Préparatifs des seigneurs de Tiffauges et de Thouars pour accompagner en terre sainte Guillaume IX, duc d'Aquitaine

C'est Geoffroy de Thouars qui construit le château au XIIe siècle et le village, situé le long de la Crume, au pied du promontoire, est ainsi protégé par un rempart muni de tours.

Geoffroy II, d’abord seigneur de Tiffauges, succéda à Arbert II, son frère, dans la vicomté de Thouars, d’après le mode en usage pour ce grand fief.

En 1123, il donna, de concert avec sa femme et son fils aîné, les terres du Grand et Petit-Luc, qui dépendaient de la collégiale de Saint Nicolas de Poitiers, au monastère de Montierneuf de la même ville ; mais, comme il avait assigné ces biens pour le douaire de sa femme, l’exécution de l’acte fut différée en partie. Il fit la guerre au seigneur de Mallièvre, près de Mauléon, et s’empara de son château ; mais le comte d’Anjou, se mettant au côté du vassal, reprit la forteresse. Ce vicomte est aussi nommé dans la charte publiée par la Gaule chrétienne.

Arbert II, fils ainé de Aimery III et d’Ameline. Règne de 1092 à 1104

Herbert II (ou Arbert) devint vicomte après la mort de son père Aimery IV. La charte de la réforme de l'abbaye d'Airvault par Pierre II, évêque de Poitiers, qui est datée de 1095, quoiqu'elle soit très-certainement de deux ans au moins antérieure à cette époque, indique Aimery et son fils Herbert comme promoteurs de cette réforme. (D. Fonteneau, t. xxvi, p. 169.)

Dans la même année 1095, Herbert donne, du consentement de sa femme Agnès, le bois Albouin et d'autres biens à l'églisede Saint-Nicolas de la Chaise. (D. Fonteneau, t. xxvr, p. 177.)

Le 7 décembre 1099, il fit faire par Pierre II, évêque de Poitiers, la dédicace de l'église de Saint-Nicolas de la Chaise, qu'Aimery, son père, avait fondée. Cette cérémonie fut faite avec la plus grande pompe, en présence d'une telle multitude, que les plus anciens de l'assemblée disaient qu'il n'y avait pas eu autant de monde à la dédicace de l'église de Charroux, en 1048.

Guillaume, duc d'Aquitaine, et sa mère Hildegarde y assistèrent, accompagnés des grands de leur cour, des seigneurs thouarsais et d'un grand nombre de personnages venus de pays éloignés. On y voyait les abbés Guillaume, de Saint-Florent de Saumur Brictius, de Saint-Jouin-lès-Marnes Geoffroy, de Maillezais Rainauld de Saint-Cyprien de Poitiers Rainauld, de Luçon; Guarin, de Saint-Michel-en-L’herm, et Alexandre, de Sainte-Croix de Talmond.

Herbert dota cette église d'une grande quantité d'immeubles et de droits, par une charte datée du jour même de la cérémonie dont nous venons de parler. Ce document est excessivement important; il fait connaitre quelques membres de la famille du vicomte et les noms de tous les seigneurs, officiers et employés de sa cour. Chacun d'eux apporte son offrande.

 Nous ne copierons pas la longue liste de ces personnages nous nous contenterons de citer Hildegarde, femme de Hugues de Lusignan, sœur du vicomte, qui donne vingt sous; Geoffroy de Tiffauges, son frère, qui s'inscrit pour dix sous, et Raoul de Mauléon, son oncle, qui fait une donation de pareille somme. (Cartulaires du bas Poitou, par M. Paul Marchegay, fol 6, 21 et 22.)

Herbert II et son frère Geoffroy ne restèrent pas étrangers au grand mouvement religieux qui poussa, à cette époque, l'Occident vers l'Orient. Dans le commencement de l'année 1101 le vicomte, qui comptait déjà plusieurs croisés parmi les membres de sa famille, fit ses préparatifs pour accompagner en terre sainte Guillaume IX, duc d'Aquitaine, son suzerain.

 Avant de quitter le château de Thouars, il confirma, en présence de ses barons et de Guillaume, abbé de Saint-Florent de Saumur, le don de la moitié de son mobilier, qu'il avait déjà fait au profit du monastère de Saint-Nicolas de la Chaise, en élisant de nouveau sa sépulture dans ce lieu.

Puis, après s'être recommandé aux prières des moines de Saint-Florent, au milieu des larmes de toute l'assemblée, il partit pour Poitiers, afin de recevoir le signe des croisés des mains de l'évêque Pierre II. Herbert, à son arrivée à Poitiers, pria le prélat de demander à Dieu que son voyage fût profitable à son salut et à celui d'Aimery, son père. L'évêque lui promit ces prières, en retenant des larmes prêtes à couler de ses yeux.

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Pendant qu'Herbert, en attendant le jour du départ, était campé, avec les autres croisés, dans un endroit de la ville appelé le Pré-Royal un moine de Saint-Aubin d'Angers vint le trouver pour le prier de rendre gratuitement à cette église une chape d'un tissu précieux qu'elle lui avait vendue pour le prix de 300 sous. Le vicomte ne voulait y consentir qu'à la condition que la somme lui fût restituée mais, le moine réitérant sa-demande en pleurant, Herbert, ému, se retourna du côté des siens en disant

« Voici que nous entrons dans le chemin qui conduit à Dieu, et nous tenons à 300 sous. Il vaut mieux faire cette largesse, les religieux prieront pour nous. »

Tout le monde l'approuvant, il remit la chape au délégué de l'église de Saint-Aubin et ce dernier partit en le remerciant et en louant le Seigneur. (Cartulaires du bas Poitou, par AI. Paul Marchegay, f°s 6, 7 et 8.)

Les croisés conduits par le duc d'Aquitaine, au nombre de 150,000, se mirent en route dans la deuxième semaine de carême de l'an 1101. Deux autres corps beaucoup moins importants sous les ordres de l'archevêque de Milan, des comtes de Parme, de Nevers et de Bourges, étaient partis quelque temps avant eux, et avaient été presque entièrement anéantis.

Les pèlerins de Guillaume eurent à peu près le même sort. En sortant de Constantinople, ils s'avancèrent dans une contrée excessivement aride, qui n'avait pas encore été explorée par leurs devanciers.

Ils eurent beaucoup à souffrir de la faim et de la soif dans un lieu nommé la vallée des Flambeaux. Ils y furent en outre attaqués par l'ennemi et dispersés. Ceux que le fer épargna moururent de faim ou furent dévorés par des bêtes féroces. Il en resta bien peu qui purent gagner Jérusalem.

Le vicomte Herbert et son frère Geoffroy furent assez heureux pour y arriver à Pâques. Baudouin, roi de Jérusalem, invita Herbert à diner avec lui ce jour-là mais le vicomte ne voulut pas accepter, préférant partager son repas avec ses pauvres compagnons.

Herbert, après avoir visité les lieux saints, voulant regagner sa patrie, s'embarqua avec d'autres croisés, et dépassa le port de Jaffa; mais le troisième jour, il fut obligé de rentrer dans ce port pour éviter une tempête.

Le lendemain, il remporta une victoire sur les païens qui dévastaient les environs. Après le combat, on vint lui dire que Geoffroy, son frère, avait été tué par l'ennemi. Il fut tellement atterré de cette nouvelle qu'il s'affaissa mourant sur son cheval. On le ramena à Jaffa dans un état désespéré. Le neuvième jour de sa maladie le 5 des calendes de juin 1104 dans la semaine de la Pentecôte, il rendit le dernier soupir entre les bras de son frère Geoffroy, dont on avait faussement annoncé la mort.

Il recommanda à ce dernier, avant de mourir l'église Saint-Nicolas de la Chaise, en faisant encore un nouveau don au profit de cette église. Il fut inhumé, le jour même de sa mort, près de l'église Saint-Nicolas de la ville de Jaffa, sur le bord de la mer. (Cartulaires du bas Poitou, par M. Paul Marchegay f°s 6, 7 et 8.)

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En 1090, Herbert avait voulu épouser Almodis sœur de Boson de Charroux mais il paraît que ses projets de mariage ne réussirent pas puisque nous avons vu qu'en 1095 sa femme s'appelait Agnès. Il épousa en secondes noces une femme du nom d'Hildéarde. Elle fait un don à l'abbaye de Bourgueil vers 1123 ou 1126, et se dit veuve d'Herbert et d'Aimery. (Cartul. de Bourgueil. -Note communiquée par M. Paul Marchegay.)

Aimery devint vicomte en titre en 1127.

Herbert eut peut-être encore un autre fils portant le nom d'Herbert.

Le vicomte Herbert avait des armoiries qui restèrent celles de sa maison. Il portait d'or semé de fleurs de lis d'azur au franc quartier de gueules. Son écusson se trouve le 258e dans la salle des Croisades, au musée de Versailles.

 M. Lainé, adoptant l'opinion du P. Anselme qui n'attribue ces armoiries qu'à Aimery VII, vicomte régnant de 1182 à 1225, pense qu'il y a, dans cette circonstance, erreur d'un siècle, et qu'Herbert n'a pas eu d'armoiries. Il ajoute que, dans le Cartulaire de Marmoutiers (t. II p. 364 et 365) on trouve deux sceaux des vicomtes de Thouars, des années 1210 et 4218, portant, au lieu de fleurs de lis, huit merlettes avec un franc quartier. Il en conclut que ce sont là les premières armoiries de la maison de Thouars.

Nous croyons que M. Lainé est dans l'erreur. Nous trouvons dans un manuscrit de la Bibliothèque Impériale, intitulé Conquête de la terre sainte par Godefroi de Bouillon en 1098 (fonds Colbert, n°9816), les renseignements suivants, que nous copions textuellement d'après une note due à l'obligeance de M. Ledain, de Parthenay

« Le vicomte de Touars, d'or à fleurs de lys d'azur et un quartier de gueulles.

» Mgr Jehan de Touars, écartelé des armes de Dreux et de Thouars.

» Mgr Jehan de Touars de Larchiesse les armes de Touars à un écusson noir, à un léoncheau d'or rampant en l'écusson.

» Mgr Aymery de Touars de Poustauges, semblable à une épée d'argent en quartier.

» Mgr Aulmaury de Touars d'or à fleurs de lys d'azur et au quartier de gueulles à une coquille d'argent. »

Il résulte de ce document que le vicomte de Thouars et les membres de sa famille portaient d'or à leurs de lis d'azur, au franc quartier de gueules, dès l'année 1098.

Mais il en résulte également que les Thouars qui n'étaient pas de la branche ainée n'adoptaient pas rigoureusement ces armes, puisque Jehan de Thouars de Larchiesse (Largeasse ?) y ajoutait un lionceau d'or rampant sur un écusson de sable; Aimery de Thouars de Pouzauges, une épée d'argent, et le dernier Aimery, une coquille d'argent.

Les chartes du Cartulaire de Marmouliers citées par M. Lainé viennent à l'appui de notre opinion. Le sceau apposé sur ces chartes (de 1214 et 1218) est celui d'Aimery de Thouars, seigneur de Machecou et de la Roche-sur-Yon. C'est un des membres de la branche cadette, qui a adopté un blason de fantaisie. (Voir Cartul. de Marmoutiers. Bib. Imp. n° 5441 fonds latin. Pr. de la Roche-sur-Yon, f08 365 et 366.)

 

 

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

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Sur les ruines du vieux château de Tiffauges (Suite) <==.... ....==>