La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (1)

La petite ville de Chauvigny et ses environs offrent à l'antiquaire laborieux une mine féconde et inépuisable de monuments précieux et de souvenirs historiques les plus intéressants. Sur ce coin de terre privilégié et malheureusement trop peu exploré des archéologues, se sont accomplis les événements des principales périodes de notre histoire.

Les fondations du vieux donjon attribuées à Caninius, lieutenant de César, rappellent la république romaine. La route stratégique de Poitiers à Bourges, tracée par Antonin le Pieux et restaurée par Aurélien, fait revivre l'âge d'or de la famille des Antonins.

La vallée des Goths nous fait assister au duel suprême d'une puissance qui s'écroule contre un empire qui s'élève, du schisme vaincu contre l'orthodoxie triomphante. Le temple des Chevaliers, dont la grande maîtrise était à Poitiers, et la Maladrerie, sur la rive gauche de la Vienne, fondés l'un et l'autre par André de Chauvigny, parent et  compagnon d'armes de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, réveillent les souvenirs des croisades.

La belle colonne du château épiscopal: où les évêques out laissé leur blason : la crosse et la croix, nous transporte à l'époque ecclésiastique, et les vieilles ruines des citadelles représentent la lutte séculaire contre l'Angleterre et les guerres religieuses , pendant lesquelles le maréchal de Saint-André, après avoir fait pendre le maire de la ville de Poitiers , vint bombarder les forteresses de Chauvigny et faire attacher au gibet quatorze des principaux chefs de la religion réformée .

(vue 360 des rapaces des géants du ciel de Chauvigny)

 

Le touriste qui, des bords de la Gartempe, s'approche des rives de la Vienne, en suivant presque parallèlement la voie romaine, s'arrête, frappé d'admiration, en descendant la côte, où s'offre à ses regards le panorama le plus varié de la contrée.

 Sur cette terre qu'il presse de ses pas, Anglais et Français,  catholiques et huguenots ont tour à tour braqué l'artillerie qui a foudroyé et démantelé les vieilles citadelles dont il reste des débris si nobles et si majestueux.

Le nom de Grondine, que porte encore le coteau, a laissé dans la mémoire des anciens du pays de lugubres souvenirs. Il rappelle les tristes épisodes de nos guerres religieuses et de la lutte centenaire contre les Anglais. La colline dont la pente est couverte de verts feuillages et celle où gisent les ruines des châteaux du vieux Chauvigny environnent un vallon délicieux que le Talbat sillonne de ses capricieux méandres. Après avoir formé, au pied du château épiscopal, un vaste bassin où l'édifice tout entier semble se mirer avec complaisance dans ses eaux transparentes , le ruisseau traverse la ville moderne par divers canaux et court mêler ses ondes cristallines aux ilots argentés de la Vienne qui , dans le lointain, au bout de l'horizon, couronne ce charmant paysage.

Quels souvenirs réveillent ces vieux monuments ! Quelles réflexions profondes ils inspireront à l'historien philosophe qui évoquera la mémoire des temps passés! Sur le sommet de la mansion romaine ont brillé les aigles impériales, aux créneaux des antiques forteresses ont été suspendus les étendards des Visigoths et des Francs; sur les citadelles du moyen âge ont flotté tour à tour la bannière des sires de Chauvigny,  lis des rois de France les léopards de l'Angleterre et la croix avec la crosse pastorale des évêques. Malgré les injures du temps et les outrages des hommes, ces ruines conservent encore l'empreinte et le caractère des âges auxquels elles appartiennent.

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Esquisse de la cour des seigneurs.

Ces lieux aujourd'hui solitaires, où l'orfraie pendant la nuit et l'oiseau de proie pendant le jour font entendre leurs cris lugubres, ne respiraient que la joie, la vie et le mouvement aux époques féodales et ecclésiastiques.

Ces seigneurs de Chauvigny, parents par alliance des rois d'Angleterre, et ces chevaliers qui avaient rapporté des croisades la belle devise : «  Chauvigny, chevaliers pleuvent, » et les châtelaines, et les damoiselles de leur cour qu’animait la gaie science des ménestrels et des trouvères (Les Derniers Trouvères d'Aliénor (Chevalier Vert du Roi arthur) remplissaient  d'animation les salles et les plates-formes des châteaux. Souvent de brillants cavaliers, montés sur de fougueux destriers,  des dames aux riches atours, dont les blanches haquenées étaient conduites par de jeunes pages, gravissaient les rampes de la colline.

Au son bruyant du cor, le pont-levis s'abaissait pour leur laisser un libre passage, et le châtelain et sa noble compagne d'aller au- devant des voyageurs pour leur faire un accueil plein de grâce et de courtoisie.

Puis c'étaient de gais festins, de joyeux propos;  les coupes circulaient sur les tables splendidement servies, et, les douces vapeurs d'un vin généreux échauffant l'imagination, on racontait les exploits des guerriers, les scènes de valeur et les hauts faits des chevaliers.

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Le lendemain,  la troupe joyeuse allait courre le cerf dans la forêt voisine. Le son strident des cors, les clameurs multipliées des limiers, la voix retentissante des piqueurs, les hennissements prolongés et les pas précipités des coursiers que répétaient les échos d'alentour, remplissaient les airs d'une sauvage et bruyante harmonie.

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Et de l’arrivée des évêques.

Mais voici venir Monseigneur de Poitiers, le successeur des sires de Chauvigny, le haut et puissant baron de la contrée. Il visite ses bien-aimés vassaux. Les cloches émues frappent les airs de leurs voix argentines et sonores. Et  le capitaine-chanoine avec ses hommes d'armes, et les templiers, ces moines-soldats dont le temple était assis sur le penchant occidental de la colline ( 1 ), et le chapitre collégial de Saint-Pierre, et les monastères des deux villes, et les pasteurs des églises voisines, en tête de leur troupeau fidèle rangé en ordre sous la bannière du saint de la paroisse, se rendent processionnellement à l'entrée du vieux pont de la Vienne. La foule, profondément recueillie et pieusement agenouillée, reçoit La bénédiction sainte du prélat, puis, se mettant en marche sur deux longues colonnes, elle l'accompagne, en chantant l'hosanna, jusqu'à la plate-forme du château épiscopal.

 

Donjon.

Sur le point le plus élevé de la colline se dresse cette tour imposante qui, dans le moyen Age, a reçu le nom de donjon. L'origine de ce vieux monument remonte aux temps reculés de l'occupation romaine. Sans attribuer, comme l'ont fait quelques savants archéologues, cette construction à Caninius, lieutenant de César chez les Pictons, on peut, avec assez de vraisemblance, lui assigner une origine un peu plus récente. Appuyé sur les monuments et les inscriptions historiques, restés longtemps sur les bords de la Vienne et transportés au musée de la ville de Poitiers, on peut croire avec raison que cette forteresse a été bâtie sous les Antonins, dont le règne fut appela l'âge d'or de l'empire, à la même époque où fut tracée la route stratégique de Bordeaux à Autun (2).

 

Voie romaine.

Cette voie romaine traversait la Vienne, un peu en aval de la petite église qui élève si gracieusement et si coquettement sa flèche d'ardoises dans le riant bassin qu'embellissaient d'élégantes villas gallo romaines. L'agriculture, honorée chez le peuple vainqueur et législateur de l'univers, avait parsemé le vallon de vergers délicieux où croissaient et se multipliaient les arbres fruitiers de toutes espèces apportés en ces lieux des diverses contrées de l'empire romain. Les fondements des anciennes villas et les briques romaines qu'on trouve chaque jour, en fouillant le sol, indiquent qu’une population riche et nombreuse s'était agglomérée dans ce petit coin de terre que la nature semble avoir favorisé de ses dons les plus précieux. Un terrain fertile, des eaux abondantes, une température presque méridionale, entretenue par les collines qui s'élèvent en amphithéâtre, au couchant, au nord et à l'orient du vallon, un aqueduc découvert récemment, lorsqu'on a réparé la route Chauvigny à Lussac-les-Châteaux, conduisant au pied du Corsain (Corptu sanum), dans un établissement de bains publics, de là au lit du torrent de la vallée des Goths , les eaux pures limpides du Talbat, au moyen d'un appareil hydraulique placé probablement à la source même de la fontaine, semblent indiquer que ces lieux privilégiés ont dû fixer la demeure d'un grand  nombre de familles patriciennes de l'empire.

 

En sortant de ce bassin, la voie romaine entre dans la vallée des Goths, ainsi nommée parce que, d'après les légendes locales et les récits des vieilles chroniques, un grand nombre de Visigoths, échappés au massacre du vallon Vauclades (Vallis Clades), y furent tués par les Francs, au moment où ils couraient se réfugier dans la forteresse qui leur appartenait (3). (==> Campo Vogladise 507 : Clovis, Alaric, la Bataille de Vouillé – la vallée aux morts (Voyage virtuel dans le temps))

La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny

Pour protéger la voie romaine, surtout au passage d'un gué assez difficile à traverser, un fort était indispensable. L'angle de la colline, environné presque de tous côtés par la Vienne et les marais formés alors par le Talbat, dut présenter les conditions les plus favorables à la construction d'une forteresse pour recevoir une garnison romaine et maintenir le pays dans l'obéissance. Elle servait de mansion et de station aux troupes impériales qui suivaient la route stratégique qu'on venait de créer.

 (châteaux Vue en 360° du pont du Vélo rail de la Vienne )

Lorsque la vigie, du haut de la tour, avait donné le signal de quelque mouvement des peuples vaincus mais indomptés se manifestant dans les campagnes voisines, ou du passage d'une légion suivant la voie romaine, le son éclatant du clairon réveillait aussitôt les échos endormis des vallons et des forêts environnantes. La garnison du fort courait aux armes, les enseignes se déployaient, et autour de l'aigle romaine se groupaient les vétérans couverts d'armes qui reflétaient les rayons étincelants du soleil. Le centurion s'avançait au-devant du consul, la légion était introduite dans le fort ; elle y séjournait le temps nécessaire  pour réparer les forces épuisées par une marche longue et rapide, et reprenait, le lendemain, la course un instant abandonnée.

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Le château principal passe aux  évêques.

Au pied du donjon, sur la pente méridionale de la colline, s'élèvent les murs du château principal, dont la construction remonte à l'établissement des Visigoths ou des Francs. Jusqu'au milieu du XIe siècle, l'histoire est muette sur les châteaux de Chauvigny.

A celle époque, cette citadelle passe aux évêques de Poitiers. Est-ce en qualité d'évêques, ou comme héritiers des sires de Chauvigny? On l'ignore; l'histoire ne s'explique point à cet égard. Dans ces temps de confusion et d'anarchie, de barbarie et d'ignorance, les lettres et les sciences sont méprisées ; les restes de la civilisation romaine disparaissent; les franchises, la liberté, la propriété de l'homme du peuple sont anéanties; la justice est foulée aux pieds; le droit du plus fort est la suprême loi; la puissance royale est méconnue ; la féodalité envahit tout: l'Eglise elle-même ne peut se soustraire à ses empiètements. Les évêques deviennent de grands seigneurs et les barons obtiennent les premiers rangs dans la hiérarchie ecclésiastique. Tout châtelain est indépendant et tient sa petite cour à l'instar des rois. Les seigneurs fortifient et crénellent leurs manoirs, d'où ils s'élancent pour fondre à l'improviste sur les voyageurs qu'ils détroussent, et sur les terres de leurs voisins, où ils portent le fer et la flamme.

La guerre est continuelle de château à château. Les hommes d'armes, depuis le haut buron jusqu'à l'humble varlet, sont couverts de fer et les chevaux de bataille bardés de lames d'acier. Ce n'est qu'embuscades, surprises, combats. Peu de gentilshommes parviennent à la vieillesse; presque tous périssent de mort violente ; la plupart des familles s'éteignent.

Au milieu de ce désordre général, le château de Chauvigny passe aux évêques de Poitiers dans la personne d'Isembert 1er, probablement en qualité d'héritier de la famille des Chauvigny, dont il pouvait être membre. Celle opinion parait très-vraisemblable, car, selon l'historien des princes de Déols et de Châteauroux, villes transmises aux sires de Chauvigny par le mariage d'André, le preux des preux, avec Denise, cousine de Richard Cœur-de-Lion, roi d'Angleterre, tous les enfants, dans la famille des Chauvigny, obtenaient un apanage, et cette coutume s'observait si exactement, que les pères mêmes ne pouvaient, par aucune disposition porter atteinte à cette prérogative (4}

 

Agrandissement du domaine des évêques.

Dès lors, Isembert et les évêques ses successeurs travaillent incessamment à augmenter leur puissance temporelle. A la mort d'André le Sourd et de son fils, la veille et le jour de la funeste bataille de Maupertuis, et lors de l’extinction de la branche aînée qui habitait Châteauroux, en 1502, ils deviennent par des successions, des donations, des ventes et des échanges, les seuls et uniques possesseurs des châteaux. Ils ont à Chauvigny des notaires épiscopaux et gouvernent la contrée sous le nom de barons et de hauts justiciers, jusqu'à la grande révolution qui, de son niveau égalitaire, frappe impitoyablement et les droits seigneuriaux et les privilèges ecclésiastiques (5).

Fondation de Notre-Dame.

Mais, depuis l'époque où Isembert remplace les hauts et puissants barons de Chauvigny , et s'applique à embellir et à agrandir son nouvel héritage en jetant les fondements de l'église du Saint-Sépulcre, plus tard Saint-Just, aujourd'hui Notre-Dame, et en bâtissant la partie de la ville basse comprise entre les deux cours d'eau qui, en se séparant au pied de son château, formaient alors un delta, au moyen d'un canal creusé entre le pré Lévêque et l'ancienne place de Saint-Léger, des seigneurs de la même famille, sous le nom de sires, de chevaliers, de bannerets, d'écuyers et de varlets, possèdent les autres châteaux et s'allient aux maisons de Châteauroux, de Montmorillon, de Lussac-les-Châteaux, de Châtellerault, de Morthemer et de Lusignan, jusqu'en 1502, époque à laquelle finit la ligne masculine de l'illustre maison des Chauvigny, qui, pendant des générations, posséda la principauté du bas Berry .

Nous passerons sous silence une foule de noms obscurs, pour ne nous occuper que de ceux dont les actes intéressent l'histoire. ......   

 La mémoire des temps passés - Histoire des châteaux de la cité médiévale de Chauvigny (6)

(Les Derniers Trouvères d'Aliénor (Chevalier Vert du Roi arthur)

 ==> Notice Historique sur le château Baronnial des évêques de Poitiers à Chauvigny et les fouilles archéologiques.

==> Episode d'Aliénor au château de Mauléon les Chauvigny


 

 

(1) Dans la grange de la métairie des Puits, on voit encore les restes de l'habitation des Templiers.

(2) Voir dans les Bulletins de la Société des antiquaires de l'0uest, 1er trimestre 1863, 1er trimestre 1864, l'Étude de la voie romaine, par l'auteur de I' Histoire des châteaux de Chauvigny.

(3) Comme cette opinion trouve d'habiles et savants contradicteurs, il me parait utile de la fortifier par quelques observations.

 

1°- Les historiens ont appelé Vauclades (Vallis Clades), Désastre du vallon, et les habitants des bords de la Vienne ont nommé Civaux (Cœdis Vallis), vallée du Carnage, le lieu où fut livré la sanglante bataille entre Alaric et Clovis, comme plus tard on a donné le nom de Maupertuis, Mauvais Pas, au terrain accidenté, couvert de vignes et de haies, où Jean Il fut vaincu par Je Prince Noir.

Nous ne citerons les étymologies puériles: «  Hic valuit… ici l'emporta Clovis sur Alaric; ci vaut autant qu'ailleurs, » que pour montrer que de tout temps on a été persuadé, dans la contrée, que Civaux avait été le champ de bataille entre les Francs et les Visigoths.

 

2° Les nombreuses pièces de monnaies et les anneaux de chevaliers  trouvés en fouillant les champs des bords de la Vienne attestent que de grands événements se sont passés dans cette contrée.

 

3°- Le nom de vallée des Goths, que porte encore aujourd'hui le vallon que traverse la voie romaine, auprès de St-Pierre-les-Eglises, est un témoignage du passage des Visigoths dans ces lieux.

 

4°- Les légendes du pays attribuent la multitude des tombeaux de Civaux et un miracle que fit le Dieu des catholiques pour exterminer les Ariens, et les paysans des bords de la Vienne distinguent, avec une foi très-robuste, dans le rocher de la Font-Chrétien, l'empreinte de fer du cheval de Clovis, comme les montagnards des Pyrénées montrent, dans un roc de la vallée de Roncevaux, la brèche que fit la Durandal de Roland, ce héros de l'immortel poème de l'Arioste et des fables de l'archevêque Turpin.

Ces histoires ne sont pas renouvelées des Grecs, mais elles ont un grand air de famille avec la pluie de pierres que Josué fit tomber du ciel pour écraser les ennemis des enfants d'Israël, et le rocher d'Oreb, d'où la baguette de Moïse fit jaillir une source abondante.

5°- La plupart des historiens, le père Routh, Siauve, Bouchet, Bourgeois, Robert du Dorat, etc., ont écrit que cette bataille a été livrée sur les bords de la Vienne. Un coup d'œil sur la carte géographique suffira pour montrer qu'Alaric, fuyant devant l'armée franque, et allant au-devant de son beau-père, Théodoric, roi d'Italie, qui accourait à son secours, n'avait pas d'autre route à suivre que celle qui conduisait au gué de Civaux, à quelques kilomètres en aval de Lussac-Ies-Châteaux

6°- Enfin, dans un titre que possédaient les chanoines du Dorat, pour prouver que leur église avait été fondée par Clovis pour remercier Dieu de la victoire qu'il avait remportée sur Alaric, il est dit:

Cùm ad quemdam Iocum, super ripam Vigennae, à decimo milliare, ceu circiter, à Pictavis civitate distantem perveniret cum militum bellatorumque suorum exercit  valido, alaricum ipsum diabolic â fraude deceptum vicit, superavit et funditus exterminavit (Robert du Dorat).

Traduction littérale : Clovis étant arrivé, avec sa vaillante armé de soldats et de guerriers, sur le bord de la Vienne, éloignés de dix milles ou environ de Poitiers, vainquit, terrassa, extermina entièrement Alaric lui -même, qu'avaient trompé les artifices du démon.

Je n'ignore pas qu'en a mis en doute l'authenticité de cette pièce, mais son existence plus ou moins apocryphe prouve du moins quelle était l'opinion publique à l'époque où elle a été composée.

(4} Thomas de la Thaumassière, Dictionnaire des Familles du Poitou.

(5) lsembert Ier légua d'abord par une charte au couvent de Saint¬Cyprien de Poitiers, et ensuite à l'église du Saint-Sépulcre de Chauvigny, plus tard Saint-Just, aujourd'hui Notre-Dame, la plus grande partie de son domaine d'Alié, avec la chapelle qui en dépendait, ainsi que le Breuil et plusieurs vignes dans sa seigneurie de Chauvigny.

« Ego in Dei nimoine trado ecclesiam quae vocatur Aliacus, cum omnibus appenditis suis, vineis, terries arabilibus, sylvis, pascuis, dominibus, curtiferis et caeteris rebus. » Dom Fonteneau, vol.6, p.551. Et dans une autre chartre : «  Brolium et vineas de Caseamento meo. » dom Fonteneau, vol.9, p.667.

C’est  pour cette raison qu'Alié, quoique éloigné de cinq kilomètres de l'église de Notre-Dame, et entouré de tous côtés par la commune et la paroisse de Saint-Pierre-les Eglises, fait encore partie de la paroisse de Notre Dame. Le Breuil, à quatre kilomètres de Chauvigny et au- delà de la Vienne, a continué d'appartenir à la commune de Chauvigny et à la paroisse de Notre-Dame :

Une tradition populaire explique de la manière suivante la réunion du village d'Alié à la paroisse de Notre Dame :

Une maladie épidémique et contagieuse sévissait cruellement au village d'Alié. Le curé de la paroisse de Saint-Pierre-Ies-Eglises fut  vainement appelé auprès des mourants. La crainte de la mort l'empêcha de remplir les devoirs sacrés de son ministère. Un moine du prieuré de Saint-Just ne fit pas difficulté d'exposer sa vie pour porter à des chrétiens mourants les  secours et la consolation de la religion.

L'évêque de Poitiers, pour récompenser le courage du moine et punir la lâcheté du curé, annexa à l'église de Saint-Just le village et la chapelle d'Alié, qui appartenaient auparavant à la paroisse dans laquelle ils sont enclavés.

Il est vraisemblable que cette fable, dont la moralité ne peut être contestée, a été imaginée, dans les loisirs du cloitre, par un moine qui a aura pris plaisir à glorifier le courage et le dévouement de son monastère aux dépens du curé de Saint Pierre-les-Eglises.