Etude des voies de communications Poitou

Quels étaient donc ces chemins ? Le Guide de Charles Estienne mentionne parmi « les plus notables chemins » du Bas Poitou deux routes allant du port des Sables vers l'intérieur du royaume, une troisième qui, reliant les deux grands ports de la Rochelle et de Nantes, coupait les deux précédentes à Luçon et à Montaigu, et enfin une voie, par deux itinéraires assez rapprochés, reliant la Rochelle, Luçon, Loudun et Tours.

(Carte Le Haut et Bas Poictou. Par P. Duval Pierre  1619-1683)

Les routes partant des Sables étaient les vieux « chemins des saulniers » par où le sel, dont le Bas Poitou était gros producteur, était expédié dans la France centrale et au- delà. Celle du Nord, après avoir reçu à Palluau un autre chemin du sel venant de Noirmoutier et de l'île de Bouin par Beauvoir et Challans dans le Marais breton, évitait les pentes rapides du Bocage en faisant le tour par Montaigu, puis par Mallièvre, Mauléon (Châtillon-sur-Sèvre) et Argenton, se dirigeait vers Thouars et Loudun. Celle du Sud suivait un peu la côte par l'abbaye de Saint-Jean-d'Orbestier, gagnait Talmont, puis La Claye et Luçon, grand centre religieux avec son abbaye et son siège épiscopal, gros marché de graines, de bestiaux et d'étoffes du pays. De là, sur des levées du Marais poitevin on se dirigeait vers Fontenay-le-Comte par un itinéraire allongé, mais qui était commun avec la route de la Rochelle à Nantes sur une partie du trajet, et sur une autre avec celle de Tours à la Rochelle par Fontenay ; la route passait l'achenal de Luçon sur le pont de la Charrie, et suivait les digues par Chaillé, Aisne et Vouillé pour arriver au Gué de Velluire sur la Vendée ; de là on longeait la rivière sur sa rive gauche jusqu'à Fontenay, par Velluire et Boisse ; petit chemin, d'ailleurs, mauvais chemin aussi à travers des prés inondés et auquel on préféra, de tout temps, la rivière elle-même. De Fontenay, la route 'continuait vers l'Est par Niort et Poitiers.

Le trajet de la route transversale de la Rochelle à Nantes est moins bien établi.

En réalité, deux routes partant de la Rochelle en direction du Nord traversaient le Marais poitevin, avec des tracés que nous qualifierions volontiers de capricieux, si nous ne savions que tout chemin de terre dans cette région pleine d'eau est établi sur la levée d'un canal ou d'un fossé. Les deux routés en question aboutissaient à Luçon. L'une suivait le littoral par Saint-Xandre, Villedoux, l'île de Charron et entrait en Bas Poitou après le gué du Braud. Ce gué « ferré » — c'est-à-dire pavé — sur la Sèvre Niortaise était praticable à basse mer seulement et, lors des hautes eaux d'hiver, on y avait, dit-on, de l'eau « jusqu'aux fesses » (1). Après le Braud, la route traversait l'achenal de la Bardette, passait à Sainte-Radegonde et à Champagne pour arriver à Luçon.

La seconde route était un peu plus à l'intérieur ; ayant quitté l'autre après Saint-Xandre, elle gagnait le gros bourg et port de Marans, longeait la levée du Sableau, traversait le canal des Cinq-Abbés, où elle croisait la route de Luçon à Fontenay, passait à Çhaillé, et de là courait vers le Nord à Moreilles : c'est presque le trajet de la route nationale actuelle n° 137 qui passe à une lieue à l'Est de Luçon, puis à Sainte-Hermine, Chantonnay, Saint-Fulgent, Montaigu et Nantes.

Luçon était aussi — toujours d'après Charles Estienne, et les chemins ont subsisté — le terminus de deux routes qui venaient de Loudun. Celle qu'il appelle « le plus long chemin » passe par Thouars, Coulonges-Thouarsais, Saint-Porchaire, Bressuire, la Forêt, Menomblet, Mouilleron etThiré, itinéraire presque rectiligne et passablement accidenté.

L'autre est dite « le plus droit et le plus court chemin de Loudun à Luçon », et on ne voit pas bien ce qui lui vaut ce titre ; elle se confond avec la précédente jusqu'à Bressuire ; de là elle fait un tour par Saint-Mesmin, Tillay, Sigournais, Chantonnay, les Moutiers-sur-le-Lay, Bessay et Luçon (2).

 

Non moins bizarre, au moins quant à ses points de départ et d'arrivée, est la route dite de Thouars à Talmont ; notons toutefois, en passant, qu'elle unit deux terres qui sont aux mains de la famille de la Trémouïlle. Cette route passe par Bressuire, Saint-Mesmin, Pouzauges, Puybéliard, Chantonnay. Bournezeau, Thorigny, Saint-Florent, le Tablier, les Moutiers-les-Mauxfaits, la Guignardière, la Grange et Talmont.

Le chemin de Tours à la Rochelle, par Chinon, Moncontour et Airvault entrait en Bas Poitou à Parthenay (3) ; par Azay-sur-Thouet, Vernou, l'Absie, le Breuil-Barret, la Châtaigneraie, Vouvant et Bourneau, elle arrivait à Fontenay par la porte Saint-Michel, et, delà, continuait sur la Rochelle après avoir traversé la Vendée sur le vieux pont des Sardines.

Il y avait deux routes de Poitiers à Nantes, dont une seule est notée par Charles Estienne. Celle-ci était dite « le grand chemin de la Chaussée » et suivait la voie romaine par Vouillé et Ayron, traversait le Thouet à Parthenay, passait à Saint-Loup et à Saint-Varent, entrait dans Thouars en franchissant de nouveau le Thouet sur le vieux pont, y rencontrait et suivait la route des Sables à Tours par Montaigu, et dans cette dernière ville rejoignait la route de la Rochelle à Nantes.

 Le Tableau des routes de la Généralité de Poitiers aux XVIIIIe  siècle (4), l'Etat des chaussées, routes et ponts et la Carte de Cassini au XVIIIe siècle donnent un autre «chemin de Nantes à Poitiers » par le pays des Mauges (Baupréau, Cholet), Châtillon-sur-Sèvre, Bressuire, Faye-l'Abbesse, puis après avoir franchi le Thouet, Airvault, Jarzay.Vouzailles, Cissé et Moulinet. De Bressuire un embranchement se dirigeait vers le Sud par Moncontant, Saint-Pierre-du-Chemin, la Châtaigneraie, Puy-de-Serres, Coulonges-sur-l'Autize où cette route quittait le Bas Poitou, Villiers-en-Plaine, chemin de Nantes à Niort, qui sera abandonné après 1772 pour l'itinéraire passant par Fontenay.

Cette ville était sous l'Ancien régime le centre le plus important du Bas Poitou. Au contact des trois terroirs différents d'aspects et de ressources, le Bocage producteur de bois, de seigle, de lin et de laine, le Marais poitevin riche en blé et en légumes, en poissons, en chevaux et en mulets, la Plaine avec ses immenses champs de blé, Fontenay était un lieu d'échanges, à l'abri d'une forteresse élevée au XIe siècle par les comtes de Poitou pour tenir en respect leurs turbulents vassaux.

Place forte, lieu de foires célèbres où venaient des marchands flamands, piémontais et espagnols, chef-lieu administratif aussi avec une cinquantaine d'officiers de justice et de finances, c'était bien, comme on disait, la « Capitale du Bas Poitou » (5), et comme telle carrefour de voies de communication bien avant les grandes routes construites à la veille de la Révolution. De Fontenay partaient trois chemins yers la Loire au Nord, deux vers l'Océan à l'Ouest, deux vers le Sud, un vers l'Est.

La route de Saumur partait de l'extrémité du faubourg des Loges, à la barrière dite alors de Saumur, aujourd'hui celle de Parthenay ; par Foussais, Puy-de-Serre, l'Absie, Pitié, Boismé, Faye-l'Abesse elle gagnait Thouars, puis Saumur.

La route de Châtillon sortait de la ville à la poterne et au moulin du château, suivait la vallée de la Vendée par le moulin de Pilorge jusqu'à l'Orbrie ; de là elle grimpait la pente abrupte jusqu'à Pissotte, empruntait la route de la Rochelle à Tours jusqu'à la Châtaigneraie où elle la quittait, puis par Réaumur, le pont de la Pommeraye sur la Sèvre Nantaise, montait vers Châtillon et de là par les Echaubrognes et le pays des Mauges arrivait à la Loire sur la route d'Angers.

La route de Nantes sortait de Fontenay par le faubourg du Bédouard, cheminait en zigzags vers Sérigné, L'Hermenault, Chantonnay, puis en droite ligne par Saint-Fulgent Montaigu, Aigrefeuille et Pont-Rousseau. Comme tous les chemins de Bocage souvent à peine tracés sur la roche dure, ces routes avaient des profils accidentés ; sur un trajet de vingt lieues entre Fontenay et Thouars, on passait de 6 mètres d'altitude sur la Vendée à cent mètres à Saint-Michel-le-Cloucq à moins d'une lieue ; à l'Absie on atteignait 280 mètres, pour retomber à Thouars à 35. Entre Réaumur et la Pommeraye on passait non loin du Mont Mercure, qui cote 285 mètres, pour descendre en moins de deux lieues à 180 mètres sur la Sèvre Nantaise.

On connaît les routes vers La Rochelle et vers les Sables, la première mal assise et étant devenue inutilisable quand, au début du XVIIIe siècle, la marine exploita les forêts du Bocage.

Du côté du Midi, Fontenay était relié à Surgères et à Courson par deux routes établies en plein Marais. La première quittait la route de La Rochelle au Gué de Velluire, d'où filant droit vers le Sud elle atteignait la Sèvre Niortaise, franchie au bac du Petit-Thairé, puis Thairé-le-Fagnoux, Saint-Jean-de-Liversay, Saint-Sauveur-de-Nouaillé, le Gué d'Alleré et Surgères.

La route de Courson commençait à Maillezais, passait la Sèvre près de Maillé (bac) puis se dirigeait sur la Ronde, Margot et Doret, comme le G. C. 16 d'aujourd'hui. A Courson en Aunis on arrivait sur la route de la Rochelle à Niort (6).

La route directe de Fontenay à Niort et à Poitiers avant 1772 quittait la capitale du Bas Poitou au pont des Sardines, passait devant l'Hôpital (7) après avoir traversé à gué les bras de la Vendée, longeait la Prairie où se tenaient les foires, puis par PuySec, Souil, Saint-Pierre-le-Vieux, la Porte de l'Isle, atteignait l'Autize et son marais. Pour franchir cet obstacle, on avait construit un pont à Oulmes, en terrain plus solide. Ce pont d'Oulmes, sans doute très ancien en raison de l'importance de la route, qui vient des Sables, est désigné sous le nom de pont d'Houme, d'Houmée ou même d'Hommes ; situé à un quart de lieue au Sud du pont actuel, il avait 92 toises (180 m.) de longueur, mais il était très étroit et on ne voit pas que la proposition de l'ingénieur du Cerceau en faveur de son élargissement (1611) ait été suivie d'effet (8).

Ce passage faisait décrire à la route un crochet vers le Nord ; elle revenait au Sud jusqu'à Bouille et continuait vers Benêt, gros bourg important par ses foires à bestiaux, et son grand commerce de ponnes à lessive (9), Saint-Liguaire avec l'étroite vallée de Torfou, Niort enfin où elle entrait sur la rive gauche de la Sèvre. Tracé dans le Marais, ce chemin était ordinairement mauvais, et, au départ de Fontenay, il y avait un embranchement par Fraigneau, le pont et le bourg d'Oulmes franchement dans la Plaine, amorce de la grande route rectiligne qui sera établie en 1772. Mais le tracé par le marais conduisait à Maillezais, gros bourg encore au début du XVIIe siècle, avec son abbaye de Bénédictins et son siège épiscopal dont il fut dépouillé en faveur de La Rochelle par Richelieu et que le tracé de la nouvelle route de Niort à Fontenay acheva de ruiner.

 

Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest

 

Gaule - Cartes Voies Romaines <==.... ....==> 2016 Nouvelle carte des Régions

==>RECHERCHES SUR LES SITES DE CHATEAUX ET DE LIEUX FORTIFIÉS EN HAUT-POITOU AU MOYEN AGE

==> Mortagne sur Sèvre fut un des premiers camps retranchés établis par César


 

1 D'après la Chronique du Langon, in Boissonnade, op. cit., p. 29, et Ch. Estienne, op cit., p. 211.

2. A signaler encore deux chemins parlant de Luçon : l'un vers 1 abbaye de Saint-Michel-en-L'Herm par Triaize et le Vignaud ; l'autre vers Talmont en suivant la côte par Triaize, Saint-Denis-de-Pairé, le pont en pierres sur le Lay près de Curzon et Saint-Benoît-sur-Mer, itinéraire allongé et, à cause des fondrières, dangereux.

3. délimitation entre le Haut Poitou et le Bas Poitou n'existe pas géographiquement. Un arrêt du Conseil du Roi du 26 avril 1670, rendu à la requête des deux lieutenants généraux pour le Roi dans la province, Pardaillan et Parabère, établit les limites de leur domaine au cours du Thouet, affluent de la Loire, et de l'Autize, affluent de la Sèvre Niortaise, l'Autize, dit l'Arrêt, « jusques au pont d Houmée » (d'Oulmes). le Haut Poitou à l'Est, le Bas Poitou à l'Ouest. On sait que la plus haute altitude de la province (Mont Mercure, 285 m.) se trouve en Bas Poitou.

4. Recueils poitevins in-4°, tome XVIII, fos 5-13: Tableau des routes de la Généralité — Spécialement pour le Bas Poitou, Arch de la Ville de Fontenay-le-Comte, Coll. B. Fillon (copies), tome II, f 201, tome V, f°s 75,415, 451 bis, 453, 545. 585, 601 ; corvées, tome V, P-211, 545, 593, 601.

5. R. Mémain, Fonlenay-le-Comte, capitale historique du Bas Poitou, et sa région, in le Centre-Ouest de la France, encyclopédie régionale illustrée, Paris, 1926, in-8, p. 525-534. — Almanach provincial et historique du Poitou, 178Î, Poitiers, Faulcon et Barbier, in-12, p. 202 — Le Guide des chemins de France, note (p. 210) l'importance des foires de Fontenay.

6 La route de la Rochelle à Niort passait alors par Dompierre, Nuaillé, Gourçon, la Grève d'où ou passait en bac à la Névoire, puis Saint-Hilaire-la-Palud, Amure, Sansais, Frontenay-1'Abattu et le pont de la Guirande, itinéraire un peu plus court que celui qui fut tracé plus tard par Mauzé.

7. Aujourd'hui Gourde l'Ancien Hôpital.

8. hist. du Poitou, tome XXXI,p. 384. — Boissonnade, op. cit., p. 74.

9. Almanach provincial, déjà cité, p. 101.