L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle Mousquetaires de Richelieu Puy du Fou

(L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle Mousquetaires de Richelieu Puy du Fou)

Le dressage est, en équitation, un art se définissant comme la mise en scène du couple cheval-cavalier. Il est issu de l'école d'équitation classique, mais a évolué au cours des siècles, influencé par l'équitation militaire puis sportive. Sa forme est différente de son ancêtre. Au plus haut niveau, le dressage est un sport international olympique. Historiquement, des principes tels que la légèreté, la décontraction, l'impulsion et l'amour du cheval sont considérés comme indispensables à l'atteinte de « la belle équitation », afin de l'élever au niveau de l'art. Le dressage incarne alors la représentation stylisée des mouvements gracieux du cheval. La forme la plus pure du dressage exige du cheval et du cavalier des années pour être maîtrisée.

Il est bien entendu — et je tiens à insister sur ce point au début de ce traité de dressage du cheval de selle — que nous nous trouvons en présence d'un sujet « neuf », d'un cheval qui n'a jamais été monté ; prenons, par exemple, un poulain de trois ans à trois ans et demi.

Nous commencerons par lui mettre un bridon à branches, à embouchure assez forte, tout en prenant de très grandes précautions pour assujettir ce bridon, surtout si le cheval n'a jamais eu de licol.

Les oreilles et le dessus de la tête étant, avec la bouche, les parties les plus susceptibles du cheval, il importe, dès les premières fois, de procéder avec douceur pour le brider.

Le bridon étant bien ajusté, ni trop long, ni trop court, c'est-à- dire adhérent comme il convient pour ne pas froisser la commissure des lèvres, on tiendra l'animal, rènes en mains, après avoir préalablement bien fixé la sous-gorge et fait passer les dites rènes par-dessus la tête.

Cette opération sera répétée plusieurs fois et jusqu'à ce que le cheval témoigne par sa tranquillité qu'il supporte bien le contact du bridon.

Nous avons surmonté la première difficulté, nous nous sommes rendu maîtres de la tête du cheval, et c'est là le point qui doit nous préoccuper avant toute chose dans la question du dressage, quel que soit l'animal auquel nous avons à faire.

Ces préliminaires acquis, nous pouvons nous permettre d'aborder la seconde phase de l'éducation du cheval : l'habituer d'abord au contact de la selle et enfin à la supporter complètement.

C'est donc avec les mêmes précautions qu'on lui placera la selle sur le dos, non sans avoir préalablement protégé le rein du cheval par l'interposition d'une couverture de laine pliée en deux ou d'un tapis de feutre très doux. Rein et garrot éviteront ainsi d'être froissés par le contact d'une selle trop dure.

Ainsi équipé, le cheval sera promené en main jusqu'à ce qu'il ait l'habitude de la selle, du ballottement des étriers et de la pression des sangles qui, au début, ne devront jamais être très serrées.

Lorsque le cheval sera familiarisé avec la selle, le moment sera venu de le monter ou de le faire monter par un cavalier de poids très léger.

Un jeune homme de quatorze à quinze ans déjà vigoureux et ayant l'habitude des chevaux, me semble désigné pour cette première tentative. L'homme qui tiendra le cheval en main, en place, le fera à l'aide d'une longe fixée à un des anneaux du filet. C'est alors, profitant d'un instant où le cheval est tranquille, que le cavalier chaussera l'étrier pour se mettre en selle le plus doucement possible. Et je place ici cette recommandation de toute première importance : l'auxiliaire qui tiendra le cheval en main devra le porter de deux ou trois pas en avant pour éviter que le rein de la bête ne soit par trop désagréablement surpris par un poids qu'elle n'est pas habituée à supporter. Il est notoire, en effet, et de toute évidence, que le cheval en marche a dans le rein et dans le dos, en général, une force double et même triple de celle dont il dispose lorsqu'il demeure en place.

Quant au cavalier, il prendra dans chaque main une rêne du bridon qu'il laissera complètement lâche.

Son rôle, en effet, est encore essentiellement passif, il est là pour se laisser porter simplement en poids mort et ne doit intervenir en aucune façon.

Lorsque le cheval tolérera bridon, selle et cavalier, on devra le faire marcher au pas, à la longe, jusqu'à ce qu'il ne témoigne plus d'aucune gêne dans sa marche.

Le cheval ainsi préparé à supporter le cavalier, il s'agit maintenant pour celui-ci de le diriger par ses propres moyens.

Le cheval sera donc « mis en cercle », tenu par une longe de 5 à 6 mètres. A l'aide d'une chambrière, dont il usera avec discrétion, l'auxiliaire qui tient la longe portera le cheval en avant, tandis que le cavalier s'appliquera de son côté et en même temps à provoquer cette marche en avant en a étonnant le cheval des talons et en le dirigeant par les effets directs du filet.

Les deux dresseurs se mettent ainsi d'accord pour arrêter et faire repartir le cheval, le faire rester en place en le caressant, en somme pour le maintenir dans une grande obéissance tout en le mettant en confiance.

Lorsque toute résistance aura disparu, le cavalier prendra une cravache — ou de préférence un petit stick (la cravache étant trop cinglante) — et accentuera l'action des jambes par quelques petits tapotements. A ce propos, je recommande de toujours faire sentir le stick derrière la selle, c'est-à-dire sur les cuisses et sur les flancs, jamais sur l'avant main ; j'expliquerai pourquoi quand je traiterai de l'équitation supérieure.

Le cheval se portant bien en avant sous l'effet du stick et des jambes, le moment est venu de faire disparaître la longe et l'auxiliaire qui la tient. Le cavalier doit désormais continuer le dressage par ses propres et seuls moyens.

C'est alors que commence véritablement le dressage du cheval monté.

Permettez-moi de vous faire remarquer que je ne vous ai pas encore parlé du mors. C'est volontairement que je l'ai jusqu'à présent passé sous silence, mais il est temps d'en dire un mot. Le mors, instrument brutal, est d'un usage très difficile. Je n'admets pas qu'on le mette dans la bouche d'un jeune cheval avant que cette bouche ait été longuement préparée au contact du fer et aux mouvements de la main de l'homme par un usage prolongé du bridon. Avant de se servir d'un mors, aussi doux qu'il soit, il convient de débourrer complètement l'animal au filet.

Le cavalier, bridon en main, sera déjà bien à l'aise sur son cheval, sur son poulain même si vous voulez, car le poulain le plus fou ne résistera certainement pas au travail que je viens d'indiquer.

Le cavalier devra taire répéter au cheval, sans longe, tous les mouvements qu'on lui a fait exécuter avec le secours de la longe. Mouvements simples, bien entendu : marche en avant, cercle à droite et à gauche, changements de mains pour changer de direction, arrêter, rester sur place, repartir.

Notez qu'à cette leçon je me garde bien d'agir sur les hanches et de ranger la croupe du cheval avec les jambes et avec la cravache, n'ayant, quant à présent, qu'une seule préoccupation : porter mon cheval en avant, à droite et à gauche, le faire tenir en place quand je veux le monter ou quand je suis sur son dos.

Je n'ai point encore envisagé la question du « reculer », mouvement que je considère comme un des plus difficiles à obtenir lorsqu'il est maladroitement demandé.

Tenez pour certain que si on combat heureusement toutes les défenses par le mouvement en avant, on peut toutes les provoquer par le mouvement en arrière.

Cette phase du dressage, le « reculer », nous ne l'envisagerons que quand le cheval sera dans l'obéissance complète. Jusque-là, n'ayez qu'une seule préoccupation : l'impulsion en avant par l'intervention directe des jambes et de la cravache.

Après une patiente et laborieuse instruction, dont la durée varie avec le caractère du sujet, je me décide enfin à adjoindre le mors au filet. C'est parfait, mais quel mors faudra-t-il lui mettre ? Très dur ou très doux ? Les écuyers des XVIe et XVIIe siècles non seulement n'employaient pas de filet, mais se servaient de mors à branches très longues, par conséquent excessivement durs. Ne songeons pas à les imiter ; nous en serions, je crois, incapables, des professeurs de l'habileté de Baucher ayant renoncé à l'emploi de ces mors très puissants pour se servir de mors à branches courtes — dispositif qui, d'ailleurs, porte aujourd'hui le nom de ce maître. Enfin, et pour arriver à obtenir le maximum de la douceur dans l'action du mors, on adopte à l'heure actuelle le « mors à pompe » qui, tout en étant moins juste dans ses effets, par son jeu constant du canon, agit avec une extrême délicatesse sur les barres du cheval.

Voici donc le cheval bridé ; il va falloir maintenant le soumettre aux influences combinées du mors et du filet. C'est à cette double influence qu'il va désormais obéir, tout en réservant naturellement le rôle des jambes qui demeure tel que nous l'avons défini.

Il est beaucoup plus délicat de faire intervenir le mors que le filet, puisque, au lieu de diriger par la commissure des lèvres, nous devons maintenant agir directement sur les « barres », partie la plus sensible de la bouche... et aussi la plus puissante, puisque le cheval, en prenant par les barres un point d'appui sur le mors, peut emballer le cavalier le plus robuste. Cette terrible mâchoire, ce point de force, contre lesquels il n'y aurait pas de résistance, rendraient le cheval indomptable si l'on ne procédait préalablement au travail de la décontraction.

C'est cette décontraction, obtenue à son degré le plus parfait, qui permet au cavalier d'être d'abord maître de sa monture et, dans le travail de haute école, de mettre en valeur toute la finesse, toute la légèreté, toute la science de sa main.

La décontraction est donc un assouplissement.

Je ne fixe pas — car ce me semble impossible — le nombre de leçons nécessaires pour obtenir cet assouplissement de la mâchoire. Ce nombre est éminemment variable avec l'aptitude et le caractère du cheval.

Ces leçons successives ont donc placé le cheval dans l'obéissance complète du cavalier.

Par un travail rationnel et régulier, en recommençant jusqu'à docilité absolue la gamme des exercices de décontraction, il appartient au tact, à l'habileté, à l'intelligence du cavalier, de parfaire ce dressage du cheval de selle jusqu'à ce qu'il réponde comme il convient à ses exigences. C'est là, à mon avis, que doit s'arrêter le dressage d'un cheval de promenade, du cheval de selle proprement dit, qui doit, tout en marchant lentement, être toujours prêt à recevoir une forte impulsion en avant et à partir aux grandes allures.

DES DÉFENSES

Si le cheval se laissait faire sans résister, le rôle du dresseur serait assez simple. Ce n'est pas toujours le cas, car il faut compter avec les « défenses » de cet animal, souvent volontaire et coléreux.

On appelle « défense » l'effort que fait le cheval pour se soustraire à la volonté de l'homme.

Il est intéressant, indispensable même d'en parler, car étant donnée la puissance de l'animal, cet effort est toujours considérable et difficile à vaincre.

La défense, si elle est presque toujours une manifestation du cheval contre la volonté de son cavalier, trouve quelquefois son origine en dehors même du caractère combatif de l'animal.

Un cheval peut parfaitement refuser de passer sur une route, dans une rue, par entêtement, ou parce qu'il prend ombrage de quelque chose qui l'effraye. Il peut encore, par gaîté spontanée, ou pour tout autre cause, exécuter des sauts et des bonds qui sont des défenses susceptibles de mettre le cavalier en mauvaise posture. On détruira l'effet de ces caprices en portant résolument le cheval en avant par tous les moyens dont on peut disposer, car, bonds et sauts en avant ne sont rien, seuls les sauts et les défenses sur place sont à redouter pour le cavalier.

Etudions de plus près les « défenses » qui naissent de l'humeur combative du cheval.

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(L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle Puy du Fou)

 

LA POINTE

C'est la cabrade — la « pointe » — qui tient la première place, parce que malgré tout ce qu'ont pu raconter certains écuyers, même très solides, la pointe les embarrasse toujours, quand elle ne les démoralise pas complètement.

Les plus braves ont toujours la crainte que le cheval en se renversant sur eux, leur brise la colonne vertébrale. Cette chute en arrière est le plus souvent occasionnée par le mauvais terrain que le cheval choisit toujours d'instinct pour se défendre.

Combien j'en ai vus — et Dieu sait si j'en ai connu de courageux et de solides — faire des concessions et chercher à calmer, à amadouer le cheval qui pointait, dans la crainte qu'il ne se renversât sur eux, ce qui, du reste, arrive trop fréquemment.

La vraie manière de combattre cette défense, c'est d'attaquer sur la pointe, non pas avant qu'elle se produise, ni après, ce qui n'a pas grand mérite, et ne serait pas efficace, mais au moment précis où le cheval s'enlève, afin que, surpris juste au moment où il s'assied sur ses jarrets pour se dresser, il reçoive l'attaque des éperons et de la cravache assez spontanément pour être forcé de se porter en avant en transformant sa pointe en lançade.

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(L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle Puy du Fou Cinéscénie)

Nombre d'écuyers se vantent ou se figurent souvent de bonne foi accomplir cette prouesse d'avoir attaqué sur la pointe.

A mon avis, beaucoup d'entre eux sont le jouet d'une illusion et ont fait sans s'en rendre compte une concession involontaire.

M'étant attaché particulièrement au dressage des chevaux pointeurs, j'ai, pour ma part, possédé un pointeur incorrigible que je ne pouvais déshabituer de ce dangereux défaut. J'ai fait venir au manège pas mal de cavaliers des plus casse-cou pour essayer de lui faire perdre cette habitude. Pas un seul n'a osé attaquer sur la pointe ; bien au contraire, pris de peur, ils durent se cramponner à l'encolure, jusqu'au moment où découragés, ils abandonnèrent la partie.

Il existe une manière d'éviter la cabrade, c'est de ne pas pousser le cheval à bout. Beaucoup de cavaliers qui n'aiment pas les discussions trop violentes, les débats trop sévères recourent à ce moyen, qui demande, je le reconnais, du tact et de l'adresse.

Je sais bien qu'il y a des dresseurs qui n'hésitent pas à entrer dans la voie des concessions. Personnellement je préfère, quitte à la provoquer, avoir à vaincre la défense pendant la période du débourrage du cheval, sans l'éviter par une série de concessions plus ou moins adroites, au début du dressage, que d'avoir à le faire lorsque le cheval, plus éduqué est devenu plus habile et a le sentiment que vous n'êtes pas complètement son maître, car plus le dressage du cheval devient compliqué, plus l'animal cherche dans sa tête les moyens de se soustraire à votre domination. Avec sa grande mémoire, il n'aura pas oublié les concessions que vous lui avez faites pour la cabrade et il s'en servira pour détruire tout le dressage que vous avez « échafaudé » sur lui avec beaucoup de peine et souvent au prix de beaucoup de temps. Soyez certain que, malgré son peu d'intelligence, il sera assez fin pour se rappeler que précédemment vous avez eu peur de lui lorsqu'il a marqué des velléités de pointes. Il n'en laissera rien paraître pour le moment, mais vos exigences devenant plus grandes, il se souviendra de votre faiblesse, prêt à en profiter pour un suprême effort.

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(Cie Capalle château Plessis Bourré L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle)

Et puis, il m'est plus pénible aussi de le corriger vertement lorsque le cheval est dressé et devenu mon ami, que quand je suis en train de l'ébaucher.

En ce qui me concerne, je reste plus que jamais ancré dans mes convictions : ennemi des concessions, comme je l'ai déjà dit et comme je le dirai sans cesse, je ne puis pas plus admettre celles qu'on fait pour la pointe que pour les autres défenses. Bien mieux, j'estime que plus la défense est redoutable, plus la correction destinée à l'empêcher de se renouveler doit être sévère et immédiate. Je ne parlerai que pour mémoire du moyen empirique qui consiste à casser une bouteille entre les deux oreilles du pointeur, vieux remède préconisé par quelques écuyers. Je reste aussi plus que sceptique sur les effets produits par l'explosion d'un pétard sous la queue du cheval. C'est à votre stick et à vos éperons que je vous conseille simplement d'avoir recours.

Je conseillerai même le secours d'auxiliaires, par exception, devant une défense aussi redoutable que la « cabrade ». Croyez- m'en donc : lorsque par vos propres moyens vous aurez le dessous sur votre cheval, lorsqu'il aura appris à se dresser, bien armé d'une cravache, faites-vous suivre de deux hommes, munis eux-mêmes de chambrières. Puis, avec un mouvement d'ensemble parfait, commandez à ces deux hommes de frapper en arrière, jusqu'à ce que le cheval se soit porté en avant, et recommencez ce manège, qui ne prendra fin que quand l'animal aura bien compris qu'il n'y a pas de résistance possible.

Alors vous pourrez lui donner la carotte et le sucre comme récompense.

Quant à combattre la pointe par la martingale et le mors à cabrer, c'est, à mon sens, aller au-devant d'une désillusion.

 

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(Puy du Fou Cinéscénie L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle)

LA RUADE

Comme défense de seconde ligne, je placerai la ruade. Elle est peu déplaçant pour le cavalier solide que doit être le dresseur, et j'estime qu'on en corrigera toujours le cheval en le portant en avant par les moyens ordinaires : jambes et cravache. Ceci en général. Cependant, la ruade chez la jument est excessivement tenace. Il faudra, avec elle, agir plus énergiquement encore. Cette défense, peut aussi être involontaire, et attribuable à une question de tempérament; dans ce cas, elle n'est guère facile à corriger.

C'est pour la même raison que la jument restera immobile sur l'attaque de l'éperon et même sur celle de la cravache.

Quel moyen employer contre un animal qui, sous l'action de certaines circonstances, n'est pas dans son état normal? Pour ma part, je n'en vois aucun.

 

LE RECULER

Encore une défense qui n'appelle qu'un correctif et pas d'autre : porter le cheval en avant par tous les moyens possibles.

Pas plus que pour les autres défenses, il ne faut faire de concessions. Donc il convient d'insister par ses propres moyens et de se faire aider si on se sent impuissant soi- même à obtenir un résultat, sans jamais bien entendu descendre de son cheval pour le corriger de par terre, ce qui est une des plus grandes fautes qu'on puisse commettre dans le dressage.

 

LE COUP DE PIED EN VACHE

Le coup de Pied en vache dans le talon de la botte du cavalier, la défense qui consiste à le serrer contre un mur pour lui écraser les jambes,

le fait de lui mordre les pieds, appellent une correction sévère, jusqu'à ce qu'on ait fait disparaître ces « mauvaises manières » de l'animal.

Voici pour les principales défenses sur place qui sont, en somme, les plus embarrassantes; j'ajouterai aussi que presque toujours elles sont provoquées par des dresseurs inexpérimentés qui brutalisent le cheval, abusent de l'éperon et l'emploient surtout mal à propos.

Je ne vous parlerai pas de celles qui se passent en avant, elles sont presque toujours produites par la gaieté et n'ont aucune importance pour un bon cavalier.

 

LE CHEVAL QUI S'EMPORTE

Cependant, je n'entends pas par « en avant » le cheval qui s'emporte, qui s'emballe, suivant l'expression vulgaire. Ce défaut, en effet, est excessivement dangereux, car le cheval emporté se jettera sur n'importe quoi et se tuera sans hésiter avec son cavalier.

Il y a plusieurs sortes d'emballement : celui qui se produit chez un cheval congestionné, pris du « vertigo » par exemple ou du vertige, sous une influence maladive quelconque. Pour celui-là il n'y a aucun remède : il faut réformer l'animal, qui est impropre à tout dressage.

Quant à celui qui affecte le caractère précis d'une défense, il doit être facilement maîtrisé par des' effets combinés de mors et de filet. Car je n'admets pas qu'un dresseur s'expose à se faire emmener par un cheval, faute de l'avoir mis complètement dans l'obéissance sur la main, par les temps d'arrêt, les « reculers » et les assouplissements de la mâchoire, enfin tous les moyens qui constituent la théorie classique du dressage.

L'emballement produit par la peur est assez difficile à maîtriser chez un animal puissant. C'est pour cette raison que plus un cheval est vigoureux et dur dans la bouche, plus il faut être méticuleux dans son travail de décontraction de la mâchoire et dans sa mise en main. Car pour arrêter un cheval emporté, il faut pouvoir l'empêcher de s'encapuchonner, ou de mettre le nez au vent, positions préférées du cheval emballé par méchanceté.

 

LE MORS AUX DENTS

Le cheval s'emporte aussi en prenant ce qu'on appelle le mors aux dents. C'est le cheval qui, prenant avec les lèvres une branche du mors, la saisit dans ses dents et de cette façon détruit l'effet du mors sur les barres. Il rend le cavalier impuissant à l'arrêter.

On obvie à cet inconvénient au moyen de la fausse gour- mette décrite d'autre part.

Avant de terminer les appréciations sur les défenses, je tiens à déclarer que tout ce que j'ai préconisé, comme moyens correctifs, n'est applicable qu'à des animaux bien portants et bien conditionnés. Tenez pour certain que si une défense, quelle qu'elle soit, est occasionnée par la souffrance ou la faiblesse, il n'y a rien à faire qu'à laisser l'animal, il est impropre à tout dressage.

 

L' « IMMOBILITÉ »

Nous en avons parlé comme tare, comme infirmité. Quand elle est le résultat de la mauvaise humeur d'un cheval « butté », par une exigence souvent exagérée du cavalier, elle est inquiétante.

Lorsque le cheval est, sous cette influence, immobilisé, braqué sur le sol, il faut bien vous figurer qu'il est prêt à tout. C'est au tact de l'écuyer de déterminer s'il doit quand même attaquer pour porter en avant, ou attendre quelques secondes la détente qui se produit presque toujours chez un cheval poussé à bout.

Il est certain que ce « braquage » absolu ne se produit chez l'animal qu'au paroxysme de la colère, alors qu'il est dans un état tel d'exaspération, qu'il n'a plus conscience de ce qu'il fait.

Si vous l'attaquez brusquement, vous risquez fort que, s'arc- boutant sur le sol, il ne profite de cet acculement pour fournir une formidable détente. Alors, ou il pointera avec une telle énergie qu'il risquera de se renverser sur vous, ou il se précipitera tête baissée sur n'importe quel obstacle, avec une violence telle que le choc pourra entraîner sa mort et celle de son cavalier.

Le plus heureux qu'il puisse arriver, pour échapper à cette situation critique, c'est que secouant rageusement la tête, il bondisse spontanément en une lançade brutale pour se porter en avant. Le cavalier ainsi emmené, s'il a de l'espace devant lui, peut se défendre. Il peut reprendre sa bête et la ramener à une allure raisonnable. Mais, croyez-moi, évitez toujours, dans le dressage, de pousser le cheval à cette extrémité, le « braquage », comme l'appellent les écuyers. Et, si malgré vous, cette défense survient, employez les moyens doux pour sortir de cette fâcheuse position. C'est peut-être la seule circonstance dans laquelle je vous conseillerai de faire une concession au cheval, car vous verrez par la suite que je suis intransigeant sous le rapport des faiblesses et que je n'en admets aucune.

Si je fais une exception pour l'immobilité volontaire dans le dressage, c'est qu'à mon avis, le cheval qui y a été poussé est dans une telle colère, qu'il n'a plus conscience de ce qu'il fait, il n'est en somme qu'un de ces coupables inconscients qui obtiennent tant d'indulgence aujourd'hui. Ces digressions m'ont peut-être écarté un peu de mon sujet. Elles étaient nécessaires, inévitables même, puisqu'il importait de faire une démarcation bien nette entre « l'immobilité maladive » et « l'immobilité volontaire » en définissant le caractère naturel de l'une, et en spécifiant le danger des conséquences de l'autre.

 

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L'ENCENSEMENT

L'encensement est un battement de la tête de bas en haut, saccadé et nerveux, que le cheval exécute en bourrant sur la main. Cette mauvaise habitude n'est pas, à proprement parler, une défense, mais c'est pour un cheval un défaut qui peut avoir des conséquences assez graves; l'encensement, en effet, dérange la mise en main, et s'il se produit avec violence, le cavalier est exposé à recevoir des coups de tête dans la poitrine et dans la figure.

Pour le combattre utilement et le corriger, il faut, sur la marche, ayant bien son cheval dans la main et dans les jambes, le pousser en avant, au moment précis où l'encensement va se produire. En répétant souvent cette manœuvre, on arrive avec du tact et de l'à-propos, à dégoûter le cheval qui, fatigué de la lutte, se décide à retomber dans la main.

 

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(L'Histoire de l'équitation et du cheval le dressage du Cheval de selle Château Tiffauges cie Capalle)

CHATIMENTS ET RÉCOMPENSES

J'ai, au cours de ce qui précède, fait allusion aux moyens énergiques ou doux auxquels il convient de soumettre le cheval dans son dressage.

Combien de fois ne m'a-t-on pas posé cette question : « Comment vous y prenez-vous pour dresser vos chevaux? Par la violence ou par la douceur ? »

C'est bien simple Voar une association judicieusement dosée des deux procédés. L'expérience, la pratique, apprennent au dresseur, et suivant le caractère de chaque cheval, à quel moment il doit employer la manière forte, et à quel autre il doit faire entrer en jeu la douceur.

Il faut corriger et caresser, mais avec beaucoup d'à-propos. Le commun des mortels tend généralement à voir, avant tout, dans le dressage, une question de patience. Qu'est la patience en l'espèce? Bien peu de chose, en somme, si on la met en regard de la science, du tact, de la finesse, qui font, elles, toute la virtuosité du dresseur.

Règle générale, en matière de dressage, il ne faut jamais maltraiter un cheval, il faut s'en faire aimer tout en s'en faisant craindre.

Avant de le dresser, il importe de le dompter, c'est-à-dire faire disparaître toutes ses résistances.

Un autre point de vue a quelque peu divisé l'opinion des dresseurs. Faut-il fatiguer un cheval très vigoureux, le rationner exagérément sur la nourriture, le priver de sommeil, pour faire tomber son ardeur naturelle et le rendre plus docile sous l'effet d'une dépression physique assez accentuée?

Je répudie, pour ma part, ces moyens inhumains, qui répugnent à ceux qui aiment les animaux, et qui risquent en outre de compromettre la santé d'un cheval.

J'estime que si on se trouve en présence d'un cheval trop frais, il convient simplement de le faire travailler à la longe au petit trot, pour abattre un peu son ardeur. Quant à amoindrir sa vigueur, je me garderai bien de le faire, car j'ai besoin qu'il la conserve pour prendre la leçon que j'ai à lui donner. Bien au contraire, plus je demande de travail, plus je le fais pousser en nourriture.

Quant aux corrections, il faut, s'il y a lieu d'en donner, qu'elles soient promptes, rapides, énergiques, infligées au moment voulu, et rien qu'à ce moment-là, sans colère, pour que le cheval comprenne bien que le châtiment est la conséquence immédiate de la faute qu'il vient de commettre.

C'est une erreur profonde de prolonger cette correction ; agir ainsi, c'est lui enlever tous les effets qu'elle peut avoir: elle conduit le cheval à ne plus comprendre pour quelle raison exacte on le frappe. C'est donc aller à l'encontre du résultat que l'on veut obtenir.

En aucune façon, quelque sévère que soit la correction à infliger, elle ne doit abîmer un cheval.

Elle doit intervenir sans brutalité inutile, surprendre l'animal, sans faire naître en lui une impatience qui risque fort de tourner à la colère, et de provoquer des défenses contre lesquelles il faudra entrer en lutte. Et c'est là la conséquence dangereuse des corrections infligées sans tact ni mesure.

Est-ce à dire qu'il est possible de dresser complètement un cheval sans le corriger? Non. Le tout est de le faire avec assez d'à-propos, de justesse d'appréciation, pour éviter les défenses. Car, à ceux qui se vantent d'avoir été assez habiles pour n'en avoir jamais provoqué, ou pour n'avoir jamais eu à corriger un cheval, je répondrai que leur mémoire leur fait singulièrement défaut, ou qu'ils se sont contentés de peu en fait de dressage.

J'ai préconisé la récompense, et je la considère comme indispensable pour faire comprendre au cheval qu'il a bien fait. De quelle nature sera cette récompense? La carotte généralement, grande friandise du cheval, qui a l'avantage de lui rafraîchir la bouche, la caresse avec la main et l'approbation du cavalier, exprimée par les intonations familières au cheval en cette circonstance.

Mais la récompense à laquelle le cheval sera le plus sensible, c'est le repos le plus complet, sans rien lui demander pendant un certain temps, pour calmer ses nerfs. Il est même salutaire, après une grande lutte d'où l'on est sorti vainqueur, de terminer la leçon et de rentrer le cheval à l'écurie. C'est le plus grand plaisir qu'on puisse lui procurer.

A quel âge doit-on commencer le dressage du cheval? Je suis partisan de ne commencer ce travail que sur un cheval qui a atteint ses trois ans et demi, et encore avec de grands ménagements jusqu'à la cinquième année.

Evidemment, on peut faire du dressage à pied, chez un cheval très jeune. Ce qu'il faut éviter, c'est de le charger trop prématurément, afin de ne pas provoquer l'usure des membres, et particulièrement l'affaissement du rein, l'ensellement. Sous réserve de ces précautions, il est permis, à la longe et en main, de demander beaucoup au cheval, comme entraînement et comme assouplissement, à partir de trois ans.

 

LE SAUT

On peut dresser un cheval à sauter de deux manières: monté ou en liberté. Comme beaucoup d’autres, je suis partisan d'apprendre à un cheval à sauter en liberté, à la longe ; pour cette raison bien simple que n'étant pas gêné par le poids de l'homme, le cheval sautera avec beaucoup plus de facilité. On mettra donc le cheval à la longe dans un cercle de 12 à 14 mètres de diamètre ; on fixera la longe soit au filet, soit au caveçon et restant au milieu du manège, on prendra une chambrière et on poussera le cheval sur l'obstacle qu'on aura placé sur la piste. Très habitué au manège rond et au dressage des chevaux en liberté, je me permettrai de vous faire une petite recommandation (qui vous gênera certainement si vous n'êtes pas gaucher) mais qui a bien son importance. C'est, pour commencer, de faire sauter le cheval à main droite. Pour y arriver, mettez le cheval à main droite, tenant votre longe dans la main droite et votre chambrière dans la main gauche, de façon que, galopant en cercle sur la main droite, il s'habitue à sauter d'abord sur le pied droit, ce qui est d'une grande commodité pour le cavalier du dehors et surtout pour l'amazone.

J'ai omis de dire, qu'avant de faire sauter le cheval à main droite sur la piste ronde, il faut qu'il soit bien habitué à galoper à cette main et très obéissant au mouvement de la chambrière.

Ne me servant plus de caveçon depuis nombre d'années pour dresser mes chevaux, je vous conseillerai de fixer la longe simplement sur le filet, les secousses que vous pouvez imprimer par la longe à la bouche du cheval n'ont pas grand inconvénient puisque le filet agit sur la commissure des lèvres.

J'ai reconnu que le caveçon était brutal lorsqu'il n'adhérait pas au chanfrein du cheval et anodin lorsqu'il était serré.

Il est d'usage de faire franchir des barres aux chevaux qui débutent dans leur apprentissage de sauteur. Pour ma part, je n'en suis pas partisan, attendu que, mises même très bas, elles peuvent produire de graves accidents, tels que chutes et fractures. Le cheval, très maladroit dans ses débuts, prend souvent des faux-temps et risque de s'accrocher et de s'enchevêtrer dans la barre qui est roulante, bien plus brutale qu'on ne le croit dans sa rigidité et, comme je viens de le dire, peut aisément déterminer une fracture du canon ou un effort de boulet.

J'estime préférable de commencer par un saut en largeur. Je conseille donc de prendre une petite claie en osier, bien pleine, de façon à ce que le cheval ne puisse pas passer ses jambes au travers s'il venait à marcher dessus. Puis je la place sur la piste en travers, très inclinée et posée sur deux petits tréteaux — dans l'axe du milieu — ces tréteaux devront être très légers, incapables de blesser le cheval.

Ensuite, au moyen de la chambrière et d'un aide s'il le faut — car, comme pour le reste du dressage, j'aime mieux prendre un ou plusieurs aides, que d'épuiser mon cheval en luttes et en batailles, — je lui fais donc franchir cette claie; dès que j'ai réussi, je le calme, fais retirer la claie et le fais continuer son trajet sur la piste au galop, au trot et ensuite au pas. Il faut tenir à ce qu'il reste sur la piste, car il aura toujours tendance à revenir au milieu pour éviter de sauter. Lorsque le cheval exécutera facilement, sans hésitation, le petit saut allongé que j'aurai obtenu au moyen de la claie inclinée, je ferai redresser la claie presque jusqu'à la perpendiculaire, qui sera de i mètre, en ayant soin toujours de la laisser inclinée du côté opposé où le cheval prend son saut. Puis lorsque le cheval sautera facilement, sans se déranger dans son galop à main droite, cet obstacle en hauteur, je ferai prendre la claie par deux hommes qui la porteront comme une table toujours perpendiculaire à la piste, à la hauteur d'environ 50 centimètres, et alors j'apprendrai de nouveau au cheval à franchir cette table, pour lui faire connaître l'obstacle en largeur. Ainsi préparé, le cheval sera familiarisé avec les deux mouvements du saut en hauteur et en largeur. Pour le perfectionner, suivant toujours une gradation très lente, j'arriverai à lui faire franchir une haie de 1m20 à 1m30, toujours légèrement inclinée.

Mais c'est là que s'arrêtera mon dressage dans le manège rond, c'est-à-dire que je ne lui demanderai pas d'effectuer des sauts plus élevés sur la ligne courbe, me réservant, maintenant qu'il saute franchement, de le faire sauter monté, sur la ligne droite, où il pourra prendre toute son impulsion pour aborder les grands obstacles.