La domination au Moyen-Age des comtes d’Anjou en Saintonge

Dans ces temps où comme dans les nôtres la force primait trop souvent la justice, il est un autre principe de la domination angevine sur la Saintonge, la conquête et la victoire. Suivons dans Besly lui-même pas à pas les entreprises des comtes d'Anjou.

Dès la fin du Xe siècle, la lutte commence.

Vers 987, « le duc Guillaume III et Geoffroy 1 dit Grisegonnelle, duc d'Anjou, se firent la guerre l'espace d'un an. L'angevin finalement fut contraint de se soumettre au duc, qui lui donna en fief et à hommage le Loudunois, Mirebeau et quelques terres de Poitou, lesquels depuis ce temps-là les comtes d'Anjou ont toujours repris et relevé des comtes de Poitou. » (Page 48 et preuves p. 272. Cf Labbé, t. III, p. 168).

Une fois sa serre mise sur un fief, le vautour angevin ne devait plus l'enlever que dompté par la force. En cette circonstance, la défaite de Grisegonnelle équivalait à une victoire et ses successeurs, pas plus que lui, n'étaient assez ingénus pour faire remonter leurs droits sur une conquête à une cession simulée, si voilée qu'elle fût par les fictions féodales. Celles-ci pouvaient pallier aux yeux du public le déshonneur d'une soumission, sinon d'une défaite mais nos terribles comtes d'Anjou prétendaient bien ne relever que de leur épée.

Foulques Nerra poussa plus loin que son père, ses prétentions. Vers 990, la lutte recommence Adelbert de Périgort, celui qui répondait au roi Robert II le Pieux (==>Liste chronologique des souverains qui ont régné dans les principaux états du Moyen Age) qui lui demandait qui l'avait fait comte « Ceux-là même qui t'ont fait roi », se fit son allié.

Il assiégea Poitiers, mais sans pouvoir s'en emparer; tous deux tournèrent alors leurs armes contre Tours et la prirent d'assaut.

Dans sa fureur, Foulques Nerra viola la célèbre basilique de Saint-Martin en y entrant à cheval. II détruisit par là tout le résultat de son triomphe. Ce sacrilège souleva pour toujours contre lui l'indignation du peuple, qui, malgré son amende honorable, parvint bientôt à le chasser de la ville. »

Impuissant devant Poitiers, Foulques n'en restait pas moins paisible possesseur de la Saintonge.

Le fait que nous allons narrer, nous prouve jusqu'à l'évidence que les terres cédées à son père Grisegonnelle, dans le Poitou, n'étaient autres que la Saintonge elle-même.

Il résidait parfois dans la ville de Saintes, dans la forteresse appelée le capitole. Il s'y rendit coupable d'une trahison contre toutes les lois de l'honneur et de l'amitié; tous les historiens, Adhémar de Chabannes et Pitou, dans son histoire d'Aquitaine, Guillaume de Malmesbury (Dom Bouquet, p. 180) et Guillaume de Poitiers (Collection des mémoires de Guizot, t. xxv, p. 300), sont d'accord sur ce point; aussi, d'après M. de Salies, l'historien moderne de Foulques Nerra, rien ne permet de le révoquer en doute, il pèsera éternellement sur sa mémoire, et ternit pour toujours sa réputation de grand capitaine. Laissons ici la parole à Besly, p. 83 :

« Foulques, seigneur ambitieux, convoitoit le comté du Maine; mais il n'osoit pas l'entreprendre à main armée contre Herbert, surnommé Éveille-Chien, fils de Hugues. Il s'advisa d'y coudre de la peau de renard, et proposa de sous-infeuder Saintes à Herbert, et à cet effect lui assigna jour en la ville de Saintes, où le manceau et s'a femme allèrent à la bonne foy; mais Herbert n'eut pas plustost mis le pied dans le capitole (le chasteau de Saintes s'appelloit ainsi, comme aussi plusieurs autres villes que Saintes avoient des capitoles) 5, l'angevin se saisit de lui en trahison; le premier dimanche de caresme de l'an 1032. Hildegarde, femme de Foulques, non moins lasche et déloyale que luy, pensoit surprendre la comtesse de Maine avant qu'elle sceut des nouvelles de la prison de son mary; mais l'embusche esventée, elle se sauva. Foulques refroidi par cette évasion, de crainte des seigneurs du pays et de la comtesse, n'osa pas exécuter sa résolution de faire mourir Herbert. Toutefois il le retint l'espace de deux ans dans une rigoureuse prison. »

Le bon historien conclut que Foulques jouissait de Saintes, «  mais toutefois n'étoit comte de Saintonge », l'ayant reçu, dit-il plus haut, de Guillaume à foy et hommage. Ce motif, certes, n'était pas le seul il y en avait un autre majeur, la Saintonge ne fut jamais comté.

Foulques Nerra en était le maitre et le possesseur, cela lui suffisait.

 

Le Chronicon Vindocinense fait lui-même allusion à ce fait à la date de 1026. Alain, comte du Mans, ou plutôt de Bretagne, vint assiéger le Lude et fit rendre à Foulques les otages que Herbert lui avait donnés. « MXXVI…. Eodem anno brito Alanus, Cœnomanorum comes, Lusdum obsidens a Fulcone obsides omnes quos ei Herbertus dederat extorsit.”

Adhémar de Chabanne fait erreur en effet en plaçant cette trahison. en 1032 ;  l'Art de vérifier les dates l'avait déjà relevée avec précision (t. iv, p. 835 et 896), de même que dom Morice, Histoire de Bretagne (t. i, p. 67. Cf Besly, p. 231).

Une fois ces faits historiques bien établis, la conclusion est facile la Saintonge appartenait aux comtes d'Anjou, par droit de conquête.

 

Mais une défaite enlève rapidement les fruits d'une victoire, si bien que Geoffroy Martel dut la reconquérir à la pointe de l'épée sur Guillaume le Gros, comte de Poitiers, beau-fils de sa femme Agnès de Poitiers. Ne voulant le céder à son père, ni en puissance ni en gloire, aucune considération ne pouvait l'arrêter. ==> Ducs d' Aquitaine et Comtes de Poitou et plus

Le père avait possédé la Saintonge ; la célèbre victoire de Moncontour près de Saint-Jouin-de-Marnes, le 20 septembre 1033 (6), en assura la domination au fils pour tout. ==> ETUDE FÉODALE : Le château de Montcontour du XI au XVIII siècle (Foulques Nerra)

 

Il est pour notre pays une question d’ordre général que M. Richard a traitée à bâtons rompus : c’est celle des possessions ou de la domination des comtes d’Anjou en Saintonge.

Voici d’abord ce qu’il en dit :

« Du reste, Guillaume (Le Grand) ne négligea rien pour attirer à lui son redoutable voisin (Foulques Nerra). Il lui confirma la possession de Loudun et de Mirebeau, que Fiers-à-Bras avait précédemment donnés en bénéfice à Geoffroy Grisegonelle et ou le comte d’Anjou fit élever d’importantes forteresses, puis plus tard il lui abandonna au même titre Saintes et plusieurs châteaux en Saintonge (7) » M. Richard ajoute en note : « Chron. Adémar, p.164. le texte du chroniqueur est formel et s’accorde avec les renseignements fournis par les chartes. Foulques, pas plus que ses héritiers, ne fut pourvu du comté de Saintonge ; la ville de Saintes et quelques places fortes, Santonus cum quibusdam castellis, lui furent concédées par Guillaume le Grand, ainsi que l’a très bien reconnu M. Faye, dans son étude intitulée : De la domination des comtes d’Anjou sur la Saintonge, où il fait justice des erreurs accumulées par les anciens historiens de l’Anjou pour rehausser l’importance de leurs comtés. Aux témoignages que cet écrivain a fournis nous en ajouterons un nouveau qu’il n’a pas connu et qui apporte la preuve que les comtes de Poitou avaient non seulement conservé leurs droits de suzeraineté sur la Saintonge, mais aussi des domaines considérables dans  ce pays : c’est la concession faite, en 1040, à la Trinité de Vendôme par le comte Guillaume le Gros (pour Aigret), dont il sera parlé en son lieu (8). »

« Enfin, après trois année de captivité, le jour de la délivrance arriva ; à la fin de l’année 1036, Guillaume le Gros, moyennant une rançon énorme, peut-être bien d’un million, fut mis en liberté sans avoir eu toutefois à faire à son geôlier aucune cession de territoires (9). «  et en note : « Nous nous trouvons sur ce point en désaccord avec les vieux historiens angevins, qui prétendent que, pour obtenir sa liberté, Guillaume dut céder la Saintonge à son heureux rival. Ils avancent même que le motif de la guerre déclarée par Geoffroy au comte de Poitou fut la revendication de ce même pays de Saintonge, qui avait appartenu dans le passé à un ancêtre des comtes d’Anjou.

 Tous ce qu’ils disent n’est que fables, et particulièrement leur création d’un Aimeri, comte de Saintes, qui n’a jamais existé, et dont ils font l’aïeul de Geoffroy Martel. Ce dernier n’avait à adresser au comte de Poitou aucune réclamation sur Saintes, que possédait son père, Foulques Nerra, en vertu de la concession bénéficiaire qui lui en avait été faite par Guillaume le Grand, et dont il avait toute chance d’hériter à la mort de celui-ci. M.Faye a fait justice de ces imaginations dans son intéressante étude intitulée : De la domination des comtes d’Anjou sur la Saintonge, sur laquelle nous aurons à revenir par la suite (10). »

- « du reste, peu après la délivrance de ces actes (constitution de la dotation primitive de la Trinité de Vendôme, le 31 mai 1040), Agnès fit de nouvelles démarches auprès de son fils pour obtenir de lui qu’il confirmât l’ensemble de la donation des biens sur lesquels il avait droit de suzeraineté.

Ils consistaient dans l’église de Saint-Georges d’Oléron, les bois de Saint-Aignan et de Colombiers, la moitié de terrains mis en culture dans la forêt de Marennes et les églises construites dans cette forêt, la moitié des cens de sèches en Saintonge, et l’église de Puyravault avec ses dépendances tous domaines compris dans l’acte primitif. Guillaume y ajouta l’église Notre-dame de Surgères et le bois de Flé (Pour Flay). Tous ces biens étaient situés en Saintonge (11). »

 

“C’est  peu après (après 1047), que le comte d’Anjou fit don à l’abbaye de Notre-Dame, qu’il fondait  d’accord avec sa femme Agnès, de la monnaie, du monnayage et du change de tout l’évêché de Saintes (12). «  et en Note : « l’expression episcopalus Nantonensis » employé par Geoffroy Martel (Cart. De Notre-Dame de Saintes, pp3 et 70), ne saurait s’appliquer à Saint-Jean d’Angély, dont la monnaie appartenait à Cluny depuis dix ans au moins et qui ne cessa d’être la propriété de ce monastère. Le sens du mot  « episcopalus » doit être restreint aux possessions du comte d’Anjou dans l’évêché de Saintes (13). »

- « Lorsqu’il reprit, en 1062, possession du domaine comtal que son père avait jadis aliéné en faveur de Foulques Nerra, GUY-Geoffroy ne ratifia certainement pas toutes les aliénations que les comtes d’Anjou avaient pu faire depuis un demi-siècle environs ; ….et, en particulier, l’abbaye de Notre-Dame de Saintes dut renoncer à ce privilège exclusif d’émettre des monnaies en Saintonge, qui faisait partie de la magnifique dotation qui lui avait été constituée par Agnès et Geoffroy Martel en 1047 (14).

Et en note :  « Désormais, on voit en effet Guy-Geoffroy disposer de domaines en Saintonge et en gratifier ses fidèles ; ainsi, il donna en fief, « fiscaliter », à Pierre de Bridier, son sénéchal, des métayers dans l’Ile d’Oléron, dont celui-ci se dépouilla plus tard en faveur du monastère de Saint-Nicolas de Poitiers (Arch.hist. du Poitou, I, p.43, Cart de Saint-Nicolas). »

Ainsi, c’est seulement sous Guillaume le Grand que les comtes d’Anjou prennent pied en Saintonge, comme cela a été nettement établi par M. Faye et comme le rappelle avec juste raison M. Richard. Est-il possible de fixer la date approximative des concessions qui leur furent faites ? Personne ne l’a tenté.

Pour le Poitou, il est probable qu’il n’y eut pas d’interruption et que Foulques fut simplement confirmé dans les possessions de son père. En ce qui concerne la Saintonge, comme il ne parait pas que Geoffroy Grisegonelle y ait eu la moindre possession ou jouissance, il s’agit, semble-t-il, de dons personnels faits pour la première fois à Foulques. Cette donation dut avoir lieu assez tard, car pendant longtemps on ne constat l’intervention, ni directe ni indirecte, de Foulques Nerra dans aucun acte relatif à la Saintonge.  

Il se trouve bien à Poitiers, au mois de juillet 1003, et y contresigne la charte de dotation de l’abbaye de Maillezais (15), mais son nom ne figure pas au bas de la donation de Doeuil (canton de Loulay, Charente-Inférieure) à l’abbaye de Saint-Cyprien, dressée en même temps et à titre de compensation (16), Maillezais ayant été, peu après sa fondation et pour un temps subordonné à Saint-Cyprien. 

Il n’est pas cité non plus parmi les grands seigneurs qui affluèrent à Saint-Jean d’Angély en 1016, lors de la trouvaille de la tête de saint Jean Baptiste (17).

Mais quelques années plus tard, lorsqu’une sanglante querelle s’éleva dans le bourg de Saint-Jean d’Angély entre les moines et les gens du duc, il se trouvait en service de cour à Poitiers, à l’époque du carême, et il conseilla au duc de se montrer rigoureux, de chasser les moines et d’y mettre à la place des chanoines (18). C’est la seule fois que nous le voyons intervenir dans les affaires de la Saintonge, avant et en dehors de son conflit avec Arbert, au capitole de Saintes, en 1027. Ce qui permet de supposer que son action en Saintonge ne fut pas bien profonde et limitée sans doute à quelques profits matériels. Il n’en garda pas moins ses possessions saintongeaises jusqu’à une époque voisine de sa mort, arrivée en juin 1040 ; et ce n’est qu’à cette date que son fils, Geoffroy Martel, les recueillit dans sa succession. La transmission se fit d’elle-même, semble-t-il, et sans nouvelle investiture.

Ces possessions, nous l’avons établi plus haut, se réduisaient à Saintes et à quelques châteaux environnants. Elles n’allaient pas, du reste, sans contestations ni conflits, car il est plus que probable que l’incarcération d’Arbert et que l’hostilité sourde des princes dont il est question provenaient de démêlés locaux.

Aussi, Foulques Nerra n’éleva- t-il jamais de prétention au gouvernement de la Saintonge, ni à la possession du comté tout entier ; et, en ce qui concerne, M.Richard a raison à la suite de M.Fay de considérer que l’établissement des Angevins en Saintonge, fut d’abord tout à fait précaire et limité, sans autre base sérieuse que la générosité de Guillaume le Grand.

Mais il en fut autrement avec Geoffroy Martel, son fils. Celui-ci, en raison de circonstances extraordinairement favorable pour lui, telles que son mariage avec Agnès, veuve de Guillaume le Grand, le 1er janvier 1032- que sa victoire sur le duc Guillaume le Gros, au Mont-Couer, le 20 septembre 1033, suivie de la capture et de l’emprisonnement de celui-ci pendant trois ans que l’avènement de l’ainé des fils d’Agnès, Guillaume Aigret, dont il était le parâtre et le tuteur.- celui-ci, dis-je, songea réellement à étendre son pouvoir et sa domination sur la Saintonge. Il y réussit en fait, essaya de transmettre le pays à ses héritiers et n’échoua dans son projet que par la défaite à main armée des siens. Cela résulte de toute une série de faits connus.

Dans le préambule de la charte de privilège ou de donation de l’abbaye de Vendôme, le 31 mai 1040 (19) et dans celui de la charte de fondation du monastère de l’Evière à Angers (20), qui suivit de quelques jours (Foulques Nerra étant mort dans l’intervalle), Geoffroy Martel et Agnès, en parlant des biens dont ils disposent, disent qu’ils leur appartiennent , soit par droit d’héritage, soit par acquêts légitimes. Or, les acquêts sont soigneusement notés ; par conséquent, le reste c’est-à-dire la très grande part des biens donnés en Saintonge : à Saint-Agnant, à Colombiers, à Marennes et dans l’ile d’Oléron, ont été recueillis dans l’héritage de Foulques Nerra.

Les jeunes comtes de Poitou, fils d’Agnès, assistent comme témoins à ces donations, mais n’interviennent nullement alors comme co-donateurs ou comme confirmateurs ; et s’il existe, comme le souligne spécialement M. Richard, une charte de Guillaume Aigret dressé à titre d’approbation, tout indique que celui-ci, si elle n’a pas été fabriquée plus tard, a été donnée quand la brouille intervint entre les époux et entre Geoffroy Martel et son beau-fils : car il n’est plus question de lui. C’est, du reste, à titre de duc d’Aquitaine, c’est-à-dire de suzerain, que Guillaume Aigret aurait agi, ce qui n’est point contradictoire avec les prétentions du comte d’Anjou (21).

En outre, dans cette même charte de fondation de Vendôme, Geoffroy Martel et Agnès donnent aussi la moitié de leur part des cens d’oignons (22) prélevés dans tout le pays de Saintonge (per universum pagum Sanctonicum). Et, sans doute à la même époque, la dîme des peaux de cerfs chassés à courre non seulement dans l’ile d’Oléron, mais aussi dans tout le pays de Saintonge, l’Anjou et le Vendômois (23)

Devenu maitre de Saintes, Geoffroy Martel trouve le monnayage  du pays en souffrance. Depuis dix-ans, c’est-à-dire depuis le trouble apporté dans les affaires du Poitou par la défaite et la captivité de Guillaume le Gros, en 1033, on n’y avait pas frappé monnaie. Geoffroy Martel donna un délai de trois ans pour s’exécuter aux détenteurs de la frappe : Francon, châtelain du capitole, et Mascelin, châtelain de Tonnay-Charente, faute de quoi il reprendrait la monnaie à son compte.

Ce qui fit, du reste, en faisant venir des monnayeurs d’Angoulême (24) : mais pour ne pas troubler les habitudes commerciales acquises, la nouvelle monnaie fut frappé, comme auparavant, au type d’Angoulême et de Poitiers. Ce sont là, on en conviendra, des actes de souverain d’un pays, s’il en fût.

Arrive la fondation de l’abbaye de Notre-Dame de Saintes et la dédicace de son église, le 2 novembre 1047. Geoffroy Martel et Agnès la dotent très richement de biens situés à peu près dans les mêmes lieux que ceux qu’ils ont donnés à l’abbaye de Vendôme, et au même titre, c’est–à-dire en possesseurs héréditaires ou acquéreurs.

Ils y ajoutent la monnaie, le monnayage et le change dans tout l’évêché de Saintes (tocius episcopatur Nanctonensis) après avoir désintéressé Mascelin. L’un des précédents détenteurs :et cela doit s’entendre dans le sens le plus étendu, quoi qu’en dise M.Richard, car le mot tocius ne s’expliquerait pas autrement (25)

Enfin ce qu’il y a de plus significatif, c’est la présence à cette solennité de tous les princes châtelains de Saintonge et d’Aunis sans exception, constituant la plus brillante cour qui soit mentionnée en Aquitaine, au XI e siècle,  là se trouvent Hélie de Chalais comme Eble de Châtelaillon, Guillaume de Matha comme Gombaud de Mornac, sans compter le comte Geoffroy d’Angoulême et quatre de ses fils, en tout trente à trente-cinq seigneurs de la plus haute marque. 

Ce fut le triomphe de Geoffroy Martel et la reconnaissance de la mainmise par lui sur toute la Saintonge. Je veux bien que sa qualité de mari d’Agnès, duchesse douairière d’Aquitaine, et de protecteur des jeunes ducs, soit pour quelque chose dans l’affluence qui se pressa autour de lui.

Néanmoins, en fondant ce monastère, il agit en souverain, ainsi que sa femme. Il se passe de la confirmation du duc d’Aquitaine, bien qu’il fût présent, et le premier pape, Léon IX, qui en 1049 approuve la fondation, ne connait et ne vise que le comte et la comtesse d’Anjou (26).

Nous savons, en outre, qu’il avait institué en Saintonge une cour de justice (euriq comitis Gosfridi), composé de quatre juges, Francon du Capitole, Angibaud de Broue, Jean Rousseau et Benoit de Pons, où l’on jugeait en son nom (qui lunc temporis in Sanctonico jussu Goffridi judicabant) ; que ce tribunal, à l’instar des envoyés des temps carlovingiens, se transportait sur place, et qu’il rendit à Saint-Agnant un jugement en faveur de l’Abbaye de Vendôme au sujet des moulins de Riollet ou Viollet ( ?Roillatu), sis dans l’alleu du monastère (27) ; qu’ils avait un procureur, Geoffroy de Pons, pour administrer ses possessions de Saintonge (28) ; qu’il détenait et jouissait de la châtellenie de Pons (nec etiatu eum Gaufridus Martellus, Andegavorum comes, predictum tenuisset castellum) (29) ; qu’il a dominé, enfin, tout le pays de Saintonge (tempore quo comes Gaufredus Santonicae patriae proesidebat) (30).

Cela dit, on le voit, en termes formels, et approuvé par les témoignages les plus autorisés, ceux des abbés de Saint-Jean d’Angély, de Saint-Maixent, de Saint-Florent de Saumur et du duc Gui-Geoffroy lui-même (31).

Nous avons encore un autre témoignage écrit de la domination complète de Geoffroy Martel en Saintonge : c’est le récit fait à la fin du XIe siècle, par un moine de  l’abbaye de Saint-Cybard d’Angoulême, de la translation des reliques de saint Eutrope dans la nouvelle crypte bâtie par les moines de Cluny, vers 1096. Il dit textuellement : « Tempore quo arbs et provineia Nantonensis principibus Andegavensium subjecta erat, comitem ipsorum Gaufridum seilicet, etc. » (32).

La dernière année de sa vie, en 1060, Geoffroy Martel se sentant malade et incapable de tenir campagne, eut recours à l’un de ses neveux, Foulques le Réchin, fils de sa sœur Ermengarde et de Geoffroy de Châteaulandon.

Le jour de la Pentecôte, à Angers, il le fit chevalier, à l’âge de 17 ans, et lui donna à garder la Saintonge et la ville de Saintes (Santonicum pagnum cum ipsa civitale), ou il était en guerre ouverte avec Pierre de Didonne (33).

Le tout jeune chevalier partit immédiatement pour la Saintonge, et sa présence à Saintes est constatée par une charte de l’abbaye de Notre-Dame, ou on le voit présider un conseil des grands du pays et de la ville, composé de Francon du Capitole et de son frère Maqueau ; de Jean, frère d’Ostent de Taillebourg, et d’autres fidèles du diocèse (34).

Entre temps, Geoffroy Martel mourut, le 14 novembre, au monastère de Saint-Nicolas d’Angers, ou la veille il avait pris l’habit de moine. Ses états furent partagés entre ses neveux, Foulques le Réchin et Geoffroy le Barbu. La Saintonge fut définitivement attribuée au premier avec l’Anjou, tandis que la Touraine et la Gâtine revinrent au second (35). Ce partage est la preuve évidente que la Saintonge était dès lors considérée comme un domaine propre et héréditaire dans la famille des comtes d’Anjou.

A ce moment-là, le duc d’Aquitaine, Guy-Geoffroy, se trouvait dans le Midi, ou il guerroyait contre le comte de Toulouse. Il en revint au commencement de l’année suivante, et essaya en passant de s’emparer de Saintes par un coup de main ; mais il échoua (36). Il fut ensuite vaincu en bataille rangée, le 21 mars 1061, à Chef-Boutonne, ce qui fit que les Angevins restèrent maitres et possesseurs de la ville de Saintes et de la Saintonge.

La discorde ayant éclaté entre Foulques le Réchin et Geoffroy le Barbu, Gui-Geoffroy revint à la charge en 1062, assiégea méthodiquement cette fois la ville de Saintes et l’enleva d’assaut après la plus vive résistance. C’est que la population s’en était elle-même mêlée et qu’elle tenait au fond pour les comtes d’Anjou, qui avaient fini par identifier ses intérêts au leurs, en faisant revivre l’indépendance du pays vis-à-vis du Poitou et en constituant en quelque sorte à la Saintonge une individualité sinon une nationalité depuis longtemps disparue.

La prise de Saintes, dans le courant de l’année 1062, fut la fin de la domination des comtes d’Anjou, et la Saintonge proprement dite, reconquise par les armes, rentra désormais dans le gouvernement direct des comtes de Poitou, sauf, cependant, la Saintonge du sud, qui resta, comme auparavant et pendant fort longtemps, sous la main des comtes d’Angoulême.

En effet, les Poitevins ayant envahi, entre 1070 et 1075, le territoire du comte Foulques, celui-ci les pourchassa avec vigueur et les refoula jusqu’à Cognac, en leur faisant de nombreux prisonniers. De plus, le duc d’Aquitaine ayant mis le siège devant Mortagne, au pays de Saintonge, et étant sur le point d’enlever le château, Foulques accourut et l’obligea à se retirer (37).

Ce que Guy-Geoffroy reprit aux Angevins, en somme, ce furent, à proprement parler, les possessions limitées que Guillaume le Grand avait aliénées autrefois en faveur de Foulques Nerra, c’est-à-dire Saintes et sa banlieue, Pons, Marennes et l’ile d’Oléron.

 

 

Notes critiques sur l'Histoire des comtes de Poitou de M. Alfred Richard / [signé Jean le Saintongeais]

 (Photo:  Angers : Joutes Equestres (La Balade du Roi René)  Foulques Nerra Cie Capalle)

 

 

 

Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis

Notes critiques sur l'Histoire des comtes de Poitou de M. Alfred Richard / [signé Jean le Saintongeais]

 (Photo:  Angers : Joutes Equestres (La Balade du Roi René)  Foulques Nerra Cie Capalle)

 

 

L’Histoire de l'Aunis et de la Saintonge avant l’an mille  <==..... ==> Généalogie, Famille de Foulques III Nerra d'Anjou

 

 

 


 

An Mil - Carte des Châteaux de l' Anjou sous Foulques Nerra 

Le temps des Carolingiens s'achève. Le grand empire de Charlemagne n'existe plus. En Francie occidentale, le dernier souverain carolingien meurt et Hugues Capet devient roi des Francs. C'est le début d'une nouvelle ère, celle des Capétiens.......

 

Géographie du Golfe du Castrum Alionis devenu la cité engloutie de Châtel-aillon

Durant l'ère des hommes de la préhistoire, il semble bien que le golfe était encore entièrement occupé par la mer, car les traces du passage des humains ne se retrouvent que sur les coteaux continentaux ou dans les principales îles de l'aufractuosité littorale (a) Par le même phénomène que pour le golfe de Poitou, la lumière ne se fait pas plus nettement à l'époque romaine.

 

Sainte Trinité Puyravault, Podium rebelli, prieuré donné à l'abbaye de Vendôme 

Sainte Trinité Puyravault, Podium rebelli, prieuré donné à l'abbaye de Vendôme avant 1040, diocèse de La Rochelle, cant Surgères, arrond Rochefort. Origine du nom : du latin podium, " hau- teur ", et de rebelli, " rebelle ".

 

1. En vertu des privilèges concédés par !e pape Alexandre II, et souvent renouvelés depuis, l'abbé de Vendôme portait le titre et les insignes de cardinal du titre de Sainte-Prisce sur le Mont-Aventin, par le fait même de son élection. Ce titre fut conservé jusqu'à la révolution. Nous ne connaissons pas d'autre exemple d'une faveur aussi extraordinaire.

2. L'abbaye de Vendôme fut fondée en l'an 1032; mais la dédicace solennelle n'eut lieu que le 31 mai 1040, en présence des personnages les plus illustres, parmi lesquels nous devons citer, pour le Poitou et la Saintonge, avec Geoffroy Martel et Agnès de Poitiers, son épouse ; Guillaume, duc d'Aquitaine ; Guillaume, de Parthenay; Constantin, de Melle ; Hélie, de Vouvent Bourg ; Guillaume Chabot du Petit Château de Vouvant; Aimeric, de Rançon ; Thibaud, de Blazon ; Guillaume Alduin, comte, etc.

les prélats ecclésiastiques Isembert, évêque de Poitiers, accompagné des dignitaires de son église Arnoul, doyen du chapitre, Guillaume, chantre de la cathédrale, et Raimon, chantre de Saint-Hilaire ; Girard, évêque d'Angoulême, avec son archidiacre Guillaume et Vivien, son chapelain ; Arnoul, évêque de Saintes, suivi des archidiacres Ramnulfe et Acbade.

Parmi les abbés, nous comptons Hugues de Charroux, Arnaud de Saint-Jean d'AngéIy ; Archambaud, de Saint-Maixent ; Thibaud, du Quinçay.

Les circonstances de cette fondation furent merveilleuses. Elles furent racontées pour la première fois par Gautier, de Compiègne, à moins d'un siècle de distance, entre 1120 et 1130. Recueilli des lèvres de témoins contemporains, ce récit ne peut être rejeté à la légère. Salmon et Marchegay l'ont publié dans les Chroniques d'Anjou, p. 131. Les historiens n'ont ses possessions, et par la suite son influence dans toute l'étendue de leurs domaines.

L'abbaye de Marmoutier dut son immense extension dans toute la France et en Angleterre au culte universel et si populaire de saint Martin, la Trinité de Vendôme, uniquement à la puissance de ses fondateurs, des comtes d'Anjou d'une part, par Geoffroy Martel et ses successeurs, et des comtes fait que reproduire ce récit.

Voici comment un dignitaire de l'abbaye le retraçait dans un langage naïf, en 1663. Nous le choisissons de préférence, parce qu'il n'a pas encore été mentionné:

« Geoffroy Martel, voulant se donner un peu de repos, se retira avec Agnès, sa nouvelle épouse, au château de Vendosme, où, après avoir demeuré quelques jours, ils formèrent le dessein du monastère de la très sainte Trinité, au subject d'une vision, qui fut telle :

Le comte s'estant une nuict esveillé et ne pouvant plus se rendormir, se leva quelques heures avant le jour et ouvrit une fenestre de la chambre où il estoit couché, qui donnoit sur la prayrie voisine, et s'estant mis à considérer avec une attention extraordinaire la beauté du ciel, qui estoit pour lors fort serein, appela sa chère épouze pour la faire participante de son admiration, et pour bénir avec luy l'autheur de tant de merveilles. La comtesse, qui luy estoit très complaisante, s'estant promptement levée et rendue à luy, se mit aussy à regarder le ciel, et comme ils estoient tous deux en cette contemplation, voyla qu'une lumière brillante comme une estoille descendit en forme de lance sur une claire fontaine qui estoit à l'entrée de la prayrie, vers le bourg Saint-Martin, où est à présent le grand autel de l'église du monastère, et tout incontinent une seconde, et tost après une troisième de la mesme forme et grandeur, ce qui les estonna et mit fort en peine.

Ils pensèrent que ce prodige n'estoit pas arrivé par cas fortuit, et que Dieu qui avoit permis que le comte se levast contre sa coutume et esveillast la comtesse pour un suject léger en apparence, avoit quelque autre dessein qu'il leur vouloit déclarer il leur vint en esprit que la très sainte Trinité, signifiée par ces estoilles, demandoit d'eux quelque service.

C'est pourquoy, le jour estant venu, ils descendirent du chasteau et furent en l'église de Saint-Martin, qui estoit la plus proche, priants Dieu de leur manifester sa volonté. La messe achevée, estant retournez en leur maison, ils assemblèrent tous les prélats et ecclésiastiques, qui suivoient leur cour. Geoffroy leur raconta sa vision avec toutes les circonstances, et les pria de luy dire ce qu'ils en pensoient.

Tous d'une voix ayant répondu que la très sainte Trinité désiroit de luy qu'il bastit un temple en son honneur, au lieu où avoient paru ces lances lumineuses, il prit cette responce comme un oracle du ciel, tenant à grand honneur que Dieu voulut recepvoir de luy ces services. C'est pourquoy il fit à la mesme heure résolution de bastir une église magnifique et d'y joindre un monastère pour des religieux, qui chantassent les louanges de Dieu, jour et nuiet.» (D. Aubert; Bibliothèque nationale, manuscrit latin 12.700, f.n2,V).

Les chartes de fondation font peut-être allusion à ce fait; du moins Geoffroy Martel avoue avoir pris conseil de l'évêque de Chartres. « Theoderici etiam Carnotensis episcopi consilio et voluntate. »

 

3. Agnès de Bourgogne, fille d'Otte Guillaume, avait été la troisième femme de Guillaume le Grand, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers (ayant 1018). Celui-ci mourut au monastère de Maillezais, sous l'habit religieux, en 1029. Agnès convola en secondes noces, le 1er janvier 1032, avec Geoffroy Martel, comte de Vendôme, malgré un empêchement d'affinité au troisième degré égal.

Ce fait est constaté par plusieurs chroniques « Gaufridus Martellus Agnetem comitissam Pictavensem duxit incesto conjugio, MXXXII » (Chronique du Mont Saint-Michel et Petite chronique de Saint-Aubin d'Angers; Manuscrit 743 de la bibliothèque d'Angers, f. 21); « Gaufredus cornes Agnetem comitissam, que fuerat consobrini sui Wuillelmi comitis Pictavorum uxor, incesto conjugio assumpsit, anno Domini MXXXII» (obituarium vetus monasterii sancti Sergi Andegar ; Manuscrit 953 de la bibliothèque d'Angers, f. 4, v°).

Agnès suivit Geoffroy Martel en Italie et était à Goslar le 25 décembre 1045, et le 20 décembre 1046 au concile de Sutri, au couronnement d'Henri III le 25 décembre, puis au mont San Angeto en Pouille et étaient de retour à Angers en 1047.

Le mariage d'Agnès et de Geoffroy fut stérile; celui-ci la répudia malgré l'amour persévérant qu'il eut toujours pour elle.Ce divorce eut lieu après janvier 1049.

La charte XCIII de notre Cartulaire de la Trinité de Vendôme mentionne ce fait « Cumque separavit se (Agnès) a comite »; la charte CLXXVII en fait aussi mention : « Contigit ut divortio separaretur Gaufrido comité »; enfin, dom Housseau (Anjou et Touraine, n°' 488) cite une charte de Saint-Aubin d'Angers, qui est non moins explicite : « Divortio autem facto inter Agnetem et comitem Gosfridum. »  pour quel motif fut-elle répudiée ? Devant le silence des documents nous n'en pouvons formuler d'autre que le regret de Geoffroy de n'avoir pas d'héritiers.

Geoffroy s'unit à Gricie, veuve de Berlay, seigneur de Montrieul qui parait à côté de lui en 1052 et 1053, répudiée elle-même avant 1056, pour faire place de nouveau à Agnès qui signe la charte CV de notre Cartulaire de la Trinité, datée de 1056, et la charte de fondation du prieuré du Plessis, dépendant de l'abbaye de Bourgueil.

 Chassée une seconde fois pour être remplacée de nouveau par Gricie et bientôt après par Adèle la Teutonne, en 1059, dégoûtée du monde, Agnès se fit religieuse dans l'abbaye de Sainte-Marie de Saintes, comme le constate la charte XXIV de notre Cartulaire saintongeais : « Jam veste mutata », et son obit publié par Besly (Histoire des comtes du Poitou, p. 349): « In kalendario Sancte Marie Vindocinensis, IV idus novembris, obiit Agnes, Pictavorum comitissa, post sœcularem maritum Deo marito meliori copulata, vivens mundo, mortua post mortem felicius victura. » Agnès en effet mourut le 10 novembre 1069, et son obit est inscrit dans le Nécrologe de la Trinité: « IV idus novembris obiit Agnes comitissa. » Le bréviaire 17 E, du XIIIe siècle (Bibliothèque de Vendôme) est plus élogieux. On lit en effet dans le calendrier au 10 novembre « Obiit Agnes nostra mater nobilissima comitissa Andegavensis », et dans le corps du bréviaire, f. 516, v° « In vigilia Sancte Martini, obiit mater nostra Agnes, nobitissima Àndégavorum comitissa, uxor fundatoris nostri, de cujus anniversario facirhus sollempnitatem sicut in festo duplici, et dicenda est collecta : « Quesumus Domine perpetua » pietate, et alia in ordine, ut mos est. » Une autre rubrique non moins flatteuse se trouve dans le missel imprimé en 1536 « Pridie festi sancti Martini, fit anniversarium solemne Agnetis quondam nobilissime Pictavorum comitisse, fundatricis nostre. »

4. Geoffroy Martel, d'après plusieurs chroniques, enivré de ses récentes victoires dans le Poitou, refusa de rendre à son père, Foulques Nerra, le comté d'Anjou que celui-ci lui avait confié pendant son pèlerinage à Jérusalem. ==> Foulques Nerra Comte d'Anjou (Jérusalem Jérosolomitain)

Il s'en suivit une guerre parricide. Vaincu, Geoffroy dut venir se prosterner devant son père, une selle sur le dos. Foulques, lui posant un pied sur la gorge « Te voilà donc enfin vaincu, » lui dit-il avec force. « Oui, répondit Martel, vaincu par vous seul, parce que vous êtes mon père, mais invincible pour tout autre. »

5. Voir sur le prétendu capitole de Saintes la brochure de M. Louie Audiat :  Le.capitole de Saintes.

(6). Victorieux, Geoffroy Martel s'empara de Saintes « Martellus, post haec, quam citius potuit, Santonas devenit, obviam ei venientes qui in urbe erant, apertis portis, urbem ipsi tradiderunt, itaque cum gaudio ibi requieverunt et Sanctonicum consulatum receperunt, quem Martellus, facta pace cum Pictavensi duce, quoad vixit, tenuit. (Chroniques d'Anjou, par Marchegay, p. 126).

C'est alors, d'après tous les chroniqueurs, que Geoffroy fit ouvrir les tombeaux de saint Eutrope et de saint Léonce, pour enrichir de ces précieuses reliques son abbaye naissante de Vendôme.

Guillaume avait été fait prisonnier la Chronique de saint Florent de Saumur inscrit ce haut fait d'armes en ces termes :

 « MXXXIII, XII kalendas octobris, captus est Willelmus, Pictavorum cornes, a Gaufrido, filio Fulconis »; de même, la Petite chronique de saint Aubin d'Angers : « MXXXIII, Gaufridus Martellus Guillelmum comitem Pictavensem cepit in bello » (Manuscrit 743, folio 21, à la bibliothèque d'Angers) ;  l'Obituarium vetus monasterii Sancti Sergii Andegavensis (Ibidem, manuscrit 753, folio 47) : « XII kalendas octobris, Goffridus cornes, Fulconis comitis filius, Willelmum Pictavorum comitem cepit anno ab incarnatione MXXXIII. »

Nous avons accumulé ces textes pour bien constater l'erreur de l'Art de vérifier les dates, qui place ce fait en 1034. Guillaume fut emmené captif à Vendôme et fut enfermé dans le donjon encore debout aujourd'hui, et qui porte toujours le nom de Tour de Poitiers.

On montre encore un étroit cachot de 1" 50 de hauteur, 1" 80 de longueur, sur Om 50 de largeur, pratiqué entre le mur droit de l'intérieur et la paroi arrondie de l'extérieur. Véritable tombeau, dit M. de Pétigny, dans son Histoire archéologique du Vendômois, p. 266, pratiqué dans l'épaisseur de la muraille ne recevant ni l'air ni le jour par aucun côté, n'ayant d'autre ouverture qu'une porte étroite et basse communiquant avec la salle carrée intérieure. « II est difficile de comprendre comment un être humain pouvait vivre dans ces affreux cachots.

Le malheureux Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, pris à la bataille de Moncontour, en fut probablement le premier habitant. Il en sortit dans un tel état qu'il mourut presque aussitôt après avoir recouvré sa liberté. On prétend que le nom de Tour de Poitiers fut donné par Geoffroy Martel à ce donjon en l'honneur de son épouse Agnès; il me semble plus naturel d'y voir un souvenir de l'infortuné comte, pour qui, selon toute apparence, cette formidable prison fut construite. » M. de Pétigny écrirait-il cette page aujourd'hui ? Rien n'est moins prouvé que la destination de toutes ces oubliettes.

 Guillaume fut racheté par sa fidèle épouse, Eustachie de Montreuil-Bellay, qui mit en vente tous ses joyaux et ses robes pour rassembler une grosse rançon toutes les églises d'Aquitaine voulurent y contribuer. Enfin, Guillaume sortit de sa prison en mars 1038 ; « mais cinq ans de séjour dans l'affreuse prison que nous avons décrite avaient tari en lui les sources de la vie : il expira peu de jours après, sans laisser de postérité, après avoir signé une charte en faveur de l'abbaye de Saint-Jean d'Angély. »

Guillaume mourut en effet le 13 septembre de cette même année 1038. Guillaume, pour obtenir sa liberté, avait reconnu les droits de Geoffroy Martel sur la Saintonge, qui en fut désormais le paisible possesseur.

(7)          Volume I, chap. X,p. 149

(8)          Idem, note 2.

(9)          Volume I, chap.X, p. 231 et 232

(10)          Idem, note 3.

(11)          Volume I, chap XIII,p 214.

(12)          Volume I chap. XIVn p 287

(13)          Idem, note 3.

(14)          Volume I, chap, XIV, p 286.

(15)          Histoire de la Rochelle, par Arcère, t. II, p. 663.

(16)        Cart. De Saint-Cyprien, par Rédel, charte 583, p 310.

(17)        Chronique d’Adémar, lib, III, chap. LVI.

(18)        Idem, même chapitre.

(19)    Cartulaire de Vendôme, par l’abbé Métais, I charte 35. P 55.

(20)        Idem. Charte 38 p 78.

(21)        Cartul. Saintongeais de la Trinité de Vendôme, par l’abbé Métais, charte 16, p44.- Nos doutes proviennent de la mention de l’église de Surgères dans cette charte, tandis que les privilèges des Papes de 1061 et de 1063 n’en parlent pas, sans compter de nombreuses inconséquences.

(22)        Nous traduisons sepia, sepiar, sepiarum, par oignons, plutôt que par sèches, dont la pèche n’a jamais constitué un article important, tandis que la culture de l’oignon se fait encore en grand sur nos côtes. Les sepiae étaient considérés comme un régal, d’après ce que l’on peut conclure d’un passage de Nécrologe relatif à Saint-Jean d’Angély ou il est dit que l’abbé Henri, mort en 1131, légua : septnaginta sepia ad refectionem fratrum de conreta, pour le jour de son anniversaire (Gallia II,col 1101).

D’autre part, Hugues de Surgères donne sur le fief de Marans e.sepias livrables au commencement du Carême, aux moines de Vendôme qui occupent l’église de Sainte-Marie de Surgères, entre 1063 et 1097 (cart. Saint de la Trinité de Vendôme, charte II,p 75).La soupe à l’oignon nous parait plus conforme aux gouts des moines que la friture indigeste de sèches.

(23)        Idem, charte 19,p. 18 et 19

(24)        Cartulaire de Notre-Dame de Saintes, par l’abbé Grasilier, charte 77,p 70.

(25)        Idem, charte 1, p. 1

(26)        Idem charte p8.

(27)        Cartul. Saintongeais de Vendôme, par l’abbé Métais, charte 35, p 61

(28)        Cartul de Notre-Dame de Saintes, charte 109, p90 et 91

(29)        Chartes saintongeaise de Saint Florent de Saumur, par Marchegay, in Arch, hist, Saint et Aunis, t IV, chart 7p 39.

(30)        Cartul. De Saint-Jean d’Angély par Musset, I  charte 262 p322.

(31)        Loc. cit.

(32)    Notice sur le prieuré de Saint-Eutrope. par dom Estiennol, in Biblioth nat,mss n°12.754. Preures.

(33) Marchegay et Salmon, chronique des comtes d'Anjou, p 379.

(34) Cartul. de Notre-Dame de Saintes, par l'abbé Grasilier, chart 70. p. 27

(35) Marchegay et Salmon, chroniques des comtes d'Anjou, p.333.

(36) Histoire des comtes de Poitou, par Richard, I, p 283.

(37) Historia pontifleum et comitum Engolism, édition Castaigne Chap XXXI,p. 36.