Foulques Nerra Cie Capalle Château de Tiffauges

Parmi les possessions qui furent ainsi enlevées à Saint-Florent se trouvait une forêt située dans les paroisses de Saint-Lambert-des-Levées et de Saint-Martin-de-Ia-PIace.

Cette forêt avait complètement changé d'aspect depuis qu'elle était arrivée entre les mains des moines. Des champs couverts de riches moissons, des prairies où paissaient de nombreux troupeaux avaient remplacé les broussailles incultes qui recouvraient alors la majeure partie de la Vallée Angevine. Attirés par les abbés du monastère, de nouveaux vilains ou paysans se présentaient chaque jour pour recevoir une portion de terrain qu'on leur donnait à défricher et dont on leur abandonnait le revenu moyennant une redevance fixe et peu onéreuse. La prise de Saumur arrêta le cours de ce progrès.

Un des premiers soins de Foulques Nerra, lorsqu'il se fut rendu maître du Saumurois, avait été de le donner à son fils ainé, comme font presque toujours fait les conquérants à l'égard des provinces gagnées par les armes.

Geoffroy Martel était à peine âgé de dix-huit ans (19) lorsqu'il devint seigneur et prince d'une riche contrée et d'un redoutable château. On conçoit facilement l'empressement avec lequel il prit possession de la nouvelle dignité qui devait lui permettre de satisfaire des goûts de luxe et de domination que son père avait déjà bien de la peine à contenir (20).

Cependant pour établir son autorité, pour s'attirer le respect et la considération que donnent toujours une bonne armée et une cour splendide, ce qu'il faut surtout à un prince, c'est de l'argent et beaucoup d'argent même.

Au moyen-âge il n'y avait pas de listes civiles richement dotées. On ne connaissait même pas d'impôts régulièrement établis. Il n'existait alors, pour le suzerain comme pour le vassal, que des revenus et des droits foncier et immobilisés, dont les coutumes féodales réglaient la transmission.

Le plus clair et le plus positif de la fortune des princes et des seigneurs, consistait dans le produit de la confiscation et du pillage. Les fréquentes révoltes des tenanciers rendaient ce genre d'impôt très productif. A la moindre mésintelligence qui éclatait entr'eux, le suzerain commençait toujours par s'emparer de vive force des fiefs et revenus de son vassal ; et il les faisait tourner à son profit, soit en les gardant entre ses mains, soit en les distribuant aux chevaliers (21) qui avaient su capter ses bonnes grâces ou qui s'étaient recommandés à lui par leur fidélité et par leur courage.

En nommant son fils seigneur de Saumur, Foulques Nerra n'avait pas laissé à sa disposition tous les biens des barons auxquels leur dévouement envers le comte de Blois avait valu une mort ignominieuse. En outre la meilleure partie des richesses mobilières de Saumur avait péri dans l'incendie du château. Il ne restait donc à Geoffroy Martel, pour faire face aux dépenses qu'entraînait sa nouvelle position, que des ressources tout à-fait insuffisantes.

Pressé par le besoin, comme le dit notre charte (22), et ne sachant à quelle bourse puiser, il songea aux moines de Saint-Florent. Il se rappela leur grande amitié pour les comtes de Blois, et il voulut, en cette considération, leur faire supporter une partie des charges qu'il se proposait d'établir sur ses sujets du Saumurois.

Geoffroy commença par exiger des paysans qui avaient des champs et des prés dans la foret de Saint-Lambert, la moitié des fruits qu'ils en retiraient. Il défendit ensuite d’en défricher désormais aucune partie parce qu'il se la réservait pour sa chasse. Un des abbés, nommé Frédéric, était cependant parvenu à le fléchir et à faire reconnaître les droits du monastère de Saint Florent. Cet abbé étant mort en 1055, Geoffroy, devenu comte d'Anjou (23) s'empara de nouveau du bien de l'abbaye avec la ferme résolution de ne plus s'en dessaisir. « Je ne pèche pas par ignorance, mais par nécessité, » répondait-il à Sigon, successeur de Frédéric, qui le suppliait de ne pas enlever aux pauvres de l'église et du monde le fruit de leur travail et les terres qui les faisaient vivre. Faute de mieux, Sigon insistait pour avoir au moins la dime des défrichements enlevés par le comte; celui-ci persista dans ses refus. « A quoi bon, disait Geoffroy, payer la dîme sur des domaines enlevés à l'abbaye, puisqu'il ne m'en sera pas tenu compte au ciel ? »

Pressé par les sollicitations et par les prières des moines, il leur restitua cependant les terrains défrichés. Enfin, lorsque voyant approcher son heure dernière, il prit, comme son père, l'habit de moine dans l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers, il abolit toutes les coutumes établies sur les terres des religieux de Saint Florent, recommanda expressément à son héritier de les remettre en possession du reste de la forêt ainsi que de tous les autres biens qu'il leur avait enlevés, et maudit ceux de ses successeurs qui violeraient cet ordre (24)

Geoffroy Martel étant mort sans postérité, le 14 novembre 1061, Geoffroy le Barbu, fils de sa soeur Ermengarde, lui succéda dans le comté d'Anjou.

Le nouveau souverain se montra d'abord dispose à accomplir les volontés de son oncle. Il les exécuta même en plusieurs points ainsi que l'attestent les chartes du Livre Noir (25) Malgré son vif désir il ne peut, dit-il lui-même, rendre à l'abbaye les terres situées dans les environs de Saumur, parce que Geoffroy Martel les a données, avec le château, en douaire à sa femme Adèle. Aussitôt que l'usufruit de cette dernière aura cessé, le nouveau comte opérera la restitution à laquelle il s'engage de la manière la plus formelle (25).

Ce moment ne tarda pas à arriver, mais alors Geoffroy avait changé d'avis. Entraîné par de perfides conseils, il refusa de rendre aux moines la forêt proprement dite et il s'empara même de la moitié du revenu des terres qui en avaient été démembrées.

Gelduin, prétendait-il, avait jadis possédé cette partie de la forêt de Saint-Lambert, et cette moitié des récoltes. De lui elles étaient passées à Foulques Nerra et à Geoffroy Martel, par suite de la conquête du Saumurois. Dans cette transmission, le comte d'Anjou n'avait du perdre aucun de ses droits. Le changement de suzerain ne pouvait pas servir de titre de propriété à ceux qui avaient envahi le domaine ou fisc seigneurial. A ces allégations les moines répondirent qu'ils avaient toujours possédé la forêt de Saint-Lambert dans son entier et sans que Gelduin et Foulques vinssent y réclamer aucune part. Si ces derniers avaient pu faire valoir la moindre prétention, l'abbaye n'aurait jamais eu la liberté de défricher un seul arpent. Les seigneurs féodaux n'auraient pas, à coup sur, consenti à sacrifier le plaisir que leur procurait la chasse, même en considération des avantages qui devaient résulter pour le pays de la production d'abondantes récoltes (26). Gelduin n'aurait pas été plus tolérant à cet égard que Foulques Nerra lui-même. Cependant Geoffroy le Barbu ne voulut pas se rendre à ces raisons. Il ne tint aucun compte des nombreux témoignages qui venaient confirmer les assertions des moines, et ce fut inutilement aussi que Sigon réclama de nouveau auprès de lui pendant plus d'une année, faisant tour à tour appel à son respect pour la mémoire de son oncle, à sa justice et à sa piété.

 Pendant ce temps les vassaux des moines restaient en butte aux vexations des forestiers du comte. Les broussailles gagnaient le terrain cultivé et les moissons devenaient la pâture des bêtes fauves avant même d'être parvenues à leur maturité. Cet état de choses était intolérable pour les moines comme pour leurs paysans. Il n'était personne qui ne le proclamât à Saint Florent comme à Saint-Lambert-des-Levées et à Saint Martin de la Place ; mais comment faire cesser le mal ? comment obliger le comte d'Anjou à lâcher sa proie ? Tout ce qu'on avait tenté auprès de lui avait été inutile. Il avait obstinément refusé aux moines de leur rendre la justice qu'il leur devait comme à ses sujets immédiats. Nulle cour judiciaire, soit laïque soit ecclésiastique, n'était assez forte ou assez courageuse pour condamner un spoliateur que les lois humaines ne pouvaient atteindre jusque sur son trône féodal (27). L'intervention divine pouvait seule donner raison au faible contre le puissant du siècle.

A l'époque dont nous nous occupons, l'intervention divine dans les choses humaines était une croyance admise par l'opinion publique et consacrée par la législation que les conquérants Germains avaient importée avec eux dans les Gaules. Quand on ne pouvait pas faire reconnaître son droit par un tribunal jugeant sur pièces et sur enquête, on offrait à sa partie adverse le jugement de Dieu.

Ordalie ou le jugement de Dieu au moyen-Age (Abbaye Saint-Florent de Saumur sous Foulques Nerra et Geoffroy Martel)

Le défendeur ne pouvait refuser de s'y soumettre sans par cela même s'avouer coupable.

Ce jugement se faisait de quatre manières différentes. Le duel ou la bataille en champs-clos, l'épreuve du fer rouge, celles de l'eau froide et de l'eau bouillante ont été pendant sept cents ans (28) les moyens par lesquels l'ignorance et la superstition faisaient appel à la justice divine.

Les seigneurs féodaux comme les communautés religieuses avaient à leurs gages des champions richement payés et dressés à subir chacune de ces procédures. On attribuait le résultat qu'ils obtenaient à la divinité elle-même et on la rendait ainsi responsable de faits qu'il était beaucoup plus simple et plus raisonnable de rapporter à la force, à l'adresse et à la supercherie de ceux qui figuraient dans ces diverses épreuves.

Quoi qu'il en fût de la bonté de ce genre de décision, la ressource du jugement de Dieu était la dernière qui se présentât aux moines de Saint-Florent, et ils n'hésitèrent pas à en profiter.

Parmi les serviteurs de l'abbaye, se trouvait un nommé Gosselin surnommé Crusuin ou Crusvin. Gosselin était très avancé en âge. Il avait presque perdu l'usage de ses yeux et ne pouvait plus se mouvoir qu'avec peine. Si la vieillesse n'avait pas exercé sur lui autant de ravages il se serait, dit la charte de Saint-Florent, présenté avec confiance pour rendre manifeste le jugement de Dieu.

Gosselin savait en effet à quoi s'en tenir sur les droits des religieux. Son père avait été gardien de la forêt de Saint-Lambert pour l'abbaye. Il avait vu lui-même, dans sa jeunesse, les moines diriger le défrichement d'une partie de cette forêt : il pouvait donc, sans aucun scrupule, porter témoignage que jusqu'à la prise de Saumur le monastère l'avait possédée en pleine sécurité.

A son défaut, les moines avisèrent un autre champion auquel son âge et sa force devaient permettre de subir avantageusement (29) l'épreuve qui serait choisie. Aucher avait souvent entendu parler de ce qui s'était passé autrefois pour la forêt de Saint-Lambert. Il avait fini par devenir aussi convaincu des droits des religieux que Gosselin l'était lui-même. Les assurances et les promisses de ces derniers ne firent qu'augmenter encore la conviction d'Aucher. La misère des laboureurs, parmi lesquels il comptait sans doute des parents, lui faisait d'ailleurs désirer le retour de l'ancien état de choses. Ce fut donc sans peine qu'il se rendit à la proposition des moines et consentit à se soumettre pour eux au jugement de Dieu.

Quand le monastère se fut ainsi pourvu d'un champion, l'abbé Sigon et quelques-uns de ses frères revinrent trouver le comte à Angers. Ils réclamèrent de lui la restitution des biens dont nous avons déjà parlé, protestèrent de leur bon droit et offrirent de le prouver par le jugement de Dieu. Le comte, suivant la coutume, fut obligé d'accueillir cette dernière proposition. Il ne lut resta plus qu'à choisir le genre d'épreuve et à fixer le jour et le lieu où elle devait se faire.

Geoffroy le-Barbu se prononça pour l'épreuve de l'eau bouillante. Il décida qu'elle aurait lieu le dimanche 30 juillet 1066 dans l'église cathédrale d'Angers.

Dès le jeudi 27 de ce mois, les moines de Saint Florent se rendaient en grande pompe de l'abbaye de Saint-Aubin (30), dans laquelle ils avaient reçu l'hospitalité, à l'église de Saint-Maurice.

Au milieu d'eux on remarquait un homme dont la physionomie rustique et les vêtements formaient un frappant contraste avec l'extérieur de ceux qui l’accompagnaient. Cet homme était le champion Aucher. Il était entièrement habillé en étoffe de laine; il avait la tête et les pieds nus. Dans ce costume, conforme en tout point au cérémonial (31) prescrit pour le jugement de Dieu, il venait se soumettre au régime, à la surveillance et aux prières qui devaient le rendre digne de la mission dont on l'avait chargé et empêcher que les parties intéressées n'employassent quelque moyen frauduleux pour assurer le gain de leur cause.

Aucher et les moines de Saint-Florent furent reçus à la grande porte de la cathédrale d'Angers, par le doyen et par son chapitre. Le champion fut immédiatement placé sous la garde de six personnages qui ne devaient plus le perdre de vue jusqu'à ce que le jugement fût devenu définitif. Les trois gardiens nommés par le monastère de Saint-Florent étaient Otbranne, abbé de Saint-Aubin, Geoffroy et Regnaud, archidiacres de l'église d'Angers.

Le comte était représenté par Beruon le viguièr, Robert le prévôt et Guillaume le Normand, celui-ci familier, ceux-là officiers de Geoffroy le Barbu.

On commença par faire jurer à Aucher qu'il n'avait sur lui aucun talisman, et qu'il n'avait employé aucun sortilège capable de lui rendre l'épreuve favorable. On lui fit ensuite entendre une messe, puis on le conduisit dans la partie du cloître de Saint-Maurice qu'il devait habiter pendant sept jours. Du jeudi au dimanche il devait assister à toutes les messes et à toutes les heures qui seraient célébrées dans l'église cathédrale. Ces nombreuses dévotions devaient nécessairement le soumettre à un jeune sévère. Jusqu'au moment de l'épreuve on ne donnait au champion, pour sa nourriture quotidienne, qu'une jointée d'orge, une poignée de cresson, un peu de sel et de l'eau à discrétion. La partie perdante ne pouvait pas, on le voit, attribuer le succès de son adversaire au régime fortifiant qu'on avait fait suivre au champion. Quant aux gardiens, on n'exigeait pas d'eux une abstinence aussi sévère. Leur charge était déjà trop pénible pour qu'on cherchât encore à l'aggraver.

Aucher ayant rempli les formalités qui lui étaient prescrites, et les moines de Saint-Florent, d'une part, le comte d'Anjou, de l'antre, persistant dans leurs prétentions respectives, il ne resta plus qu’à accomplir le jugement de Dieu.

Le dimanche 3o juillet, une foule immense se pressait aux abords de la cathédrale d'Angers et cherchait à pénétrer dans l'intérieur de l'église. C'était en effet un spectacle curieux et imposant que la cérémonie dont on faisait les préparatifs. Dans le choeur se pressaient les dignitaires du chapitre de Saint-Maurice, et des principales communautés religieuses de la ville.

L'une des ailes était occupée par le comte d'Anjou et par ses officiers, l'autre par les moines de Saint-Florent et par leurs amis. Enfin la nef avait été envahie par les habitants de la ville et par ceux des campagnes voisines, lotis, dans un profond recueillement et avec une sorte de crainte, portaient leurs regards vers le milieu du temple. Tous avaient les yeux fixés sur un bûcher au-dessus duquel était placée une chaudière d'airain remplie d'eau.

A un signal donné, Aucher et ses gardiens eut tout dans la cathédrale par la porte qui communique avec le cloître. Ils s'avancent jusqu'au milieu de l'église, s'arrêtent un instant devant la chaudière, l'examinent avec attention, en font le tour et se dirigent ensuite vers le choeur. A leur approche le clergé se resserre pour faire place aux nouveaux venus. Le doyen du chapitre reste seul devant l'autel avec ceux qui doivent l'assister dans la célébration du service divin. Les trois témoins de Saint-Florent se rangent d'un coté, les trois témoins du comte de l'autre. Aucher s'arrête en avant des marches de l'autel.

Le doyen s'avance vers lui et lui demande ce qu'il vient faire dans l'église. Alors Aucher s'agenouille et, levant sa main droite vers le tabernacle, il dit à haute voix : « Je viens jurer que le monastère de Saint-FIorent a toujours été seul et unique propriétaire de la forêt de Saint-Lambert-des-Levées, et de Saint-Martin de la Place. C'est injustement que le seigneur comte d'Anjou se l'est attribuée avec les terres que les moines y ont fait défricher; et si le seigneur comte ne veut pas reconnaître le droit de l'abbaye, je prouverai ce droit par le jugement de Dieu et par l'épreuve de l'eau bouillante. »

Les mandataires de Saint-Florent sont alors interrogés par le doyen. Ils attestent qu’Aucher se présente au nom du couvent dont la cause est liée à son propre sort. Interpellés à leur tour pour savoir s'ils veulent reconnaître la vérité de ce qu'on avance, les officiers du comte refusent de l'admettre. Aussitôt le doyen se tourne vers la nef en disant : « Que Dieu soit donc votre juge; car lui seul sait distinguer le juste de l'injuste! »

Alors, et pour appeler l'intervention du Seigneur, on se prépare à la célébration du service divin. Le doyen fait agenouiller Aucher et il s'agenouille lui-même pour dire les prières prescrites par le rituel. Les oraisons terminées, tous deux se lèvent et le prêtre se met a chanter la messe. Il fait ensuite l'offrande. Le moment de la communion étant arrivé, il apostrophe le patient en ces termes : « Homme, je t'adjure parle Père, le Fils et le Saint-Esprit, par la foi chrétienne dans laquelle tu as été élevé, par la Sainte-Trinité que tu confesses et par les saintes reliques qui sont dans ce temple, de ne pas être assez téméraire pour t'approcher de ce saint autel et pour recevoir cette communion sacrée si tu sais que les assertions faites au nom du comte sont vraies ! «

Aucher ayant répondu que ces assertions étaient fausses et que les siennes seules étaient véridiques, le prêtre s'approcha de l'autel et y communia. Il présenta ensuite la sainte hostie à Aucher en lui disant : « Ceci est le corps et le sang de notre seigneur Jésus-Christ. Qu'il serve aujourd'hui à prouver ton bon droit !

La messe terminée, le doyen fit prendre la croix et l'évangile. Il prit lui-même l'encensoir et l'aspersoir et se rendit à la chaudière. Lorsqu'il y fut arrivé, il jeta de l'eau bénite sur Aucher et lui en fît boire quelques gouttes. Il conjura ensuite l'eau contenue dons la chaudière, l'aspergea aussi et l'encensa à plusieurs reprises. Enfin, il prit la main droite d'Aucher, leva jusqu'au coude la manche qui recouvrait son bras, lui fit embrasser la croix et l'évangile, et le sanctifia de nouveau par l'eau bénite. Ces préliminaires terminés, il mit le feu au bûcher dressé sous la chaudière. Tandis que la flamme s'élevait il fit de nouvelles, admonestations au patient qui lui répondait en prononçant les prières; puis quand elles eurent été dites, le doyen jeta dans le vase une pierre qu’Aucher devait en retirer. Cette pierre représentait en quelque sorte la propriété qui devait être saisie par le mandataire de Saint-Florent au fond de la chaudière.

Il était arrivé maintes fois qu'au moment de se soumettre à l'épreuve judiciaire, l'aspect imposant de la solennité, les fréquentes invocations que l'on adressait au Tout-Puissant, la bonne contenance de la partie adverse et enfin la perspective des peines corporelles et spirituelles auxquelles le parjure devait être soumis, ébranlaient le courage de ceux qui n'étaient pas intimement convaincus de leur bon droit (32). On cherchait alors à transiger avec celui contre lequel on était eu cause. Cette transaction était d'autant plus facile que le défendeur ne se considérait pas toujours comme sûr du succès.

Souvent il devenait lui-même plus disposé à faire la paix à mesure que l'instant solennel approchait, et que la contestation allait être tranchée de la manière la plus absolue. Lorsque ce dernier se refusait à tout arrangement, il ne restait plus à celui qui avait demandé l'épreuve qu'à se mettre à la merci du défendeur (33) et à s'avouer vaincu, ou bien à affronter malgré sa conscience les effets de la justice divine.

Les mandataires de Saint-Florent et celui qui se présente pour eux n'éprouvent ni cette hésitation ni cette crainte. La chaudière commence à peine à exhaler une vapeur humide qu'ils invitent le doyen à donner le signal pour qu'Aucher accomplisse le jugement. Les gens du comte s'y opposent aussitôt. L'eau, disent-ils, n'est pas arrivée à une température assez élevée pour que l'épreuve puisse être valable. Loin d'être bouillante, comme le prescrit la loi de l'ordéal, c'est à peine si elle est tiède. Si donc on ne veut pas lui laisser atteindre le degré de chaleur qu'elle doit avoir, les gens du comte se retireront, afin de ne pas être complices d'une injustice aussi évidente. Les fondés de pouvoir de Saint-Florent ont beau assurer que l'eau est aussi chaude que le veut la loi, ils ne font que provoquer une longue réplique pendant laquelle la chaudière se met en pleine ébullilion. Le but des officiers de Geoffroy le Barbu se trouve ainsi atteint. Victimes de cette manoeuvre, les moines sont obligés de subir la volonté de leurs adversaires. Ils se consolent du moins en disant que le degré de chaleur ne peut n'eu faire contre la puissance divine.

Dieu ne sait-il pas aussi bien brûler le coupable dans l'eau froide que maintenir le juste sain et sauf dans l'eau bouillante?

Forts de leur bon droit et pleins de confiance dans la justice céleste, les religieux pouvaient avoir cette conviction; mais la foule du peuple, qui ne les quittait pas des yeux et qui ne perdait pas une seule de leurs paroles, ne partageait pas cette assurance. De nombreux exemples concouraient à augmenter les craintes qu'inspirait le sort d'Aucher. On citait, il est vrai, un assez grand nombre de cas dans lesquels celui qui avait affronté le jugement de Dieu était sorti sain et sauf de l'épreuve; mais on se rappelait aussi que l'eau bouillante avait souvent exercé les ravages les plus terribles sur le champion d'une mauvaise cause (34)

Dans la foule des spectateurs appartenant à la classe laborieuse, il n'y avait qu'une voix en laveur des moines de Saint-Florent. La cause du peuple était alors intimement liée à celle île l'église et surtout à celle des abbayes. Des deux ordres qui concentraient entre leurs mains la richesse et le pouvoir, le clergé était le seul qui sût rendre son joug supportable. Les vassaux, les serfs même trouvaient en lui un maître souvent juste et presque toujours humain dans l'exercice de son pouvoir. Avec les seigneurs féodaux au contraire, il n'y avait que des devoirs rigoureux et cruels (35).

Le droit n'était qu'un vain mot dont le suzerain se jouait au milieu de ses hommes d'armes ou derrière les murailles de son donjon. Le clergé d'ailleurs favorisait l'agriculture par la stabilité des concessions de terrains qu'il donnait aux laboureurs à des conditions très modérées (36). En cherchant à accroître ses richesses et à tirer parti de ses immenses propriétés, il contribuait puissamment à l'amélioration de la condition humaine. Il avait commencé par creuser la terre avant de se vouer uniquement à la contemplation, à la prière et à l'élude. A l'époque dont nous nous occupons, les moines étaient encore les chefs de ces travailleurs qui ont rendu le sol fertile de l'Anjou à sa véritable destination. Les seigneurs au contraire semblaient mettre tous leurs soins à arrêter ce progrès. La terre ne produisait pas assez vite pour des hommes qui trouvaient dans le brigandage impuni un moyen de satisfaire leur avidité et de subvenir à leurs folles dépenses. L'agriculture était encore alors impitoyablement proscrite du voisinage des châteaux (37).

C'était sur la cime d'une roche inculte ou au milieu de forêts pleines de gibier que le baron du moyen-âge voulait vivre. La féodalité semblait avoir déjà le sentiment que ses épaisses armures et ses formidables murailles devaient tomber en éclats sous la bêche du laboureur.

Entre ces deux dominations, qui se partageaient le monde chrétien, le choix ne pouvait donc être douteux de la part de la classe exploitée.

Avant tout il fallait vivre. Il fallait éviter les horribles famines. (38) qui se représentaient tous les vingt-cinq ou trente ans et réduisaient l'homme à disputer aux bétes sauvages l'herbe des campagnes (39) et les jeunes pousses des arbres. Il n'est donc pas surprenant que dans le procès qui nous occupe, la crainte de voir succomber les religieux de Saint-Florent ait arraché des larmes à ceux qui, sous leur empire, pouvaient du moins se procurer le strict nécessaire pour eux comme pour leur famille.

Cependant le signal du jugement de Dieu est enfin donné. Les prêtres font monter jusqu'au ciel leurs citants religieux et leur encens. Tous ceux qui remplissent l'église sont agenouillés ; tous dans un profond recueillement joignent leurs prières à celles qui partent de l'autel. Les six témoins de l'épreuve restent seuls debout au milieu de l'église. Quand ils se sont placés autour de la chaudière, Aucher s'avance vers l'eau sacrée. Il y plonge sa main droite jusqu'au coude et cherche au fond du vase la pierre que le doyen y avait jetée. Après l'avoir saisie, il retire sa main et la présente à l'assemblée en glorifiant le Seigneur.

Naguères courbées jusqu'à terre, comme pour l'adoration du saint sacrement, toutes les têtes se relèvent aussitôt. Tous les yeux cherchent à reconnaître quelle est la cause que Dieu a favorisée. Les amis de Saint-Florent voient avec un juste orgueil que la main d'Aucher n’a éprouvé aucune altération et qu'il ne paraît eu proie à aucune souffrance. Cependant le résultat n'est pas complet et il n'est pas encore temps de chanter victoire. Il ne suffit pas en effet qu’Aucher ait plongé son bras dans la chaudière sans que la chaleur de l'eau ait immédiatement exercé sur lui sa terrible influence. Le mal, pour ne pas être évident, peut néanmoins exister. Il ne s'est pas manifesté de suite, mais le moindre délai lui suffira pour se faire connaître. La loi du jugement de Dieu a fixé ce délai à trois jours.

Pour que la cause soit gagnée, il faut donc que le troisième jour la main du patient se trouve aussi saine qu'elle l'était avant l'épreuve. Alors seulement on pourra dire que Dieu s'est prononcé contre le comte d'Anjou et qu'il a proclamé le bon droit des moines de Saint-Florent.

Les formalités du jugement ne sont pas non plus accomplies parce qu'Aucher a saisi la pierre placée au fond de la chaudière. Cette opération terminée, il n'en reste pas moins sous la garde des trois chevaliers du comte comme sous celle des trois clercs qui représentent l'abbaye. Aucher et ceux dont il défend la cause chercheraient peut-être à détruire, ou tout au moins à atténuer, les symptômes du mal qu'il peut ressentir intérieurement. Les partisans du comte pourraient tenter, par quelque moyen criminel, de brider cette main épargnée par le feu sacré, ou de lui donner l'apparence des brûlures qui feraient condamner les moines. C'est là un double danger qu'il importe d'évités, et pour y parvenir on a recours aux moyens qui paraissent les plus infaillibles.

D'abord on soumet Aucher, pendant ces trois jours d'attente, à la surveillance la plus étroite. En outre, comme cette surveillance ne paraît pas à elle seule une garantie suffisante contre tous les genres de fraude, on enveloppe hermétiquement la main du patient avec des bandes de toile blanche. Les témoins de chacune des parties apposent ensuite leur sceau sur ce linge. Grâce à cette précaution il sera facile de reconnaître si l'on a combattu le résultat de l'épreuve. La moindre rupture dans le scellé prouverait que l'on a cherché à vicier le jugement de Dieu.

Trois jours après la scène que nous venons de rapporter, c'est-à-dire le mercredi 2 août 1066, le serviteur de Saint-Florent fut ramené, avec le même cérémonial, dans l'église de Saint-Maurice. Les six gardiens jurèrent qu'ils avaient fidèlement rempli leur mission. « Nul de nous, dirent-ils, n'a employé aucun remède ni aucun sortilège pour donner à la main d'Aucher une apparence autre que celle qui résulte du jugement de Dieu. » Aucher fit le même serment. Il montra sa main sur laquelle les sceaux se trouvaient dans un état qui justifiait cette double assertion. Quand le linge fut enlevé, on reconnut que la peau était saine et intacte. En outre la toile ne portait aucune trace de la suppuration qu'aurait causée la moindre brûlure. Les trois représentants du comte furent eux-mêmes obligés de l'avouer, à leur grande confusion. Le doyen de Saint-Maurice proclama alors que les moines avaient gagné leur procès, et la foule du peuple, qui était accourue plus nombreuse encore que le premier jour de l'épreuve, fit éclater librement ses actions de grâces et ses bruyantes acclamations.

Ce fut ainsi que l'abbaye de Saint-Florent recouvra la forêt de Saint-Lamhert-des-Levées et de Saint-Martin de la Place, telle qu'elle l'avait jadis possédée, avec ses anciens défrichements et avec la liberté d'en faire de nouveaux. Le comte d'Anjou, en demandant pardon aux moines pour le tort qu'il leur avait causé, leur restitua même les moissons qu'il s'était appropriées; et, pour qu'à l'avenir les droits de Saint-Florent ne subissent plus aucune atteinte, on les consigna dans une charte solennelle avec le récit sommaire des circonstances qui avaient précédé et accompagné le jugement de Dieu.

Dom Jean Huynes s'est borné à traduire cette pièce (40) dans son histoire de l'abbaye de Saint-Florent, encore s'est-il trompé en disant que l'épreuve eut lieu sur Goscelin Crusuin et non sur Aucher.

Bodin le père qui, dans ses Recherches sur l'Anjou, a fréquemment profité des travaux de Dom Huynes, parle aussi de ce jugement par l'eau bouillante (41), mais non sans commettre des erreurs assez graves. Il a, en effet, commencé par reproduire celle de son devancier relativement à Goscelin, qu'il nomme Gusnin et non Crustiin.il ajoute que l'épreuve eut lieu pendant la célébration de la messe, sans constater que cette messe faisait elle-même partie du cérémonial du jugement de Dieu. Enfin il termine en disant que le vieillard fut plongé nu dans une grande chaudière d'airain remplie d’eau chaude, qu'il ne se plaignit pas de ce qu'on faisait chauffer l'eau plus qu'à l'ordinaire, qu'il affirma son témoignage du font de la chaudière et en sortit sain et sauf. Ces erreurs, qui sont heureusement rares dans l'ouvrage de Bodin, nous ont engagé à donner le texte de la charte de Saint-Florent, afin que le lecteur puisse juger lui-même de l'exactitude de notre version. Nous la reproduisons ci-après (42) dans son entier, d'après l'original qui fait partie des archives de la préfecture de Maine et Loire.

 

Autres procès soumis au jugement de l’eau bouillante

Plusieurs autres chartes angevines constatent l'application du jugement de Dieu par l'eau bouillante, à des procès entre des religieux et des particuliers et même entre des moines et des chanoines. Celles que nous avons rencontrées sont au nombre de quatre. Les deux premières proviennent du chartrier de Saint-Nicolas d'Angers; la troisième a été extraite du cartulaire du Ronceray, et la dernière, relative à l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, existe en original dans les archives de la préfecture. …..

Nous nous bornons à donner la traduction littérale de ces documents, en reproduisant le texte latin à la suite de la charte à propos de laquelle nous avons parlé du jugement de Dieu.

Toutes ces pièces sont des chartes-notices. Elles sont émanées des moines et des religieuses qu'elles concernent, et qui y racontent eux-mêmes les faits dont les conséquences leur ont été si avantageuses.

Archives d'Anjou : recueil de documents et mémoires inédits sur cette province / publié sous les auspices du Conseil général de Maine-et-Loire par Paul Marchegay,

 

 

En Mil, Foulques Nerra s'empare de la forteresse du Diable de Saumur <==....

Recueils de Saint Florent: Livre noir, Livre blanc, Livre argent, Livre rouge.<==....


 

2 aout 1066

Adjudication aux moines de Saint Florent, en vertu du jugement de Dieu, épreuve de l’eau bouillante, de défrichements et de bois situés en Vallée, dans les paroisses de Saint Lambert des Levées et de Saint Martin de la Place, et que Geoffroy le Barbu, comte d’Anjou, détenait injustement

CH, n° 10321 ; DII, f. 82 v. OP ; SG, p. 37.

 

(19) D'après l'obituaire de Saint-Serge, Geoffroy était né le 14 octobre 1007. Foulques Xerra l'avait eu de sa seconde femme Hildegarde de Lorraine. Il fut surnommé Maricl, selon la chronique de Saint Florent, parce qu'il avait eu pour nourrice la femme d'un forgeron de Loches. Les auteurs des Gesia Conmlum Andegaremium prétendent que ce surnom lui vint de sa force et de sa valeur guerrière. Celle interprétation du surnom de Martel se trouve confirmée par une charte donnée par Hugues Mangr-Brcton en faveur de Saint-Florent : lempore comitis Gnufridi qui, ob praetaroefortiludinis insigne, Marlellus dictas est, Orig. Arch. de ta Préf.

(20) Fulco Nerra, comes Andegavensium, Jerosotimam proficiscens, Gaufredo Martello filio suo comilatum usque ad reditum custodiendum commisit. Filius itaque proceres, equites, cives et poputum animavit in patrem. Votis et orationibus completis, pater rediens est repulsus a lilio. Fit discursus per patriam, coedibus et rapinis insistitur. Pater in angusta positus castella, villas et preadia suis fautoribus se daturum spopondit, et ut totum reciperet, totum quod filius possidebat, tere totum, distribuit; quod in suum revocare dominium sibi postmodum vel adhuc aliecui successorum sugrum non leuit. Filius tandem patri reconciliatus patri successit; sed parricidu quod excogitaverat poenas luens, sine liberis, ut supra ponitur, decessit. B. R. Mss. Saint-Victor, 287, f. 7r.

(21)Contigit autem quod Fulco comes cepit Salmurum perdidit que omnes quos reperit inimicos suos, invasit atque lulit omnes possessiones eorum deditune suis militibus. Cartul.de St-Aubin, fol.78.r. Prieuré de Champigné-le-Sec, 1026-1028.

Cum civilatem Turonorum comes Gauzfridus cepisset, habitatoribus maxima ex parte, et illis polissimum qui aliquid esse videbantur, expulsis, antiquae possessiones novos accepere possessores et alteroeum honores... ad alteros migraverunt. Charte de Marmoutier, coll. Housseau, n°480.

Salis super que norunt qui Andegavensem pagum incolunt... qualiler ego Andegavorum comes Fulco (IV Rechin)... castrum quod dicebalur Trevas ab Harduino, Goffredi Fortis filio, tulerim ipsum que castrum subverterim omnique eum haereditate priraverim, ob ipsius scilicet motestiam et a fidelitate mea inseratam defectionem. Charte de S. Nicola d'Angers, année 1070 env.

(22) V. ci-après, pièces justificatives, n° .

(23)  Foulques Nerra mourut à Metz, le 2l juin 1040,en revenant de la Terre-Sainte.

(24) Comes Gaufridus, cum se prope moriturum sentiret, omnes malas cousuetudines quas terris sanctorum et maxime terris S. Florentii, in castellaria Salmurensi imposnerat, dimisit, et a suceessoribus haeredibusque suis dimitti praecepit et obsecravit ; et nisi id facerent mala horrenda imprecatus est illis. Arch.de la Prêf.abb. de S.-Florent, orig. Notitia de vicaria Salmurensi.

(25) N° CXXV, CXXVI.

(26) Cum (Burchardus Vindocinensis comes) venisset ad forestam de Wastinio, videns eam pluribus in Iocis extirpatum et a multis invasoribus invasam domos in ea constructas incendit et messes quas ibi seminaverant, ut justun erat, suos in usus colligi fecit. Charte de la Trinité de Vendôme, année 1032 environ.

(27) 1047. — Hesit in hoc comes Gaufridus et, ut qui prevalebat, utens sua vi constanter, immo violenter, propotestate asseruit... faventibus quibusdam sententiae principis causa, ut assolet, assentalionis; nonnullis qui aliter sentiebant, reticentibus nec volunlati comitis contraire audenlibus. Abb. de S.-Aubin. Pr, de S.-Jean-sur-Loire. Vol. i.fol. 2.

Verum abbas Guillelmus considerans illos de forli parentela confidere, justiciam in Andegavo mortuam esse, se a comite vel episcopo adjutorium non sperare, cessit tempori et concordavit cum illis. Livre Blanc de S.Florent.f' 36v.

(28) Cette espreuve d'eau chaude, comme aussy de l'eau froide et du fer chaud s'estant avec le temps tournées en abus, par la trop grande curiosité du monde, furent du tout abolies au concile de Latran, sous Innocent III, l'an 1215. Yves de Chartres, épîstre LXXV» escrit que c'estoit tenter Dieu. Néantmoins il en approuvoit l'usaige pourveu que l’executiou s'en fist par authorité du Juge. D. Huynes ,fol.  84.

(29) Qui ne voit que chez un peuple exercé à manier des armes, la peau rude et calleuse ne devoit pas recevoir assez l'impression du fer chaud ou de l'eau bouillante pourqu'il y parût trois jours après? Montesquieu. Espt.destots, liv.XXVIII, ch. 18.

(30) chartes de Saint-Aubin et de Saint-Florent prouvent qu'il y a eu, au XIe siècle, de fréquents rapports d'amitié entre ces deux monastères. Il est donc probable que c'est à leurs frères de Saint-Aubin que les moines de Saumur ont demandé un gîte pendant leur séjour à Angers. Cette conjecture devient presque une certitude quand on voit l'abbé Otbranne les assister dans l'épreuve de l'eau bouillante.

(31)V. Glossaires de Ducange et de Carpeutier.

(32) Post multas autem querelas judicatum est ei (Matino) ut per manum suam judicium portaret. Cum autem terminus judicii appropinquasset, quod ei adjudicatum fuerat facere récusavit. Testes... Radulfus Singe, qui paratus fuit sigillare manum. Charte de Saint Serge.

(33) Videns aminium abbalissae farmissimum ad judicia suscipienda, timuit nee ausus est se mittere contra dominam suam in periculum judicii... et, stans ante illam... defecit et recusavit judicia, mitteus se in misecordia abbatissae. Cartul. de l’abbaye deN.D Saintes. Fol. 78.

(34) V. ci-après page 161, le texte et la traduction de chartes qui rapportent d'autres jugements par l'eau bouillante.

(35)  Et ceste aumosne ge donne et oetroiee... franche et quitte de toute coustume et de tout en tout de toute exaction, taillée, corvées, bians et aussi de toutes et chascunes autres violences que chevaliers sontent et ont acoustuméc estorter, lever et avoir le leurs povres subgez. Arch. De la Préfecture. Traduction, faite en 1373 de la Charte de fondation du Prieuré de Courchamp, dépendant de l'abb. de Saint-Aubin.

(36) Borgenses qui terram S. Nicolai tenebant, ita ut singulis annis et die certo, abbati et monachis S. Nicolai Deo et sancto servientibus pro uno quoque arpenno ipsius terrae quatuor sextarios segulae redderent. Epitome fundat, S. Nicolai Andegav. P. 51. v, Aussi Cartul. de Saint Maur-sur-Loire, charte IV.

(37)  Adam filius tetbaudi habuerat juxta Braellum quandam terram que Raleium dicitur...; sed quia contigua erat foreste Widohis de Valle et Andrea Vitreacensis, et ferae saltus ad eam egredicbantur, propter amoenitatem nemoris et pratorum et fluminis quod secus eam diffluebat, Wido et Andreas abstulerunt eam supradicto viro ejectisque habitatoribus in saltum et forestam mutaverunt. Charte de Saint-Serge, Houss. n 309.

« Li rois (d'Angleterre, Guillaume le Roux) chaçoit en une noeve foriest que il avoit fait faire de XVIII parroces ke il détruites en avoit. Là fu li rois ocis, par mésaventure » d'une sajeté dont Tyreus de Pois, ki o lui estoît, cuida ferir une bieste. Si failli a la biesle et si feri le roi qui outre la bieste estoit... Et en celé foriest meismes si hurla ensi faite ment Richars» ses frères, à l arbre que il en moru. Et de chou dist on molt que Dex le fist pour chou que il avoit les parroces ensi destruites et essorbées.  « Publications de la Société de l’Hist. de France; Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 67.

(38) Voici quelques indications sur les principales famines qui ont désolé l'Anjou pendant les XIe et XIIe siècles :

1013. Fames fuit miserabitis per totam Galliam quae maximam plebis parlent inaudito mortium genere consumpsit. Chr. d'Anjou et Obil.de Saint-Serge.

1044. Fames miserabilis et famosissima per totam Galliam. Obit.de Saint-Serge.

1095. Magna siccitas a VIII. Calendas  aprilis usqne ad XVII. cal. septembris.

Quam subsecuta est sterilitas terrae et penuria panis et omnium fructumm. Chr.de Maillezais.

1110. Fames gravissima totam fere affloxot Galliam Ch. De Saint Aubin, Mortalitas magna et sal carus nimis. Chr de Maillezais

1125 Tempus carum nimis ita ut frumentum venudaretur XXXVI solidos (sextarium). Ideoque fuit mortalitas magna. Ibid

1130. Siccitas magna fuit.Chr. de Saint-Aubin

1146 Fames valida ubique terratum qualis naquam antea non fuit Ibid. Chr. De Saint-Pierre de Chalons.

1160 Tanta fames exorta est ut matres projicerent infantulos ad portas monasterri. Chr. De Vendôme.

 

1176 Regnat imperiosa …per Gallias Chr de Saint Aubin

(39) Facta est fames valde magna… ita ut nomies herbas campestres sicut animalia comederent… multi fame perierunt. Guill. De Nangis, année 1235.

(40) Fol. 82. v et suiv.

(41)  Recherches historiques sur la ville de Saumur, vol. t. p. 188,189.

(42) Pièces justificatives, n°I.

 

 

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