement de la Châtre, au département de l’Indre, formé d’une partie de l’ancienne province du Berry.

La famille de Fradet de Saint-Aoust était une des plus anciennes et des plus importantes de cette province : on trouve en effet un Jean Fradet de Saint-Aoust, procureur du roi en Berry en 1334.

Ses armes étaient : d’or, à trois fers de lance de sable, 2 et 1 : on les trouve ainsi établies, jointes à celles des Duplessis-Châtillon, des Nouant et des Saint-Gelais, dans le cachet d’une des lettres que nous avons transcrites.

Si la marquise de Nouant était, par son père, d’antique et noble race, elle ne l’était pas moins par sa mère, Jeanne-Marie de Saint-Gelais-Lusignan, issue de la vieille lignée des Lusignan et de cette branche des Saint-Gelais qui joua pendant plusieurs siècles un rôle considérable dans l’histoire du Poitou et particulièrement dans celle de notre ville (3).

Elle épousa, en mai 1674, Jacques du Plessis, marquis du Plessis-Châtillon et de Nonant, maître de camp de cavalerie, qui mourut, suivant les uns, en 1705, suivant d’autres en 1707 (4).

D’après une note de Saint-Simon, dans le Journal de Dangeau (t. XIV, p. 63), les Duplessis-Châtillon étaient riches « mais de petit aloi » ; leur nom était Le Comte, et ils possédaient beaucoup de bien dans le diocèse de Séez, notamment la terre de Nonant dont ils portaient le nom et qui était située dans la subdélégation d’Argentan, au bailliage d’Alençon (5).

En 1776, cette terre était encore possédée par la baronne de Narbonne, fille de Louis Duplessis-Châtillon, marquis de Nouant, fils lui-même de la marquise de Nouant qui nous occupe en ce moment.

On trouve des représentants de l’ancienne maison de Nouant dans l’histoire de Normandie dès le milieu du onzième siècle; ses armes étaient: au chevron d’azur.

La Chesnaye- Desbois, auquel est emprunté un grand nombre des indications généalogiques de cette étude, dit, dans son édition de 1776, que cette famille est depuis longtemps éteinte ; cependant, dans un journal du 29 mars 1891, nous avons vu mentionnée, au bulletin nécrologique, la mort de M me la vicomtesse du Petit-Thouars, née de Nouant.

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré à l’occasion de cette indication (6) nous ont permis de rattacher directement et sûrement cette vicomtesse du Petit- Thouars, née Marie-Cécile Leconte de Nonant-Raray, à la famille à laquelle s’était alliée Jeanne-Marie de Fradet de Saint- Août, en épousant celui qui, d’après les mémoires du marquis de Sourches « s’appelait naturellement le marquis du Plessis- Châtillon » (7), mais était propriétaire de la terre de Nouant, dont il avait pris le nom (c’est de la possession de ce domaine par son mari, qui l’avait reçu de sa mère, que venait à la noble dame qui est l’objet de cette notice l’appellation de Marquise de Nouant sous laquelle est plus particulièrement connue la veuve de Duplessis-Châtillon et elle l’adoptait de préférence, comme nous l’avons vu, pour signer ses papiers d’affaires et sa correspondance).

En effet, cette Marie-Cécile, veuve de Georges-Henri-Aubert du Petit-Thouars, morte en mars 1891, était fille d’Amédée, comte de Nouant, marquis de Raray (8), fils lui-même de Joseph-Antoine-Alexis Le Conte de Nouant de Raray, comte de Nouant, né au château du Pin, le 21 février 1765, et de Cécile-Rose Le Conte de Nouant de Pierrecourt, sa cousine issue de germaine, née à Paris, le 24 août 1707 (9).

 Or, cette dernière, qui transporta à son fils Amédée, père de la vicomtesse du Petit-Thouars, « les droits de titres et de noms de son père » représentait, nu quinzième degré, un rameau de la seconde branche de la maison Le Conte de Nonant, qui en avait formé cinq, dont la première s’éteignit au douzième degré, en 1654, en la personne de Pomponne-François Le Conte de Nouant, marquis de Nouant, baron de Beaumesnil, dernier descendant mâle, mais se continua, dans la ligne collatérale féminine par la marquise du Piessis-Châtillon et la comtesse de Chamilly, sœurs du marquis de Nouant, héritières de ses biens (10).

Comme nous l’avons précédemment indiqué dans une note de cette étude, le mari de Jeanne-Marie de Fradet était précisément le fils de la sœur de la comtesse de Chamilly, Renée Le Conte, marquise de Nouant, épouse d'André du Plessis-Châtillon et sœur également de Pomponne-François Le Conte de Nouant, marquis de Nouant.

Nous sommes donc autorisé à dire, d’abord, que la vicomtesse du Petit-Thouars, née de Nouant, récemment décédée, appartenait à la famille de la marquise de Nouant, propriétaire, au commencement du xvui e siècle, de la seigneurie et du château de Cherveux, et ensuite que l’antique lignée des Nouant n’a pas entièrement disparu, puisque le chef, en 1855, et l’unique survivant d’un des rameaux de sa seconde branche, Amédée-Jean-Joseph, a eu de son mariage avec Marie-Charlotte-Augustine de Vasserot de Viney, en outre de Cécile-Marie, vicomtesse du Petit-Thouars, morte en 1891, Charles-Henri, né â Paris, le 6 décembre 1822, et Léopold-Joseph, né au château de Poncé, en septembre 1824 (11).

Nous n’avons pu trouver trace des alliances et de la descendance de ces deux fils d’Amédée Le Comte de Nouant ; les plus récentes éditions des ouvrages généalogiques que nous avons consultés se contentant de les mentionner sans aucune indication de mariages ou de décès (12), mais, pour leur sœur, la vicomtesse du Petit- Thouars, nous savons qu'elle eut deux filles, mariées, l’une en 1869, l’autre en 1870, et un fils Charles- Georges-Henri-Aubert du Petit-Thouars, marié le 10 juin 1875 à Mathilde-Marie-Marthe Lambrecht, dont il a eu deux fils et trois filles; le plus jeune de ces enfants est né le 3 février 1884 (13).

La situation de fortune que la marquise de Nouant devait à son mariage et sa haute naissance lui permirent de procurer de belles alliances à ses descendants. C’est ainsi que son fils, Louis Duplessis-Châtillon, ci-devant colonel du régiment de Provence, brigadier d’infanterie, épousa, en premières noces, le 14 janvier 1711, d’après Dangeau, ou le 21 janvier 1712, d’après un autre auteur, Anne Nérey de la Ravoie, fille de Jean de la Ravoie, grand audiencier de France, trésorier général de la marine, qui lui apporta 410,000 francs d’argent comptant (14), et, en secondes noces, le 24 février 1716, suivant le P. Anselme, ou le 24 janvier 1718, suivant La Chesnaye, Catherine-Pauline Colbert de Torcy.

Elle était du reste en excellentes relations avec les personnages les plus haut placés et les plus influents de son temps, car, indépendamment de son amitié avec Fontenelle, que nous avons signalée, nous avons vu, dans une de ses lettres, qu’elle avait obtenu de Mme la duchesse de Mazarin une lettre de recommandation à M. le lieutenant général de Saint-Maixent pour son fermier Guillemeau à l’occasion d’une affaire litigieuse, dans laquelle ce dernier était intéressé.

La duchesse de Mazarin, qui était la nièce et la légataire universelle de l’illustre cardinal, avait épousé le duc de la Meilleraye, grand-maître de l’artillerie de France (15), qui avait autorité sur la juridiction devant laquelle était pendant le litige au sujet duquel la marquise de Nouant s'était entremise.

Après avoir constaté quelles étaient la situation de famille et les relations littéraires ou sociales de la marquise de Nouant, recherchons maintenant comment la seigneurie et le château de Cherveux sont venus en sa possession, et comment ils sont passés de ses mains entre celles de leur possesseur actuel.

 « L’opinion la plus connue (sur le château de Cherveux), dit Allard de la Resnière dans un mémoire présenté à l’Empereur, en 1810, dans l’intérêt des habitants de la commune de Cherveux, est qu’il appartenait aux seigneurs de la maison de Lusignan, et qu’il fut bâti par l’un d’eux ; ce qu’il y a de certain, ajoute-t-il, c’est qu’en 1560, 1571 et 1661, il était possédé par des seigneurs de la branche de cette illustre maison, dite de Saint-Gelais. »

C’est ce qui résulte d’hommages qui leur furent rendus à ces différentes époques « comme seigneurs châtelains de Cherveux. »

 L’auteur du mémoire aurait pu ajouter que le château de Cherveux était également, en 1669, aux mains des seigneurs de Lusignan-Saint-Gelais, puisqu’il cite lui-même, au cours de son travail, une ordonnance rendue à cette époque par « le juge-sénéchal de la châtellenie, terre et seigneurie de Cherveux », au nom de « Monseigneur le marquis de Saint- Gelais, seigneur dudit Cherveux. »

Cette seigneurie ou châtellenie paraît être venue â la famille des Lusignan-Saint-Gelais par le mariage, en 1548, de Charles V de Lusignan, seigneur de Saint-Gelais, veuf de Renée de Laboucherie, avec Louise de Puiguyon, dame de Cherveux.

De ce mariage naquit, entre autres enfants, Louis de Saint- Gelais-Lusignan, seigneur de Cherveux, celui qui prit. Niort en 1588, et qui mourut en 1592. Il avait épousé, en secondes noces, Jeanne Dupuy, fille de Claude, baron de Belleville,- dont il eut Josué de Saint-Gelais-Lusignan qui fit don, en 1620, à l’église réformée de Cherveux « d’un jardin situé au dit lieu pour y édifier un temple. »

C’est ce dernier qui, ayant épousé, le 28 mars 1610, Anne Foussard, veuve de Charles de la Forest, en eut une fille, Marie-Jeanne, qui épousa Charles de f'radet, comte de Château-Meillant, et eut de ce mariage une fille qui fut la Marquise de Nouant.

 D’après l’état de l’élection de Saint-Maixent, dressé en 1698, par Samuel-Charles Lévesque, et publié, il y a quelques années, par M. Alfred Richard, le château de Cherveux appartenait, â cette époque,  « la dame marquise de Saint-Gelais, demeurant à Paris. »

Enfin, l’une des pièces de notre dossier dont nous avons donné des extraits au commencement de cette étude constate que le château de Cherveux et les terres qui en dépendaient appartenaient, à une époque même antérieure au 15 avril 1720, à la marquise de Nouant.

Celle-ci en était propriétaire, comme nous l’avons vu dans les diverses pièces transcrites ou analysées, pendant les années 1721, 1722 et 1723 (17).

Cette seigneurie de Cherveux qui, dit Beauchet-Filleau, se transmit dans la famille de Saint-Gelais pendant quatre générations, jusqu’à Charles Vil de Saint-Gelais mort sans postérité, était venue, ainsi que nous venons de le voir en la possession de la marquise de Nonant du chef de sa mère, tante de ce Charles VII mort sans postérité.

 Elle la transmit à son fils Louis du Plessis, marquis du Plessis-Châtillon, qui la possédait en 1745, comme le constate une déclaration qui lui fut faite à titre de « seigneur de la Châtelanye de Cherveux » par « maître Jacques Millejeu (ou Meslejeux), docteur en médecine, demeurant en la ville de Saint- Maixent, et autres co-teneurs de diverses pièces de terre dépendant de cette seigneurie, aux termes d’un acte reçu le 10 mai de cette année 1745, par M es Guion et Defaucamberge (18), notaires royaux, à Saint-Maixent, contrôlé et scellé le 24 du même mois (19).

La fille de Louis du Plessis-Châtillon, désigné dans l’acte dont nous venons de parler comme chevalier, seigneur, marquis dudit lieu de Nouant et de Saint-Gelais, comte du château de Meillan, vicomte de la Mothe-Feuilly, seigneur de la chatelanye de Cherveux, lieutenant général des armées du roy, gouverneur d’Argenson (sic) en Normandie, Marie-Félicité, née le 7 octobre 1723, et devenue, en février 1700, après un premier mariage avec François-Antoine, comte de Chabannes-Curton La Palisse, qui mourut le 23 décembre 1754, épouse de Charles- Bernard-Martial Pelet, dit le comte de Narbonne, est désignée par La Chesnaye-Desbois comme héritière des terres et seigneuries du Plessis-Châtillon en Maine, de Nonant en Normandie, de Saint-Gelais et autres.

Parmi ces autres terres et seigneuries composant les domaines de la petite-fille de la marquise de Nouant, figurait assurément Cherveux, puisque nous trouvons dans le Mémoire déjà cité d’Allard de la Resnière une indication, reproduite par Charles Arnauld dans ses Monuments du Poitou, d’après laquelle « le château de Cherveux et les domaines qui en dépendaient furent confisqués pendant la période révolutionnaire qui marqua la fin du siècle dernier, sur M me de Narbonne-Pelet, au profit du gouvernement ».

Des mains de la nation, ce monument, qui était resté pendant plus de trois siècles, sauf quelques intermittences au cours des guerres de religion, en la possession de la descendance de ceux qui l’avaient élevé, devint, aux termes d’un procès-verbal d’adjudication, pour la somme de 72,600 francs en date du 12 frimaire an III, la propriété d’un sieur Allonneau, fermier à Saint Rémy, gendre d’un M. Augier qui, d’après Allard de la Resnière, était fermier du château de Cherveux plus de quinze ans auparavant.

C’est actuellement à une famille Allonneau, alliée ou descendante de l’acquéreur de 1794, qu’appartient cette ancienne propriété de la marquise de Nonant, dont les constructions, qui ont malheureusement été sensiblement détériorées par le passage du temps et des hommes, conservent encore malgré leur ruine l’aspect imposant qui révèle la destination de résistance et de protection en vue de laquelle elles avaient été édifiées.

Il nous a semblé qu’il ne serait pas sans intérêt pour ceux, et ils sont plus nombreux de jour en jour, qui ont quelque goût pour l’histoire des hommes et des monuments, particulièrement de ceux qui ont un lien plus étroit avec la contrée qui nous a vus naître, de savoir, ou tout au moins de voir rappeler dans quelles mains illustres avait passé, depuis les premiers jours de son existence, un château dont les restes, malgré le triste état de leur délabrement progressif, sont encore l’un des plus complets ornements archéologiques de notre département (20).

Il serait à désirer que chacun des débris glorieux de l’architecture des siècles passés qui subsistent encore sur le sol de notre région trouve un historien qui nous raconte les péripéties qu’il a traversées, en quelles mains il a successivement passé, dans quels fastes de nos annales il a joué un rôle et de quelle nature fut ce rôle.

 

Il y aurait là une mine féconde à exploiter par les amateurs de recherches historiques et archéologiques. Cette série de monographies particulières composerait, quand elle serait complète, un ensemble d’une grande valeur qui permettrait de dresser des histoires provinciales et même l’histoire générale de notre pays.

On retrouverait, dans les recherches auxquelles donnerait lieu ce travail, des personnages importants qui, ainsi que la marquise de Nouant, tout en vivant à Paris au milieu des relations mondaines et sociales que leur procuraient leur grande situation de famille ou les ressources de leur esprit, ne perdaient pas de vue leurs domaines de province.

Ils s’intéressaient en effet à ce qui touchait de près leurs intendants dans leurs affections de famille ou leurs affaires personnelles, et mettaient à leur disposition les influences dont ils pouvaient disposer ; ils n’oubliaient pas non plus les « pauvres malades et honteux de la paroisse » auxquels ils donnaient l’ordre de distribuer des secours, ainsi qu’il résulte du compte arrêté, le 15 juin 1722, entre les fermiers Guillemeau et la noble propriétaire du château de Cherveux ; ils attachaient enfin un prix tout particulier aux produits de leurs terres et trouvaient une saveur toute spéciale au gibier qui y était tué, sans vouloir toutefois que les envois qui leur en étaient faits fussent une occasion de dépenses pour ceux qui en étaient chargés.

Aussi, pour nous, avons-nous considéré comme une bonne fortune la découverte d’autographes qui nous ont donné l’occasion de rechercher, à travers les siècles passés, les possesseurs successifs, depuis sa construction jusqu’à nos jours, de l’un des plus charmants et des plus intéressants monuments archéologiques de notre contrée.

L.-M. Guérineau.

 

 

 ==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania

 

 

 


(1)   Lucien Perey. La jeunesse de M me d’Epinay, Paris, Lévy, 1883. (Cette source de renseignements, ainsi que les extraits que nous aurons occasion de donner dans ce travail, des Mémoires de Dangeau, Saint-Simon et du marquis de Sourches, nous ont été signalés par le très obligeant et très distingué bibliophile, M. A. Tornézy, président de la Société des Antiquaires de l’Ouest.)

(2). Dubuisson, Armorial des principales maisons et familles du royaume, Paris, 1757, t. i, p 109.

(3). Dans les Mémoires du marquis de Sourches, t. iv, p. 332, on trouve cette mention : « 26 mai 1694. — Le 26 mai, on apprit que la comtesse de Saint-Aoust était morte à Paris dans un âge très avancé (en note : elle était de la maison de Saint-Gelais, son mari était un gentilhomme qui avait fait sa fortune ; elle ne laissait qu’une fille qui avait épousé le marquis de Nonant, autrement du Plessis-Châtillon) ».

(4). Il était né du second mariage (1646), d'André du Plessis-Châtillon, vicomte de Rugles et du Bois-Béranger, avec Renée Le Conte, marquise de Nonant, sœur de la comtesse de Chamilly, et fille de Jacques Le Conte, marquis de Nonant. (La Chesnaye-Desbois, nouvelle édition, Paris 1869.)

(5) La Chesnaye-Desbois, édition de 1776, 10 e volume.

(6) Nous avons été grandement aidé dans ces recherches par M. le comte Louis de la Rochebrochard qui a bien voulu mettre à notre disposition les précieux documents de sa riche bibliothèque.

(7) Mémoires du marquis de Sourches, t. ix, p. 296, en note.

(8) Beauchet-Filleau, Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou, 2 me édition, art. Aubert.

(9) Bonrel d’Hauterive, Annuaire de la noblesse en France, années 1849-50, p. 220.

(10) Idem, année 1855, p. 239.

(11) Borel d’Hauterive, Annuaire de la noblesse en France, année 1855, p. 246.

(12) Les seules indications que nous ayons trouvées semblant se rapporter aux représentants actuels des Nouant sont celles données dans le Dictionnaire des Châteaux, édité par A. La Fare, rue de la Chaussée-d’Antin, à Paris (1888-89), sous forme d’adresses ainsi conçues : « Comtesse de Nonant, château du Pin, par Moyaux (Calvados), près Lisieux. — Comtesse de Nonant, château de Poncé, par Poncé (Sarthe). — Comte de Nonant-Raray, château de Maslou, par Cormeilles (Eure) ».

— Nous avons tenté d’avoir des renseignements plus explicites de ce dernier, mais notre tentative est restée infructueuse.

(13) Beauchet-Filleau, 2 me édition, art. Aubert.

(14) Journal de Dangeau, t. xiv, p 62.

(15) Mémoires du marquis de Sourches, t. III, p. 185, note 2. TOME X, n° 109. 2

(17). Il résulte d’un document qui se trouve aux archives départementales (série B., p. 12 Eaux et Forêts), qu'en 1729 et 1730, la marquise de Nouant était propriétaire du château de Saint-Gelais, puisqu’elle obtenait, à cette époque, l’autorisation, enregistrée au greffe des Eaux et Forêts de la maîtrise de Niort, à la requête de « M. André Casimir, seigneur de la Mousselière, de faire couper dans le parc de sa terre de Saint-Gelais environ deux cents arbres chesnes morts en cime et sur leur retour. »

(18). Nous avons trouvé dernièrement ce nom dans les annonces d’un journal de Paris comme étant celui d’un directeur de cabinet d’allaires et de renseignements.

 (19). Cet acte fait partie des archives de la Société de statistique des Deux- Sèvres, fond Garnier, pièce lre .

(20). Nous avons appris tout dernièrement avec une grande satisfaction que M. Lisch, inspecteur général des monuments historiques, se proposait de poursuivre auprès de la commission établie pour la conservation de ces monuments le classement du château de Cherveux.

 

 

.

Publicité
Commentaires
PHystorique- Les Portes du Temps
Publicité
Publicité