Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine)

Ce vieux castel, malgré les siècles et les tourmentes qu'il eut à essuyer, a vraiment, aujourd'hui encore, fort grand air. Il fut construit à la fin du XIIe siècle par Guillaume de Lusignan, époux de Denise d'Angles, lequel ajouta au sien le nom qui souvent prévalut par la suite, bien que le dit château fût possédé par la famille de Lusignan pendant les siècles suivants.

Aux XIIIe et XIVe siècles, il était très fortifié et considéré comme imprenable, il eut dès cette époque beaucoup de sièges à soutenir, dont il se tira presque toujours à son honneur. Philippe-le-Hardi ayant assuré à sa mère Aliénor de Provence un douaire dont faisait partie le sud de la Saintonge, le seigneur de Saint-Jean-d'Angle fut tributaire, avec ses voisins, de la mère du roi ;  il n'eut pas à s'en féliciter.

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (9)

Une clause du traité de 1259 établissait la Guyenne et la Saintonge comme vassales de l'Angleterre; il y eut cependant quelques fiefs de Saintonge qui demeurèrent au roi de France. Saint-Jean-d'Angle ne fut pas de ces fiefs privilégiés ; c'est ce qui a fait croire parfois que le nom d'Angle venait de cette vassalité au roi d'Angleterre. Ce nom venait tout simplement de ce que l'un des premiers seigneurs de cette terre, peut-être le père de Denise, épouse de Guillaume de Lusignan, était originaire du château d'Angles en Poitou, berceau de sa famille.

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (1)

Le seigneur de Saint-Jean-d'Angle fut un de ceux qui refusèrent de prêter le serment de fidélité ordonné par le roi d'Angleterre le 27 avril 1275 ; et, à la fin du mois de novembre de la même année, Guichard I d'Angles, marié à Marguerite Maubert, sœur de Maingot Maubert, chevalier, seigneur de Bois-Maubert, près de La Rochelle, envoya tout simplement promener Bonnet de Saint-Quentin, l'envoyé du roi d'Angleterre. Celui-ci, à la tête d'une petite armée bien choisie, avait la mission de s'emparer des manoirs des délinquants ; il resta en vain près d'une semaine devant les murs du castel et dut partir comme il était venu.

 

En 1317, Isabelle duchesse d’Aquitaine (Isabelle de France), fille de Philippe-le-Bel, ayant épousé le prince de Galles Édouard II d'Angleterre, fils du roi d'Angleterre, apporta en dot la Guyenne et la Saintonge. Les barons qui, comme le seigneur de Saint-Jean-d'Angle, avaient résisté, durent s'incliner et rendre hommage à leur suzerain.

Or, en 1317, Edouard d'Angleterre avait comme sénéchal en Saintonge un homme dur et d'une avarice sordide, Arnaud Calculi, qui était devenu, pour tout le pays soumis à son gouvernement, un objet de terreur. Il y eut des rixes qui se transformèrent parfois en véritables combats ; certains seigneurs, comme Guichard 1 d'Angles, en profitèrent parfois pour soutenir les paysans contre les gens du roi d'Angleterre ; avouons qu'ils n'avaient pas tort.

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (7)

En 1326, eut lieu l'irruption des Bâtards en Saintonge, c'étaient des bandes de pillards travaillant pour le roi d'Angleterre, ils furent refoulés au sud de la Garonne par le maréchal de Briquebec et le comte d'Eu auxquels s'étaient joints quelques seigneurs entre autres ceux de Soubise, Echillais et Saint-Jean-d'Angle.

En 1328, meurt Philippe-le-Bel, il est remplacé sur le trône de France par Philippe de Valois, tandis que le prince de Galles est couronné roi d'Angleterre sous le nom d'Edouard III. Ce dernier a des prétentions sur la couronne de France. Il se déclare héritier légitime du trône de France, en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France, le 7 octobre 1337, déclenchant la guerre de Cent Ans.

En 1340, l'un des principaux seigneurs de Saintonge, le plus riche et le plus puissant, Renaud de Pons, fait défection et s'allie au roi d'Angleterre.

 

Les hostilités sérieuses ne commencèrent qu'en 1345, la Gascogne et la Saintonge du Sud devinrent un des principaux théâtres de la guerre. Mirambeau, Taillebourg, Saint-Jean-d'Angély furent bientôt entre les mains des Anglais. Notre contrée ne fut pas épargnée. Le château de Saint-Jean-d'Angle, comme ceux de Rochefort, de Soubise et de Fouras, fut successivement pris et repris par les armées de l'un et de l'autre parti.

En 1346, nous trouvons, pour la première fois, le fameux Guichard II d'Angle, fils de Guichard et de Marguerite Maubert ; c'est à Niort qu'il se défend victorieusement contre les Anglais, commandés par le comte de Derby. Plus tard, en 1350, à la tête d'une compagnie de cent hommes, il sert sous les ordres du maréchal de Boucicaut.

En 1353, une trêve était signée au moment où une troupe, formée des milices de La Rochelle, venait de s'emparer du château de Soubise gardé par une faible garnison anglo-gasconne. Enhardies par ce succès, sans s'occuper de la trêve, les milices se dirigèrent vers Surgères qui subit le même sort et allèrent mettre le siège devant le château de Salles-en-Aunis ; elles ne purent le prendre que grâce au secours que leur apport à Guichard d'Angle, alors sénéchal de Saintonge pour le roi de France.

Puis ce fut le tour du château de Rochefort. « Guischard d'Angle comte de Huntingdon, dit Massiou, suivi du corps d'arbalétriers rochelais, alla investir la place par terre, pendant que neuf galères, sous le commandement du capitaine François Pilleux, entraient dans la Charente et venaient bloquer le château, du côté de la rivière.Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (10)

Le siège commença vers la fin d'août 1356 et, le 5 septembre, la garnison ouvrait ses portes. » Le roi Jean récompensa la valeur de Guichard en lui donnant la châtellenie de Rochefort, dépendante de la couronne depuis 1307, et il voulut que ce château devint la dot de Jeanne d'Angle, sa fille, qui se maria dans la suite à Aimera II de Mortemart, seigneur de Tonnay-Charente, plus tard chambellan de Jean II. Le vingt-et-unième jour du même mois de septembre, il est fait encore mention de Guichard à la bataille de Maupertuis. Malgré son grand courage, le malheureux roi Jean fut fait prisonnier par le prince Noir ; pendant la bataille, le sénéchal de Saintonge fit des prodiges de sa valeur et plusieurs fois sauva la vie à son roi. « Là, nous dit Froissart, fut tué le sire de Pons, un grand baron de Poitou, avec beaucoup d'autres chevaliers et écuyers, là furent pris le vicomte de Rochechouart, le sire de Poïane et le sire de Parthenay, de Saintonge, le sire de Montendre et aussi messire Jean de Saintré qui fut tellement blessé, que depuis lors n'eut de santé, et le tenait-on pour le meilleur et le plus vaillant chevalier de France ; et parmi les morts, tenu pour mort, se trouvait messire Guichard d'Angle, qui trop vaillamment combattit ce jour-là. » Il est à croire que le sénéchal de Saintonge avait été fait prisonnier, car pendant trois ans on n'entendit plus parler de lui.

A la suite de cette sanglante défaite, un premier traité fut signé à Londres le 24 mars 1359 ; mais ni les princes du sang ni le peuple ne voulurent le ratifier, car il était « ne passable ne faisable », selon l'expression du peuple de Paris.

En 1302, il y eut des fêtes en l'honneur de la venue en Saintonge du fameux Prince Noir, qui prit possession de la Guyenne et de la Saintonge, érigées en principauté en sa faveur par son père.

Au commencement de l'année suivante 1363, d'autres fêtes eurent lieu en l'honneur de Pierre de Lusignan, roi de Chypre, venu en Saintonge et qui passa quelques jours à Rochefort et à Saint-Jean-d'Angle ; car venu en France pour engager les seigneurs à sa cause, son plus grand désir était d'entraîner avec lui son cousin Guichard, renommé pour sa bravoure et la sagesse de ses conseils.

Mais ce fut en vain, et pour causes : en cette même année, le 8 mai, avait été signée à Calais la paix dite de Brétigny. Ce traité, moins onéreux pour la France que celui de Londres, séparait de la couronne de belles provinces telles que l'Aunis et l'a Saintonge ; et le territoire de la Sèvre à la Gironde devenait anglais. Or, les commissaires délégués pour la prise de possession du pays étaient, du côté du roi d'Angleterre, Bertrand de Montferrand ; et, du côté du roi de France, Jean le Maingre dit Boucicaut et Guichard d'Angle.

A la fin de l'année, le 26 décembre, Guichard reçut des lettres du roi lui ordonnant de remettre La Rochelle, Rochefort et la Saintonge entre les mains des Anglais. Ces lettres le dégageaient du serment de fidélité et le faisaient passer avec son pays sous la dépendance anglaise. Le roi d'Angleterre, comprenant quel avantage il y avait pour lui à s'attacher un pareil soldat, le nomma maréchal de Guyenne, il n'eut pas tort car il lui fut d'un grand secours à la bataille de Navarette, 3 avril 1367, et combattit contre Duguesclin. Il fut précepteur du prince de Galles, plus tard Richard II d'Angleterre, qui le remercia de ses leçons en le nommant comte de Hudington, et lui assigna une pension de mille marcs d'argent.

Vers la même époque, il combattit en faveur de Pierre-le-Cruel, roi de Castille, et il faut bien avouer que ce n'est pas ce qu'il fit de mieux. Mais, aussi habile diplomate que valeureux chevalier, il facilita le mariage de Jean d'Angleterre, duc de Lancastre, avec Constance, fille de Marie de Padira, l'une des femmes de Pierre-le-Cruel dont la vie privée et politique ressemble un peu à celle de Barbe-Bleue. L'union de Constance avec le duc de Lancastre eut lieu en l'église de la Vieille-Paroisse de Rochefort, en 1371.

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (6)

En 1369, nous voyons Jean Chandos, sénéchal de Poitou et l'un des chevaliers les plus valeureux de l'époque, accompagné, de Guichard d'Angle, maréchal de Guyenne, se battre pour les Anglais et livrer un rude combat devant Lussac-le-Château. Jean Chandos y fut tué, et sans la valeur déployée par Guichard d'Angle, la victoire fut demeurée aux Français. Voici d'ailleurs ce que raconte Froissart : « Les Anglais et les Français combattaient toujours devant le pont de Lussac, et y fut fait grande merveille d'armes. Cependant les Anglais ne pouvaient plus supporter l'effort des Français et Bretons, et ils étaient sur le point d'être déconfits....

Mais voici venir monseigneur Guichard d'Angles, monseigneur Louis d'Harcourt et les autres seigneurs du Poitou qui cherchaient les Français car on leur avait dit qu'ils chevauchaient et ils arrivaient à la course, les bannières et les pennons au vent. Sitôt que les Bretons et les Français les virent, ils les reconnurent bien pour leurs ennemis; aussi dirent-ils aux Anglais qu'ils étaient là : Voici vos gens qui viennent à votre secours et nous savons bien que nous ne pouvons leur résister. »

Cependant, le prince Edouard, entouré de chevaliers anglais, méprisait les seigneurs d'Aquitaine et de Saintonge, qui avaient été de loyaux serviteurs. Aussi, lorsqu'il eut formé les fameuses Compagnies, ramas de pillards à la solde de qui les achetait, la rancune fit bientôt place à la haine. On refusa d'abord l'impôt supplémentaire qu'il avait voulu établir, puis des députés furent envoyés vers le roi de France Charles V. La révolte ne tarda pas à éclater.

Guichard d'Angle, demeuré fidèle au roi d'Angleterre, était sur la flotte anglaise où il fit des prodiges de valeur, ce qui n'empêcha pas celle-ci d'être complètement défaite le 23 juin -1371, en rade de La Rochelle, par la flotte franco-espagnole.

C'est à cette époque que se place le fameux siège de Soubise, où les Anglais commandés par Jean de Grailly, captal de Buch, furent complètement écrasés par Duguesclin. La petite cité tomba entre les mains des Français.

Duguesclin ne tarda pas, avec l'aide de Jean Chaudrier, maire de la ville, à s'emparer de La Rochelle, puis ce fut le tour du château de Benon ; Marans, Surgères eurent le même sort. La garnison de cette dernière forteresse vint se réfugier en grande partie dans le donjon de Brou, dont il ne reste plus à l'heure actuelle qu'un pan de mur couvert de lierres qui, du haut de son promontoire, domine le marais ; l'autre partie se renferma dans le château de Saint-Jean-d'Angle. L'une et l'autre forteresses, assiégées par Du Guesclin, tombèrent entre les mains des Français.

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (5)

Tout le monde était fatigué de ces guerres continuelles et sentait le besoin de se reposer ; pendant dix-sept ans, la Saintonge fut à peu près calme, malgré la mauvaise gestion du duc de Berry, gouverneur de Guyenne et de Saintonge.

En 1380, Guichard d'Angle meurt plus qu'octogénaire. L'année suivante, Charles VI, estimant que les fils ne doivent pas épouser les querelles des pères, redonnait à Denise d'Angle, mariée, comme nous l'avons vu plus haut, à Aimery de Mortemart, le château de Rochefort, qui lui avait été enlevé par Charles V.

Nous arrivons en l'année 1413, époque troublée où la France, divisée en deux factions, Armagnacs et Bourguignons, est livrée sans défense aux ennemis de l'extérieur. Les Anglais profitent des dissensions intestines pour faire des incursions en Saintonge. Vaincus devant Soubise, qu'ils avaient d'abord réussi à prendre par surprise, ils veulent se rattraper à Saint-Jean-d'Angle, puis à Brou ; malgré l'état lamentable dans lequel les sires de Pons laissaient cette dernière forteresse, ils furent repoussés de partout.

L'année suivante, 1414, la Saintonge fut abandonnée au nouveau roi d'Angleterre Henri V, ainsi que les belles provinces du Midi ; cela n'empêcha pas la guerre.

Nous ne voulons pas nous arrêter à cette période lamentable qui va de 1415 à 1429; époque de détresse immense où la France est sur le point de périr quand Jeanne d’Arc prend les armes du soldat ; éclairée par le ciel, elle entraîne les guerriers et sauve sa patrie.

Cependant, de hardis pillards, venus des bords de la Garonne, faisaient des incursions en Saintonge et semaient la ruine dans les campagnes qui n'avaient pas comme Saint-Jean-d'Angle un château-fort bien défendu que ne purent prendre les frères Plusqualet. Ceux-ci plusieurs fois l'assiégèrent et furent définitivement vaincus en 1441, par Charles VII, dans le château de Taillebourg, où ils s'étaient réfugiés.

En 1467, les députés de Jacques d'Ecosse vinrent réclamer la Saintonge ainsi que la chàtellenie de Rochefort, dont dépendait à ce moment la terre de Saint-Jean-d'Angle, en vertu d'un traité passé entre Charles VII et le roi d'Ecosse, en 1428. Louis XI éluda les termes du traité en promettant tout et en ne donnant rien.

Vers 1484, nous trouvons François de Pons époux de Marguerite de Coëtivy, petite-fille d'Agnès Sorel et de Charles VII par sa mère Marguerite de Valois. Ce François de Pons, comte de Montfort et de Brouage, trouvant fort extraordinaire qu'un donjon comme celui de Saint-Jean-d'Angle ne lui appartint pas, alors que ses terres étaient si proches, et que déjà celui de Brou menaçait ruine, offrit de l'acheter à un chevalier de Luzignan qui refusa de le céder. Il est à croire que ce Lusignan fut parmi les chevaliers de Saintonge qui s'unirent à Charles de la Trimouille, comte de Taillebourg, pour accompagner Charles VIII à la conquête du royaume de Naples.

Par lettres données à Romorantin en date du 17 janvier 1530, François Ier fit convoquer à Saint-Jean-d'Angély les comtes, barons, châtelains, prélats, officiers royaux, bons et notables bourgeois, etc., pour réformer et rédiger les coutumes du pays de Saintonge.

Parmi ceux qui y figurèrent, nous trouvons Charles Goumard, écuyer, seigneur d'Echillais, qui s'y rendit lui aussi. D’autres seigneurs s'y firent représenter, ainsi fut-il de Mme de Soubise, épouse d'Anthoine d'Authon, et qui possédait à ce moment la terre de Saint-Jean-d'Angle qu'avait essayé de lui disputer Jeanne de Rochechouart, dame de Tonnay-Charente.

La province de Saintonge fut dès lors régie par une loi écrite qui prit le nom de Coutume de Saint-Jean-d'Angély. Plus tard, en 1542, il est encore fait mention de Saint-Jean-d'Angle, et voici à quelle occasion.

Le roi François Ier ayant voulu imposer la gabelle aux rivages de Saintonge, les habitants des îles de Marennes, Oléron, Saint-Fort, Saint-Jean-d'Angle, Saint-Just, se révoltèrent. Le roi ayant envoyé contre eux des troupes commandées par le général Boyer et le vicomte de Thouars, les révoltés résistèrent et un grand nombre d'entre eux se renfermèrent dans le château de Saint-Jean-d Angle et dans le donjon de Brou, qui étaient les endroits les mieux fortifiés de la contrée.

Au commencement de 1543, François ler était venu à La Rochelle, les choses s'arrangèrent et tout rentra dans l'ordre ; mais pas pour longtemps, car, en 1548, eut lieu le fameux soulèvement de la Saintonge contre la gabelle, impôt qui était devenu intolérable par l'énormité du taux auquel il avait été fixé. Les sauniers, mécontents, formèrent une véritable armée ; ils étaient plus de seize cents, commandés par un châtelain de Barbezieux du nom de Puymoreau. Il fallut la justice du sieur de Vieilleville qui mit fin aux exactions, et les exhortations de l'évêque de Saintes, Charles de Bourbon (cardinal de Vendôme), pour ramener une paix complète.

Mais voici que d'autres luttes vont ensanglanter notre contrée.

 Ce ne sont plus des combats entre Anglais et Français ni le soulèvement d'un pays sur lequel on lève un impôt exorbitant. Ce sont des frères qui vont combattre contre des frères, et ces luttes seront la conséquence de l'hérésie de Luther et de Calvin ; catholiques et protestants se livreront de nombreux combats dans lesquels il sera parlé encore de notre vieux castel.

En 1570, un capitaine catholique, La Rivière-Puytaillé l'ainé, résolut de s'emparer des îles de Marennes et de Brouage tombées entre les mains des Rochelais protestants ; il s'entendit pour cela avec lvieux baron Antoine, sire de Pons, lieutenant du roi en Saintonge, et s'adjoignit le comte de Canillac et le capitaine Cader. Or, tandis que le sire de Pons, aidé de Puytaillé et du comte de Canillac, reprenait possession de ses fiefs : Marennes, Saint-Just, Brouage et Hiers, et que plus de trois cents lansquenets allemands (mercenaires) périssaient dans les marais de Brou, fusillés par les tirailleurs catholiques, le capitaine Cader avait investi le château de Saint-Jean-d'Angle, occupé par une poignée de calvinistes ; ceux-ci, d'ailleurs, se rendirent presque sans combattre. Mais les habitants du-bourg, presque tous huguenots, s'étaient barricadés dans les maisons, décidés à vendre chèrement leur vie. Or, un bourgeois du nom de Semé, ayant été contraint de fuir devant les soldats de Cader, avait laissé dans une chambre haute sa fille nommée Anne, âgée de 16 ans ; celle-ci cherchait son père dans toute la maison quand elle se trouva tout à coup en face du capitaine. Celui-ci ayant voulu mettre la main sur elle, la jeune fille sauta par la fenêtre, poursuivie par Cader qui, malgré le poids de son armure, réussit à la rejoindre. Pour lui échapper, elle se jeta dans les fossés du château, mais déjà le capitaine la tenait par la robe quand un coup d'arquebuse lui cassa la cuisse, l'obligeant à lâcher prise. Anne Semé, aussitôt retirée du fossé par les bourgeois venus à son secours, fut portée en triomphe jusqu'à la maison de son père, « au bruit des applaudissements et des éloges dus à son héroïsme et à sa vertu », conclut Agrippa d'Aubigné qui raconte le fait. Cader ayant laissé la moitié de ses soldats dans le château de Saint-Jean-d'Angle, se fit porter à Marennes. Pendant ce temps, La Rivière-Puytaillé fortifiait Saint-Just, culbutait les protestants à Hiers et les poursuivait jusque dans Brouage dont il s'emparait. Les huguenots, saisis d'épouvante, se dispersèrent dans la campagne, toujours poursuivis par les catholiques ; les Allemands surtout, qui ne connaissaient pas le pays, périrent dans les marais « assommés comme des bêtes fauves ».

Le château de Saint-Jean-d'Angle suivit dans la suite le cours des événements, pris tantôt par les catholiques, tantôt par les protestants. En 1574, il tomba entre les mains des huguenots, ainsi que quelques autres places insuffisamment gardées, entre autres Tonnay-Charente, Echillais, Talmont, qui furent pris par ruse ; le château de Rochefort fut emporté d'assaut par La Noue à la tête des Rochelais.

L'année suivante, 1575, les catholiques opérèrent à leur tour en Saintonge et, en peu de jours, se rendirent maîtres de plusieurs places, entre autres de Saint-Jean-d'Angle, pris d'assaut par le baron de Ruffec, qui y mit une bonne garnison. La Noue résolut de reprendre toutes les places tombées entre les mains des catholiques ; ayant donné rendez-vous à tous les protestants des marais de la Seudre capables de porter les armes, il les réunit à Pontlabé, où il forma son armée avec une partie de laquelle il put mettre ses projets a exécution. Saint-Jean-d'Angle résista longtemps à Voisin de la Popelinière et au capitaine Bonnet, qui assiégèrent le château dont la garnison ne se rendit que quand elle vit les ennemis commencer à ouvrir une tranchée, et qu'elle apprit qu'à Brouage on faisait embarquer du canon pour s'en servir contre eux.  

Au mois de juin 1575, La Noue confia le commandement militaire des huguenots de Saintonge à René, vicomte de Rohan, et donna le gouvernement de Brouage à Louis de Saint-Gelais, avec la possession du château de Saint-Jean-d'Angle, qui devint, deux ans plus tard, la propriété de Guy de Saint-Gelais, sieur de Lanzac, nommé par Mayenne gouverneur de Brouage, le 28 aout 1577.

Guy de Saint-Gelais fut remplacé, en 1579, dans le gouvernement de Brouage par François d'Espinay-Saint-Luc. Celui-ci n'eut pas été fâché d'avoir dans sa dépendance le vieux castel, mais Guy de Saint-Gelais ne voulut pas s'en dessaisir.

Jusqu'en 1585, on fut à peu près tranquille en Saintonge, mais l'édit de Nemours, arraché par la Ligue à la faiblesse d'Henri III, ralluma la guerre civile. D'un autre côté, Condé, retenu dans la contrée par les beaux yeux de Charlotte de la Trémouille, brûlait du désir de se rendre intéressant aux yeux de sa belle. Il résolut de s'emparer de tous les châteaux et forteresses de Saintonge qui étaient entre les mains des catholiques.

La prise de Brouage devant assurer le succès de sa campagne, il partit de La Rochelle à la tête d'une forte armée, s'empara en passant du château de Fouras, envoya une partie de son armée conduite par ses lieutenants, qui en passant prirent Soubise, l'attendre devant Brouage, et vint lui-même mettre le siège devant Saint-Jean-d'Angle. Le capitaine Villetard, qui commandait dans le château pour Saint-Luc, n'était pas un foudre de guerre, il en sortit pendant la nuit bien qu'il ne manquât ni d'hommes ni d'armes, ni de munitions, et, dans sa précipitation, il oublia ses chevaux et ses bagages. Condé y mit une forte garnison, et alla s'emparer de Sainte-Gemme, de Saint-Sornin et de Saint-Just, il attaqua vigoureusement les catholiques retranchés devant Hiers, qui se replièrent sur Brouage après s'être courageusement défendus, et investit cette place dont il ne put s'emparer pour des causes qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Par le fait même, le château de Saint-Jean-d'Angle retomba au pouvoir des catholiques dès que le siège de Brouage fut levé. Mais, l'année suivante, le comte de Laval, à la tête d'une armée protestante, s'en emparait à son tour après avoir chassé les catholiques de Soubise, d'Echillais et de Trizay. Saint-Luc ne tarda pas à reprendre les places dont les protestants s'étaient rendus maîtres.

A partir de 1589, époque où Henri de Navarre monte-sur le trône, il n'est plus question du château, il devait être en piteux état et porter des cicatrices qui, pour si glorieuses qu'elles fussent, ne l'en rendaient pas plus solide. C'est ce qui explique pourquoi, en l'an 1623, Charlotte de Saint-Gelais de Lusignan le fit restaurer ainsi que l'indique l'inscription placée sur une échauguette :

Il est fait mention du château de Saint-Jean-d'Angle au moment de la Fronde. En 1651, Louis Foucault comte du Daugnion, qui avait été précédemment chassé de La Rochelle par d'Estissac et d'Harcourt, avait rejoint, le 29 novembre, le prince de Condé, dont les troupes campaient à la Bergerie, non loin de Tonnay-Charente. Voyant les choses tourner mal pour l'armée de Condé, au moment où l'on allait se mettre à table, tandis que personne ne s'occupait de lui, ledit comte du Daugnion sauta prestement sur son cheval et s'enfuit à toutes brides vers Brouage. Or, dans le château de Saint-Jean-d'Angle, d'Estissac venait d'envoyer une compagnie sons le commandement du sieur de Vivonne. Du Daugnion, persuadé qu'il s'emparerait facilement du château, y mit le siège. La garnison se défendit vaillamment, si vaillamment que du Daugnion apprenant l'arrivée de d'Estissac rentra précipitamment à Brouage.

Le 3 août 1655, il était encore entre les mains des royalistes ; à cette date, en effet, nous lisons sur les registres de la paroisse de Saint-Fort qu'est enterré : « Jean Filpandreau, àgé de 55 ans, mort des blessures que lui a donné Lapierre, soldat de la garnison de Saint-Jean d'Angle, de la compagnie colonnelle du régiment d'Estissac, commandée par le sieur dit de Vivonne, poitevin borgne, et son lieutenant le sieur Fromaget. » D'ailleurs, les soldats de du Daugnion ne se gênaient pas plus que ceux d'Estissac, puisque, le 1er août, ils avaient tué « d'un coup de fusil, Jean Michel, jardinier du château de Saint-Fort, tué au lieu-dit de la Grande Métairie, appartenant à monsieur de Comminges ».

A partir de cette époque, il n'est plus question dans l'histoire du château de Saint-Jean-d'Angle, les guerres sont terminées, notre contrée est devenue paisible. Ce n'est guère qu'en 1763 qu'il est fait, sur les registres de la paroisse, mention du château pour une circonstance des moins belliqueuses. Voici, d'ailleurs, ce qu'écrit le curé Bonhommeau :

« Le 19 mai 1763, j'ai fait la bénédiction du bétail à raison d'une maladie épidémique qui courait tant sur les bêtes à cornes qu'aux chevaux, on avait assemblé le tout dans le queureux devant la grande porte du château », et pour montrer aux siècles futurs qu'on ne se contentait pas de bénir le bétail et que le proverbe « Aide toi et le ciel t'aidera » était mis en pratique, le curé ajoute aussitôt « Remède du bétail malade : cette maladie n'eut point d'événement fâcheux avec la précaution qu'on prit de regarder la langue des bestiaux et de leur étuver avec vinaigre, sel, poivre, poireaux et ail, on leur évitait la contagion ; sans cette précaution l'animal, tombait mort sans qu'on s'aperçut qu'il fut malade. »

Je me suis laissé raconter que c'était le remède employé encore le plus fréquemment contre la fièvre aphteuse, et peut-être le meilleur.

Le château, qui avait été vendu par la famille de Saint-Gelais de Lusignan à une date difficile à préciser, appartenait au moment de la Révolution à Jean-Jacques, chevalier d'Isle, convoqué aux états généraux de 1789 pour sa terre de Saint-Jean-d'Angle. Un autre habitant de Saint-Jean-d'Angle était appelé aux mêmes états : Gabriel, baron de Lestrange, demeurant alors au Tranquart et qui était convoqué pour sa terre du Tranquart. (Une propriété dans le bourg de Saint Jean d’Angle non loin de l’église, ancienne seigneurie appartenant, au commencement du XVIIIe siècle, aux de Calvimont)

Société de géographie (Rochefort, Charente-Maritime)

Historique du Château Féodal de Saint-Jean-D’Angle (Lusignan - Mélusine) (2)

 

de la motte castrale au château fort, Saint Jean d Angle la forteresse de la mer <==....  ....==> le château-fort de Saint-Jean-d'Angle construit par Guillaume de Lusignan et Mélusine pour la protection de l’or blanc