Jeanne d'Arc victorieuse épopée nationale dédiée à l'armée française

JEANNE D'ARC VICTORIEUSE, Épopée nationale, retrace la Vocation céleste de la Prophétesse et la Mission terrestre de l'Héroïne.

Les Mystères de la Sainte, mis en Acte dans ce Poème, sont de trois ordres, religieux, politique et social.  

On verra qu'ils sont de tous les temps et du nôtre entre tous.

L'Histoire est non seulement respectée, mais synthétiquement reconstituée dans ces Vingt-Cinq Chants, de manière à ne laisser aucune obscurité planer sur le rôle réel de Jeanne d'Arc, sur l'immense portée de ce rôle, sur les vrais obstacles qui l'ont empêché de s'étendre à l'Europe entière et jusqu'à l'Asie.

Le Principe et la Loi synarchiques qui apparaissent si évidents dans les Paroles et dans les Actes de la Pucelle, confirment nos MISSIONS, en éclairant d'une vive lumière la situation actuelle de la France et du reste du Monde.

L'analogie des temps est singulière.

Les formes historiques se sont développées dans le sens national où Jeanne les a lancées; mais la France a toujours en Europe la même position religieuse, politique et sociale que son Initiatrice.

Avec l'invasion militaire en moins, pour le moment, avec la force en plus, celle de l'Armée que la Martyre lui a léguée, la Patrie créée par Jeanne d'Arc est enveloppée de dangers similaires, généralisés.

C'est que la France elle-même est la Jeanne d'Arc des Nations.

Elle se débat aujourd'hui dans l'Anarchie des Cabinets européens au dedans et au dehors de ses frontières, comme la Sainte aux prises avec la Féodalité et ses meneurs anglo-bourguignons.

Aussi, avant de parler de Jeanne d'Arc dans cette préface, qu'il nous soit permis de dire un mot de son legs testamentaire : la France:

Des lecteurs de nos Missions nous ont demandé un livre sur un sujet déterminé, une application de la Méthode synarchique sur le vif d'une actualité nationale, à nos frontières de l'Est.

Le livre tiendra dans quelques lignes; et celles-ci ne peuvent être mieux placées qu'en tête de la préface de JEANNE  D’ARC  VICTORIEUSE.

On nous précise le cas où l'Empereur Guillaume II proposerait officiellement à la France un Modus Vivendi basé sur la Neutralisation de l'Alsace-Lorraine.

La sincérité pacifique d'une telle pensée n'est pas mise en question ici; mais il s'agit de considérations d'un ordre plus impersonnel.

La Restitution des Provinces serait à accepter comme un acte de pacification vraie entre les deux États; mais la Neutralisation n'aurait aucunement ce caractère.

Si elle se fait avec notre assentiment officiel, c'est la Neutralisation de la France; mais ce n'est pas la Neutralisation de la Politique des Hohenzollern à l'égard de la France.

Une sanction de notre part est une abdication, non pas seulement vis-à-vis de nous-mêmes, mais vis-à-vis du Continent qui a besoin de notre Mission historique.

L'Europe dont nous sommes solidaires, n'aura pas fait un pas vers la Paix, ni nous non plus, grâce à cette même solidarité; mais nous aurons perdu pour longtemps notre rang et la possibilité de le reprendre.

Si nos correspondants veulent bien se reporter à la MISSIONS DES SOUVERAINS (1882), ils verront que la Question franco-allemande est enfermée dans la Question anglo-russe.

Ils comprendront que le Gouvernement prussien est secondaire et instrumentaire, comme nous, par rapport à l'ellipse des Intérêts russe-britanniques. Ceux-ci sont, eux aussi, réglés par le même Système d' Antagonisme, que ces Puissances n'ont pas créé, mais trouvé tout fait, et qui les tient.

Subordonné de cette manière, quand le Gouvernement prussien n'est pas russe, il est anglais; et réciproquement.

Pour les mêmes raisons scientifiques, le Gouvernement anglais lui-même, qu'il le veuille ou non, est, en Europe, bien plus que la Russie, un Empire asiatique, au premier chef, par ses Intérêts en Asie.

Toute sa pression énorme sur l'Europe et sur nous s'exerce dans ce sens.

Si l'on se reporte au même livre, on y verra l'Europe étreinte, non par la Russie, qui n'enserre que l'Est de la Germanie et de l'Autriche, mais par la chaine de stations militaires anglaises qui enveloppe le Continent tout entier.

Celle-ci commence au Nord, à Héligoland, continue à Gibraltar, embrasse toutes les Nations de la Méditerranée, asservit l'Égypte, et ne s'arrête plus qu'au Nord de la Chine.

Telle est la Maîtrise de l'admirable énergie anglaise. Sur tout ce parcours immense, le Gouvernement impérial britannique a ses provisions de houille assurées.

Cherchez les nôtres, celles de l'Allemagne et celles de la Russie!

De plus, l'Angleterre aura sous les armes des millions de soldats asiatiques, quand elle le voudra.

Ainsi l'Empereur de la Germanie appuyé sur son Peuple aussi sage et aussi fort que le Peuple anglais, sur son armée formidable, sur sa propre foi en sa valeur personnelle et en la haute mission dont il a conscience, n'est pourtant rien moins qu'un personnage indépendant.

Entre l'Empire russe à l'Est et l'Empire britannique partout, son rôle est subalterne sur le petit théâtre du microcosme européen.

Le libretto d'antagonisme tracé aux Souverainetés par le Droit des Gens politique depuis le Traité de Westphalie, ne laisse à la Dynastie des Hohenzollern qu'une liberté et qu'un espace des plus étroits; malgré la grandeur de l'Allemagne absorbée et à cause de cette grandeur même, Ses allées et venues sur la scène continentale sont soumises à une trigonométrie de fatalité, dans laquelle, bien qu'impériale, une Étoile de second rang n'est autorisée qu'à une gravitation de deuxième ordre.

Entre les deux foyers de I'Ellipse anglo-russe, renfermée elle-même dans une plus vaste encore (l'Amérique et la Chine), I'Empereur d'Allemagne se croirait donc en vain autonome dans son Empire ; et il est trop intelligent pour le croire.

Comme Européen, il n'y fait fonction que de Maha-Rajah britannique ou de Vice-Roi moscovite, au choix. Vassal toujours, il se balance entre deux Suzerains, dès qu'il se meut en Politique étrangère, soit de l'Ouest à. l'Est, soit d'Orient en Occident, soit du Nord au Sud ou du Midi au Septentrion.

La Neutralisation de l'Alsace-Lorraine, sans rectification préalable du Système européen, signifierait qu'il est Maha-Rajah, malgré lui sans doute, mais plus que jamais.

Alors, que le Foreign Office y pense ou non, la sérié dynamo-statique serait, dans ce cas, la suivante, en vertu des lois dévoilées dans la MISSION DES SOUVERAINS.

Le premier mouvement offrirait en spectacle une Coalition de Rajahs continentaux sous la conduite du Maha Rajah de Potsdam; et la Russie en serait l'objectif, à cause des Indes anglaises, naturellement.

Le second mouvement serait l'écrasement définitif de la France pour prix de sa Neutralité, avec partage consécutif de ses Colonies.

Cela serait ainsi pour les mômes causes, la France étant une Aile militaire russe, comme la Russie est une Aile militaire française, à ce point de vue, asiatique pour le Gouvernement anglais, européen pour nous tous Français, Germains, Scandinaves, Latins, Grecs, Slaves, et tutti quanti.

Le troisième mouvement, fort inattendu, a été dévoilé par nous à des hommes d'État anglais, et le voici.

Le Gouvernement anglo-asiatique n'aurait plus seulement devant lui une Russie lointaine, lourde et lente; il en aurait deux, la seconde à ses portes, querelleuse et à mouvements brusques sur terre et sur mer.

L'une regarde le Nord des Indes et la Perse avec une patiente philosophie; l'autre ferait mieux que regarder le Sud; elle serait dedans, par la Hollande, ainsi qu'on va le voir.

En effet, dans la Politique empirique d'où l'Europe ne peut pas soi-tir sans la Synarchie, que serait amené à faire un Hohenzollern, après le second mouvement ci-dessus? Il se mettrait forcément à l'autre bout de sa bascule de Vassalité. Il servirait la Russie qu'il viendrait d'affaiblir, en tombant sur l'Angleterre qu'il aurait renforcée d'autant.

Il opérerait en Vice-Roi russo-prussien, après avoir manœuvré en Maha-Rajah anglo-germain.

 

 

 

La force des choses inhérentes au Système anarchique de l'Europe l'amènerait à affaiblir l'Angleterre, en annexant d'une manière quelconque la Hollande et son magnifique Empire colonial hindou.

La Russie donnerait son assentiment, faute de pouvoir ou de vouloir rien empêcher.

Le quatrième mouvement consécutif serait une entente anglo-russe suivie d'une Ligue de la Paix retournée, d'une Coalition européenne pour écraser non pas seulement les Hohenzollern, mais l'Allemagne.

Mais les Indes seraient déjà perdues pour les Anglais. Le tout, au profit de qui, en somme? De personne en Europe, comme nous l'avons démontré, mais de l'Empire chinois à l'Est, de l'Amérique à l'Ouest, de l'Islam au Sud.

Pour sortir de cet engrenage, il faut une autre base que le Droit des Gens politique. Il est nécessaire d'organiser le Droit social et divin des Nationalités. Il est indispensable de sauver chaque Partie de  l’ensemble par l'organisation du Tout continental sur la triple base des Intérêts communs.

Autrement le Système empirique des Antagonismes religieux, politiques, économiques, d'État à État, sera toujours la Guerre, jamais la Paix, sauf celle des morts.

Nous offrir officiellement la Neutralisation de l'Alsace-Lorraine, c'est donc nous proposer cette dernière Paix.

Il est bien entendu que nous parlons ici de la géométrie des choses et non des intentions des personnes, que nous ne préjugeons pas.

Ainsi, dans les Questions étrangères, comme dans nos Affaires intérieures, le correctif de l'Anarchie et de ses inconvénients pour tous est la Méthode synarchique.

Se trouvera-t-il un Souverain de taille intellectuelle et morale à le comprendre, et Guillaume II est-il ce Souverain, comme on nous le demande? Nous n'en savons rien; et nous ne nous occupe ici de Politiqué générale que par rapport à notre Patrie.

C'est à la France de ne compter ici-bas que sur elle-même. C'est à elle de reprendre sa vie européenne dans sa voie vraie comme dans ses Causes de Vivre: Vivendi Causas.

Celles-ci ont toujours été d'un ordre supérieur à tout danger militaire, quand elle les a délibérément arborées.

C'est qu'elles portent plus haut dans le sens du Bien public continental que l'égoïsme de la plupart des grands États.

Tous enferrés qu'ils sont entre eux, ont besoin d'être délivrés et amenés à un Ordre de choses plus conforme aux Intérêts européens comme aux nôtres.

Les ÉTATS-UNIS D'EuROPE sont-ils ce desideratum ? Pour les Américains, oui; pour les Européens, non.

Ce serait une singulière méthode de conciliation que de proposer aux Souverains cette abdication qui, du reste, n'avancerait pas la question.

Les ÉTATS-GÉNÉRAUX D'EuROPE synarchiquement constitués répondent seuls au desideratum qui nous est posé.

La Loi sociale d'organisation dont ils sont la forme, appartient à. la Révélation, aux Livres Saints de toutes les Églises du Monde, comme à la Science historique pure et simple.

Cette Loi, sa Méthode, sa Formule, démontrées dans nos Missions, ont un caractère purement social, aussi rassurant pour les monarchies que pour la République; elles ne touchent pas aux formes politiques des Gouvernements ni des Constitutions; elles permettent un Modus Vivendi entre toutes.

En dehors de cette base scientifique, le Système continental actuel, institué en 1648, ne peut mener l'Europe qu'à la destruction et à la ruine; dont nous avons montré la série fatale.

La seule Puissance contractante qui survivra pour ressusciter les autres, sera celle qui lèvera le drapeau de la Synarchie sur leur Anarchie mutuelle.

La Force des Armes ne demeurera, en définitive, qu'à la Force de I'Idée organique continentale, puis planétaire.

C'est pourquoi, depuis dix ans que nous publions les conclusions certaines de trente ans d'études sur ces matières, depuis huit ans que nous les prêchons de vive voix aux Pouvoirs publics de notre pays, comme à ceux de tous les Etats, rien n'a lassé notre courage, ni arrêté notre devoir, qui était de faire entendre cette vérité partout, à tous, Souverains et Peuples, sous toutes les formes.

Semées au large, à pleines mains, ces pensées organiques germent et lèvent à droite, à gauche, en haut, en bas, partout.

Nous avons eu, rare bonheur donné à peu de penseurs de leur vivant, la bonne fortune de voir les sectes et les partis se les assimiler, fût-ce en les dénaturant de leur caractère synthétique; et ce temps de préparation, d'appropriation par les milieux, arrivera forcément à la concordance des intérêts que nous avons formulée pour tous.

Si donc nous n'avions visé qu'un succès personnel pour une doctrine de notre invention, Ie but serait pleinement atteint; mais nous avons poursuivi tout autre chose, qui ne nécessite pas seulement des approbations individuelles, mais l'examen collectif et la reconnaissance en commun d'une Loi d'organisation, au sens scientifique du mot Loi.

Celle-ci vaincra le Monde que l'expérience convaincra de plus en plus; et il n'y a là qu'une question de temps.

Mais si nous ne sommes pas pressé personnellement, il nous semble que notre Nationalité, puis toutes les Puissances contractantes de l'Europe ont un intérêt immédiat à mettre à l'ordre du jour la seule méthode que la science historique puisse leur proposer pour passer d'un Système d' Antagonisme qui les ruine à un Système social conforme à leurs besoins.

Le Gouvernement républicain a su le bien accueillir, en l'autorisant pour les Intérêts économiques intérieurs ; puisse-t-il s'en inspirer pour son salut, avant de s'engager vis-à-vis de l'Allemagne !

 

 

Que l'Angleterre et la Russie commencent par s'entendre avec nous pour fonder la Synarchie, le règlement de l'antagonisme germano-français sera facile.

Une autre question connexe à la précédente nous est posée par des Républicains.

La République sera-t-elle plus compromise dans son existence par l'acceptation que par un refus de l'offre éventuelle d'une Neutralisation de nos Provinces perdues?

Nous répondons :

Ce qui lie la France lie la République. La Puissance d'assentiment que l'une prête à l'autre, tient à des Causes morales et à des Principes intellectuels très généreux et très généraux. Si ces Principes et si ces Causes étaient abdiqués, désarmés et vaincus sur un fait de Droit des Gens, la République en serait atteinte à fond pour longtemps.

En un mot, une République en France ne doit pas être la Servante du Corps diplomatique européen, mais sa Jeanne d'Arc, avec un Programme utile à tous, Gouvernements et Peuples.

La sauvegarde de la France et de la République est là où nous la montrons depuis 1882 : Vouloir le Droit social des Intérêts à la hase du Droit politique, au dedans et au dehors.

Sinon, qu'on veuille bien se rappeler ce qui suit.

Après la Neutralisation de l'Alsace-Lorraine, viendrait une proposition européenne de désarmement à notre encontre.

Enfin celle-ci serait suivie d'une sommation de Monarchies coalisées, tendant à substituer à la République Française un Empire ou une Royauté de leur choix.

En ce qui nous regarde, après avoir démontré cette méthode, depuis 1882, par tous les moyens qui étaient en notre pouvoir, après avoir attiré directement sur ces œuvres, en 1889, l'attention des Souverains par trois Poèmes qui sont autant de vœux et de cahiers dans le même sens, nous considérons notre mission comme terminée sous ce rapport.

Notre but étant absolument impersonnel; comme nous avons pris soin de le déclarer dès l'abord, partout et à qui de droit, nous ne voudrions pas pousser nos requêtes jusqu'à l'importunité, fût-ce vis-à-vis des principaux intéressés : les Gouvernements.

Après JEANNE D'ARC VICTORIEUSE, nous cesserons donc d'écrire et de discourir publiquement sur ce sujet, et nous attendrons que se produise ou non la contre-partie de notre œuvre d'altruisme. Cette contre-partie ne peut être pour nous qu'un examen officiel de la Loi synarchique.

Autre question :

Elle nous est posée sur le Socialisme d'État qui se dessine en Angleterre comme en Prusse, à Berlin par l'initiative de Guillaume II, à Londres dans celle des Lords Derby et Rothschild, un peu partout chez les politiciens césariens.

Il n'y a pas de jeu d'expédient plus dangereux, quelles que soient les bonnes intentions de ceux qui s'y livrent inconsciemment ; et nous parlons ici du danger des Ouvriers comme de l'État.

 

 

La Question ouvrière est solidaire de tout un Ordre social de même nature, I'Ordre des Intérêts économiques.

Dans cette Nature ou Espèce d'Intérêts, la Faculté ouvrière marche ou doit marcher de pair avec quatre autres Faculté que I'Empereur d'Allemagne a oublié de convoquer: l'Agriculture, l'Industrie, le Commerce, la Finance.

Aussi ce Souverain a politiquement inventé et impérialement consacré une Secte économique au lieu d'un Ordre.

Dans l'Anarchie sociale qui est partout à la hase du Droit politique, national comme international, c'est l'Antagonisme seul qui règne entre ces cinq Facultés, comme entre celles des deux autres Ordres d'Intérêts, le Juridique et l'Enseignant.

Consulter l'Antagonisme seul, c'est l'autoriser.

Le remède n'est que dans le Droit social, la nature du Droit politique ne lui permettant de légiférer que les Coutumes des Mœurs qui sont à sa hase, I'Anarchie, si c'est l'anarchie, comme la Synarchie, si on l'institue.

Les Ouvriers eux-mêmes ne se laissent plus prendre aux hommes politiques qui veulent tourner leur Secte économique en instrument de Parti ou de Gouvernement.

Mais comme ils sont le Nombre, ils monteront à l'assaut de l'État par le Droit politique jusqu'à ce que l'Antagonisme cesse par le Droit social.

L'Empereur d'Allemagne le constatera dans les sentiments de sa Bourgeoisie et de ses Ouvriers, tôt ou tard, s'il ne se ravise à temps.

Cette œuvre de Sectarisme politique et économique a perdu les Républicains de 1848 et n'a valu aux Ouvriers que les Journées de Juin renouvelées en 1871.

C'est parce qu'elle est embarquée ainsi que la vraie Question sociale n'avance pas, mais recule au contraire dans la Dissociation des Intérêts économiques.

Il en serait autrement si, restant neutre dans cette question, pour en demeurer l'Arbitre, l'État donnait à l'Ordre économique tout entier son Droit social de se constituer en Synarchie à la base du Droit politique, au lieu d'y demeurer en Anarchie.

Alors, il faudrait bien que l'entente se fit entre les cinq Facultés professionnellement représentées, et elle se ferait dans un esprit nouveau et excellent.      .

La moyenne des Cahiers de I'Ordre entier serait la meilleure Préparation législative qu'un Conseil d'État ou un Parlement puissent avoir sur tous les Intérêts de cet Ordre, support des deux autres.

Comme on le voit, la Méthode scientifique est la même que dans les Questions internationales; et le Droit politique peut généraliser demain la Synarchie du bien public comme il généralise aujourd'hui l'Anarchie du Mal commun, sans toucher aux formes du Gouvernement, ni des Parlements.

C'est donc l'État français qui est le plus avancé dans la vraie voie, en ayant autorisé par ses Pouvoirs propres la Méthode que nous lui avons soumise depuis des années.

Un seul décret lui aura fait faire dans ce sens la plus grande Réforme qui se soit vue depuis des siècles; et que les autres Gouvernements auront tout avantage à imiter.

Ces réponses ne nous éloignent pas de Jeanne d'Arc; elles mettront le lecteur à même d'en mieux comprendre les Mystères politiques et sociaux.

Car tous les maux de la France et de l'Europe au XVe siècle venaient justement de la destruction d'un Droit social commun, celui que les Templiers avaient commencé à établir en France et de là dans toute l'Europe continentale et maritime.

Jeanne d'Arc était trop saintement et réellement inspirée pour n'avoir pas connu par Révélation la Loi divine et humaine de ce Droit, comme on le verra.

A ce propos, on nous demande fréquemment d'anticiper sur l'époque que nous avons fixée à certaines communications à un Conseil supérieur de !'Enseignement ; mais nous ne pouvons-nous départir de notre réserve sur ces matières.

Si nous sommes avec l'Université et ses trois Degrés d'Enseignement, comme nous l'avons écrit il y a près de dix années, nous sommes aussi avec l'Église Universelle, qui a implicitement les siens.

C'est en faisant la concordance de ces deux faces de la Vérité que nous avons pu donner la Méthode et la Loi de concorde des Intérêts de cet Ordre.

Mais il faut que le Principe de la Paix mutuelle des Enseignements soit admis, avant qu'un nouveau pas soit fait par nous hors de nos réserves.

Pourtant nous ne faisons aucune difficulté de déclarer nos sources de vérité, en ce qui regarde l'Eglise Universelle.

Elle se définit elle-même ainsi dans sa Synarchie à travers les Temps: Eglise Evangélique, Eglise Mosaïque, Eglise Patriarcale : Voir n'importe quel Dictionnaire Encyclopédique.         

De là aussi la Synarchie de leur triple Révélation, leurs Langues sacrées, leurs Mystères, leur Synthèse voilée.

Or, ces Eglises ne sont pas mortes, et toutes sont vivaces encore, la nôtre avec l'Evangile, la Mosaïque avec la Thorah, la Patriarcale noachide et ramide avec les Védas.

Nos Références et nos Autorités ne peuvent donc être en ces graves matières personne d'autre que le triple Sacerdoce, gardien authentique de la Triple Révélation.

Dans l'Eglise Évangélique, c'est l'Episcopat Chrétien, Pape en tête, avec les Conciles œcuméniques. 

Dans l'Eglise Mosaïque, c'est le Gaon de Jérusalem avec ses Synagogues.

Dans le seul Sanctuaire qui reste authentiquement de l'Eglise des Patriarches, c'est le Souverain Pontife du Brahmanisme indépendant, avec sa Pagode-Mère, sa mystérieuse Agarttha.

Voilà les Autorités, sans l'assentiment simultané desquelles, l'Etude scientifique des Mystères avec !'Enseignement supérieur des Universités, et à huis clos, ne saurait être mise en avant, comme nous l'avons indiqué dans nos MISSlONS.

Protestantisme de Luther, Islam de Mohamed, Bouddhisme de Çakya Mouni, sont trois rameaux de ce triple tronc universel, ainsi que les autres Cultes actuels ou morts, quelle que soit leur antiquité.

Quant à la légitimité de ce point de vue intellectuel sur l'Église Universelle, gardienne de la Révélation, ce n'est pas à nous de la défendre, mais aux Pères de l'Église Chrétienne.

Voici ce qu'en dit Saint Augustin: Retract., L. I, ch. xm, Num.3:

« Lachose même que l'on nomme aujourd'hui Religion « (ou Synthèse) Chrétienne, existait déjà chez les Antiques. Elle n'a pas cessé, dès I'Origine, d'assister le Genre  Humain, jusqu'à ce que le Christ vînt lui-même s'y  incarner. D'où le nom de Chrétienne, qui fut, dès lors,  donné à la Religion (ou Synthèse) vraie, celle qui existait déjà. »

Sur le sens général de Synthèse donné à la Religion par les Chrétiens pour la distinguer du Culte particulier, voir le même auteur, de Vera  Relig., ch. LV; et Lactance, Div. lnst., 4.

Voir enfin n'importe quelle Encyclopédie aux mots Église, Révélation, Religion.

Là encore, nous considérons notre tâche comme terminée, et nous déposons notre plume de ce chef, jusqu'à ce que notre œuvre de dévouement à la Paix mutuelle des Enseignements laïques et religieux ait reçu sa contre-partie officielle.

Celle-ci ne peut être pour nous qu'un examen de la Loi synarchique par le Conseil supérieur de l'Instruction publique, en ce qui regarde la Science moderne, par l'Église universelle, en ce qui concerne la Tradition.

Ceux qui connaissent notre décision; nous ont fait toutes sortes d'objections, dont voici la principale.

« Il n'y a pas que les Gouvernements et les Églises, il y a aussi les Peuples et les Fidèles de tous les cultes que  ces questions intéressent. Or, en attendant le laisser-passer des premiers, vous arrêtez votre œuvre de dévouement vis-à-vis des seconds. »

Tel n'est pas notre avis. Nous croyons avoir poussé, aussi loin qu'il incombait à notre conscience, le service que nous pouvions rendre.

Le reste veut l'assentiment des États et des Églises.

Si nous posions la question autrement, nous ne serions pas l'homme de la Synarchie et de sa Méthode sociale, mais celui de l'Anarchie et de ses procédés politiques d'antagonisme.

 

Quant au public lui-même, nous avons aussi à en attendre la contre-partie de nos œuvres de dévouement, avant de reprendre la plume que nous déposons en ex-voto sur la dernière page de JEANNE D'ARC VICTORIEUSE.

Cette contre-partie, qu'elle se produise ou non, ne peut être qu'une pesée d'opinion.

Nous n'avons pas, et nous ne voulons devoir à personne, les moyens matériels de faire une propagande factice dans les journaux; car elle serait factice dans ces conditions.

Là encore, ne faisant qu'une œuvre d'altruisme, nous ne voulons rien qu'avec les volontés et les convictions des intéressés collectifs, écrivains et lecteurs.

Si le public français se sent intéressé et qu'il le manifeste par ses organes d'opinion, nous croirons lui être agréable en reprenant la plume, et, sinon, non.

Car nous n'écrivons pas plus par plaisir que par intérêt, mais par unique amour du bien commun et dans un seul but, dont rien ne peut dévier notre pensée ni notre action : la Synarchie.

Parmi les différents courants d'idées qui se sont dessinés depuis la publication des MISSIONS (1882, 1884, 1887), il en est sur lesquels nous sommes fréquemment interrogé.

Une notable fraction de la jeunesse s'est jetée avec une curiosité passionnée sur les points limitrophes où la science moderne et celle qui est au fond de la Révélation pourraient être appelées à se vérifier par leurs représentants respectifs, dans les conditions de garantie mutuelle que nous avons indiquées.

Parmi les jeunes gens, tous croyant aller aux sources de I'Inconnu, les uns se sont lancés vers la Théosophie des kabbalistes, les autres vers celle des bouddhistes, ceux-ci vers la Théosophie de Saint-Martin, ceux-là vers celle de !'Encyclopédie maçonnique représentée par Fabre d'Olivet.

 

'I'ous ces courants sont bienfaisants à notre avis; et nous sommes loin de partager les appréhensions qui nous sont souvent manifestées à ce sujet.

Nous avons traversé nous-même cette nostalgie d'investi­gations, il y a de nombreuses années; et le seul danger qu'elle présente est un danger personnel et non public.

En dehors de nos livres, où chacun est bien venu de tirer ce que bon lui semble, nous n'avons voulu exercer aucune action directe sur ces mouvements, ni rien leur livrer personnellement, n'ayant qualité d'exercer notre discipline assez dure que sur nous-même.

Mais, quelque chemin qu'on prenne, la recherche et le seul souci de la vérité assainissent d'autant les intelligences, si l'amour de l'Humanité succède à la curiosité pure et sim­ple, ce qui arrive forcément dans la plupart des cas.

C'est pourquoi, loin de blâmer et de railler les courants de recherches qui passionnent la jeunesse, nous sommes d'avis qu'ils sont à louer et à encourager comme l'aube du renouveau auquel nous avons consacré notre vie.

Quant aux questions concernant les sciences et les arts renfermés dans les mystères de la triple Révélation, notre réponse ne saurait varier.

Qui les possède les garde, et n'en doit au dehors que les seuls résultats d'utilité publique.

Jeanne d'Arc est un modèle divin sous ce rapport comme sous les autres.

Son œuvre parle, sa Foi est un Mystère qu'Elle se garde bien de livrer tout entier.

 

 

Jeanne d'Arc est le Sphinx ailé du Temple de la Vérité qui est dans l'Église Universelle, et non ailleurs, comme le croient beaucoup d'ignorants.

Sur cette Église céleste et terrestre, elle ne se trompe jamais et elle n'a garde de la confondre avec les ignares qui l'y condamnent.

Elle a, par Révélation de l'Église Triomphante, ce qu'un seul fragment de la Militante n'aurait pu lui donner pendant le Schisme d'Occident.

Elle a la Religion vraie dans son Esprit vivant. Ce n'est pas celle-là qui a brûlé Jeanne d'Arc.

C'est la Scolastique, autant que la Politique; c'est la Philosophie gréco-romaine effrayée, ne comprenant plus rien à I'Esprit vivant de la Révélation.

Il a fallu quatre siècles pour que le Monde laïque la rendit à nos Prêtres, par les historiens de droite et de gauche, spiritualistes, matérialistes, peu nous importe.

Car, pour nous; il y a longtemps que !'Esprit et la Matière sont réconciliés dans le Verbe Etre, dans la Vie, sans laquelle l'un nous serait aussi peu perceptible que l'autre.

Oui, pendant près de quatre cents ans, la mémoire de Jeanne d'Arc a été prisonnière d'État et l'Église, derrière la grille d'une légende officielle.

Ce fut la Vierge au masque de fer de l'Ancien Régime. On ne pouvait pas dire la vérité, on accrédita ce qui suit. Inspirée par Dieu et par les Anges jusqu'à Reims, Jeanne en fut ensuite abandonnée; prise par un hasard de la guerre, sous Compiègne, elle fut jugée, condamnée, brûlée à Rouen par les Anglais.

La vérité est encore à rétablir en entier, comme on l'a fait en détail jusqu'ici.

Jeanne d'Arc n'a pas plus été abandonnée de Dieu et de Ses Anges après Reims qu'avant. Elle n'avait ni n'a jamais rien fait qui méritât cet abandon. Mais Elle a toujours porté ombrage aux deux principaux Conseillers de son Roi, dès son arrivée de Domremy à Chinon.

Ces deux conseillers étaient Regnault de Chartres, Archevêque de Reims, Grand Chancelier, et le Chambellan vicomte Thouars de la Trémoille.

Avant qu'Elle vît le Dauphin pour la première fois, on essaya de la faire tuer à Chinon même. Ensuite, dans l'espoir de se débarrasser, sinon d'Elle, du moins de sa Mission, on suscita un Concile de fait, si ce n'est de nom. On l'y tint quinze jours à Poitiers, l'examinant sur sa foi, sur ses mœurs et sur ses révélations divines.

Elle convainquit l'Assemblée ecclésiastique, qui permit au Roi d'accepter son secours, au dépit des deux Conseillers susnommés.

Ceux-ci, croyant la Dynastie des Valois et la France entière perdues, avaient déjà fait leur jeu politique de l'autre côté.

Ils s'étaient engagés à fond vis-à-vis de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et des Plantagenets-Lancastres.

La chute d'Orléans était le signal de l'exécution de ces préliminaires oraux ou écrits.

La Mission de Jeanne d'Arc vint bouleverser cette politique de liquidateurs féodaux.

Elle mit le principal meneur du Dauphin, son premier ministre, dans une situation périlleuse à l'extrême.

C'est pourquoi il ne cessa pas un moment d'entraver partout Jeanne d'Arc, de conspirer sa perte, de soustraire le Roi à la direction de l'Inspirée, à l'entraînement de l'Héroïne, à la Politique nationale de la sainte Paysanne.

A Reims, le plan définitif de la perte de Jeanne d'Arc fut résolu.

Il y allait de la tête du Chancelier, si Philippe le Bon et le duc de Bedford avaient parlé; et ils l'eussent fait sans ce qui suit.

Après que La Trémoille eut empêché la prise de Paris par Jeanne, le Chancelier alla de sa personne tenter de faire échouer la campagne de l'Oise.

La Trémoille prit le gouvernement de Compiègne ; Flavy obéit: Jeanne fut livrée à Philippe de Bourgogne.

C'est alors que Regnault de Chartres se trahit ostensiblement en aidant l'Ennemi, dans son mandement aux Rémois, sans parler ici d'autres actes.

C'est alors aussi que son Vidame, l'évêque de Beauvais, Cauchon, entra en scène.

Prisonnière de guerre, Jeanne tombait dans le Droit des Gens; c'était la liberté sous rançon.

Prisonnière d'Église diocésaine, jugée par le Clergé Bourguignon, anti-armagnac, et sous le contrôle do Plantagenets-Lancastres : c'était la mort.

La situation était celle de Jésus jugé par les siens d'un parti adverse et sous l'œil du Gouverneur romain.

Voilà toute la vérité résumée en peu de mots qu'aucun historien ne contestera valablement, car les membres épars de cette vérité sont chez eux tous comme dans les documents du XVe siècle.

Résumons-la:  

Jeanne fut perdue par l'État qu'Elle avait sauvé.

Quant à Charles VII, aveuglé par son très habile et très ténébreux Chancelier, il laissa faire sans comprendre.

Ce ne fut que plus de dix ans après, à la Conférence de Tours, que sa pensée en éveil saisit enfin son premier Ministre en flagrant délit de trahison. L'Archevêque en mourut subitement, tué, dit-on alors.

Environ dix ans après ce fait, plus de vingt ans après le procès-de Rouen, la Réhabilitation de Jeanne d'Arc eut lieu, avec audition de témoins par centaines.

C'était une mesure très politique de la part de Charles VII, mais d'aussi bonne politique que la précédente, celle du Chancelier et de Cauchon était exécrable.

Les très nombreuses Chroniques contemporaines de Jeanne, ou immédiatement postérieures à Elle, Chroniques des deux partis, armagnac, bourguignon, le Résumé du pseudo-concile de Poitiers, le Procès de Rouen, le Dossier de la Réhabilitation, des documents et lettres, non-seulement français, mais anglais, flamands, italiens, allemands; telles sont les sources incontestées qui autorisent à restituer la Vie de Jeanne d'Arc en entier pour soi-même ou pour le public.

Ce que l'Ancien Régime ne pouvait pas laisser faire, la Révolution l'a permis.

Après ses tempêtes civiles et militaires, les érudits français ont commencé dès 1817, avec Lebrun des Charmettes, leur sainte tâche, dont je viens de donner les conclusions synoptiques.

Ils sont venus lie droite comme de gauche, les uns fils de l'Église, les autres enfants de l'Université nouvelle, soulever le voile de la statue, chaque camp avec son drapeau de belligérant intellectuel et politique.

Ceux-ci ont revendiqué l'Ange sauveur de la Monarchie et de la France, la sainte Chevalière, la Prophétesse, la Miraculée ; ceux-là l'héroïque Fille des Paysans, le Général et le Soldat de la Patrie moderne, la Martyre de l'Église et de la Société féodales.

Tous ensemble réclamaient la grande Française et tiraient le voile de divers côtés.

Il n'y a que la Méthode synarchique qui puisse leur rendre à tous, Jeanne d'Arc Victorieuse, Jeanne d'Arc tout entière, telle qu'Elle fut sur Terre pour témoigner du Ciel, telle qu'Elle est au Ciel pour bénir la France et pour étreindre sur son grand cœur dans sa Foi, dans son Espérance, dans sa Charité infinie, tous les Français heureux, réconcilié et consécutivement triomphants.

C'est ainsi que nous avons évoqué, vu et entendu JOHANNA VICTRIX, et que nous l'avons chantée dans ce poème.

Esr-ce l'heure? Nous l'espérons passionnément.

                Chacun a fait son œuvre comme il devait la faire, et tout le monde sait ou pressent, ici et là, ce qui suit :

                Jeanne d'Arc a sauvé d'une mort certaine toute la France et tout ce qu'Elle renferme de français, hommes, choses, Nationalité et Institutions.  Elle a créé la Patrie, inventé l'Armée nationale, fermé les Ages féodaux, ouvert les Temps modernes, donné en paroles et en actes la Révélation pratique de la Révélation, accompli les Promesses saintes de la Religion vraie, celle de tous les Temps, dévoilé le Plan de Dieu sur le Gouvernement Général du Monde.

Jeanne est aimée de tous les Patriotes, chérie des Soldats, acclamée de toutes les Sectes, de tous les Partis, de toutes les Classes. Elle est exaltée par toutes les croyances des Catholiques aux Francs-Maçons, du Conseil Supérieur de l'Université où siègent tous les Cultes à tous les battements d'ailes de toute foi : Spirites ou Kabbalistes, Théosophes ou Libres-Penseurs purs et simples.

Toutes les Sciences étudient en Elle les Mystères de l'Ame humaine et du Dieu souverainement intelligent, aimant, vivant, qui l'inspira par Ses Anges et par Ses Saints.

Tous les Arts, la Poésie sous toutes ses formes, lyriques, dramatiques ou plastiques, Parole, Musique, Peinture, Statuaire, Architecture, s'élancent vers Elle dans un immense amour, dans une soif universelle de son Esprit, de sa Rénovation.

Elle est la Muse française de tout talent, de tout génie, qu'il porte l'étole ou l'épée, qu'il tienne la plume ou le bâton de Chef d'orchestre, le burin ou le ciseau, le compas, l'équerre ou le fil à plomb de I' Architecte.

Elle est la Sainte qui dit : Vive labeur ! qui illumine toutes les abeilles de la ruche nationale de l'usine à la ferme, des palais aux chaumières.

Elle est la Poésie en action, qui sauva de la Mort et créa à nouveau toutes ces réalités, comme Jésus a créé la Chrétienté tout entière.

Fille de Dieu, Elle appartient à toutes Ses Églises, à I'Evangélique comme les Apôtres, à la Mosaïque comme les Prophètes, à la Patriarcale comme les premiers Saints que les Anges instruisaient directement.

C'est à la lumière de ces trois Traditions que nous avons étudié sa Vocation et sa Mission prophétique.

Nous avons invoqué la Sainte et ses Anges pour que notre œuvre ne fût pas profane; nous les avons appelés, conformément à la Révélation, celle qui de l'Église des Patriarches est passée par Abraham à l'Église de Moïse, à l'Église de Jésus.

C'est ainsi que nous avons voulu voir et entendre Jeanne d'Arc dans son propre Temple.

Car dans cette triple Église Universelle, Elle a un Temple, la France, des Templiers, l'Armée.

C'est là, sous le Drapeau prophétisé par Elle, que le Sacrifice qu'Elle institua se perpétue, à l'Autel vivant de la Patrie, dans le même Esprit, celui du Dévouement de chacun à tous, dont Elle vécut, dont Elle mourut.

Puisse cette Epopée être I'Incantation des Victoires futures de l'Armée!

Puissent ces Victoires donner à la Patrie et au Monde la V raie Paix, celle du Dieu que I'Etendard de Jeanne révéla dans la Gloire de son Règne, debout sur l'Arc-en-Ciel synarchique de Noé, Drapeau tricolore de la France l

 

 

…………………………….

 

VINGT-TROISIÈME CHANT

C'est la Nuit: Jeanne armée écoute à sa fenêtre.

Tous les quarts d'Heure, Canonnier,

 Archer, Bourgeois ou Marinier,

Quelqu'un passe dans l'Ombre et se fait reconnaître.

Pierre d'Arc interroge; et la Pucelle entend :

« Rien de nouveau; la Rive est calme.» Et Jeanne attend.

 Comment vit cette Fille étrange?

Le Jour, un peu de pain dans du vin trempé d'eau,

La Nuit, pas de Sommeil; et, toujours, quel fardeau

Pour toute autre que pour un Ange!

 

Elle rentre et tombe à genoux :

« Messire! accordez-moi la Force nécessaire

Pour sauver Orléans de sa grande Misère!

 Messire! ayez pitié de nous!

Anges, Saintes et Saints, Voix, Lumière divine!

 Montrez-vous, parlez-moi, faites que je devine!

Pourquoi mon cœur bat-il ainsi,

Quand la paix de la Nuit couvre rive et vallée?

Dites, Amis ailés de l'Armée étoilée!

Si ce n'est là, c'est donc ici?

 

L'Archange Saint Michel, Flamme et Voix, se révèle.

 Oui, c'est ici, Colombe: entends!

Vois à travers Espace et Temps! »

Jeanne pleure, une main sur ses yeux; que voit-Elle?

« Ah! toujours leur Conseil entravant nos Combats!

Toujours cet Archevêque ou ses Gens parlant bas!

Esprit de Mort, Ame féroce,

Que veut-il? Enrayer le Char du Dieu Vivant?

Prêtre, au lieu de pousser à la Roue, en avant,

Il y met en travers, sa Crosse! »

 

« Oui, Jeanne: il y mettrait la Croix

Où sa Race d'Esprits cloua le Fils de l'Homme!

Mais, malgré lui, ton cœur sera pour ce Royaume

Le Char de Feu du Roi des rois.

Après le Sacre, pars ou viens; car, là, s'arrête

Le peu de Foi, d'Espoir et d'Amour que nous prête

 L'État par toi ressuscité.

Tu vois sa Tête à l'œuvre : elle te sent sa Reine,

 Et mord déjà le Bras de l'Ange qui la traîne

Hors de son Sépulcre irrité. »

 

Sur le front de la Vierge il mit Sa Main sacrée,

L'inondant d'un Nimbe vermeil ;

Il lui remplaçait le Sommeil,

En la renouvelant dans l'Essence éthérée.

 Car c'était le six Mai, Jour à jamais béni :

Cinq Ans auparavant, il quittait l'infini

Pour ravir aux Cieux la Pucelle.

Il lui parla du fond des Musiques sans fins

Que l'Amour éternel des brûlants Séraphins

Souffle dans l'Ame universelle.

 

Puis l'Archange, qui rayonnait,

La précéda dans l'Ombre au fond de l'Oratoire;

 Et, lorsqu'Elle eut prié Dieu pour notre Victoire,

L'Angélus du Matin sonnait.

Elle éveilla Daulon. Or, l'Aube à peine éclose,

 Vinrent des Mariniers fiers d'une énorme alose,

 Qu'ils lui portaient pour déjeuner.

Boucher riant: « Voilà de quoi fermer vos Ailes! »

 Jeanne : « Mon déjeuner, c'est le Fort des Tournelles,

Puis, par le Pont je viens diner.

 

« Mais, alors, si je sais ce que parler veut dire,

 Dit son bon Hôte interloqué,

« Tout le Sud sera débloqué? »

Jeanne: «Ajoutez aussi le Nord, pour tout prédire »

«  Amen! » répondit-il en regardant les Cieux;

Et les Pêcheurs pleuraient de joie, ouvrant leurs yeux.

 Croyant voir un Ange sur Terre.

Le Sire de Daulon tenait le Cheval Blanc,

Que la bonne Lorraine étreignit d'un élan,

Malgré son arroi militaire.

 Elle appuya sur l'étrier

L'Élendard qu'Imerget tendait, dormant encore:

On eût dit la Victoire ailée, à qui l'Aurore

 Eût prêté son grand Destrier.

Dans la rue, attendant leur Messie et leur Reine,

La Hire et son bras droit, le Commandeur Girenne,

D'un Ordre ami des Templiers,

Lui dirent: « Cette nuit, le Conseil sans vergogne

 A condamné pour vous la Porte de Bourgogne

 Aux Archers comme aux Chevaliers! »

 

« Je le savais, » dit Jeanne. « On verra tout à l'heure,

« Diable ou Dieu, qui l'emportera;

« Et soyez sûrs que Dieu vaincra!

« Je nargue Je Conseil, et je ris de son leurre!

« Dieu tient par moi le cœur du Peuple dans Sa Main;

« Il y tiendrait bientôt celui du Genre Humain,

« Sans Satan qui le veut esclave!

« Si je lève le doigt, Orléans est debout;

« Si je lève le bras, c'est un Volcan qui bout;

« Si j'appelle, gare à sa lave!

 

« Mais j'apaiserai le Volcan,

« Sans avoir à pleurer une seule blessure.

« Parlons du bon Combat d'aujourd'hui; j'en suis sûre

« Comme d'être bientôt au Camp.

« J'ai mon Conseil d'Armée aux Sphères éternelles,

« Et voici : je prendrai Boulevard et Tournelles :

« Le Ciel lui-même m'en répond;

« Mais il faut, sans broncher, car terrible est l'affaire,

« Suivre ici tout mon Plan de Bataille, et le faire

« Obéir des Remparts au Pont.

 

«  J'ai fait tripler là-bas nos parcs d'Artillerie :

« Quand leur sabbat commencera,

«  Graville, un des nôtres, viendra

« Avec trois mille Archers et l'Arquebuserie.

« Assaut du Boulevard à dix heures : Alors,

«  La Hire entraînera dix Bannerets dehors

«  Et toute leur Chevalerie.

«  Le reste doit rester au Nord et s'y ranger,

« De sorte que Talbot, s'il venait à bouger,

«  Rentre sous leur Charge en furie.

 

« Et vous, Commandeur de Saint-Jean,

«  A trois coups du Beffroi, sur mes signaux d'alarmes,

«  Entrainez tout, Milice, Archers, Bourgeois en armes

«  Sur le Pont, contre l'Assiégeant.

« Car chassant l'Ennemi jusqu'à l'Arche coupée,

« Je le refoulerai du Sud sous votre épée:

« Nous forgerons des deux côtés ;

« Et roulant dans ses flots tous ces gens d'Angleterre

« La Loire achèvera le travail fait sur Terre

« Par tous mes Anges irrités. »

Elle dit, saluant, et s'élance suivie Par Daulon et par Paquerel

Dans le Nimbe surnaturel

Qui rayonnait d'en haut sur sa divine Vie.

La Foule derrière Elle accourt, en l'acclamant;

Devant, entre deux Tours, passe un miroitement:

C'est le Poste qui prend les armes;

Il se range en travers, salue el bat aux champs ;

Et Garnache apparaît, jaloux, les yeux méchants,

 Montrant à Jeanne les Gensdarmes ....

 

« La Porte est fermée! » «  Ouvrez-la! »

« C'est l'Ordre du Conseil de Guerre! » « Peu m'importe!

«  Je suis le Chef des chefs de Guerre! ouvrez la Porte!

« Appelez Gancourt ! » cc Le voilà. »

«  Obéissez au Roi du Ciel, Messire Comte!

«  Son Tonnerre est Son Peuple armé qui vous fait honte,

« Vous prenant pour des Assiégeants!

« Eh bien! qu'attendez-vous? » A sa voix en colère,

L'Écho tonne : on entend la Foudre populaire,

Grand fracas d'armes, cris des Gens.

 

Une Influence occulte entraîne la Milice

Mêlée aux flots des Curieux :

Hommes, Femmes, tous furieux,

Réclament que le vœu de Jeanne s'accomplisse.

On crie au loin: «  Gaucourt refuse! il a dit non!

« A bas Gaucourt ! à bas les Traitres de Chinon!

« A bas les Ordres vexatoires!

« Sus aux Vendeurs du Peuple! à bas le Chancelier!

«  Aux Armes! Force à Jeanne! On voudrait la lier!

«  On ne veut pas de ses Victoires! »

 

                Gaucourt à Cheval entend tout.             

Le Gouverneur s'affole à l'aspect de sa Ville,

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« Jeanne ! Son Étendard! Son panache! Son heaume!

 Miracle! Elle n'a pas péri! » -

« Aux Armes! » clame Pierre aux Fils de la Chaumière,

Montrant sa blanche Sœur montant dans la Lumière,

On retourne, criant d'en bas :

« Nous voilà, fallût-il grimper jusqu'aux Nuées ! »

 Et Trompette sonnant, Bannières dénouées,

Tous sont au divin Branle-bas.

 

A l'Orage du Sud suivant au Fort sa Reine,

Celui du Nord répond céans

Par la Milice d'Orléans

Accourant sur le Pont où l'entraîne Girenne,

Glasdale formidable est de l'autre côté,

Droit sur le pont-levis du Sud, ensanglanté,

Jetant dans la Fournaise ardente

Ses Gens, sombre Ouragan de haches de combat,

Lorsqu'on lui crie: « Au Nord : alerte l l'on s'y bat! »

 Il souffre tout l'Enfer du Dante.

 

S'il part d'ici, tout va fléchir;

S'il reste d'un côté, l'autre s'ouvre au Tonnerre;

 Il rugit ; sa fureur est extraordinaire;

Il se, sent fou d'y réfléchir.

De nouveau par ce Cri son Ame est poursuivie:

 « Glacidas ! Glacidas ! rends-toi, sauve ta vie! »

. « Non! » - Tout à coup Jean le Lorrain

Fait feu de sa bombarde, et le pont-levis croule,

Jetant les Chefs anglais dans la Loire, qui roule

Ses Flots sur un fracas d'airain.

Orgues de pierre ayant le Gouffre pour pédale,

Le Fort hurle, on dirait des glas,

De bas en haut : « Glasdale ! hélas!

« Glasdale est mort ! hélas! adieu, vaillant Glasdale ! »

Le Fleuve sous celle Arche a des Sons infernaux.

Un Gallois lui répond, clamant sur les Créneaux:

« Je vois l'Angleterre frappée !

«  Ah ! que d'Anges au Ciel sur des Coursiers volants l

« Ah ! que de Chevaliers Croix rouge et Manteaux blancs !

«  Et tous nous chassent de l'Épée ! »

 

En bas, le Jugement dernier

Sonne : au Sud, la Pucelle; au Nord, Glrenne ; on entre.

Qui résiste est haché du pied au pic de l' Antre

Et le reste est fait prisonnier.

Orléans applaudit jusque dans les Nuages,

Voyant ce que jamais ne reverront les Ages;

Il crie, il tonne, il bat des mains!

Jeanne et le Commandeur lèvent sur les Tournelles

 Leurs Étendards bénis des Sphères éternelles

Par Cent Mille Esprits surhumains!

 

A ce bruit colossal qui gronde sur la houle

Du Peuple et de la Garnison,

La Panique est à l'Horizon

Dans les Camps de Talbot, de Suffolk et de Poole.

Sombres, les Chefs anglais sont au Fort Saint-Laurent,

Quand la grande Clameur des Remparts leur apprend

La Mort de leur Compagnon d'Armes.

Le Vent du noir Trépas qui noya ce Flambeau

Serre et glace leur Ame héroïque; et Talbot

 Leur parle en retenant des larmes :

 

« Les Destins se sont retournés;

« La Victoire nous fuit par un Prodige unique;

« Et vous avez tous vu liés par la Panique

« Nos Soldats du Nord fascinés.

«  En vain nous les avons poussés vers le rivage !

 « La Superstition tient sous son esclavage

« Nos Lions devenus Moutons;

« La Défaite du Sud, la Mort du fier Glasdale

« Peuvent changer demain leur folie en scandale :

« Plutôt qu'être vaincus, partons!

 

 

«  Vous savez si celui qui vous parle est un lâche

«  Et s'il pourrait vous conseiller

« Rien d'indigne d'un Chevalier

« Ni d'un Chef éclairé, militant sans relâche.

« Orléans libre au Sud se rit de nos Sept Forts.

« Partons en plein Soleil pour porter nos efforts

« Sur un meilleur terrain de Guerre :

« La Bataille rangée, où, tant de fois vainqueurs,

«  Notre Art et la Raison nous rendront tous les cœurs

« Des Preux d'hier et de naguère. »

 

. Tous obéissent sagement,

Le Secret de leur Force étant leur Discipline.

Soudain, vers l'Horizon chaque cimier s'incline:

Ce sont des Chants d'Enterrement.

C'est Jeanne d'Arc rendant les Honneurs militaires

 Aux Français, aux Anglais, montés vers d'autres Terres!......

 

 De Alexandre Saint-Yves d'Alveydre

 

 

==> Guerre 14-18, Honneur à Jeanne d'Arc d'un régiment devant la maison à Domremy