FORTERESSE et la Chapelle SAINT-PIERRE D'ANGLES-SUR-L'ANGLIN

Au confluent de la Malvoisine et de l'Anglin, sur un éperon rocheux, se dressent les ruines du château d'Angles-sur-l'Anglin.

L'éperon de forme triangulaire, étroit vers le plateau, s'élargit vers son extrémité et se termine par de hautes falaises au-dessus de l'Anglin et du confluent. Ce site facile à fortifier surveille un gué, voisin du pont actuel, face au vallon de la Malvoisine par lequel on atteint le plateau en pente douce (1).

Sur l'éperon, des fortifications se sont succédées aux diverses époques. A l'extrémité est construit le château. Son donjon de plan rectangulaire, rebâti au XVe siècle par Hugues de Combarel mais dont les bases dateraient du XIIe, sépare deux cours.

La petite cour sud, étroite, se termine par une poterne donnant sur la « Tranchée des Anglais ». Cette fissure naturelle a été aménagée de façon à barrer l'isthme calcaire en son point le plus étroit. Elle permet aussi de descendre à la rivière par un escalier rudimentaire taillé dans la fente du rocher.

De l'autre côté de la tranchée s'élève la chapelle Saint Pierre près de laquelle apparaissent de gros murs en ruines. Un fossé la sépare d'une petite éminence en partie naturelle correspondant à une motte elle-même isolée du plateau par un nouveau fossé.

LE SITE FORTIFIÉ DE LA CHAPELLE SAINT-PIERRE D'ANGLES-SUR-L'ANGLIN

 

Fig. 1. — Plan général de l'éperon.

1 : la motte traversée par le chemin de la chapelle ; 2 : le fossé de la motte ; 3 : les gradins ; 4 : le vallon de la Malvoisine ; 5 : le promontoire du chemin face à la porte ; 6 : la chapelle et la porte ; 7 : le fossé ; 8 : le rempart ; 9 : la « Tranchée des Anglais » ; 10 : la poterne du château ; Il : le donjon au centre du château.

En traits interrompus les vieux chemins (parfois disparus ou remplacés par la route).

 

 

 

 

LA MOTTE

Elle a environ une cinquantaine de mètres de diamètre. A l'Ouest elle est limitée par la falaise, au Nord par une pente coupée d'un ressaut avant le fossé de la chapelle, à l'Est par des gradins dominant la Malvoisine et qui se prolongent vers le Sud par un fossé rejoignant la falaise (fig.  3).

 

Ce fossé, comblé au passage du chemin, est taillé dans le roc et mesure de 5 à 6 mètres de large sur près de 2 de profondeur.

Il devait probablement être plus creux et dans son fond les terres de remblais maintiennent suffisamment d'humidité pour permettre à quelques peupliers de pousser sur ce sommet calcaire.

Angle sur l'Anglin

Fig. 3. — Interprétation schématique de la motte vue du Nord.

1 : profil de la motte (passage du chemin) ; 2 : le fossé ; 3 : le plateau ; 4 : le chemin d'accès ; 5 : le vallon de la Malvoisine ; 6 : la chapelle Saint Pierre, le rempart, la tour, la porte et le promontoire rocheux du chemin ; 7 : le fossé du rempart donnant au-dessus de la route départementale.

Ce site a donc été aménagé et pour cela il a été en partie nivelé artificiellement. Dans la partie nord de ce terrain, une excavation creusée pour planter un arbre, a montré, en effet que sous quelques centimètres de terre végétale, le sol, sur au moins 1 mètre d'épaisseur, n'est constitué que par un amoncellement de pierres non jointives.

On doit noter l'absence de traces de constructions en maçonnerie dans la partie observable du terrain (celle proche du sommet de la falaise a été récemment transformée en jardins).

Les différents caractères de cette place fortifiée permettent de l'assimiler à une « motte féodale ».

 

LE SITE DE LA CHAPELLE SAINT PIERRE (fig. 4).

Séparée du château par la « Tranchée des Anglais » et de la motte par un fossé, la chapelle Saint Pierre est construite au sommet de la falaise sur une plateforme d'environ 40 mètres sur 25.

Du côté nord elle s'appuie sur des murailles en ruines. Deux constructions se trouvent donc sur ce site : l'une défensive, le rempart, l'autre religieuse, la chapelle (fig. 5, 6, 7).

 

LA CHAPELLE

 

De style roman elle pourrait dater du XIIe siècle. Une chapelle Saint Pierre est signalée à Angles, au début du XIII" siècle dans une lettre du pape Innocent III (in GAILLARD H., 1926).

Dans son aspect actuel, on peut reconnaître plusieurs époques de construction, l'une de ces campagnes pourrait être datée par la présence d'armes gravées au-dessus d'une porte aujourd'hui murée.

Cet édifice à lui seul méritera une prochaine monographie qui n'est pas le but de cette présente étude, mais on signalera que son abside pose un problème car elle ne dessine en effet qu'un quart de cercle.

 

LES CONSTRUCTIONS DEFENSIVES.

Il ne subsiste qu'un rempart dirigé NE-SO puis NO-SE qui barre avec son fossé le passage depuis la motte. Une porte s'ouvre à son extrémité ouest près du chevet de la chapelle. A l'Est le mur, après une tour d'angle dominant la route départementale, se prolonge sur une dizaine de mètres en direction du château (fig. 8).

— Le fossé Il joint une anfractuosité de la falaise au vallon de la Malvoisine.

De ce côté il a été tronqué lors de la construction de la route départementale, au siècle dernier. Ces travaux ont modifié l'aspect du vallon en taillant le rocher sur plusieurs mètres au pied de la tour qui fut heureusement respectée.

Le terrain, à l'origine, montait en pente douce du vallon au faîte de la falaise qui formait une crête. Le fossé a donc été taillé le plus profondément de ce côté. Il mesure environ une dizaine de mètres de large sur encore 2 ou 3 de profondeur vers la motte. Près de la falaise un promontoire rocheux a été respecté lors du creusement, entre le fossé et le précipice. Large d'environ 2 mètres sur 5 à 6 de long, il s'avance face à la porte de la muraille. Il en est séparé par un vide de 3 mètres de large sur autant de profondeur.

Autrefois une passerelle (2) permettait d'atteindre la porte.

 

 

Le chemin venant de la motte descend maintenant dans le fossé et franchit le rempart par une brèche qui permet d'en observer la construction.

— Le rempart Il mesure, 11,50 mètres de long entre la porte et la tour, sur encore près de 5 mètres de haut aux deux extrémités. Il est très épais, à sa base, il mesure en effet 2,30 mètres environ de largeur.

Entre deux parements de pierres grossièrement taillées, posées par lits plus ou moins réguliers et liées en mortier, l'intérieur du mur est constitué par un blocage de maçonnerie.

A l'Est, la tour (fig. 8) d'environ 6 mètres de haut sur 4,50 de diamètre est pleine et tangente à la face interne des murs.

Après la tour le mur tourne à angle droit vers le château et se poursuit sur une dizaine de mètres. Au-delà il n'en subsiste plus de traces à part des affleurements calcaires qui devaient lui servir de fondation. Dans cette zone, à 4 mètres environ à l'extérieur du prolongement de ce mur, un second mur ancré sur le rocher retient les terres. Ce mur ne semble pas être de construction récente et doit être contemporain du rempart. D'une longueur de 14 mètres il se termine à 30 mètres de la tour. A cet endroit le rocher a été taillé perpendiculairement sur quelques mètres pour atteindre la crête qui porte l'escalier venant de la route actuelle. Le rempart devait tourner en ce point vers la falaise.

Le long de la falaise, entre la chapelle et la « Tranchée des Anglais » il n'y a pas de trace de mur. Cependant près de la chapelle le rocher forme une sorte de parapet. Il aura été - ainsi ménagé lorsque la plateforme fut mise de niveau. Cette place présente d'ailleurs deux niveaux surtout nets dans sa partie sud, un inférieur dans l'angle de la tour, un supérieur portant la chapelle à la hauteur de la porte de la muraille. Ces deux niveaux sont dus à la pente naturelle du terrain vers la Malvoisine.

Près de la « Tranchée des Anglais » au sommet de la falaise se trouve un gros bloc calcaire en forme de parallélépipède de près 1 mètre de côté. Il provient peut-être d'un mur ou sinon on peut penser qu'il se trouvait déjà auparavant en ce lieu et qu'il aura été respecté (3).

Sous l'escalier enfin, on peut voir sous les buissons les murs de fond d'un bâtiment adossé au rocher. Il s'agit certainement d'un bâtiment de ferme assez récent comme ceux qui se trouvaient sous le château le long de la route et qui heureusement ont été masqués.

 

 

— La porte de la muraille (fig. 10).

De 2,50 mètres de haut sur 1,30 de large, la porte est construite en plein cintre. Elle donne sur un couloir de 5 mètres de long sur 1,60 de large, qui traverse un puissant massif de maçonnerie formant une avancée de la muraille. Ce couloir est voûté et plus ou moins recouvert de mortier. Après avoir formé un coude, en venant de la motte il débouche dans le prolongement du mur de la chapelle. Cette déviation est en relation avec la construction de l'édifice religieux comme nous le verrons. Les deux façades internes et externes du passage sont toutes deux en plein cintre, bien appareillées mais mal jointives avec la voûte du couloir. Celle de l'intérieur de plus, est légèrement dissymétrique et semble s'appuyer sur le mur de la chapelle.

Ce passage ne présente pas de moyen de fermeture important.

On observe seulement les traces de scellement d'une porte.

A l'extérieur, de chaque côté de l'entrée, sont creusées les encoches de fixation du parapet de la passerelle fixe.

Au-dessus de la vallée, contre le massif de la porte, un départ de mur semble prolonger le rempart pour interdire la progression le long de l'étroite corniche. Vers 2 mètres de haut ce mur montre des pierres de tailles ressemblant à celles d'un bord de fenêtre qui irait en s'élargissant vers l'intérieur. Ce mur doit appartenir à l'abside d'une ancienne chapelle. Si à l'extérieur il est en effet sensiblement perpendiculaire au massif de la porte, sa face interne est concave et rencontre tangentiellement le chevet actuel de la chapelle (fig. 11). Ce chevet très dissymétrique est de plus mal soudé avec le mur longitudinal de la chapelle. Il semble logique de penser que le départ de mur est le seul témoin d'un chevet primitif de la chapelle qui se serait effondré avec un pan de la falaise. Ce chevet devait être postérieur à la construction du massif de la porte avec lequel il est mal lié (fig. 12). Le rocher à quelques mètres au-dessous de ce point est d'ailleurs miné encore de nos jours par une petite cavité, probablement artificielle (4).

ESSAI D'INTERPRETATION

Les restes de remparts proches de la chapelle Saint Pierre ont été considérés comme les ruines du logis fortifié des prêtres desservant ce prieuré.

 

Il est vraisemblable que ces murs auront été réutilisés pour bâtir un tel logis dont les décombres seraient visibles dans l'angle près de la tour, sous les buissons. On ne peut cependant retenir qu'un tel système défensif ait été édifié seulement pour protéger un prieuré qui devait d'ailleurs être relativement modeste. De plus, la chapelle, même la plus ancienne qui ait laissé des traces de son chevet, est postérieure à la construction du rempart.

 

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Fig. 12. — Schéma interprétatif de la liaison de la chapelle et de la porte.

1 : la chapelle actuelle ; 2 : la porte actuelle ; 3 : tracé hypothétique de la porte primitive ; 4 : tracé probable de l'ancien chevet de la chapelle avant son effondrement dans la vallée.

L'ensemble fortifié est comparable en importance au donjon du château qui serait du XIIe siècle et l'épaisseur du rempart est voisine de celle de la base des murs de ce donjon. On pourrait par conséquent supposer que ces deux fortifications seraient contemporaines. Le site de la chapelle ne serait peut-être qu'un bastion, mais cela n'est pas satisfaisant, car il semble trop important, en comparaison avec le donjon. D'Arboval (5) pensait que ces murailles étaient le prolongement de celles du château. Dans ce cas la « Tranchée des Anglais » constitue un point d'étranglement entre les deux défenses.

 

 

La forme du rocher et les restes de fortifications font plutôt penser à deux ensembles séparés. S'ils sont indépendants ils ne doivent pas être non plus contemporains et l'on peut avancer que le système défensif de la chapelle Saint Pierre est antérieur à celui du Donjon. Ce seraient peut-être alors le témoin du Castellum Angla signalé dans le cartulaire de Saint-Cyprien aux environs de 1025 (6).

Quel pouvait être le plan de ce « castellum » ? Sensiblement rectangulaire, il pouvait mesurer environ 30 mètres sur 20. En plus de la porte actuellement visible, d'ailleurs remaniée depuis, il devait comporter une seconde entrée vers le haut de l'escalier. Le petit mur qui retient les terres soutenait probablement un chemin d'accès pour piétons. Ceux-ci après avoir longé le pied de la muraille, devaient tourner à l'endroit où le rocher forme un angle droit avec le mur, pour atteindre une porte. Un tel système défensif obligeant à cheminer sous les défenses existait déjà à la motte et fut ensuite repris pour le château du xve (entrée actuelle).

Selon cette hypothèse il devient possible de reconstituer l'évolution du site de la chapelle Saint Pierre.

1) Une motte sur laquelle nous ne possédons aucune donnée permettant de lui assigner un âge, aurait d'abord été élevée à l'origine du promontoire vers le point le plus haut. Près de là, sur le plateau de gros murs de pierres sèches représenteraient peut-être de plus anciens retranchements (7).

2) Un « castellum » de taille beaucoup plus modeste que la motte fut ensuite construit en maçonnerie, un peu plus bas sur l'éperon, en un point où les rochers formaient une défense naturelle tout en limitant une surface plus restreinte. Cet édifice pourrait dater du XIe siècle.

3) Vers la fin du XIIe siècle fut construit le donjon en un point plus avancé de l'éperon, mieux protégé mais moins élevé (8).

 

 

LE SITE FORTIFIÉ DE LA CHAPELLE SAINT-PIERRE D'ANGLES-SUR-L'ANGLIN 2

 

Fig 7— La chapelle Saint Pierre vue de la seconde cour du château.

 

LE SITE FORTIFIÉ DE LA CHAPELLE SAINT-PIERRE D'ANGLES-SUR-L'ANGLIN

Au premier plan le mur de la poterne donnant sur la « Tranchée des Anglais ». Au-delà l'escalier taillé dans le rocher. A droite de la porte de la chapelle le parapet rocheux.

A gauche la porte du rempart. A l'extrêmegauche, superposés de profil, le rempart et le mur secondaire, ce dernier se termine à l'endroit où le rocher rejoint perpendiculairement l'escalier.

 

  

Fig. 8. — La chapelle vue de la motte.

 

 

Au premier plan la porte, le rempart troué par la brèche et la tour. A l'arrière-plan le château et son donjon.

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Fig. 10. - La porte du rempart vue de la motte.

Au premier-plan, en bas, le promontoire rocheux où passait le chemin se termine sur une tranchée. De chaque côté de la porte on remarque les encoches de fixation du parapet de la passerelle. A gauche du massif de la porte, le départ du mur de l'ancien chevet se profile devant la chapelle.

Fig. 11. — Le reste de mur du chevet de l'ancienne chapelle, montre sa face interne concave et le bord de la fenêtre. A gauche le chevet de la chapelle actuelle, à droite le massif de la porte.

 

L'isthme de la partie du « castellum » face au donjon dut être démantelée afin de pas offrir un retranchement aux ennemis, et des restes avancés en furent peut-être inclus dans le château.

4) A la même époque la première chapelle Saint Pierre aurait peut-être été bâtie. Pour lui donner une certaine largeur, le maître d'œuvre a été obligé de dévier le couloir de la porte de la muraille venant de la motte. Le chœur de cette chapelle s'étant ensuite effondré avec une partie de la falaise, une campagne de réparations fut conduite à peu de frais en se contentant de joindre par un quart de cercle le mur longitudinal intact de la chapelle, au massif de maçonnerie de la porte. Cette réparation se raccorde mal à ses deux extrémités.

En même temps, peut-être furent reconstruites les deux façades de l'ancienne porte du « castellum ». Cette restauration pourrait dater de la grande campagne de travaux, entreprise par Hugues de Combarel au xve siècle.

 

 

 

 Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers (gallica.bnf.fr)

 

RECHERCHES SUR LES SITES DE CHATEAUX ET DE LIEUX FORTIFIÉS EN HAUT-POITOU AU MOYEN AGE <==.... ....==> L’Abbaye et l’église de Sainte Croix - Ville Basse D'ANGLES-SUR-L'ANGLIN

 


(1) La Malvoisine captée par quelques fissures du calcaire ne coule qu'exceptionnellement ce qui a permis d'établir la route et des maisons dans son cours inférieur.

 (2) C'est peut-être cette passerelle (plutôt qu'un pont-levis au sens strict) qui est signalée à l'extrémité de l'enceinte par les visiteurs-experts du 2 novembre 1652 (GAILLARD H., Angle-sur-l'Anglin, Poitiers, 1926). On ne peut en effet reconnaître l'emplacement d'un pont-levis au-dessus de la « Tranchée des Anglais » dans l'état actuel de la poterne.

(3) Dans la seconde hypothèse on pourrait la considérer peut-être comme un mégalithe préhistorique.

(4) Cette cavité peut-être déjà responsable de l'effondrement du chevet de la chapelle est-elle à l'origine de la légende selon laquelle les mineurs anglais auraient taillés la tranchée qui porte leur nom ?

(5) ARBOVAL H. (d'). Angles-sur-l'Anglin, Tours, 1914.

(6) Dictionnaire topographique de la Vienne de Redet.

(7) Depuis la rédaction de cette note la découverte d'une tour ronde, en petit appareil rectangulaire masquée par la végétation et prise dans la maçonnerie au pied de la muraille nord-est entre la porte du Château et la « Tour aux Oignons » atteste d'une construction défensive proche de la pointe de l'éperon, dès les premiers siècles.

(8) L'isthme déjà coupé par la « Tranchée des Anglais » fut encore barré par un fossé taillé au pied du donjon vers le Sud, devant la porte. Actuellement comblé il est visible depuis la vallée au sommet de la falaise qu'il échancre.