Le château de Montreuil Bonnin dans le comté du Poitou

Montreuil-Bonnin se trouve dans la vallée de la Boivre à environ 18 kilomètres à l'ouest de Poitiers. Bien que s'étendant à l'écart des grands courants de circulation, la vallée, assez fortement burinée dans les plateaux forestiers de cette partie du seuil poitevin, présentait, en ses divers points de passage, des positions fortes dont les Plus remarquables étaient le château ou tour de Béruges 3, le château de Montreuil-Bonnin et la commanderie fortifiée de Lavausseau.

Depuis la notice de Félix du Puis-Vaillant écrite en 1838 et réimprimée en 1869 dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest le château de Montreuil-Bonnin ne semblait pas avoir beaucoup retenu l'attention des archéologues. Fort heureusement, la Société française d'archéologie, tenant son CIXe congrès à Poitiers en 1951, l'avait inscrit à son programme d'études. L'attention s'est trouvée ainsi ramenée vers cet important ensemble d'architecture militaire qui mérite de tenir une place de choix dans le patrimoine monumental du Poitou 2.

Histoire du Château de Montreuil-Bonnin dans le comté du Poitou

Quand le château de Montreuil-Bonnin apparaît dans les textes au début du XIe siècle, il est aux mains des comtes de Poitou, en la circonstance de Guillaume le Grand 4. Il est probable que les comtes l'ont fait bâtir pour couvrir les avenues ouest de Poitiers. Jusqu'à la chute de l'indépendance du grand fief, les comtes ne cèderont le château à aucun de leurs vassaux, précaution d'autant plus sage qu'entre Montreuil-Bonnin et Poitiers, les Lusignan ont dressé Béruges, cité pour la première fois en 1124.

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Un atelier monétaire est installé à Montreuil au temps de Richard Cœur-de-Lion ; Aliénor d'Aquitaine y séjourne en 1199 5. Avec le comté, le château passe aux mains de Philippe-Auguste en 1204 ; le roi capétien y introduit une famille d'Ile-de-France, berceau du domaine royal, les Montmorency, seigneurs de Marly 6 ; Mathieu, mort en 1223 est le premier qui soit désigné comme seigneur de Montreuil-Bonnin.

 Le titre est ensuite porté par son fils aîné Bouchard I, mort en 1226, puis par Pierre, second fils de Bouchard I. Peu après, la seigneurie est aliénée par Blanche de Castille, régente au nom de Louis IX, à Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, au cours des tractations qui ont pour objet de détacher ce vassal indocile de la cause de Henri III, roi d'Angleterre 7.

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C'est, sans doute, ce qui motive l'accord passé en 1232 par Pierre de Marly avec Hugues de Lusignan mentionné par le P. Anselme. A Pierre, mort sans postérité en 1240, succèdera Bouchard II, quatrième fils de Bouchard I.

 Il prendra part, lors de la grande révolte féodale de 1242, à la campagne menée par Louis IX en Poitou, campagne au cours de laquelle Béruges et Montreuil-Bonnin figureront parmi les premières forteresses enlevées par le roi au comte de la Marche. L'événement est relaté ainsi par Guillaume de Nangis : « Il [le roi] assist prumièrement un chatel que len nomme Mousteruel en Gastine et le prit en poi de jours par sa force. » 8.

Alphonse, frère du roi, investi du gouvernement du comté, remet en fonctionnement l'atelier monétaire et s'occupe de faire réparer le château. Celui-ci reste aux mains du roi de France sous les derniers Capétiens et les premiers Valois. Comme tel, il est mêlé aux péripéties des guerres anglaises des XIVe et XVe siècles.

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Le comte de Derby, ayant pillé Poitiers en octobre 1346, se retire par Montreuil-Bonnin, incendie le château 9 et, ajoute Froissart, fait passer au fil de l'épée les deux cents ouvriers de l'atelier monétaire. ==> Moyen Age, atelier monnaie-denier Plantagenêt (château de Montreuil-Bonnin)

Au cours de la reconquête du Poitou par l'armée des ducs et par du Guesclin, la forteresse est chèrement disputée ; il semble qu'elle dit été encore aux mains des Anglais en décembre 1372 ; le fait qu'elle ait été engagée par Charles V au profit du connétable en même temps que Fontenay-le-Comte pris en octobre de la même année laisse supposer, cependant, qu'elle tomba peu après ; surprise par les Anglais le 9 janvier 1375, elle fut de nouveau enlevée de vive force par le connétable revenu spécialement de Paris au début d'octobre de la même année 10.

Du Guesclin cèdera Fontenay et Montreuil-Bonnin à Jean de France, duc de Berry et comte de Poitou contre 25.000 francs d'or le 1er décembre 1377 11.

Du duc de Berry, Montreuil-Bonnin passera à Charles VI en 1416 avec le comté poitevin dont elle suit le sort.

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Toutefois au début du règne de Charles VII, exactement en mai 1423, Montreuil-Bonnin sera cédé à un capitaine écossais, Laurent Vernon, dans des conditions qui méritent d'être rapportées 12.

Laurent Vernon s'est distingué à la bataille d'Azincourt en 1415 ; en 1421, à la bataille de Baugé, il a fait prisonnier le comte de Somerset, Edmond Beaufort, petit-fils du duc de Lancastre.

Ce haut personnage, apparenté au roi d'Angleterre, servira de monnaie d'échange dans la transaction passée entre Charles VII et Laurent Vernon, transaction dont les lettres datées de Bourges, mai 1423, nous donnent le reflet. Le roi de France désirait libérer son parent, Charles d'Artois, comte d'Eu, captif en Angleterre depuis Azincourt.

Bien que fort besogneux à cette époque, il offrit à Laurent Vernon de lui racheter Somerset pour monnayer ensuite, à l'aide de cet illustre prisonnier, la libération du comte d'Eu. Il offrit donc au capitaine écossais la somme considérable de 40.000 écus d'or ; pour alléger cette dette, il cédait à perpétuité, à Laurent Vernon, la châtellenie, terre et seigneurie de Montreuil-Bonnin évaluée 15.000 écus d'or ; il s'engageait à payer comptant le surplus, soit 25.000 écus 13. Il s'agit, en fait, d'une de ces aliénations du domaine dont du Fresne de Beaucourt cite, surtout au début du règne, beaucoup d'autres exemples ; celle-ci, confirmée par des lettres datées d'Amboise, 22 novembre 1441, devait échapper à toutes les révisions ultérieures maintenant ainsi les Vernon et leurs successeurs en possession du château jusqu'à la fin du XVIIIe siècle 14.

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En fait, les Vernon se montreront fort turbulents, -particulièrement à l'égard des religieuses de Sainte-Croix de Poitiers 15.

Des Vernon, Montreuil-Bonnin passera, au XVIe siècle, aux La Noue par l'intermédiaire d'Arthuse Vernon, arrière-petite-fille de Laurent. Mariée à Louis de Théligny, elle en a eu une fille, Marguerite, qui épousera François La Noue, dit Bras-de-Fer.

L'adhésion de ce célèbre personnage à la Réforme, le ralliement d'une partie de la population du village voisin aux mêmes idées feront, de Montreuil-Bonnin, un point d'appui du protestantisme aux environs de Poitiers et rendront momentanément à la forteresse un certain rôle militaire ; occupée par les Ligueurs de Poitiers au début du règne de Henri IV, elle sera reprise par les protestants en juillet 1592 et, dit-on, incendiée trois fois 16.

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En 1644, le mariage de Marie de la Noue, arrière-petite-fille de François, avec Léonor-Antoine de Saint-Simon, marquis de Courtomer mettra Montreuil-Bonnin aux mains de cette famille ; elle le possédait encore à la fin du XVIIIe siècle 17.

Rien d'apparent ne subsiste de la forteresse primitive citée au XIe siècle. La majeure partie de ce qui est parvenu jusqu'à nous date de la première moitié du XIIIe siècle.

Cette chronologie est fondée, non seulement sur les caractères architectoniques, mais sur une précieuse inscription conservée dans le donjon. On la lit sous la porte qui donnait accès au troisième étage. Elle a été gravée par un prisonnier de race juive, Samuel de Baslou ou de Baione [Bayonne ?] qui doit avoir été captif en ce lieu à une date qui oscille, selon les traducteurs, entre 1235 et 1238 es ; même incertaine, cette date constitue un terminus post quem au-delà duquel on ne peut descendre, au moins pour la construction du donjon. Il est malheureusement difficile de savoir si la construction — en fait la reconstruction de la forteresse primitive — a été décidée par Philippe-Auguste peu après 1204 ou par Hugues X de Lusignan, comte de la Marche, après 1224. La première hypothèse nous paraît cependant préférable.

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On peut concevoir que le roi capétien ait voulu faire, de Montreuil-Bonnin, un solide point d'appui confié à des mains sûres dans le comté récemment rattaché au domaine et dont le loyalisme pouvait être encore douteux.

Reprenant la tradition capétienne, Alphonse de Poitiers entreprendra des travaux de réparation et d'entretien au lendemain de la reprise du château par son frère, le roi Louis IX, en 1242. Ces travaux sont connus par les documents publiés par A. Bardonnet 19.

Ils s'échelonnent d'abord sur les années 1245-1248 ; ils sont conduits par le prévôt Jean d'Orléans ; ils concernent le logis du château et la tour ou donjon ; la couverture de celui-ci est refaite en 1259.

Aux Vernon, on doit certainement les parties du château actuellement habitées qui accusent le style gothique flamboyant du XVe siècle. Par un procès qui le mit aux prises avec le chapitre de Sainte-Radegonde, on sait que Jacques Vernon avait fait faire, vers 1465, des réparations « alentour » de son château, peut-être à l'enceinte 20.

L'association des armes des La Noue et des Courtomer sur une lucarne d'une autre aile du logis actuel lui assigne une date postérieure à 1644, année du mariage de Marie de La Noue et du marquis de Courtomer.

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Descriptif du Château de Montreuil Bonnin

Le château se dresse exactement en haut des pentes qui forment le versant nord de la vallée de la Boivre dont il domine le fond d'une trentaine de mètres. L'enceinte a la forme d'un vaste rectangle allongé d'est en ouest ; le côté sud, long de plus de 100 mètres, prend ses assises en haut du coteau ; sur lui, s'appuient les restes de l'ancien logis gothique et les parties du château actuellement habitées ; le petit côté ouest, long de plus de 30 mètres, formait un saillant en angle largement obtus tandis que celui de l'est est droit ; dans le côté nord, se dresse le châtelet d'entrée.

Le donjon est isolé dans la partie ouest de l'enceinte. La régularité relative du plan s'explique par la situation sur le rebord du plateau boisé qui domine, sans sinuosités notables, la vallée de la Boivre ; le plan se rapproche ainsi de celui des châteaux dits de plaine.

Comme beaucoup de donjons du temps d'e Philippe-Auguste, celui de Montreuil-Bonnin est une grosse tour cylindrique de 13 m. 45 de diamètre total, le mur ayant environ 3 m. d'épaisseur 21. Celui-ci est construit en moyen appareil assez régulier sur le tiers inférieur de son élévation ; au-dessus, on note des superpositions de moyen appareil et d'appareil très mince par tranches variables ; les parties hautes ont été remaniées.

 

  La porte qui, actuellement, donne directement accès à la partie basse de la tour n'est pas contemporaine de celle-ci. A l'origine, on ne pénétrait dans le donjon que par une petite porte rectangulaire s'ouvrant à l'est à hauteur du premier étage ; elle n'était accessible que par une échelle ou un escalier de bois. Parvenu à cette porte, on trouve immédiatement à gauche un escalier qui, ménagé dans l'épaisseur du mur, donne accès aux autres étages par des portes dont le linteau est soulagé par des corbeaux en quart de-rond.

La partie basse, presque complètement comblée de gravats, était à-demi souterraine et complètement obscure. La seconde salle, au niveau du sol actuel fortement remblayé — il fallait y redescendre de l'étage supérieur — prenait jour par deux meurtrières rectangulaires très ébrasées s'ouvrant au ras du plancher vers le sud et le sud-ouest.

La troisième salle comprenait, outre l'unique porte du donjon, d'étroites baies rectangulaires ; une quatrième salle identique se trouvait au-dessus, puis une cinquième ; elles étaient séparées les unes des autres par des planchers dont les traces sont très apparentes ; seules la troisième et la quatrième avaient des cheminées dont les hottes à forte pente sont soutenues par des corbeaux moulurés de trois-quarts-de-rond.

La cinquième salle, complètement dépourvue de baies, était couverte d'une imposante coupole, malheureusement éventrée, d'environ huit mètres de diamètre ; montée par assises horizontales d'épaisseur décroissante à partir d'un cordon mouluré, elle avait été dotée, après coup semble-t-il, de nervures rayonnant à partir du sommet de la calotte ; ces nervures moulurées d'un étroit bandeau dégagé par deux cavets, s'effaçaient en pénétration à hauteur des assises inférieures ; on peut douter de leur valeur fonctionnelle et y voir plutôt une recherche tardive d'élégance.

A l'intérieur comme à l'extérieur, le donjon porte des traces évidentes d'incendie. On ignore si la calotte supérieure de la coupole était couverte ou non d'une toiture ; les travaux d'Alphonse de Poitiers le donneraient à penser. Il n'y a trace ni de terrasse crénelée, ni de hourds.

Du haut du donjon, on jouit d'une vue étendue sur la vallée et sur le pays boisé environnant.

Défendue sur trois côtés par des fossés profonds et, sur le quatrième, par l'à-pic presque inaccessible sur la vallée, l'enceinte devait former une couverture sérieuse au donjon ; son périmètre relativement considérable ne devait pas faciliter l'investissement complet de la place.

Le châtelet d'entrée comprend deux tours cylindriques soigneusement appareillées mais d'assez faible diamètre ; de leur couronnement, elles n'ont gardé que les consoles des mâchicoulis moulurées de deux quarts-de-rond raccordés par un bandeau ; un écusson dépourvu d'armoiries est visible entre les deux tours.

Un pont de pierre fixe a remplacé le pont-levis dont les poutres venaient s'engager dans des rainures ; des meurtrières transformées en canonnières en défendaient l'approche.

 La porte refaite avec un amortissement en arc surbaissé ouvre sur un passage couvert d'une voûte en berceau brisé ; celle-ci est entamée par la glissière d'une herse et par un assommoir. Dans la tour de droite, est encastré un boulet de pierre à côté duquel on lit : ultima ratio, 1593 ; c'est un souvenir du rôle joué par le château pendant la Ligue.

Au revers du châtelet, un écusson portant une fasce accompagnée de trois étoiles est présenté par deux putti et encadré par deux têtes de style Renaissance.

Ce ne sont cependant ni les armes des Vernon ni celles des La Noue qui ont possédé le château au XVIe siècle.

 Le chemin de ronde qui courait en haut des murs est encore très visible par endroits ; la tour d'angle nord-est est munie de canonnières; celle du sud-est est dotée d'une petite porte donnant accès, autrefois, à un pont étroit porté par des piles carrées au-dessus du fossé taillé dans le roc ; la salle basse de cette tour est couverte d'une coupole qui s'arrondit au-dessus d'un cordon taillé en biseau.

Près de ces tours nord-est et sud-est, des escaliers de pierre montés au revers de l'enceinte donnaient accès au chemin de ronde. L'angle nord-ouest et le front ouest de l'enceinte sont envahis par les broussailles et très dégradés. Au milieu des deux fronts est et ouest, il y avait une tour ; celle de l'est a été détruite pour ménager une sortie facile vers le parc ; celle de l'ouest est arasée au niveau du sol actuel de la cour.

La tour sud-ouest est pourvue d'une meurtrière qui commande le front sud de l'enceinte ; cette meurtrière est amortie par un linteau évidé en plein cintre ; elle a été ensuite transformée en canonnière.

Sur le front sud, s'appuient les logis qui vont être décrits ; au droit de la partie habitée, on devine sous le lierre une ouverture en plein cintre bouchée qui pourrait faire penser à une poterne condamnée ; mais, de l'avis de M. Hacault, elle ne correspond à aucune partie souterraine du château.

Montreuil-Bonnin présente des vestiges importants du logis seigneurial du XIIIe siècle. Il s'élevait à l'angle sud-ouest de la forteresse près de la tour d'angle. Il prenait jour largement sur la vallée par d'élégantes fenêtres gothiques en arc brisé mouluré d'un tore accompagné de dents de loup ; le tympan est géminé par deux petits arcs brisés portés par une colonnette médiane ; celle-ci et les colonnettes des jambages portent des chapiteaux élégamment décorés de feuilles d'eau à bordure perlée et à volutes.

L'une de ces fenêtres nous est parvenue complète ; on en distingue deux autres partiellement ruinées ; sur le parement du front sud, un cordon mouluré va d'une fenêtre à l'autre à hauteur des impostes.

 Ce logis, bien éclairé sur la vallée, doté d'une cheminée, témoigne de préoccupations d'élégance et de confort relativement précoces qui contrastent avec la structure sévère du donjon voisin ; il doit en être cependant à peu près contemporain. Dominant la base du mur du front sud d'une vingtaine de mètres, ces fenêtres ne constituaient pas un risque sérieux d'escalade par surprise à condition, évidemment, que la garnison du château soit assez nombreuse ; elles offraient aux occupants une agréable vue sur la charmante vallée.

Ce logis du XIIIe siècle a été visiblement incendié, lui aussi, et les décombres en ont masqué les : parties basses sur la cour intérieure.

Sur celle-ci, dans laquelle est creusé un puits très profond, donnent également les logis construits par les Vernon ou remaniés par les Courtomer. Les premiers ont fait l'objet, dans les temps modernes, d'assez fâcheuses restaurations. On y remarque cependant des baies rectangulaires à meneaux surmontées d'accolades et une lucarne à haut pignon à crochets. A gauche, la partie qui a été remaniée au XVIIe siècle présente une lucarne à meneaux plats dotée d'un fronton cintré sur lequel se détache, sommé d'un casque, un écusson mi-partie La Noue, mi-partie Courtomer 22.

On accède aux étages par un escalier en vis ; deux chambres possèdent des cheminées de pierre à hottes droites portant, l'une, les armoiries des La Noue, l'autre, celles des Courtomer.

En résumé, le château de Montreuil-Bonnin forme un ensemble caractéristique d'architecture militaire et seigneuriale dans lequel le XIIIe siècle est représenté d'une façon particulièrement intéressante tant par le plan du type des châteaux de plaine que par le donjon et le logis d'habitation. Si, comme nous le supposons, le donjon date du temps de Philippe-Auguste, il vient s'ajouter à la liste de ceux qui, soit aux environs de Paris, soit en Normandie, soit en Touraine, témoignent des préoccupations de ce prince quant à la main-mise et à la défense des pays conquis au cours des luttes soutenues contre les Plantagenets.

 Le siège de 1242, ceux de 1372-1375, les conditions curieuses dans lesquelles le château a été cédé par Charles VII à Laurent Vernon chef militaire d'origine écossaise en 1423, les épisodes dramatiques évoqués par le boulet de 1593 constituent autant de liens qui rattachent l'histoire particulière de la forteresse à des évènements de portée générale.Ses descendants conserveront le fief jusqu'a la veille de la Révolution. Pendant les Guerres de Religion, la forteresse devient une place forte protestante.

Elle appartient à François de la Noue, compagnon d'Henri IV et héros du siège de La Rochelle. l'Amiral de Coligny y installe son état-Major pendant le siège de Poitiers en 1569. Reprise par les catholiques en 1593, la forteresse est endommagée par les combats. vendu comme bien national, le château devient une carrière de pierre sous la Révolution.

Sauvé de la ruine définitivement en 1830, Montreuil Bonnin est classé Monument Historique dès 1840.

 

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers ; par René CROZET Professeur d'histoire de l'art à la Faculté des Lettres de Poitiers

 

 

 RECHERCHES SUR LES SITES DE CHATEAUX ET DE LIEUX FORTIFIÉS EN HAUT-POITOU AU MOYEN AGE <==

 

 


 

 

(1) Félix du Puis-Vaillant, Notice historique sur le château de Montreuil-Bonnin, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1re série, t. XXXIV, 1869.

(2) La présente notice n'ayant pu être publiée dans le volume du Congrès archéologique de France, CIXe session tenue à Poitiers en 1951, Paris et Orléans, 1952, correspond au texte de la présentation du monument faite au cours du Congrès.

(3) R. Crozet, La tour de Béruges, dans le Bull. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest 3e série, t. 12, 1939-1941.

(4) J. Besly, Histoire des comtes de Poitou, Paris, 1647 A. Richard, Histoire des comtes de Poitou, t. II, Paris, 1903, p. 129.

(5) E. R. Labande, Pour une image réridique d'Aliénor d'Aquitaine, dans le Bull, de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 4e série, t. 2, 19S2-1954.

(6) Le P. Anelme, Histoire généalogique., t. III, p. 655 et suiv.

(7) B. Ledain, Histoire d'Alphonse, frère de saint Louis, et du comté de Poitou sous son administration {I2ii-i27l), Poitiers. 1869, p. 12.

(8) Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. XX, p. 335.

(9) Fragments inédits d'une chronique de Maillezais, pub. par P. Marchegay dans la Bib. de l'Ecole des Chartes, 1re série, t. II, 1840-1841, p. 166.

(10) Recueil de documents concernant le Poitou contenus dans les registres de la chancellerie de France, pub. par P. Guérin, t. TV (1369-1376), dans les Archives historiques du Poitou, t. XIX; R. Delachenal, Histoire de Charles V, t. IV, Paris, 1928, p. 440.

(11) Le P. Anselme, Histoire généalogique., t. VI, p. 180.

(12) D. Fonteneau, t. LXVII, p. 915 Mémoire pour le marquis de Courtomer contre M. le comte d'Artois., Paris, '1784 G. du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, Paris, 1882, p. 635 et t. III, Paris, 1885, p. 16.

(13) L'aboutissement de l'échange des prisonniers d'Azincourt et de Baugé échappe au cadre de cette étude ; bornons-nous à signaler que, d'après les historiens anglais, Somerset ne rentra en Angleterre qu'en 1431 tandis que le comte d'Eu ne fut libéré qu'en 1438.

(14) Le Mémoire pour le marquis de Courtomer. cité ci-dessus relate longuement les démêlés des derniers possesseurs de Montreuil-Bonnin avant la Révolution avec le comte d'Artois soucieux de reviser tardivement les aliénations faites aux dépens de son apanage poitevin.

(15) A. Dernier, Les fortifications de Vouillé et la tour du Poile, dans le Bull. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 3e série, t. 14, 1946-1948.

(16) P. Dez, Histoire des protestants et des églises réformées du Poitou, t. I, La Rochelle, 1936, p. 201.

(17) D. Fonteneau, t. LXVII, p. 915 ; le château est actuellement la propriété de M. Hacault qui en assure très heureusement l'entretien et à qui nous devons de précieux renseignements.

(18) De Longuemar, Epigraphie du Haut-Poitou, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1re série, t. XXXVIII, 1863, p. 220 Bull, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, mars-avril 1899 ; un fac-similé de cette inscription se trouve à la Bibliothèque municipale de Poitiers, F/2, Montreuil-Bonnin.

(19) Registre des comptes d'Alphonse, comte de Poitiers, pub. par A. Bardonnet, Archives historiques du Poitou, t. IV ; Comptes et enquêtes d'Alphonse, comte de Poitou, 1253-1269, pub. par A. Bardonnet, Archives historiques du Poitou, t. VIII.

(20) Arch. Dép de la Vienne, G. 1381 Textes et documents relatifs à l'histoire des arts en Poitou (Moyen âge — Début de la Renaissance), pub. par R. Crozet, Archives historiques du Poitou, t. LIII, p. 148.

(21) C. Enlart, Manuel d'archéologie française, Architecture civile et militaire, t. II, Architecture militaire et navale, 2e édit., Paris, 1932, p. 588 les dimensions rie Montreuil-Bonnin sont un peu inférieures à celles de Gisors, Verneuil-sur-Avre, Dourdan ; elles sont un peu supérieures à celles de la tour du Coudray à Chinon qui n'a que 12 mètres de diamètre.

(22) Pour les La Noue : d'azur à la croix d'argent cantonné de quatre gerbes de blé d'or. Pour les Saint-Simon-Courtomer de sinople à trois lions d'argent.