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PHystorique- Les Portes du Temps
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19 juin 2019

Archéologie : la légende de la Fontaine miraculeuse de Ste Eustelle de Saintes

Archéologie la légende de la Fontaine miraculeuse de Ste Eustelle de Saintes (2)

Au cours des recherches archéologiques, un intérêt tout particulier a été porté à la fontaine de Sainte-Eustelle afin d’en comprendre la raison d’être au sein des arènes et d’établir son intérêt patrimonial. Il y avait autrefois une légende de saint Eutrope, mais elle a été perdue avec beaucoup d'autres dans les guerres de religion. Marinette Pètesecque (les temps d'Aénor ) de retour d’Egypte, l’aventurière archéologue a menée l’enquête.

Le culte des eaux est l'un des plus vieux cultes du monde. Chez les Grecs et les Romains, comme chez les Gaulois et les Germains, on vénérait les sources et les eaux dormantes qu'habitaient des génies tutélaires ou des nymphes. En France, à la veille de la Révolution, quantité de fontaines étaient encore l'objet de pèlerinages. La source sacrée des temps païens était devenue pour les chrétiens une source sainte. A la divinité païenne avait succédé un saint. A quelle époque et de quelle manière se fit ce grand changement ? On ne s'en est pas beaucoup inquiété jusqu'ici, l'opinion commune étant que les saints avaient succédé aux dieux du paganisme comme la croix aux statues de Jupiter ou de Mercure. Le monothéisme des chrétiens aurait composé dès le IVe siècle avec le panthéon des païens pour attirer plus facilement à lui le peuple des campagnes.

On voit dans l'aire de l'Amphithéâtre de Saintes, une fontaine qui porte le nom de Sainte-Eustelle. La tradition du pays et l'auteur de la vie de saint Eutrope assurent que c'est auprès de cette fontaine qu'Eustelle, fille du légat du propréteur de la Saintonge, se retira pour y pratiquer tranquillement les devoirs du christianisme, lorsqu'elle eut été chassée du palais de son père.

En 1096, le pape Urbain II vient consacrer la nouvelle basilique de pèlerinage de Saint Eutrope. Quelques mois plus tard, les reliques du Saint sont retrouvées, contribuant à attirer les pèlerins en ce lieu.

Le nom de Sainte Eustelle n’est pourtant jamais mentionné à ce moments-là, suggérant que son culte dut se mettre en place un peu après. Il faut en effet attendre le XIIe siècle (codex calixtinus, dit Liber sancti Jacobi ou Livre de Saint Jacques de Compostelle, livre V, chap 8) pour voir apparaître la première mention de la vie d’Eustelle aux côtés de celle d’Eutrope.

Le même auteur prétend que saint Eutrope, premier évêque de Saintes, qu'il dit être Xerxès, roi de Babylone, avait élevé une petite cabane auprès de ce lieu ; qu'il y voyait souvent Eustelle et qu'il avait avec elle de fréquents entretiens qui tendaient à l'affermir dans la foi de J.-C.

Mais quelle apparence y a-t-il qu'un gouverneur, ennemi des chrétiens, assez barbare pour chasser sa fille de son palais, eût permis que l'évêque établit sa retraite dans l'aire de l'Amphithéâtre, lieu qui devait être sacré pour les Romains, puisqu'il y avait ordinairement un autel, qu'il eut souffert, dans ce lieu, un chrétien près de sa fille ? Etait-il de sa prudence d'abandonner une jeune personne déjà prévenue à la séduction d'un étranger que l'on regardait comme un imposteur ?

Il est vrai que, quelque temps après, le gouverneur fit massacrer Eutrope. Il espérait ramener sa fille, mais cet acte de sévérité prouve bien qu'il n'avait pas assez d'indulgence pour permettre qu'il habitât l'intérieur de l'Amphithéâtre. On croit que le martyre de ce saint eût lieu sous Néron ; quelques agiologistes doutent que ce soit le pape saint Clément qui l'ait envoyé à Saintes. Il n'en est pas moins vrai que sa mission ait eu pour objet la conversion des Santons et qu'il ait souffert le martyre pour cette cause, quoiqu'on ne sache rien de certain sur sa naissance et sur l'époque de son arrivée dans les Gaules.

De tout le récit qui précède, extrait de l'ouvrage de M. Bourignon, il convient de noter :

1° Le voisinage de la fontaine d'Eustelle et de la maison d'Eutrope. La fontaine d'Eustelle, taillée dans la roche comme les fontaines du Vergeroux, est d'un temps bien antérieur à la construction de l'Amphithéâtre et à la formation de la légende chrétienne. Cette fontaine est dominée à très courte distance par un haut lieu qui porte aujourd'hui la basilique de Saint-Eutrope.

Ce voisinage semble indiquer que la légende est païenne d'origine, antérieure à la conquête romaine ; ce que pouvait, à priori, faire soupçonner la forme greco-asiatique des noms d'Eutrope et d'Eustelle ;

2° La persistance des traditions locale et écrite attribuant à Eutrope une origine asiatique.

La forme Xercès, roi de Babylone, a été évidemment produite au cours du moyen-âge ; mais la légende peut s'être formée, soit à l'époque des guerres médiques, lorsque Xercès, comme les Grecs, cherchait et trouvait des alliés dans tout le monde indo-européen, soit à l'époque d'Alexandre, quand les Gaulois lui envoyaient des ambassadeurs jusqu'au milieu de l'Asie, pour le féliciter de ses victoires sur Darius.

Dans le bois de la Creuzille il fut trouvé une tête en marbre blanc des Pyrénées, que MM. Pajou et Bourignon attribuèrent à une déité, Vénus, dont le culte était admis chez les Gaulois.

La tête de cette déesse se trouve reproduite sur une médaille de Lillebonne et sur une de Châlons-sur-Saône, Cabillonum, ou Vénus était particulièrement honorée.

Archéologie la légende de la Fontaine miraculeuse de Ste Eustelle de Saintes (3)

 

LA FONTAINE DE SAINTE-EUSTELLE A SAINTES EN 1844

« En dehors de l'arène, dans un bassin où l'on descend par trois marches, on voit une source d'eau limpide et pure qui en effleure les bords. Assise sur une pierre, une femme âgée, munie de quelques verres et d'un vase pour puiser dans la fontaine, passe ses matinées, et dans certaines saisons, des journées entières à attendre les visiteurs de ce lieu consacré par les miracles de Sainte Eustelle. Au mois de mai, lorsque la nature gaie et souriante invite à l'amour, la jeune fille dont le coeur palpite de vagues désirs, celle qui soupire et se désole des obstacles qui s'opposent à son hymen avec un amant chéri, viennent là d'un pas furtif et timide ; elles adressent une fervente prière à la sainte, puis leurs jolis doigts laissent échapper deux épingles qu'elles pressaient entre le pouce et l'index. Si en arrivant au fond de la fontaine, elles se trouvent placées en croix l'une sur l'autre, ô joie ! ô bonheur ! l'année ne se passera pas sans que leurs voeux les plus chers ne soient exaucés.

Archéologie la légende de la Fontaine miraculeuse de Ste Eustelle de Saintes (1)

— A la Saint-Eutrope parler saintongeais non localisé (souvenirs de jeunesse- Mme Germaine ELIE)

L'aute tantout, jhe m'dizit. o faut peurtant beun que jh'meune thiellées ouéyes d'hoère; dépeux in coube de jhors, qu'al avant pas sorti de zeu par.

O feit point chaud, mé jhe prenris ma cape et jh'irai m'assire en mon p'tit pré, darrière la palisse, jhe serai à l'abri dau vent de Nord et avec mon chauffe-pied o sera supportabe.

Jhuste coume jhe tornis le radillon jh'apeurçus Phrasie avec sa bique.

— Et vour vas-tu ma paure tu vas t'gheler ! vins don avec moé en mon p'tit pré, jhe serons à l'abri.

— Ol é point de refus, car o feit ben fret. Jhe nous sont capies et sarrées en in coin et jh'avons coummencé à bavassé.

— T'en souvins-tu Norine, quand ta paure mère nous mené-t-à Saintes peur voère la foère de la Saint Utrope ? Ah ! sans vous aute, jh'auris jhamais sorti de mon creu.

-Eh ! Eh ! voué que jhe m'en souvins ! P'pa attelé le ch'vau au char-à,-banc et M'man ben contente d'aller feire r'luquer nous robes nêu nous amené-t-à la fête.

En arrivant-à Saintes, jhe dételions le ch'vau à l'écurie de l'hôtel de la Cloche et jh'allions aussitout aux Arènes peur jheté des épingues en la fontaine Saint Ustelle. Si paré que quand a cheyant en croéx les feyes se mariant en l'an-née.

Ol a beun arrivé peur moé, mé toé ma paure Phrasie ol a fallu que su sogue in coube d'an-nées avant que Lopold vinsse te qu'ri ; i te trouvé beun jholie feye, mé ses vieux trouviant que t'avis pas assez de benasse.

 En sortant des Arènes, jh'attrapions la rue Saint Utrope, en passant devant l'église basse jhe fazions brûler in cierge au tombeau de Monseigneur Utrope, pis jhe devalions la rue Saint François, et jh'arrivions sus la piace Blair.

 

Une autre fois c'est une jeune femme à qui le dieu d'hymenée a refusé le don précieux d'être mère; trois printemps ont suivi le jour où elle a reçu l'anneau nuptial, et vainement elle demande à presser sur son sein, à nourrir de son sang un tendre fruit de son chaste et pudique amour. Elle invoque la sainte, et pendant neuf matins elle vient boire de l'eau de la source. L'espoir est rentré dans son âme : Eustelle a eu pitié de sa douleur ; avant un an elle sera mère. Mais quelle est cette matrone puissante qui s'abreuve aussi de cette eau miraculeuse? Elle ne peut être guidée par les mêmes motifs que celles qui l'ont précédée. Mère d'une trop nombreuse lignée, elle demande à la sainte de mettre un terme à sa fécondité.

Sa prière est entendue, son époux n'aura plus à redouter de voir augmenter encore une famille dont les besoins excèdent le prix de ses labeurs ».

 

(Monuments religieux militaires et civils du Poitou. Vienne et Charente-Inférieure. Dessins et texte par Camille Bonnard, in-4, Niort, Robin, 1844, p. 48).

Sources sacrées et sources saintes Hubert, Jean

LÉO DESAIVRE.

Société d'ethnologie et de folklore du Centre-Ouest.

Société de géographie (Rochefort, Charente-Maritime)

 

Saint Eutrope (ou saint Eutropius) - Sainte Estelle de Saintes - Mediolanum Santonum<==

De la conversion de Saincte Eustelle, fille du Seigneur du pays. <==

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