Archéologie à l’abbaye de Maillezais, une église romane poitevine en souvenirs de Saint-Remi de Reims

Les restes de l'ancienne église abbatiale de Maillezais sont à la fois une des ruines les plus pittoresques du département de la Vendée, et un des monuments archéologiques les plus importants de la région de l'Ouest.

Fondée au Xe siècle, par un duc d'Aquitaine, l'abbaye de Maillezais fut, du XIV au XVIIe siècle, le siège d'un évêché important. Plusieurs de ses abbés et de ses évêques ont une place honorable dans l'histoire des arts. Au XIVe siécle, pendant trente années consécutives, l'abbaye, devenue place de guerre, fut le séjour du célèbre Agrippa d'Aubigné. Rabelais, lui aussi, a contribué à la gloire de Maillezais, Dans notre siècle, le château de l'ancienne abbaye a été la retraite d'un homme dont tous les numismatistes honorent la mémoire, Faustin Poëy d'Avant.

Trois monographies de Maillezais ont déjà été écrites; la première, en 1840, par Charles Arnauld, de Niort – la seconde, en 1852, par l'abbé Lacurie, de Saintes – la troisième, en 1886, par M. Edgar Bourloton, qui était le propriétaire du château et des ruines de l'abbaye. Des notices moins considérables ont été également publiées par divers écrivains.

Les grandes lignes de l'histoire de l'abbaye et de l'évêché sont connues. Il en est de même des grands caractères archéologiques des ruines. Mais divers points de détail restent à éclaircir.

Nous ne nous préoccuperons que d'un seul de ces problèmes restés jusqu'ici sans solution, le plus important incontestablement mais aussi le plus complexe de tous au point de vue de l'histoire monumentale, celui-là qui nous est posé par les voûtes latérales supérieures de l'église abbatiale. M. Anthyme Saint-Paul, dont tous les antiquaires connaissent la vaste érudition archéologique, déclarait naguère ces voûtes uniques en leur genre dans l'Ouest de la France (1). Nous voudrions rechercher la raison d'être de cette particularité bizarre, dont nos églises romanes du Poitou n'offrent aucun similaire.

Archéologie à l’abbaye de Maillezais, une église romane poitevine en souvenirs de Saint-Remi de Reims (4)

Les ruines de Maillezais peuvent se répartir en trois groupes :

- 1° les restes des bâtiments de l'abbaye

- 2°  les restes du château d'Agrippa d'Aubigné

- 3° les restes de l'église abbatiale, plus fréquemment désignée dans le pays sous le nom de cathédrale.

Nous n'avons à nous occuper ici ni des anciens bâtiments de l'abbaye, ni du château.

Les ruines de l'abbatiale se réduisent à ceci :

- 1° un porche roman (fortifié au XVIe siècle, par d'Aubigné) flanqué de deux tours carrées également romanes;

- 2° le mur latéral nord de la nef (côté de l'épitre) sept travées, dont trois, les plus voisines du transept, remaniées à l'époque gothique, et les quatre autres entièrement romanes;

- 3° une partie du bras nord du transept (fin du xv siècle, d'après M. Bourloton). L'église avait trois nefs.

Les amorces subsistantes indiquent sans hésitation possible que les nefs latérales, voûtées d'arêtes, étaient surmontées d'un triforium-tribune auquel on accédait par les tours du porche, et dont chaque travée était voûtée par un berceau en plein-cintre perpendiculaire à l'axe de la nef principale. Un premier rang de fenêtres éclairait les bas-côtés, un second éclairait les tribunes.

Deux monuments célèbres, appartenant l'un à la zone circonvoisine de Paris, l'autre à l'Anjou, donnent assez bien l'idée de ce qu'étaient autrefois les nefs de Maillezais avec leurs tribunes. A Mantes, le déambulatoire de l'église Notre-Dame est surmonté d'un triforium-tribune voûté par une série de berceaux convergents. Mais Notre-Dame de Mantes appartient au début de la période gothique. A Angers, l'église romane du Ronceray, si on supprime par la pensée les cloisons qui murent aujourd'hui les grandes arcades de la nef, présente une disposition anatogue à celle de Maillezais. Mais les tribunes du Ronceray n'ont été établies qu'au XVIIe siècle, par l'intercalation d'un étage entre le sol et les voûtes en berceau transversal des bas-côtés. Il n'y avait pas de tribunes dans l'édifice consacré en 1119.

La grande originalité de l'abbatiale de Maillezais réside dans la présence de ces tribunes et dans la disposition transversale des berceaux dont elles sont recouvertes. En Poitou, la tribune n'existe jamais au-dessus des bas-côtés dans nos églises des VIe et XIIe siècles. En Poitou, nos églises romanes de style poitevin pur ne sont jamais éclairées que par un seul rang de fenêtres percé dans des bas-côtés.

En Poitou, le berceau perpendiculaire à la nef n'apparaît que dans le cours du XIIe siècle. encore est-il excessivement rare et ne se rencontre-t-il que dans les bas-côtés fort étroits ; d'ordinaire, ce berceau n'est qu'un procédé employé pour réunir des contreforts intérieurs.

C'est donc seulement en dehors du Poitou que nous pourrons retrouver le monument, ou les monuments, dont le constructeur de Maillezais a dû s'inspirer.

Mais avant de nous livrer à cette recherche, il est indispensable de préciser la date des ruines dont nous cherchons à expliquer les particularités étranges. La question d'origine est connexe de la question chronologique.

Notre abbaye, nous l'avons dit plus haut, a été fondée au Xe siècle. Le premier monastère fut établi à deux kilomètres de Maillezais, à Saint-Pierre-le-Vieux, – avant l'année 990, d'après le Gallia Christiana et Charles Arnauld, en 987, d'après l'abbé Lacurie, – en 959, d'après M. Bourloton. Cette date primordiale n'ayant aucune importance pour le débat archéologique qui nous occupe, nous ne nous arrêterons pas à la discuter.

Au commencement du XIe siècle, le duc d'Aquitaine abandonna aux moines de Saint-Pierre-le-Vieux son château de Maillezais. Ce château fut rasé, et sur son emplacement le prieur Théodelin édifia un nouveau monastère dont l'église fut dédiée en 1010.

Les ruines actuelles de la cathédrale de Maillezais appartiennent- elles à la construction de Théodelin ? Lacurie, Ap. Briquet, Montbail, de Wismes, M. Bourloton, répondent affirmativement. --Nous croyons, nous, a une reconstruction. Nous ne nions pas qu'il n'y ait dans les parties romanes subsistantes des restes de l'œuvre de Théodelin, mais l'ensemble de ces parties romanes ne nous paraît pas d'une date aussi reculée que les premières années du XIe siècle.  Et nous ne sommes pas seul de cet avis.

Au congrès tenu en 1864 à Fontenay-le-Comte par la Société française d'archéologie, on rechercha les églises de la Vendée susceptibles d’être attribuées à la période carlovingienne ou à la première période romane. M. Octave de Rochebrune, l'aquafortiste bien connu, qui est en même temps un archéologue de grande sagacité et de grande expérience, ne crut pas pouvoir citer d'autres édifices que les églises de Saint-Pierre-le-Vieux. aujourd'hui démolie, de Saint-Nicolas-de-Brem et de Vouvant, ces dernières heureusement encore debout, au moins en partie.

L'abbatiale de Maillezais appartenait bien pour lui au XIe siècle (2), mais il ne la mentionnait pas en compagnie des trois qui lui paraissaient les plus anciennes, et cela malgré les textes historiques si formels que l'on possède sur sa fondation.

Cette réserve d'un homme à qui nous devons les meilleures études analytiques qui aient été faites sur les églises romanes du Bas-Poitou, est d'une très grande importance. A l'opinion de M. de Rochebrune, nous joindrons celle d'un autre archéologue, que nous avons déjà eu l'occasion de citer M. Anthyme Saint-Paul.

Archéologie à l’abbaye de Maillezais, une église romane poitevine en souvenirs de Saint-Remi de Reims (1)

 

L'éminent auteur de l'étude critique sur Viollet-le-Duc et son système archéologique a visité Maillezais en 1874. Il attribue le porche et les parties romanes subsistantes de la nef « à la fin du XIe siècle (3).

Mais M. de Rochebrune et M. Anthyme Saint-Paul n'ont parlé de Maillezais que par occasion. Ils n'ont exposé nulle part les raisons qui les portent, tout en admettant la date du XIe siècle, à rejeter l'attribution aux années 1003 à 1010. A toute assertion, il faut des preuves nous en apporterons deux, que nous croyons décisives.

Si l'abbatiale de Maillezais, telle que nous l'avons aujourd'hui sous les yeux, est l'œuvre exécutée par Théodelin entre les années 1003 et 1010, elle doit avoir un caractère au moins aussi archaïque que les autres églises qui furent élevées dix ou quinze ans plus tard, dans la même région, par le même constructeur.

Or, il existe à quelques lieues seulement de notre abbaye, une église à date certaine, construite par le susdit Théodelin, quelques années après l'abbatiale de Maillezais (4). C'est l'église de Vouvant.

Les parties conservées de la nef de Vouvant ont tout à fait le caractère du roman primitif (5). Nous possédons là un terme de comparaison des plus sûrs.

Nous pourrions établir un parallèle minutieux entre les deux édifices. Il nous suffira de constater d'une façon générale et nous le faisons, sans crainte d'être contredit, que Maillezais, loin d'avoir une allure au moins aussi archaïque que Vouvant, a, tout au contraire, un cachet moins barbare et plus jeune.

Il est évident que la plus reculée des deux constructions n'est pas Maillezais, mais Vouvant.

En 1864, le Congrès archéologique de Fontenay visita Vouvant, deux jours après avoir visité Maillezais. La nef de Vouvant fut proclamée « certainement la plus ancienne de la contrée (6).

Les textes historiques établissant péremptoirement la postériorité de Vouvant, il faut admettre que la nef de Maillezais a été renouvelée, tandis que la nef de Vouvant est restée foncièrement intacte (7).

Il y a une cinquantaine d'années, en 1834, des fouilles furent faites dans le pré qui occupe l'emplacement de l'ancienne abbatiale. On retrouva entre autres choses intéressantes le tombeau de l'abbé Goderan, avec son bâton pastoral, son anneau et son épitaphe sur plomb (8). On releva le plan complet de la basilique les piliers se composaient chacun de quatre colonnes engagées dans un massif carré (9). Ce détail seul suturait à établir que l'œuvre de Théodelin ne nous est point parvenue dans son intégrité et sous sa forme première.

Le pilier composé de quatre colonnes engagées dans un massif carré, n'est en aucune façon celui que nous trouvons en Poitou, au commencement du XIe siècle. Ce type n'apparaît chez nous que beaucoup plus tard.

1874 Abbaye de Maillezais ; visite d’Eugène Viollet-le-Duc, Historien de l'art et architecte des Monuments historiques

Entre 1003 et 1010, le pilier poitevin a encore complètement la forme de la période latine. Il est ou complètement circulaire ou carré sans ressaut. Le massif carré, flanqué de pilastres simplement chanfrainés, qui apparait ensuite et que nous trouvons à Vouvant vers 1015-1018, est notre plus ancien type véritablement roman.

Le pilier qui a été révélé par les fouilles de Maillezais appartient exclusivement au style roman poitevin arrivé à son complet développement. C'est celui qui est en usage, avec le pilier en forme de quatre feuilles, jusqu'à la seconde moitié du  XIIe siècle.

Un pilier de cette sorte est aussi topique d'une période de notre roman poitevin à l'exclusion d'un autre, qu'un pilier de style flamboyant est topique du XV siècle a l'exclusion du XIII.

Pour ces deux raisons et pour d'autres qu'il n'est pas difficile de trouver, quand on analyse sur place la construction de l'abbatiale de Maillezais, mais qu'il serait trop long d'exposer ici, nous croyons pouvoir nous prononcer sans témérité contre l'opinion qui fait remonter l'ensemble des ruines dans leur forme actuelle aux années 1003 a 1010. Ce monument est le produit d'un style possédant déjà une grande puissance architecturale, mais n'ayant pas encore atteint la richesse de décoration et l'harmonie de mise en œuvre qu'il aura au XII° siècle. C'est une construction qui a tous les caractères de la seconde moitié du XIe siècle. L'église bâtie par Théodelin a été remaniée par un de ses successeurs, désireux d'y apporter tous les perfectionnements possibles.

Cette date de la seconde moitié du XIe siècle, indiquée par le style des ruines, nous paraît pouvoir être précisée. Pour nous, l'abbatiale a été remise à neuf par Goderan, dont le tombeau a été retrouvé en 1834, et qui fut abbé de Maillezais de 1060 à 1074, en même temps qu'évêque de Saintes.

Au XIe siècle, il est d'usage, dans les abbayes du Poitou, de n'accorder l'honneur de la sépulture à l'intérieur d'une église qu'à ceux auxquels on doit la construction de cette église, à ceux qui ont contribué à l'édification du monument, soit par leurs libéralités, soit par leur initiative, soit par leur talent d'architecte. Les personnages importants qui ne sont pas les auteurs de l'église sont enterrés simplement dans les cloîtres.

La présence, dans l'abbatiale de Maillezais, de la sépulture de Goderan, nous porte à voir en lui le constructeur de cette église, qu'il ait fait diriger les travaux par un autre ou qu'il les ait dirigés lui-même.

A notre avis, Goderan a fait pour Maillezais ce que l'abbé architecte Pierre de Saine-Fontaine devait faire pour Airvault quelques années plus tard. De plus nous croyons que, comme Pierre de Saine-Fontaine, Goderan à été lui-même son maître de l'œuvre.

Les années 1060 à 1074 correspondent à une période d'enrichissement du monastère de Maillezais. Cet enrichissement avait pour cause la présence des reliques de saint Rigomer, que Théodelin, quelque temps avant sa mort, était allé chercher au Mans (10). Il serait facile de citer de nombreux exemples d'églises qui ont trouvé dans les ressources pécuniaires que leur procuraient les reliques dont elles étaient possesseurs, le moyen de rebâtir sous une forme plus belle.

L'abbé Goderan était d'origine champenoise (11). Il avait été moine de l'abbaye de Saint-Remi de Reims, juste au moment où se bâtissait la magnifique église dont M. Alfred Ramé et M. Demaison ont fixé définitivement la date au Congrès des Sociétés savantes de la Sorbonne, en 1882 (12).

L'abbatiale de Maillezais, telle qu'elle nous est parvenue, nous semble présenter trois souvenirs de Saint-Remi de Reims.

Si ces réminiscences sont réelles, le nom de l'auteur de la reconstruction ne saurait être douteux.

Il s'agit maintenant d'établir la réalité des trois réminiscences, que nous trouvons

- 1° dans la présence des tribunes, au-dessus des bas-côtés,

- 2° dans la voûte en berceau perpendiculaire à la nef, qui recouvre ces tribunes,

- 3° dans la présence de deux tours-clochers en avant de la nef.

 Une démonstration mathématique est impossible, nous ne faisons pas difficulté de le reconnaître. Néanmoins, les observations qui suivent ne seront certainement pas sans apporter quelque lumière.

La tribune au-dessus des bas-côtés n'ayant jamais été en usage en Poitou à l'époque romane, c'est en dehors du Poitou que nous devons rechercher la région où le second architecte de l'abbatiale de Maillezais a pu puiser l'idée des tribunes qu'il a placées dans sa reconstruction.

Au milieu du XIe siècle, trois provinces architecturales seules employaient la tribune au-dessus des bas-côtés l'Auvergne, la Normandie et la Champagne.

L'Auvergne voûtait ses tribunes, et pour les voûter elle employait exclusivement le demi-berceau ou quart de cercle. Quand on voûtait les tribunes en Normandie, on employait le même système de voûtes en quart de cercle, mais sans lui attribuer le même rôle dans l'économie de la construction (13).

L'abbatiale de Maillezais n'a rien dans ses tribunes qui rappelle la voûte en quart de cercle ce n'est ni en Auvergne, ni en Normandie, qu'il nous faut en chercher le modèle. Nous ne trouvons d'ailleurs dans l'histoire de Maillezais au XIe' siècle aucune trace de relations avec ces provinces.

En Champagne (14), où l'usage de la voûte était encore moins fréquent au XIe siècle qu'en Normandie, on se contentait le plus souvent, pour couvrir les tribunes, d'un simple appentis en bois. Exemples Vignory (15) et Montier-en-Der (16). Dès 1040-1049, Saint-Remi de Reims eut des tribunes au-dessus de ses bas-côtés. Au XIIe" siècle, ces tribunes furent remaniées et voûtées par croisées d'ogive. Mais quelle était la disposition primitive ? Etaient-elles voûtées ? Si oui, comment ?

Viollet-le-Duc a varié d'opinion à ce sujet. Dans plusieurs endroits de son Dictionnaire, il les dit non voûtées (17) dans d'autres, il les dit voûtées et, très probablement, en berceaux perpendiculaires à l'axe de la nef (18). Si Viollet-le-Duc, qui avait pu étudier les dispositions primitives de Saint-Remi, au cours des travaux de restauration qui furent exécutés son temps, est resté dans l'indécision, on comprendra que, malgré nos explorations réitérées dans le monument, nous n'ayons pu réussir à nous former une opinion personnelle très solidement motivée. Nous serions cependant porté à regarder les tribunes de Saint-Remi comme n'ayant été recouvertes au début que par un simple appentis en bois. Si les traces du mode de recouvrement primitif des tribunes de Saint-Remi de Reims ont complètement disparu, il n'en est pas de même d'une partie des voûtes en berceau perpendiculaire à l'axe de la nef, qui avaient été construites de 1040 à 1049, pour recouvrir les bas-côtés de l'église. Que ce genre de voûte, rare même en Champagne, ait été reproduit dans les tribunes de Saint-Remi, ou qu'il n'ait été employé que dans les bas-côtés inférieurs, il n'y a rien d'impossible t ce que notre abbé Goderan, moine à Saint-Remi au moment de la construction, ait puisé là l'idée, d'une part d'une tribune, d'autre part d'un mode de voûte qui fournissait à la fois une couverture à cette tribune et un appui vigoureux au berceau qui devait recouvrir la grande nef.

Saint-Remi de Reims présente en avant de la nef deux tours-clochers. Cette disposition se retrouve à Maillezais, et Maillezais est seul à la présenter dans l'école romane du Poitou. Nous croyons que là encore Goderan s'est souvenu de Saint-Remi.

On a proposé comme explication aux particularités de l'abbatiale do Maillezais l'hypothèse d'un plan venu tout fait de Cluny (19). Maillezais était en effet une abbaye clunisienne,

diculaire a l'axe de la nef A Saint-Remi de Reims, il existe une galerie supérieure, aussi large que le bas-côté, qui était aussi très probablement voûtée de la même manière) < (p. t78). L'église Saint-Remi de Reims  se composait d'une nef lambrissée, avec doubles bas-côtés voûtés à deux étages < (op. cit. t. v. p.165). et on a beaucoup parlé des influences architecturales de Cluny (20).

Cette théorie nous paraît fort contestable.

L'auteur de l'explication par un modèle clunisien plaçant la date des ruines actuelles au commencement du XI° siècle (21), Théodelin n'aurait pu imiter que l'église de Cluny bâtie par l'abbé Odilon. Or, quelle était la disposition de l'église d'Odilon ? Aucun document n'est là pour nous renseigner. Il faut encore moins songer à rapprocher l'église abbatiale de Maillezais de la splendide église construite à Cluny par les moines-architectes Gauzon et Hézelon, à  fin du XIe siècle et au commencement du XIIe. Pour que nous puissions trouver à Maillezais une imitation de l'œuvre célèbre de Gauzon et d'Hézelon, il serait indispensable que notre monument fut d'une date beaucoup plus récente qu'il n'est en réalité (22). Les analogies de Maillezais et de Saint-Remi de Reims correspondant avec la présence à Maillezais d'un ancien moine de Saint-Remi de Reims, nous nous croyons autorisé à penser que l'auteur de cette reconstruction de Maillezais dans la seconde moitié du XIe siècle est bien l'abbé Goderan, et par suite que ces travaux doivent se placer entre les années 1060 et 1074.

Ici néanmoins nous devons prévoir une objection les textes sont absolument muets et sur la reconstruction de l'abbatiale et sur le talent architectural de Goderan et sur les souvenirs de Saint-Remi de Reims que nous avons cru reconnaître.

Deux maîtres de l'archéologie du moyen-âge, Quicherat et Viollet-le-Duc, répondront pour nous à cette objection. Plus d'une fois déjà (dit Quicherat), on a signalé les incroyables lacunes de l'histoire 0 l'égard des édifices les plus célèbres. Nous possédons les détails les plus circonstanciés sur leur construction à une époque, et pas un mot n'a été dit des reconstructions qui leur ont donné incomparablement plus d'importance qu'ils n'en avaient auparavant » (23).

Et ailleurs : « On a des chroniques pour une époque, on n'en a pas pour une autre, et une construction dont il ne reste pas une pierre peut avoir été longuement racontée, tandis qu'un silence absolu règne sur la reconstruction postérieure du même édifice, Il est inutile de citer les innombrables exemples de ce fait » (24).

Combien n'avons-nous pas d'édifices (dit de son côté Viollet-le-Duc) dont la reconstruction presque totale n'est mentionnée que d'une manière incidente ou ne l'est pas du tout Aucun texte ne fait mention de la reconstruction de la façade de Notre-Dame de Paris, entre autres; en faut-il conclure que cette façade est celle d'Etienne de Garlande, 1140, ou date de l'épiscopat de Maurice de Sully (1160-1190)?)) (3).

La raison qui faisait passer sous silence les travaux de reconstruction est bien naturelle. Les premières constructions des abbayes sont connues (écrit M. d'Espinay), parce qu'il était nécessaire de les constater par des chartes de donation, les reconstructions, et surtout les réparations ou agrandissements faits par les moines, n'ont pas été constatés par écrit, parce qu'on n'avait aucun intérêt, à le faire » (25). En Poitou, nous avons plus d'un exemple de ces lacunes des chroniques et des chartes

Pour l'église de Vouvant (Vendée), dont nous parlions plus haut, nous possédons une charte constatant la construction par l'abbé Théodelin aucun texte ne mentionne les travaux de reconstruction du chevet, de la crypte et du portail latéral, au XIIe siècle.

La fondation de l'abbaye de Nieul-sur-l'Autize (Vendée) au XIe siècle, est constatée dans les documents pas de trace historique des travaux exécutés au XIIe siècle.

Pour Parthenay-le-Vieux, nous connaissons historiquement la construction faite à la fin du XIe siècle, et la donation aux moines de la Chaise-Dieu l'archéologie seule nous révèle les remaniements du XIIe siècle.

A Airvault, une charte nous apprend la fondation au  X° siècle et la réforme à la fin du XIe aucune chronique, aucune charte ne mentionne les importants et intéressants travaux du milieu du XIIIe siècle.

Archéologie à l’abbaye de Maillezais, une église romane poitevine en souvenirs de Saint-Remi de Reims (5)

En ce qui concerne Maillezais, le silence des textes a plus d'une raison, et il n'est pas difficile de trouver les motifs particuliers qui ont empêché le moine Pierre de parler de Goderan et de ses travaux, dans son histoire de débuts de l'abbaye.

Pierre écrit sur l'ordre de l'abbé Goderan. Ce qu'il a mission de raconter, c'est la translation des reliques de saint Rigomer à Maillezais, par les soins de Théodelin, et les miracles qui ont donné de la célébrité à ces reliques.

Son récit commence de la façon suivante : Domino patri Goderanno famulorum Domini ultimus famulus Petrus. Quoniam quidem auxoliante omnipotentissima Dei et Domini nostri Jesus Christi manu, vitam actusque venerabilis confessoris Rigomeri ad calce musque pro posse correxi ; revenrentia autem charitatis tuae, Pater honorande, mihi sat jocunde, libet liberali peritia imperito, imposuit, ut quemadmodum, a quibusce personis in Malleacensi ecclesia sacrum corpus ejus (venerabilis confessoris Rigomeri) translatum sit, quibus alque ibi miraculis claruerit.. . ne posteros lateret, chartis mandarem….(26)

Par patriotisme, ne ingralus essem patriae, le moine Pierre ajouta à son récit la descritpion de l’état de l’Ile de Maillezais, statum Mallaecensis insulae, prout ad nos ab antiquitate valuit transvadare, et l’histoire des origines de l’église, quibus quoque auctoribus exordium habuere ipsa quae in eadem cernun un ecclesia (27)

Ce qui le préoccupe le moins, ce sont les travaux de construction exécutes (28). Il insiste bien davantage, par exemple, sur la façon dont Théodelin s'y est pris pour obtenir du duc d'Aquitaine l'emplacement du nouveau monastère. Sans doute, il ne lui est pas indifférent de rendre hommage à la mémoire de Théodelin, mais les donations qui ont permis au monastère de se fonder et de se développer lui semblent plus utiles à relater. L'œuvre de Théodelin n'est pas racontée dans son entier il n'est fait aucune mention de la construction de l'église de Vouvant.

Le récit s'arrête à l'entrée en fonctions de Goderan. Le moine Pierre ne veut pas encourir le reproche d'être un flateur.  Post hune [Humberfum) …eidem regimini….. praefuit Goderannus, natione, uti ego accepi, Gallus, alterius quidem monasterii monachus….seb quoniam, dum haec scribimus, adhuc humanis interest rebus, ejus ex actibus silentium nobis indicimus, ne adulatoris notant incurramus (29).

Le moine Pierre s'étant volontairement abstenu de parler de l'oeuvre de Goderan, son silence ne peut pas être une objection contre l'opinion que nous avons émise. L'abbé Goderan aurait donc reconstruit son église, en partie d'après le style qui commençait à prendre corps en Poitou, en partie d'après ses souvenirs. Les deux clochers, dont le Poitou ne nous offrira d'autres exemples qu'à l'époque gothique, seraient directement inspirés de Saint-Remi de Reims. – Saint-Remi aurait également suggéré à Goderan l'idée d'augmenter l'ampleur de son œuvre par des tribunes latérales. C'est encore à Saint-Remi qu'il aurait trouvé pour ses tribunes un système de voûtes n'exigeant pour elles-mêmes aucun contrebutement autre que des contreforts ordinaires, et fournissant un épaulement de grande résistance au berceau que les Poitevins s'ingéniaient à placer sur leurs voûtes centrales.

Il y aurait eu imitation, mais non imitation servile. Goderan aurait tiré des voûtes perpendiculaires à l'axe de la nef un parti fort intelligent, plus habile même, certainement, que ce qui avait été fait à Saint-Remi de Reims.

Cette réunion a Saint-Remi des trois particularités qui distinguent Maillezais des autres églises romanes poitevines venant concorder avec la présence a Maillezais d'un ancien moine de Saint-Remi, nous croyons que l'explication que nous venons de proposer à certaines chances d'approcher de la vérité.

Jos.  Berthelé Société historique et archéologique (Château-Thierry, Aisne)

 

des fouilles Archéologiques en 2019 à l'abbaye médiévale

 

 

 

 

Histoire de l'abbaye de Maillezais, plan des fouilles archéologiques exécutées sous la direction d’Apollon Briquet en 1834 <==.... ....==> Sur la Terre de nos ancêtres du Poitou - Aquitania

Le Jeudi de l’Ascension - Église Notre Dame de l'Assomption de Vouvant  <==

Le rayonnement Clunisien de l'abbaye de Maillezais sur la région au Moyen Âge !  <==

LA NAISSANCE DE BOURGUEIL ET DE MAILLEZAIS (987-990). Abbayes de l'abbé Gausbert <==

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU <==

Gisants des ducs d’Aquitaine inhumés à l’abbaye de Maillezais, Guillaume VI – Eudes - Guillaume le Grand <==

 

Archéologie: Fouilles du parvis de la basilique Saint-Rémi de Reims - découvertes 500 tombes médiévales (visite virtuelle) <==

Le Tombeau de Saint-Remi de Reims- (vers 437-13 janvier 53) <==

 

 

 


 

 

(1) PAUL JOANNE [et ANTHYME SAINT-PAUL]. De la Loire à la Gironde, Poitou et Saintonge, Paris, Hachette, 1884, in-t6, p. 31.

(2) Congrès archéologique de France, XXXIe session, Fontenay le Comte 1864, p. 166 et 125.

(3) PAUL JOANNE, De la Loire à la Gironde, p. 34.

(4) Voir BESLY, Hist. des Comtes du Poitou, p. 307-308, et ARCÈRE, Histoire de La Rochelle et du Pays d'Aunis, t. n. p. 666. Cf. Xxi  (l'abbé LAURENT), Vouvent, son château, son église, apud la Semaine catholique du diocèse de Luçon, 5 mars 1882, p. 490, et RENÉ VALLETTE, Vouvent et la Forêt, apud Paysages et Monuments du Poitou, ) 1884, 3' livraison, p. 8.

La charte qui fait connaitre la construction de 1’église de Vouvant par l'abbée Theodelin,  est datée par Besly « ante an(num] 1025 »  Elle est certainement antérieure à 1018. On trouve, parmi les souscriptions de cette charte, le nom de Gislebert, évêque de Poitiers or Gislebert mourut en 1018.

(5) CL la vue intérieure de l'eglise de Vouvant donnée dans le compte-rendu lu Congres de Fontenay, p. 157, et dans le Bulletin monument, tome x\x), p. 28.

(6) Congrès archéologique de France, xxxie session, Fontenay. p. 157. (3) Le chevet et la crypte de Vouvant ont été remanies au XIIe' siècle. C'est également au XIIe siècle qu'appartient le beau portail latéral.

(7) ARNAULD Hist de Maillezais, p. 80 à 82, et planche hors texte l'abbé Braind, Hist  de l'église santone et aunisienne, t, 1er, p. 325 à 327 et planche hors texte; – cf. Roy, apud Bull. Soc. Stat. Deux-Sèvres, 1887. p. 677-678.

(8) « Trois nefs séparées entre elles par des colonnes engagées par quatre sur pilier carré divisaient l’église…. » (Bourloton,  op. cit. p. 9.) Cf. le plan donne par ARNAULD, op. Cit., planche hors texte.

(9) Cf. PETRI; MALLEACENCIS, ad Goderannum abbatem, libri duo, de .Antiquilate et  commutatione in melius malleacensis insulae et translatione corporis sancti Rigomeri, sive qualiter fuit constructum Malleacense monasterieum et corpus sancti Rigomeri translatum, publié par Labbe, apub Bibliotheca nova manuscriptorum, tome II, p. 222 à 238, reproduit dans la Patrologie latine de Migne, tome cxlvi, col. 1247 à 1272.

(10) Il était né à Reims; avant d'entrer à Saint-Remi, il étudia au monastère d'Hautvillers, près Epernay. – Hautvillers, et non HautVillars, comme ont écrit Arnauld (p. 72) et Briand (t. [, p. 318).

(11) Cf..Bulletin du Comité des travaux historiques, sections d'archéologie, 1882, p. 192-193 et 219 à 226.

(12) Cf. Nos recherches pour servir à l’Histoire des Arts en Poitou, p. 70.

(13) En Champagne on fit des tribunes à l'époque romane bien plus tôt que dans le Beauvaisis et le Soissonnais. «  Les architectes de cette dernière région ne construisaient jamais de tribunes au XIe siecle. Les nefs des plus grandes églises de cette époque encore intactes aujourd'hui, comme celles de Morienval, de Montmille, de Saint-Léger-aux-Bois (Oise), de Borny-Riviere et d'Oulchy-le-Château (Aisne), n'en renferment aucun spécimen. Il est facile de constater la même particularité dans la nef de l'église do Saint-Germain-des-Prés, bâtie également au XIe siècle. Les premières tribunes construites dans le Beauvaisis furent celles de l'église de Saint-Etienne à Beauvais, qui de ne doivent pas être antérieures à l'année 1110 et qui n'ont jamais été voûtées. » Lefevre-Pontalis, nouvelle étude sur la date de l'église de Saint-Germer, apud Bulletin monumental!, 1886, p. 30-3).

(14) Archives de la Commission des Monuments historiques,  tome II, notice sur l'église de Vignory, p. 3. L'abbé GODARD DE SAINT-.JEAN, notice sur l'église de Vignory (Haute-Marne), apud Bulletin monumental. t. xv, p. 573.

(15) Archives de la Commission des monuments historiques, tome 1er, notice sur l’église abbatiale de Montier-en-Der, p. 4.

(16) < »Un triforium ou galerie couverte en charpente portée sur des arcs s'élevait au-dessus des collatéraux et sous les fenêtres hautes de la nef  (Dict d’Arch, t. IX p217) – Les collateraux, voûtes à rez-de-chaussée, étaient surmontés d'une galerie couverte par des charpentes avec arcs-doubteaux » (op. Ctt. t. ;x, p. 239). t Au premier étage [au-dessus des bas-côtesj, l'arc-doubleau ne portant qu'un solvage de bois….. (op. cit. t. tx, p. 24)). Tant que les nefs des élises étaient couvertes par des charpentes apparentes, à l'instar de la basilique romaine, si l'architecte élevait une galerie do premier étage, comme à Saint-Remi de Reims, par exemple, il ne pouvait guère songer à la voûter il se contentait de bander un arc-doubleau au côté droit de chaque pile, arc-doubleau qui recevait le solivage incliné portant la couverture en appentis. (op. cit. t. [x, p. 272).

(17) Dans le tome 1er de son Dictionnaire de l’Architecture française p. 177 à t80, Viollet-le-Duc s'occupe des voûtes en berceau perpen-

(18) Élevé à Cluny, Théodelin  s'inspira à Mallezais des souvenirs de l'église de cette abbaye célèbre. L'art roman procédait d'auteurs de règles fixes au moyen desquelles l'architecte préparait l’ensemble et les subdivisions d'un même édifice, d'après un plan symétrique t. [Bourloton Op. Cit. p. 8-9.)

(19) Sur les exagérations commises par divers archéologues, et notamment par Viollet-le-Duc, au sujet de l'École clunisienne, voir ANTHYME SAINT-PAUL; Viollet-le-Duc et son système archéologique, 2° édit, p. 172 a 174.

[20] « De l'église romane de Théodelin, il ne reste plus que le narthex, deux tours et le mur septentrional <. (BOURLOTON op. cit. p. 8.)

(21) L'église, dont les moines Gauzon et hézelon fournirent les plans, fut commencée en 1089 par l'abbé saint Hugues et terminée en 1131 par l'abbé Pierre dE Montboissier. On la compléta en 1220 par l'addition d'un narthex.

(22) JULES QUICHERAT, Mélanges d'Archéologie et d’Histoire, tome p. 175.

(23) Ibid. p. 157.

(24) VIOLLET-LE-Duc Dictionnaire d'Architecture, tome IX, p. 243.

(25) D’ESPINAY, apud compte-rendu du congrès archéologique de Loches, p. 104-105.

(26) Patrologie latine de Migne, tome cxlvi

(27) Ibid col 1249

(28) « Nous avons cru remarquer chez les chroniqueurs et les autres écrivains une tendance à passer sous silence les talents artistiques des moines que leurs fonctions, leurs vertus ou leur habileté en d'autres matières rendaient suffisamment  dignes de renommée. » ….