Faux testament de Guillaume X, père d’Aliénor d’Aquitaine en faveur des Seigneurs du Bas-Poitou (Chroniques de Saint-Maixent)

 Le premier volume, qui embrasse une période de 185 ans (de 778 à 993) jette une vive lumière sur l’époque la plus obscure de nos fastes, et fait regretter que le second, qui devait nous conduire jusqu’à l’avènement d’Aliénor de Poitou au trône ducal d’Aquitaine, en 1137, ait été interrompu par la mort des deux auteurs.

Je classerai ici un travail lu aux séances de la Société académique de Poitiers, dans le cours de l’année 1837 et imprimé sous ce titre : Recherches sur les Chroniques du Monastère de Saint-Maixent, in-8e, de 70 pages, Saurin, Poitiers, 1838.

Après avoir relevé la valeur de notre Chronique nationale, dite de Maillezais, qu’il attribue à Pierre Raymond, abbé de Saint-Maixent, de la Fontenelle argue de faux la seconde chronique que les continuateurs de dom Bouquet appellent Fragmentum Chronicorum, et qui a été adoptéé pour vraie par les doctes Bénédictins, par la plupart des historiens du Poitou, par Drouyneau de Brie et Berthre de Bourniseaux.

Ce manuscrit établit une liste de vicomtes de Thouars, que notre critique attaque comme étant inventée à plaisir, puisque quelques-uns de ceux qui y sont dénommés n’ont jamais existés, il dresse, d’après les chartes contemporaines, une nouvelle généalogie de ces puissants princes, et renverse les séries des seigneurs du Bas-Poitou que le moine anonyme de saint-Maixent fait descendre de la maison vicomtiale. Des preuves, placées en regard, constatent la fausseté de ces documents. Enfin, d’accord avec Besly, il tient pour supposé le testament de Guillaume X, duc d’aquitaine, et s’étonne que les savans religieux, éditeurs du recueil des Historiens de France, aient adopté cette pièce apocryphe.

Dans la seconde chronique de St Maixent, dans laquelle se trouve le testament prétendu de Guillaume X. il a été établi dans l’intérêt de la maison du Puy du Fou et des familles du bas Poitou qui lui étaient alliées. Or, c’est cette maison du Puy du Fou qui distribua des copies aux différentes autres familles qui, comme elle, y puisaient une origine fabuleuse. Par exemple, une de ces copies fut trouvée, par dom Fonteneau, dans le trésor du château de l’Etenduère, près des Herbiers, appartenant à la famille des Herbiers de l’Etenduère, qui a grandement marqué dans la marine, et dont on fait figurer un des membres dans le faux testament du père d’Aliénor. Ce document avait été envoyé là, en 1673, par Gabriel du Puy du Fou, ainsi qu’on va voir.

Il me semble bon de lire ici le préambule placé en tête de cette copie de la deuxième chronique de Saint Maixent, parce qu’il est très-significatif.

Il est ainsi conçu : « Copie d’un fragment d’une chronique latine des ducs d’Aquitaine, comtes de Poitou, où l’on voit l’origine de la plupart de de ces maisons venues de cadets des anciens vicomtes de Thouars, seigneurs de Thouars à viage et par retour (en leur temps), suivant l’ancienne coutume et la loi de Poitou.  Ces cadets ayant pris leurs noms de leurs seigneuries (celui de Thouars n’étant pas héréditaire dans leur famille), et les armoiries desdits vicomtes n’étant portées que par celui qui était investi de ladite vicomté, ces cadets en prirent d’autres, comme le seigneur de Pouzauges qui porta de gueules au léopard d’or, à huit fleurs de lis aussi d’or, mis en orle. Le vicomte de Thouars portais l’or semé de fleurs de lis d’azur, au franc quartier de gueules.

 

 

Ces seigneurs de Thouars et du bas Poitou, vicomte du comté de Poitou, étaient issus d’un puîné des ducs d’Aquitaine, comtes de Poitou, au témoignage de toutes les histoires anciennes et modernes. Ce puîné fut le premier vicomte du comté de Poitou, et se nommait Arnoul.

On voit que c’est toujours le même système ; l’existence d’un être idéal, de cet Arnoul, frère d’Ebles Manzer, d’où on fais sortir et les vicomtes de Thouars et les principales familles de la contrée.

Mais le certifié véritable, on peut employer cette expression, mis au bas de la copie envoyée au seigneur de l’Etenduère, a aussi son importance, il faut le donner ici :

« Transcrit sur l’original en parchemin du temps de Gauthier de Bruges, évêque de Poitiers, lequel est mains de madame de Mirepoix, ma fille, et je promets à MM. Des Herbiers de le leur communiquer, A Peschereul, province du Maine, 31 mai 1673. Signé Gabriel du Puy du Fou. »

Ainsi, on le voit, l’original de cette chronique était entre les mains du seigneur du Puy du Fou qui en distribuait des copies, afin de répandre la connaissance de ce document et de faire passer comme choses vraies les erreurs qu’il contient. Il en avait l’original le seigneur du Puy du Fou, et cela devait être, puisque c’était surtout dans son intérêt que cette fausse généalogie, formulée dans une chronique des comtes de Poitou, avait été faite.

Si la maison du Puy du Fou n’a pas eu l’ancienne et noble origine qu’elle a voulu s’attribuer, et si elle ne remonte qu’a Rainaud du Puy du Fou, vivant en 1251, qui épousa Eustache de Montbail (Besly, comt. De Poitou, II, p. 195), elle s’est grandement illustrée plus tard, notamment sous Louis XII, Jean du Puy du Fou suivit en Italie Louis Ier, roi de Sicile et duc d’Anjou, à qui il rendit de si grands services, que ce prince lui donna le duché de Dixmille, au royaume de Sicile, par lettres-patentes de 1381. François II du Puy du Fou servit François Ier, Henri II et Charles IX, tant en Italie qu’en France, et eut le gouvernement de la Rochelle, le titre de marquis , le collier de l’ordre, et, en 1568, un brevet de maréchal de France pour le premier emploi qui viendrait à vaquer, mais il mourut la même année. Il y a une généalogie imprimé de cette maison, et Ronsard en a rédigé une autre qui se trouvait, en manuscrit, dans la bibliothèque de M. de Caumartin, évêque de Vannes.

 

Histoire littéraire du Poitou: De Dreux du Radier

 

La Conversion de Guillaume X d'Aquitaine, Mariage de Louis VII le Jeune, futur roi de France avec Aliénor de Guyenne  <==

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.  <==

 


 

 

La chronique de Maillezais du MONASTERE DE ST-MAIXENT, EN POITOU.Temps

Aujourd'hui que l'on s'occupe d'écrire l'histoire sur les documents originaux, et que les travaux historiques faits sur des livres n'ont plus guère de valeur dans le monde savant, il est utile d'exhumer de la poussière des bibliothèques ou des dépôts d'archives les chroniques de chaque province, d'en examiner la Valeur et d'en rechercher les auteurs, s'ils sont demeurés inconnus; et c'est ce que je me propose de faire pour le Poitou, Je commencerai par des Recherches sur les chroniques du monastère de St-Maixent.