Tournois de Chevalerie à la cour Plantagenêt (Éléonore, Henri II, Richard Cœur de Lion)

C'est vers 1150 que la Table ronde est mentionnée pour la première fois dans Le Roman de Brut, œuvre d'un moine anglo-normand, Robert Wace (v. 1110-v.1170). Histoire légendaire de la Grande Bretagne, le récit s’organise en grande partie autour du roi Arthur, fils du roi Uterpandragon, de sa naissance extraordinaire, de ses guerres contre les Saxons et de ses guerres et de ses conquêtes : Arthur s’empare de l’Ecosse, de l’Irlande, de la Gaule et triomphe des Romains. La figure d’Arthur s’impose ainsi comme symbole de puissance et de gloire et, le Roman de Brut, composé pour le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, flattait sans aucun doute les ambitions et les rêves de prestige de la cour d'Angleterre d'alors. C'est dans ce contexte que Wace place l'éloge des chevaliers d'Arthur et présente la Table ronde comme un lieu idéal, conçu pour attirer l'élite des chevaliers et aussi ne pas établir de hiérarchie entre eux.

 

 (Joutes au Château de Talmont - Cie Capalle)

 

Au-delà de sa captation par les souverains Plantagenêts à la fois comme principe de légitimation dynastique et comme propagande nationaliste, la figure du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde a connu un destin socioculturel d'envergure que la diffusion des manuscrits a laissé entrevoir. Intimement liée à l'idéal chevaleresque montant, l'idéologie Plantagenêt a, en effet, essaimé à partir de son foyer d'origine, et colporté de ce côté de la Manche des valeurs culturelles, un modèle de vie de cour et une utopie sociale que la cour Plantagenêt était censée refléter.

 (La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny.)

 

 

Ce faisant, elle a aussi participé à la diffusion de pratiques sociales comme les tournois, les Tables Rondes et les pas d'armes. Le milieu de la petite aristocratie occidentale des xiie et xiiie siècles s'est en effet senti particulièrement concerné par cette littérature, qui lui permettait de se mettre en valeur et d'adhérer à un idéal commun à l'ensemble des niveaux de l'aristocratie, depuis le plus haut baronnage jusqu'au plus petit propriétaire terrien réputé noble. Par un processus d'imitation classique, les aristocraties des États Plantagenêts ont suivi la cour Plantagenêt dans cette voie. La référence fut moins la cour d'Henri II en Angleterre, où les tournois de chevaliers étaient interdits pour des raisons religieuses et politiques, que celle de Richard Cœur de Lion, grand amateur de joutes lui-même sait par expérience combien les tournois entraînent à la guerre, et surtout celles d’Édouard Ier, qui fit de la vogue arthurienne non seulement un art de gouverner, mais un art de vivre.

 

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Psaultier de Luttrell (1340)

à droite, Saladin représenté avec un visage de diable et des pieds de dragon. en bas, joute entre deux chevaliers : l'un avec les armes de Richard l'autre avec une tête de Sarrazin sur son bouclier.

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Chevalerie

 C’est à Poitiers en Aquitaine, capitale des domaines d’Aliénor sa mère, que le jeune Richard se découvre un appétit pour les tournois de chevalerie.

. — Ce qui contribua le plus à la civilisation de la société et à l'élévation de la noblesse au moyen âge, ce fut la Chevalerie. Cette institution, à la fois guerrière, morale et religieuse, fut encore l'œuvre de l'Eglise. Avec cet instinct surnaturel qui la caractérise, elle sut donner un noble objet et mettre un frein aux passions belliqueuses de la féodalité. Tout dans la chevalerie, l'investiture, le but et les devoirs, se ressent de l'action de l'Eglise, revêt son double cachet de force et de douceur.

L'investiture : l'Eglise honore le chevalier d'une sorte de sacerdoce au dehors, aussi son institution est-elle sacrée; et, après la réception de ses ministres, l'Eglise n'offre rien de plus beau et de plus touchant que la réception de ses chevaliers ; s'ils ont le malheur d'encourir la dégradation, c'est encore 1e prêtre qui préside à cette lugubre cérémonie. Quant au but et aux devoirs, le chevalier est inséparable du bon chrétien, s'il s'engage consacrer, comme saint Georges son patron, toute sa vaillance et jusqu'à son sang à la défense de l'Eglise et de tous les êtres faibles, opprimés, souffrants, son premier devoir, comme sa première promesse, est d'accomplir avec une fidélité héroïque la loi de Dieu, et de retracer dans sa conduite toutes les vertus chrétiennes ; il ne sera pas moins pieux que brave, il saura quitter ses armes et son coursier pour entrer modestement à l'Eglise pour y entendre la messe et y faire sa prière, et le Dieu des armées lui donnera la victoire. En un mot, protecteur de tous, le chevalier doit être le modèle de tous.

Mais, remarquons-le en passant, l'Eglise ne donna pas seulement le fond solide et les vertus substantielles à nos ancêtres ; elle fit luire sur leur rudesse native le premier reflet d'une exquise civilisation ; non contente d'assouplir le Barbare jusqu'à en faire un héros chrétien, quelquefois même un saint, elle créa dans le chevalier le type délicat et charmant du savoir-vivre. Aussi la chevalerie, en révélant à l'homme sa dignité morale et chrétienne, produisit-elle, et en grand nombre, d'admirables modèles de courage, d'honneur et de vertu.

« Sers Dieu et il te viendra en aide ; sois courtois envers tout gentilhomme, en mettant l’orgueil à l’écart; ne flatte pas ; ne révèle pas un secret ; montre-toi loyal dans tes actions et dans tes discours ; tiens à ta, parole ; secours les pauvres et les orphelins, et Dieu te récompensera. »

 Telles étaient les recommandations que Bavard, le Chevalier sans peur et sans reproche, recueillait de la bouche de sa mère ; c'étaient celles que tout bon chevalier devait se faire à lui-même. Oui vraiment, « Honneur aux Preux » de cette époque !

 

 

(Les Derniers Trouvères d'Aliénor,  place du château de Gouzon Chauvigny)

La chevalerie n'apparaît pas seulement dans un pays, mais dans l'Europe entière, bien que chaque peuple l'ait modifiée selon son caractère propre; cependant nulle part elle n'eut plus d'éclat que dans notre patrie.

Richard Coeur-de-Lion, Edouard 1er,  Edouard III, le prince Noir, Jean Chandos se formèrent en France, ou du moins par leur contact avec les Français, et ce sont, sans contredit, les plus illustres chevaliers dont l'Angleterre puisse se faire gloire. Ils sont plus rares encore en Italie, où les populations étaient absorbées par la défense continuelle de leur liberté contre l'oppression allemande, ou par des spéculations commerciales ; toutefois il en faut excepter la Sicile, où les valeureux Normands figurent parmi les plus brillants chevaliers.

L'Espagne, chevaleresque de sa nature, puisqu'il lui fallut déployer huit cents ans d'héroïsme pour assurer le triomphe de sa foi et de sa nationalité, dut cependant à cette lutte le caractère à part de sa noblesse, et par suite de sa chevalerie.

Si les Croisades donnèrent a la chevalerie européenne un si haut degré de perfectionnement, c'est que, arrachant tous ces nobles guerriers à leurs affections les plus chères, à leurs intérêts les plus sacrés, elles n'offrirent à leur dévouement d'autre mobile que la cause de Dieu, du faible et de l'opprimé.

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Mais en Espagne, où chacun était appelé à défendre sa terre et sa liberté avec le sol et la liberté de la patrie, où la valeur était récompensée par de grands privilèges, et souvent par des concessions du territoire enlevé aux infidèles, où enfin la noblesse n'était point féodale, mais presque indépendante du souverain par suite des services qu'elle lui avait rendus, le dévouement du chevalier avait nécessairement en vue un intérêt personnel ; ainsi le Cid fit pour son propre compte la conquête du royaume de Valence ; et bien qu'il ait immortalisé la chevalerie par ses hauts faits, il est loin d'avoir cette élévation d'âme, cette générosité du parfait chevalier qui se sacrifiait pour Dieu, la gloire et la vertu.

La fraternité d'armes qui se contractait quelquefois à la Table sainte, mais souvent aussi par le simple échange des armes, avait pour but d'associer deux ou trois chevaliers pour une commune entreprise, et le lien qui les unissait était si fort, qu'ils sacrifiaient tout pour arracher leurs frères d'armes au péril.

Sans répéter ici ce que nous avons dit sur l'origine des armoiries, nous rappellerons seulement que l’écu était la principale partie de l'armure du chevalier ; là étaient disposés par quartiers ou écussons (1) les insignes commémoratifs de ses exploits avec sa devise.

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Cet écu chargé d'emblèmes dont la science du blason donnait l'intelligence, distinguait le chevalier dans les tournois et les batailles ; il mettait sa gloire à le rendre célèbre ; puis au retour, il le suspendait dans la grande salle d'armes de son manoir où ses fils le contemplant dès leur enfance, grandissaient avec la pensée d'illustrer encore par leurs propres exploits, ce trophée de la vaillance paternelle qui devait être la plus noble portion de leur héritage.

Les tournois qui rappelaient les jeux militaires des Grecs et des Humains, étaient les délassements de la chevalerie ; le premier fut donné en France par Geoffroy, seigneur de Preuilly, en 1066, et bientôt l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie adoptèrent ces divertissements chevaleresques.

Les solennités de l'Eglise, le couronnement des rois, les baptêmes et les mariages des princes, les traités de paix, étaient l'occasion d'un tournoi. Alors s'élevaient dans les campagnes des pavillons splendides qui témoignaient de la rivalité des concurrents pour se surpasser en magnificence ; la lice était entourée par des échafaudages ou gradins de différentes hauteurs, parfois en forme de tours à plusieurs étages, et tendus de tapisseries.

Des places étaient réservées pour les dames, d'autres pour les chevaliers d'une expérience reconnue, qui devaient être les juges du camp et prononcer sur la bravoure des champions et sur le mérite des coups.

Des maréchaux de camp étaient chargés de maintenir les lois de la chevalerie, de donner des avis ou de porter secours où il en serait besoin. Enfin des banderoles, des bannières, des écus, des guirlandes formaient un brillant coup d’œil que rehaussait encore le luxe des costumes ornés de pierreries de panaches, de fourrures, etc. Tout à coup les trompettes sonnent' et les chevaliers, armés de pied-en-cap, mais d'armes émoussées, toutes damasquinées d'or et d'argent, s'élancent dans la lice au cri de Honneur aux preux ! Et les coups les plus habiles, les prouesses les plus éclatantes, les actes de la plus magnanime générosité sont couverts d’applaudissements ; après avoir reçu les récompenses promises au vainqueur, ils sont consignés dans les registres par les officiers d'armes, et célébrés de château en château par le ménestrel, le jongleur, le troubadour.

 

 

 

Arthur et les chevaliers de la Table ronde Danielle Quéruel

http://expositions.bnf.fr

L'idéologie Plantagenêt Amaury Chauou

Histoire du moyen-âge : cours complet d'études à l'usage des maisons d'éducation par Bourguet Calas et Cie

 

 

 

 


 

(1) Les quartiers appelés dans le blason le champ des armoiries, étaient caractérisés par deux métaux l'or et l'argent; deux fourrures, l'hermine et le vair ou petit-gris; et par cinq couleurs : gueules ou rouge, sinople ou vert, azur ou bleu, pourpre ou violet, sable ou noir, ce qui faisait neuf champs ou fonds qui recevaient les armes combinées elles-mêmes avec ces mêmes métaux ou couleurs. Ainsi on disait le premier quartier est de gueules semé de fleurs de lis d'or;. le deuxième est d'or à l'aigle de gueules, etc.,etc. (Chacun de ces métaux, chacune de ces couleurs se reproduisent parla gravure ; l'or se marque par des points, l'argent en laissant le fond tout blanc; la couleur de gueules par des traits perpendiculaires ; l'azur par des hachures horizontales, etc. ) Et sur ces champs ou fonds d'argent, de gueules, d'azur, de sable, étaient représentés par des emblèmes, croix, tours, animaux, lions surtout, etc., les plus illustres exploits des chevaliers: seize oiseaux dans les armes des Montmorency indiquaient autant de drapeaux enlevés à l'ennemi par leur valeur.

Souvent la couronne, symbole de la puissance, et variant de forme et d'ornements selon la dignité du seigneur surmontait son bouclier ; au-dessous ou tout à fait au bas de l'écu était gravée la devise, espèce de légende qu'une allégorie expliquait presque toujours ; c'était l'expression d'un caractère, d'un sentiment particulier : aussi les devises furent-elles plus souvent individuelles qu'héréditaires. Marguerite de Provence, femme de saint Louis, ajouta à ses armoiries une marguerite des champs autour de laquelle on lisait; Reine de la terre, servante du ciel.