Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

La prise de Charette à la Chabotterie, le mercredi saint 23 mars 1796-3 germinal an IV (1).

Résumé :  Le général Charette fut le dernier à affronter la répression entreprise par le régime républicain de la Terreur. A l’issue d’une traque acharnée, celui qui sera nommé « le roi de la Vendée » est capturé dans le bois de la Chabotterie le 23 mars 1796 puis fusillé à Nantes six jours plus tard. Son arrestation et son exécution marquent la fin de la Guerre de Vendée. ..==> http://www.sitesculturels.vendee.fr/Logis-de-la-Chabotterie/Histoire-du-logis/Le-general-Charette

 

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

Depuis le combat du 21 février, la situation du général vendéen devient de plus en plus critique. Traqué de toutes parts par les forces républicaines réunies, pourchassé par les colonnes mobiles que le général Hoche vient d'organiser, avec la mission de ne jamais s'arrêter, la nuit comme le jour, et de rétrécir méthodiquement le cercle de troupes dans lequel il finira par succomber, en butte, sinon aux trahisons, du moins aux guets apens sans nombre qu'ourdissent les officiers de l'état-major ennemi, « Charette, comme l'écrit dans son rapport inédit le général Grigny, ne s'appliquait plus à former des rassemblements, mais seulement à nous éviter avec une adresse et une agilité surprenantes, secondé par le silence absolu de tous les habitants de la campagne, qui demeuraient muets vis-à-vis de nos différentes colonnes.

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

Tantôt il couchait dans une métairie rapprochée de nos cantonnements, tantôt il préférait coucher dans les bois ; sans cesse nous allions droit où nous avions l'assurance de le trouver, et sans cesse il nous donnait le change. . Nos troupes, fatiguées, rentraient dans leurs cantonnements, chagrines de l'avoir manqué ».

Telle est, depuis un mois, l'existence de Charette et de ses derniers compagnons dans le pays de Saint-Sulpice et des environs, quand, le soir du 22 mars, après avoir pu échapper encore aux soldats du poste de Saint-Philbert-de-Bouaine, il s'arrête, trempé jusqu'aux os et écrasé de fatigue, dans une maison amie, celle de Jean Delhommeau, métayer de la Pellerinière ou Prélinière, village situé à l'extrémité est de la commune des Lucs.

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Après une nuit tranquille, et presque confiant dans la proposition de suspension d'armes qu'il a reçue l'avant-veille du général Grigny et son aide-de-camp Guinel, par l'intermédiaire du curé de Mormaison (2), Charette, assis sur un banc de bois, fait un frugal repas avec des oeufs durs, quand tout à coup, peu après sept heures du matin, la sentinelle placée dans la cour de ferme signale qu'une colonne de bleus, venant de la Grollière (Rocheservière), s'avance en ligne droite vers la Pellerinière.

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

— Laissons-les passer, répond Charette, nous sommes en propositions d'accommodement.

Pourtant la colonne s'avance dans un but nettement hostile. Il faut fuir, et, avec les quarante-cinq hommes qui forment sa dernière troupe, il s'écrie, en prenant sa carabine et ses deux pistolets :

— Allons, mes braves enfants, c'est ici qu'il faut se battre jusqu'à la mort et vendre chèrement sa vie ! Et tous acceptent de mourir avec lui.

 

Mais Charette est habile, et après une heure et demie de poursuite et de détours sans fin dans la direction de Saint-Sulpice, le 4e bataillon de l'Hérault, que commande J. Gauthier, le chef du bataillon, pas plus heureux que la veille, perd la trace des royalistes et prend une fausse direction.

Il se croit sauvé quand, à neuf heures, il rencontre auprès du village de la Guyonnière (les Lucs), l'adjudant-général Valentin qui commande cent à cent cinquante grenadiers de la demi-brigade des Vosges et Paris.

Un combat s'engage sur les versants des rives de la Rue, entre la Guyonnière et le Sableau. Là, sur une longueur de deux kilomètres, soit du côté des Lucs, soit du côté de Saint-Sulpice jusqu'auprès du bourg, par les échaliers, les buissons, les chemins creux, tantôt sautant le ravin, tantôt détalant le long des fossés, parmi les haies et les petits taillis, enfonçant dans la boue et dans les ornières, royalistes et républicains font trois à quatre lieues toujours courant.

 

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Après une vive fusillade, la troupe de Charette, qui a déjà perdu deux soldats, est protégée un instant par le bois de la Tremblaye ; mais Valentin, ayant disposé ses hommes en tirailleurs, en déloge la petite bande. Des coups de feu l'atteignent et font de nouveaux vides. La retraite est impossible. Il faut foncer sur l'ennemi et le panache blanc que Charette porte à son chapeau attire les balles sur lui.

— Mon général, s'écrie Pieffer dit Cassel, ancien déserteur du 72e de ligne en 1793, qui a pour Charette un espèce de culte, donnez-moi votre chapeau et sauvez-vous !

Et avant que celui-ci y consente, il saisit le feutre à plumes et s'en couvre. Le généreux soldat apparaît bientôt du côté opposé au tournant d'une haie, une balle le renverse, dix grenadiers s'acharnent sur lui :

C'est Charette ! s'écrient-ils, et ils le percent de coups. Les bleus ont déjà acclamé leur victoire, quand ils découvrent le stratagème. Ils reprennent leur course un moment interrompue mais, grâce à ce dévouement sublime, Charette et les trente-cinq hommes qui lui restent ont gagné du terrain et ils ont disparu.

Cependant Valentin a pu saisir la direction des fuyards et, vers dix heures et demie, il rejoint avec cinq grenadiers, près d'une ferme (soit le Sableau, soit la Petite-Roche ou la Rogerie), le général royaliste qui, avec deux des siens, s'y repose depuis quelques instants. Nouvelle surprise de Charette. Dans sa précipitation il laisse sur la table ses deux pistolets et se sauve non sans avoir, derrière le plus proche buisson, déchargé une fois encore sa carabine sur Valentin lui-même.

La poursuite recommence ; mais Charette, à l'abri des buissons et des halliers qu'il connaît si bien, a déjà rejoint le gros de sa troupe, et les soldats de Valentin, la rage au coeur, d'abandonner leur proie qu'ils ont failli atteindre, vaincus par la course et exténués de fatigue, rentrent à la ferme la plus voisine (le Sableau ?) faire une halte bien gagnée.

Charette et ses soldats se sont dirigés vers le bois de l'Essart, vaste taillis qui paraît un asile sûr et où il cache encore quelques munitions. Mais depuis que Gauthier « a levé le lièvre », c'est la chasse en hallali courant ! « Tous les postes et les cantonnements sont en « course », écrit le général Grigny, et la vaillante petite troupe n'a pas fait le quart du chemin, qu'au moment d'atteindre le village de la Boulaye, elle rencontre, sur les onze heures et demie, un détachement de quatre-vingts hommes du bataillon le Vengeur, commandés par Dupuis, chef du poste de Saint-Fulgent, qui, dans la matinée a battu le bois de l'Essart. Les républicains n'aperçoivent que des paysans isolés, à peine échange-t’on quelques coups de fusils sans résultat, et l'insaisissable Charette a encore disparu.

Rejetés du côté de la Chabotterie, les Vendéens passent en courant les fermes de la Morinière et du Fossé, ils s'engagent dans le petit sentier qui coupe alors un taillis très épais, mais peu étendu, appelé le bois de la Chabotterie ou bois Commun (3), et atteignent sans encombre le village de la Chevasse. Ils y prennent une croûte de pain tandis qu'une femme est placée en sentinelle (Mémoires de A. Tortat 1911, p. 34), et vont prendre le chemin de l'Etaudière, se croyant déjà sauvés, car le grand bois de l'Essart est tout proche, quand, au même instant, par un fatal hasard plutôt que grâce à une trahison (4)

— Travot, qui est parti dès six heures du matin de la Pitière (5), et qui a battu toute la matinée la campagne, l'Essart en particulier, débouche par ce même chemin avec une forte colonne (Chasseurs à cheval de la Vendée et premier bataillon des Chasseurs des Montagnes) se rendant au château de la Chabotterie pour y déjeuner et y faire reposer ses troupes ; il oblige les royalistes à rentrer dans le taillis qu'ils viennent de traverser.

Travot a suivi des yeux la direction des fuyards, mais en chef prudent, il interroge à la hâte un paysan du village, dont il n'obtient d'ailleurs que de vagues renseignements, pendant que ses chasseurs à cheval piquent de l'avant pour leur couper la retraite et que son infanterie se lance à leur poursuite.

Un nouveau combat, le dernier, s'engage dans les fourrés et les prairies marécageuses qui entourent le bois de la Chabotterie.

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Aux premiers coups de feu tirés près de la Chevasse, les quatre-vingts grenadiers du détachement le Vengeur accourent se réunir à Travot, qui, afin de mieux cerner le bois, fait mettre pied à terre à une partie de sa cavalerie. Il poste dans le pré de la Musse, à l'entrée du tronçon du sentier qui subsiste seul aujourd'hui, son aide de camp Messager et le capitaine Vergèz, commandant les Chasseurs des Montagnes : ils pourront de cet endroit surveiller la sortie du chemin et les prés encadrant le taillis. Travot ordonne également à quelques hommes de se jeter dans le fourré, et descendant lui-même de cheval, il accourt rejoindre le gros de sa troupe, à l'autre extrémité du bois, du côté de la Chabotterie, où il espère cueillir Charette au passage.

En effet, les royalistes, ayant opéré une prompte retraite à la vue de la colonne ennemie, sortent déjà du taillis, la plupart débouchant du sentier. Plusieurs sont tués, d'autres se sauvent à grande peine ; mais point de Charette.

Alors Travot se rappelle la ruse employée un mois auparavant à Froidfond par le Vendéen, qui, surpris dans un bois, était revenu sur ses pas et avait pu ainsi lui échapper ; ses soldats, d'ailleurs, s'accordent tous à dire que le chef de la bande est resté dans le bosquet. Le général républicain, suivi des Chasseurs de la Vendée, Jannet-Bauduère et Mercier-Colombière, et de trois Chasseurs des Montagnes, s'élance donc du côté opposé rejoindre les officiers qu'il y a laissés, et dans sa course il perd son chapeau au panache tricolore.

Pendant ce temps Charette lutte avec l'énergie du désespoir.

 

Guerre de Vendée LA CROIX DE CHARETTE érigée en 1911 à la lisière du bois de la Chabotterie

 Devant la troupe ennemie, le général vendéen est rentré avec les siens dans le taillis ; mais dans sa précipitation et déjà exténué par la course et le combat de la matinée, il n'a pu sauter l'échalier qui commande le passage, échalier aux barreaux enchevêtrés de ronces et d'épines, comme il s'en voit tant encore dans ce coin de bocage.

Ses plus proches compagnons accourent et l'aident à se relever. L'un d'eux est l'abbé Remaud, son aumônier, auquel il a déjà confié la mission de se rendre en Angleterre, près des Princes. Il connaît son dévouement et lui ordonne de l'abandonner pour qu'il puisse leur remettre le portefeuille de l'armée avec la dernière expression de sa fidélité :

— Vous direz à Monsieur (le comte d'Artois), ajoute-t-il, que je saurai mourir en chevalier français.

Il dit vrai.

Charette rassemble tout son courage et veut se diriger vers le Fossé et la Chabotterie, mais l'issue est fortement gardée, et revenant sur ses pas, il espère trouver le passage libre du côté de la Chevasse.

A peine a-t-il pénétré avec deux ou trois royalistes dans le pré de la Musse qu'il est aperçu par le poste laissé par Travot. Aussitôt Vergèz, armé de quatre pistolets et de son sabre, quitte son cheval (qu'il perdra dans la bataille) et, nu-pieds, car, par l'effort vigoureux du jarret ses souliers restent dans la boue, il fonce sur celui qui paraît le chef de la petite bande en s'écriant :

Voici Charette !... C'est Charette !... sans trop savoir si c'est bien lui. Il le blesse d'un coup de feu à la tête, d'un autre il lui laboure l'épaule droite. Charette, qui se voit perdu s'il s'engage de nouveau plus avant dans le défilé, veut s'enfoncer dans l'épais fourré, mais il ne peut même plus écarter les branches qui lui barrent le passage; il est aveuglé par le sang qui inonde son visage, ses forces l'abandonnent et il tombe sans connaissance entre les deux seuls Vendéens qui sont encore avec lui.

L'un d'eux, son fidèle domestique Bossard, le charge sur ses épaules et s'efforce de le sauver. Il est frappé d'une balle et tombe mort. L'autre, le chevalier Samuel de Lespinay de la Roche-d'Avau, prend le précieux fardeau ; il tâche de l'entraîner, de le cacher tout au moins derrière une grosse cosse de frêne qui se trouve au revers du sentier (6).

 

Il vient de l'y poser et tue le premier soldat qui approche ; mais en même temps lui-même n'est plus qu'un cadavre qui roule sur le corps de son général,

La faiblesse de Charette n'est que passagère, mais le chef, perdant son sang, couché à terre, n'essaie plus de fuir. D'ailleurs, Vergèz est déjà près du gîte ; d'un coup de sabre il vient de lui faire une large entaille au poignet, d'un autre encore il lui coupe trois doigts de la main gauche, et aisément le désarme de son espingole.

Le prisonnier lui semble d'importance, et s'il n'est pas Charette, du moins peut-il procurer des renseignements précieux ; aussi hésite-t-il à lui donner le coup de grâce, quand au même instant arrive son, adjudant-général, attiré à cet endroit par les cris et la fusillade.

Travot aborde le royaliste, et en le maintenant sur le sol de tout le poids de son corps, le somme de déclarer son nom, à quoi Charette, à demi-étourdi, essayant pourtant de lutter encore, ne répond rien.

 

La Scène de la capture de Charette (Dernier Panache Puy du Fou)

François Athanase Charette de La Contrie, capturé par le général Jean Pierre Travot le 23 mars 1796 dans les bois de la #Chabotterie...

 

Le chasseur Jannet-Bauduère, des Sables, qui n'a pas quitté son chef, dit à Travot :

— Soulevez-vous un peu, mon général, que je voie sa figure.

Et ayant reconnu le blessé, il ajoute :

— Tenez ferme, c'est notre homme.

Le vendéen est relevé haletant, le front ouvert, ne cherchant même plus à se défendre. Travot lui demande à nouveau :

— Où est Charette ?

— Le voilà, répond le blessé.

Travot doute encore, tant la prise serait belle.

— Est-ci bien lui ?

— Oui, foi de Charette !

Et sur ce mot si grand dans sa brièveté, il est porté hors du bois, à cinq mètres du vieux frêne.

— Où est le commandant ?

— C'est moi, répond Travot, car celui-ci ayant perdu dans l'action son chapeau, le prisonnier ignore le nom et le grade de son vainqueur. A cet instant, ses chasseurs, se groupant autour de lui, s'écrient :

— Vive la République ! Vive Travot !

— Serais-tu donc Travot ? dit Charette en entendant ces acclamations.

— Oui.

— A la bonne heure, c'est à toi seul que je voulais me rendre.

Et, maintenant, très maître de lui, il adresse noblement ses félicitations, auxquelles Travot répond avec non moins de courtoisie.

Il est exactement midi et demi, le suprême combat a duré un quart d'heure (7).

 

 Charette est trop faible pour marcher ; ses trois ou quatre blessures ne sont pas mortelles, mais le font horriblement souffrir ; les mains et les jambes sont aussi toutes déchirées par les ajoncs et par les épines. Promptement les chasseurs républicains font, à l'aide de deux fusils et de quelques branches prises dans le bois, une civière fort rudimentaire.

Ce moyen est bientôt abandonné, et deux grenadiers l'emportent sur leurs épaules, au milieu d'un cortège triomphant, en suivant la lisière du bois par les prairies jusqu'au château de la Chabotterie.

Les bleus déposent leur fardeau dans la pièce qui sert, aujourd'hui comme alors, de cuisine. C'est une longue et vaste salle en contre bas, avec un plafond à poutrelles, une énorme cheminée de granit, des grilles robustes aux fenêtres ornées de meneaux et de croisillons, une table et des bancs de chêne qui y étaient déjà il y a cent dix-sept ans. Telle est la première prison de Charette.

Le général royaliste, gardé à vue par ses vainqueurs, est placé près de l'âtre, afin d'y faire sécher ses vêtements (8), trempés de la boue des chemins et des champs. On lave ses blessures, que l'on panse sommairement de compresses d'eau salée ; on lui apporte quelque nourriture, un verre d'eau-de-vie peut-être, qui lui redonne tout son entrain.

 

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793


LA CUISINE DU CHATEAU DE LA CHABOTTERIE dans laquelle Charette passa les quatre premières heures de sa captivité (23 mars 1796)



De l'avis unanime, Travot, ses officiers et ses soldats montrent une profonde et respectueuse admiration au noble courage du héros blessé. Charette, de son côté, « tout à fait galant homme », est on ne peut plus courtois vis-à-vis des troupes qui l'entourent, les félicitant de leur attitude militaire, et marquant sa gratitude des égards qu'elles ont pour lui. Il comble d'éloges le général Travot, exprimant sa satisfaction d'être tombé entre les mains d'un adversaire ayant autant de courage et de mérite que de générosité et de délicatesse.

C'est alors, dans la cuisine du château, que Charette, voulant donner un témoignage de sa satisfaction à la manière des chevaliers de cette ancienne France dont il est un des derniers champions, offre à Travot son sabre d'honneur qui porte sur la lame ces mots gravés d'un côté : Je ne cède jamais, de l'autre : Donné à Charette par l'Angleterre.

— Vous êtes, dit-il à Travot, un brave homme. Je n'ai rien à vous offrir, cependant j'ai reçu d'Angleterre un superbe sabre à poignée de nacre et montée en or ; je l'ai envoyé à Paris pour y faire mettre un fourreau d'argent. Si je ne craignais pas de compromettre la personne à qui je l'ai envoyé, je vous en ferais présent. Comme mon vainqueur, vous êtes digne de le porter.

Travot accepte avec empressement et, quelques jours plus tard, très flatté de l'offre de son prisonnier, il fait rechercher ce sabre à Paris par l'intermédiaire du bureau militaire du Directoire.

Charette se montre toujours affable, très causant, presque bavard.

A l'un des soldats qui le gardent et qui paraît succomber de fatigue, il dit :

— Asseyez-vous, citoyen, vous devez être très las !

Si Travot lui demande quelques détails sur les combats de la matinée, il répond, fier d'avoir rempli son devoir jusqu'au bout :

— Moi, je n'ai été pris qu'après la défaite de ma troupe, encore ai-je été surpris.

— Je ne puis comprendre, ajoute un de ses vainqueurs, qu'après une vie de combat comme la vôtre, vous vous soyez laissé faire prisonnier et que vous n'ayez préféré vous donner la mort.

— Mais le suicide est un acte de lâcheté, réplique Charette. Je me suis battu pour ma religion, et j'aurais commis un crime contre les lois divines, si je me fusse détruit moi-même. Au surplus, je prouverai que je ne crains pas la mort.

Un officier exprime son regret qu'un homme tel que lui n'ait pas pris les armes pour la République, et qu'il ait violé la foi des traités.

— J'ai combattu pour ma Religion, ma Patrie et mon Roi. D'ailleurs, au traité de la Jaunaye on m'avait promis le rétablissement de la monarchie, et c'est parce qu'on n'a pas tenu cette promesse et qu'en outre le représentant Gaudin voulait me faire enlever, que j'ai repris les hostilités.

— Mais vous nous avez fait périr bien du monde.

— Ah ! on ne peut faire d'omelette sans casser d'oeufs, réplique-t-il en plaisantant.

 

Il proteste toutefois, mais sans aigreur, d'avoir été capturé alors qu'il était en pourparlers de suspension d'armes, dont le curé de Saint-Sulpice et de Mormaison conserve la preuve.

 

Bref, il ne paraît jamais interdit, discourant comme s'il n'a rien à craindre. Il adresse des compliments à tous, présents et absents; seul l'Anglais, qui est toujours pour lui, ancien officier de marine, l'ennemi national, n'a pas grâce à ses yeux.

— Ce sont des gueux, dit-il. Je les attendais ces jours-ci à Saint-Gilles, et ils ne sont pas venus. Pourtant ils m'avaient promis de venger Quiberon.

 

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

 

Pendant que Charette reprend quelques forces et qu'il devise ainsi avec les officiers républicains, les soldats qui encombrent le jardin et les cours du château lancent aux échos le cri de leur victoire Ils ne pensent plus à leurs fatigues, tant leur joie est grande ; Travot, d'ailleurs, voulant que ses hommes puissent fêter son succès, les autorise d'aller chercher des vivres et de faire bombance.

La cave de la Chabotterie, déjà peu garnie, est bientôt vide, et comme les étables n'ont plus de bestiaux, ils se rendent à la Morinière, ferme dépendante du château, et y enlèvent une vache de trois ans et quatre moutons.

 

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

 

Charette, ainsi réconforté par ces quelques heures de repos qui lui étaient nécessaires, aussi bien qu'aux soldats de Travot, peut, sur les quatre heures et demie, monter à cheval et quitter la Chabotterie.

La colonne s'engage par le chemin de la Morinière et des Landes, traverse le bourg des Lucs et arrive au château de Pont-de-Vie un peu avant sept heures du soir. Là, Charette demande une soupe à l'oignon et s'endort tranquillement, tandis que Travot rédige ses rapports.

Le lendemain, le prisonnier est dirigé sur Angers par Montaigu, puis à Nantes, où il est fusillé, place Viarme, le 29 mars, un peu avant cinq heures du soir.

Il commande lui-même le feu, et plaçant la main sur son coeur, il crie au peloton d'exécution : Frappez-là. C'est là qu'on doit frapper un brave !

La prise de Charette est accueillie par un long cri de triomphe dans toute l'étendue de la République et fêtée comme une de ces victoires qui sauvent les nations.

Avec lui, en effet, cette fameuse Vendée, qui a mis la République à deux doigts de sa perte, n'est plus que l'ombre d'elle-même.

Afin de perpétuer à jamais le souvenir de ce lieu désormais historique, on a élevé sur le fossé du taillis, à trois mètres de la cosse de frêne, une belle croix de granit dont les trois pointes se terminent en fleurs de lys, au centre est un grand coeur vendéen (fac-simile de celui conservé par la famille de Charette); la croix est soutenue à sa base d'un bloc de pierre orné d'un faisceau d'armes. Sur le socle se lit l'inscription suivante, encadrée d'une palme et d'une branche de laurier, symboles de la gloire et du martyre du chef royaliste :

 

Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

 

ICI FUT PRIS PAR LE GÉNÉRAL TRAVOT LE GÉNÉRAL VENDÉEN FRANÇOIS-ATHANASE CHARETTE DE LA CONTRIE LE 23 MARS 1796

« POUR MA RELIGION, MA PATRIE ET MON ROI » (Interrogatoire de Charette à Nantes, le 29 mars, jour de sa mort)

Ce monument, érigé solennellement, le 6 août 1911, devant plus de cinq mille personnes, a pris la place d'une autre croix faite d'un arbre mort dont on avait coupé une branche pour en faire les bras (1892) et qui d'ailleurs était située à dix mètres de la cosse de Charette.

LA CROIX DE CHARETTE érigée en 1911 à la lisière du bois de la Chabotterie

Monographie de Saint-Sulpice-le-Verdon. (Canton de Rocheservière-Vendée) , par A. de Goué,...

 

 

 Guerre de Vendée, Départ de Charette du manoir de Fonteclose <==.... ....==> Time Travel 29 mars 1796 : Exécution du général François-Athanase Charette de La Contrie place Viarme à Nantes

 


Arrestation d’Athanase CHARETTE ; de la CHABOTTERIE au PUY DU FOU (1793

  (Nous avons tenu à conserver, dans ces différents dialogues, les expressions mêmes qui nous sont données par les documents républicains contemporains à la capture ; leur authenticité est donc absolue.)

 

(I) Nous avons publié, en 1910-1911, dans la Revue du Bas-Poitou, et en tirage à part (imp. Lafolye, Vannes, 116 p.), une longue étude historique et critique sur la prise de Charette, d'après un grand nombre de documents inédits. Nous n'en donnons ici qu'un récit très résumé en priant le lecteur de se reporter, pour les indications des sources, les questions de critique et de détails, à notre ouvrage, que les Revues scientifiques de Paris ont daigné gratifier de quelques éloges.

(2) Les pourparlers de Mormaison, dont nous avons ailleurs expliqué la nature (un guet-apens), et où la bonne foi de Charette était entière, furent, ainsi qu'il le déclara maintes fois durant sa captivité, la raison de sa présence dans ces parages et, par suite, celle de sa capture.

(3) Ce bois, d'une contenance de trois hectares quarante ares, situé dans sa partie la plus proche à trois cent cinquante mètres du château dont il dépend, est toujours appelé, dans les actes antérieurs à la Révolution, le bois de la Chabotterie ; toutefois au XVe siècle (car depuis nous lui trouvons seulement le nom de la Chabotterie), une partie seule porte ce nom et la partie sud, limitée par le petit sentier, prend celui de bois de la Basse-Musse, comme étant bordée par le pré de la Musse. C'est ce nom de pré, prononcé devant M, Bittard des Portes par quelques paysans, dans un patois difficile à comprendre pour l'étranger, qui a fait dire à l'historien que Charette avait été pris, suivant la tradition, dans le bois de la Musse et non dans celui de la Chabotterie, comme l'indiquaient les rapports officiels.— Nous lui avons signalé cette erreur toute matérielle, puisqu'il n'existe pas de bois de la Musse, erreur qu'il a reconnue très volontiers. Vulgairement appelé, dès avant la Révolution, par les métayers, le bois Commun, en raison du pillage qu'y faisaient les gens du village de la Chevasse, ce bois est porté sous ce nom au cadastre de 1838. Il est souvent dénommé par les étrangers le bois de Charette, mais nous devons lui conserver ici son ancien et véritable nom, celui de bois de la Chabotterie.

Le chemin qui coupait ce bois et qui joua un certain rôle dans la prise du Vendéen, joignait l'Hôpitaud à la Chevasse en passant par la Morinière et le Fossé. Comme il facilitait le vol du bois, M. Achille de Goué le fit fermer vers 1845 : c'est à peine si l'on en voit la trace. Seul, le tronçon allant du pré de la Musse à la Chevasse, qui n'appartenait pas au même propriétaire, existe encore; mais n'ayant plus sa raison d'être, depuis la fermeture du bois, il est abandonné et réduit à l'état de fondrière.

(4) On a désigné, comme auteur de cette infamie, tantôt Hyacinthe Hervouet de la Robrie, tantôt Nicolas Buet, médecin aux Brouzils, tantôt le frère de la servante du curé de la Rabatelière que les soldats de Charette avaient assassiné sans son ordre, après qu'il eut donné des preuves de sa trahison, soit encore un déserteur des Chasseurs de Cassel afin d'obtenir sa grâce, soit enfin quelque paysan haineux attiré par l'appât d'une belle récompense. — Nous avons publié ailleurs ce qu'il faut penser de ces accusations. Ajoutons seulement qu'il a été matériellement impossible d'aller informer Travot que Charette se trouvait dans le bois de la Chabotterie, puisqu'il ne fit que le traverser en courant sur une largeur de cent mètres. S'il y a eu trahison — et nous le croyons — c'est dans le sens qu'un individu est venu renseigner les chefs républicains de la présence de Charette dans une région nettement délimitée, facilitant ainsi la marche des colonnes ennemies, mais sans procurer de résultat immédiat.

(5) Ferme située à l'est de Chauché qui n'avait pas été incendiée, mais que la République avait mise sous séquestre comme appartenant à MM. de Goué.

(6) Lorsque M. de Goué fit combler le sentier et abattre les têtards qui l'encadraient, il tint à conserver en son entier la cosse de frêne, ce souvenir vivant de la capture de Charette. A chaque coupe du taillis elle avait été respectée, mais, au mois de décembre 1870, les propriétaires de la Chabotterie, qui avaient alors bien d'autres soucis, ne prirent pas soin de prévenir le bûcheron, qui la fit tomber par mégarde. Depuis lors, la vieille souche n'a pas été retouchée et il est facile de la désigner aux nombreux touristes et aux amis de la Vendée qui viennent en pèlerinage à la cosse de Charette.

(7) Pendant le combat de la Guyonnière-le Sableau, Charette perdit dix des siens ; dans celui du bois de la Chabotterie, les pertes des royalistes furent de dix-sept morts et de trois prisonniers (Charette compris), qui furent fusillés peu après. Donc, des quarante-six vendéens, seize seulement parvinrent à s'échapper.

Dans cette matinée du 23 mars, Charette eut à faire face à des forces au moins dix sept fois supérieures : colonne de Gauthier, environ deux cents hommes ; colonne de Valentin, environ cent cinquante hommes ; détachement du Vengeur, quatre-vingts hommes ; Ier bataillon des chasseurs des montagnes, commandé par Vergèz, environ deux cents hommes; chasseurs à cheval de la Vendée, environ cent cinquante hommes, soit contre quarante-six royalistes plus de sept cent cinquante républicains, chiffre que nous avons préféré très atténuer, afin de n'être pas taxé d'exagération.

Les trois derniers corps de troupes prirent seuls part au combat de la Chabotterie. La prise effective de Charette fut opérée par Travot, Vergèz et Jannet-Bauduère ; on y ajoute parfois Mercier-Colombière. Les rapports des officiers républicains ne font aucune mention de leurs pertes, qui durent, pour le moins, être aussi nombreuses que celles des royalistes, ceux-ci s'étant battus en désespérés, du propre aveu de leurs ennemis.

(8) Charette, chaussé de brodequins, est vêtu d'un pantalon de laine blanche tricôtée, d'un gilet gris, d'un habit-veste à la hussarde de drap vert passé à l'air, avec un collet rabattu en velours rouge brodé d'un petit galon d'or dentelé provenant d'une chasuble, les revers du col et les parements des manches en velours du même que l'habit, passepoils rouges, retroussis rouges avec fleurs de lys d'argent ; une ceinture de coton rayée blanche et rouge ; au cou une grosse cravate blanche; autour de la tête un mouchoir blanc marqué à son nom, négligemment noué à la créole ; par devant une cocarde rouge brodée d'une colombe blanche, et en dedans de la veste une croix de Saint-Louis et un petit crucifix pendu à sa boutonnière ; le tout fort sale, déchiré et taché du sang de ses blessures.— C'est un homme âgé de trente-trois ans, assez grand, fort bien fait, à la figure sinon jolie du moins agréable, aux yeux très vifs, à l'air très distingué.