14 octobre 1066 - Les Chevaliers du Poitou à la conquête de l’Angleterre avec Guillaume le Conquérant

Guillaume le Conquérant (en ancien normand Williame le Conquereor, en anglais William the Conqueror), roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume Ier, duc de Normandie sous le nom de Guillaume II, appelé également Guillaume le Bâtard, né à Falaise en 1027 ou 1028  et mort à Rouen le 9 septembre 1087, fut roi d'Angleterre de 1066 jusqu'à sa mort en 1087 et duc de Normandie de 1035 à sa mort.

Fils de Robert le Magnifique et de sa frilla Arlette de Falaise (Herleva). À la mort de son père, Guillaume devient duc de Normandie vers huit ans. Après une période de forte instabilité, il parvient à reprendre la domination du duché à partir de la bataille du Val-ès-Dunes, en 1047. Il épouse Mathilde de Flandre vers 1050, et fait de la Normandie un duché puissant, craint du roi de France, Henri Ier (1031-1060) puis Philippe Ier (1060-1108).

Lorsque Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, fit publier son ban de guerre contre l'Angleterre, le vicomte de Thouars suivit l'impulsion générale, et partit avec un corps de 4,000 hommes, la plupart ses vassaux, pour se ranger sous la bannière de saint Pierre que la cour de Rome avait envoyée à l'ambitieux chef des Normands. Aimery avait autrefois combattu Guillaume, mais son caractère chevaleresque ne lui permettait pas de garder rancune à son ancien adversaire, au moment où l'enthousiasme de tous les gens de guerre était surexcité par les promesses d'argent et d'hommes que le chef de l'expédition faisait à tout homme robuste et de haute taille qui voudrait se servir de la lance, de l'épée ou de l'arbalète.

Les Thouarsais arrivèrent au rendez-vous général, qui était à Saint-Pierre-sur-Dive. Il y venait de tous les points une multitude de guerriers avides de débarquer sur cette terre étrangère qu'on leur offrait à piller. Le Maine, l'Anjou, le Poitou, la Bretagne, la France, la Flandre, l'Aquitaine, la Bourgogne, le Piémont et les bords du Rhin avaient fourni leur contingent. La comète de Halley, qui paraissait alors, contribuait à enflammer les imaginations des alliés. Ils croyaient que l'apparition de cet astre était une manifestation de la Divinité en leur faveur, et ils ne doutaient pas du succès de l'expédition.

Le 27 septembre 1066, toutes les troupes de Guillaume s'embarquèrent. Quatre cents navires à voiles et plus de 1,000 bateaux suffirent à peine à contenir les 60,000 hommes qui accompagnaient le duc de Normandie. Le débarquement se fit, sans coup férir, à Pevensey près de Hastings, le lendemain du départ.

Guillaume, qui prit terre le dernier, fit un faux pas en mettant le pied sur la grève et tomba. Ceux qui l'entouraient voulaient voir un mauvais présage dans cette chute mais il se releva vivement et leur dit « J'ai saisi cette terre de mes mains et par la » splendeur de Dieu, tout est à nous tant qu'il y en aura. »

 Pendant que les ouvriers charpentiers et forgerons montaient trois châteaux de bois, taillés et préparés à l'avance, les Normands se répandaient dans les environs, pillant et incendiant tout sur leur passage. Le camp fut établi auprès de la ville de Hastings.

Dans la nuit du 13 octobre, Guillaume annonça à ses troupes que la bataille aurait lieu le lendemain.

Le 14 octobre, à la pointe du jour, il parcourut son camp et organisa son armée. Chacun admirait son allure martiale et sa belle tenue.

Le vicomte de Thouars, en le voyant, harangua ses soldats en ces termes « On ne vit jamais un homme si » bien armé, portant si bien le haubert et la lance et mon» tant si bien à cheval; il n'y a pas un pareil chevalier sous » le ciel il sera beau comte et beau roi qu'il combatte, et » il vaincra; honte à celui qui le trahira. » (Robert Wace Roman du Rou. )

L'armée fut divisée en trois corps. Le deuxième, composé de Poitevins, de Bretons et d'Angevins, fut placé sous le commandement d'Aimery, et forma l'aile gauche. Ce corps décida de la victoire qui fut longtemps incertaine. Le vicomte de Thouars fit des prodiges de valeur, ainsi que les seigneurs de Parthenay et de Mortemer, qui marchaient sous ses ordres. La défaite des Anglo-Saxons fut complète. Le roi Hérold et ses deux frères furent tués dans le combat.

Londres se rendit sans coup férir, quelques jours après et Guillaume résolut de se faire couronner roi d'Angleterre par ses compagnons d'armes. Il réunit, pour délibérer sur cette importante question, un conseil composé des principaux chefs de son armée. Quelques-uns s'opposèrent à ce couronnement immédiat, qui pouvait compromettre le succès de l'expédition mais le vicomte de Thouars, qui était aussi célèbre par sa bravoure que par son éloquence, sut vaincre leur résistance.

« C'est, dit-il, supposer trop de modestie à des gens de guerre que de leur demander, avec l'expression du doute, s'ils veulent que leur chef soit roi, lorsqu'un pareil honneur rejaillit sur eux. Jamais, ou du moins rarement, des chevaliers n'ont été appelés à pareille discussion. Il ne faut pas différer par la longueur de notre délibération ce dont nous désirons le plus prompt accomplissement. » (Guillaume de Poitiers, collection Guizot, vol. xxix, p. 416, et Revue anglo-française, vol. Ier, p. 36 à 30.)

 Le jour de Noël de la même année 1066, la cérémonie du sacre du nouveau roi fut faite dans l'abbaye de Wesminster.

Coronation William Matthew Paris

Guillaume le Bâtard devint ainsi Guillaume le Conquérant. Maître de l'Angleterre, il n'oublia pas ses compagnons d'armes, et leur distribua à pleines mains les honneurs et les richesses qu'il leur avait promis. Chaque combattant eut sa part dans cette distribution des dépouilles des vaincus. Les principaux chefs eurent en partage des provinces entières et des villes importantes. Des habitations, des terres, des meubles et même des hommes furent attribués aux soldats. Ils se partagèrent, en outre, des valeurs considérables en argent monnayé et en objets précieux. Les titres de comte, vicomte, baron et chevalier furent donnés à tous ceux qui avaient envie de les prendre.

Beaucoup de Thouarsais, partis avec leur lance ou leur arc pour toute fortune, se fixèrent en Angleterre, où ils étaient devenus de grands seigneurs, et appelèrent auprès d'eux leurs femmes et leurs enfants.

Le vicomte Aimery et Simon, seigneur de Parthenay, qui avaient déjà la puissance et la fortune, quittèrent l'Angleterre ensemble et rapportèrent chez eux d'immenses richesses en monnaie, lingots, vases et objets précieux. Aimery, en sa qualité de chef de corps, avait eu une part de butin considérable. Les églises et les abbayes de la vicomte de Thouars ne furent pas oubliés par lui en cette occasion elles s'enrichirent d'une grande quantité de vases d'une valeur inestimable. La vicomtesse Arengarde choisit pour elle-même, parmi tous ces objets, de superbes étoffes brochées à l'aiguille. Les dames anglaises possédaient seules le secret de ce travail, complétement inconnu en France. (Revue anglo-française, t. 1er, p. 36-50; – Augustin Thierry, t. Ier, p. 489, Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands; Roman du Rou, par Robert Wace, t. 1 p. 489.)

A partir de son retour d'Angleterre, Aimery parait avoir vécu en paix en ses Etats. D. Fonteneau dit (t. XVIII, p. 33) qu'il a été prisonnier dans l'année 1066 mais cette assertion n'est appuyée par aucune preuve.

La prise de Balbastro et la conquête de l'Angleterre avaient, sans doute, développé chez Aimery un certain sentiment artistique, car nous le trouvons, en 1069, convoitant un magnifique missel appartenant à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur. Il était difficile de refuser de satisfaire un personnage aussi puissant que le vicomte.

L'abbé de Saint-Florent, Sigo, fut obligé de lui envoyer le précieux missel par un de ses moines. Le délégué de l'abbaye trouva le vicomte assis sur son lit, dans une petite chambre du château de Thouars.

La vicomtesse Orengarde était placée à ses pieds sur un escabeau. Le religieux présenta à Aimery le livre qui lui était offert, en lui faisant remarquer combien ce cadeau causait de préjudice à l'abbaye. Le vicomte répondit que le missel était destiné à l'église qu'il faisait construire auprès de son château de la Chaise. « Si vous donnez cette église » à une abbaye, ajouta le moine, c'est à l'abbaye de Saint Florent qu'elle revient, en raison de ce présent inestimable. Aimery s'engagea par serment à faire ce qui lui était demandé. Il n'oublia pas cette promesse, car, le 13 décembre 1088, l'église de Saint-Jean de la Chaise passa, avec d'autres biens, entre les mains des moines de Saint-Florent.

Cette donation fut confirmée, le 15 janvier 1093, par le vicomte, qui en fondant le prieuré de la Chaise, ajouta une grande quantité de biens et de droits à sa première libéralité.

Le missel resta quelque temps dans la chapelle de l'abbé Frédéric, qui le fit enrichir de deux fermoirs d'argent d'un travail remarquable; mais, les espèces manquant au monastère, les moines vendirent le livre, et employèrent l'argent de cette vente à l'achèvement de leurs bâtiments. (Cartulaires du bas Poitou, par M. Paul Marchegay, p. 8, 9 et suivantes D. Fonteneau, t. xxvi.p. 149 et 161.)

Les chartes de 1088 et de 1093, citées plus haut, mentionnent Ameline, femme du vicomte Aimery, Arbert et Geoffroy, ses enfants, Raoul et Savary, ses frères, et Gognore, sa sœur. Ces titres prouvent que, en 1088, la première femme d'Aimery avait cessé d'exister. On peut même supposer que, après la mort d'Arengarde, avant de se marier avec Ameline, le vicomte avait épousé une autre femme nommée Marie, car une vicomtesse de ce nom signe une donation de cens et de terres faite, en 1080 environ, par Chalon-Dodelin à l'église de Saint-Jacques de Thouars. (Cartulaire de Saint-Jouin, par M. Grandmaison, p. 5 et 6.) Aimery et ses fils Arbert et Geoffroy confirment, vers l'année 1090, la donation des églises de Bressuire et de Chiché, faite par Thibault de Beaumont à l'abbaye de SaintJouin-lès-Marnes, et contribuent eux-mêmes à cette donation. (Cartul. de Saint-Jouin p. 23 et 24.)

Le 5 août 1091 il donne au monastère de la Chaise-leVicomte, alors en construction, la terre de Jart et la terre des Gardes. (Cartul. du bas Poitou par M. Paul Marchegay p. 13 et 14.)

Suivant une charte que M. Grandmaison date de 1092, mais qui est évidemment antérieure à 1088 puisqu'elle est signée de la vicomtesse Arengarde, Aimery termine un différend survenu entre Regnauld, fils de Dodelin, et Simon abbé de Saint-Jouin-lès-Marnes, au sujet d'une redevance d'un cheval ou 30 sous due à cette abbaye. (Cartul. de SaintJouin, p. 4 et 5.)

Dans les dernières années de sa vie, il fit la guerre à Pierre, fils d'Auster de Mauritanie et lui prit son château qui était situé près de Maulevrier. Mais le comte d'Anjou s'empara de ce château quelque temps après, et le rendit à Pierre (10901093). (Cartul. dit bas Poitou, par M. Paul Marchegay, p. 218.)

Il fit, en 1093 un nouveau don au prieuré de Saint-Nicolas de la Chaise-le-Vicomte mais cet acte fut un des derniers du vicomte, car dans cette même année 1093, il fut tué par deux de ses chevaliers. (Cartulaires du bas Poitou par M. Marchegay, p. 17 à 19. Petite chronique manuscrite de la Chaise, communiquée par M. Marchegay.)

Son corps fut inhumé en l'église de Saint-Nicolas de la Chaise. (D. Fonteneau, vol. xxcvn, et P. Anselme.)

 

Arengarde, première femme d'Aimery, était sœur de Geoffroy de Mauléon. (P. Anselme.)

Deux enfants paraissent être nés de ce premier mariage (Aimery et Raoul). Tous les deux sont mentionnés avant l'année 1090; mais il est présumable qu'ils moururent avant leur père. (Notes de M. Paul Marchegay.)

Les deux fils d'Ameline devinrent successivement vicomtes titulaires, Herbert immédiatement après la mort de son père, et Geoffroy après son frère.

Une fille, nommée Hildegarde, était aussi née de ce dernier mariage. Elle épousa Hugues VI de Luzignan dit le Diable. (Gallia christiana, t. n, p. 334. Cartulaïres du bas Poitou, par M. Marchegay, p. 22.) Aimery fit construire le château de la Chaise, la vicomté et l'église paroissiale du même lieu. D. Fonteneau (t. xxvi, p. 149) date cette construction de l'année 1080.

Nous avons vu plus haut que le château était commencé dès 1069. Nous croyons pouvoir attribuer à Aimery IV un sceau très-curieux, dont une ancienne empreinte en cire est entre les mains d'un amateur. Le milieu de ce sceau est occupé par une barque, au-dessus de laquelle est placée entre quatre rangs d'étoiles un blason fleurdelisé avec un franc quartier. Des flots sont figurés au-dessous de la barque.

Le contre-scel, placé derrière cette empreinte, représente, au milieu d'une étoile, un petit blason orné d'une fleur de lis au centre.

La légende du sceau a presque entièrement disparu.

Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

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