Les arènes de Poitiers _gaule-poitiers-limonum-pictonum-jc-golvin_

Construites au premier siècle, cette énorme construction elliptique, dont les arcades superposées s'élèvent à 27 mètres de hauteur, et à travers lesquelles les rayons du soleil levant produisent d'admirables alternances de lumière et d'ombre ?

Ce colosse, c'est l'amphithéâtre, frère plus jeune et plus petit que le Colisée romain mais encore de proportions gigantesques (Voir au Musée des Augustins de la Société des Antiquaires, une gravure empruntée à l’ouvrage : Topographie Française, par Claude Chastillon, Paris , 1641. Cette gravure a pour titre : Les vestiges et ruines du grand et magnifique amphitéastre construict par les antiques au plus hault et esminent lieu de la ville de Poitiers.- la construction de cet immense édifice était attribué à l’empereur Gallien, et appartenait, par la suite, au milieu du IIIe siècle)

Mesurant 155 mètres de grand axe, sur 130 mètres de petit axe, avec soixante gradins de pierre circulant tout autour de l'arène, il est capable de contenir jusqu'à 40.000 spectateurs.

 C’était une des entrées principales de l’arène. Çà et là régnaient encore la corniche aux profils simples sur laquelle reposait la retombée de la voûte, et l’appareil de minuto lapide, dont le placage solide avait résisté aux siècles, au feu et à l’intempérie des saisons.

Des voûtes de moindre dimension, qui se coupaient, se brisaient, s’enchevêtraient les unes dans les autres et abritaient alors des magasins à fourrages, aidaient à reconstruire par la pensée le gigantesque monument.

Un escalier grossièrement pratiqué par l’usage dans le massif même des constructions s’offrait aux yeux à droite, et donnait accès sur les reins mêmes de la grande voûte d’entrée. Du haut de cet observatoire, malgré les mesquines demeures qui, semblables à des plantes parasites, s’étaient soudées aux flancs décrépits du colosse, on distinguait aisément le caractère imposant et majestueux de ce vaste édifice.

La forme elliptique de l’arène et des divers étages était retracée à l’œil par des ruines éparses, placées comme autant de jalons sur le vaste emplacement qu’occupaient autrefois, dans leurs jeux gigantesques, le peuple-roi vainqueur et le peuple gaulois vaincu.

Cet amphithéâtre, que nous croyons, malgré l’opinion vulgaire qui l’attribue à Gallien, l’œuvre des empereurs Adrien et Antonin (de 117 à 161), était remarquable par son étendue.

Des fouilles partielles faites sous nos yeux, avant le beau travail publié en 1843 par MM. Bourgnon de Layre et Lamotte, nous avaient personnellement autorisé, dès 1837, à réduire à des proportions moins vastes le diamètre de l’arène proprement dite ; mais cette conjecture, née de nos observations, et consignée alors dans un rapport resté inédit, puis justifiée plus tard par les immenses recherches de nos deux confrères, loin d’enlever au monument un degré d’importance en rétrécissant l’espace consacré au spectacle, augmentait au contraire l’intérêt qu’il nous offrait.

Elle donnait en effet une plus juste idée du grand nombre de spectateurs qu’un étage de plus conviait aux jeux sanglants des gladiateurs.

Il est désormais prouvé que le nombre des gradins sur lesquels les spectateurs s’asseyaient était de 60, et, d’après les calculs qu’autorisent les amphithéâtres connus où se trouvent encore indiquées les places de chaque spectateur, celui de Poitiers, à 40 centimètres par spectateur, devait contenir plus de 40 000 personnes assises et 12 000 debout.

Outre la porte d’entrée septentrionale, à laquelle correspondait, dans le prolongement du grand axe de l’arène, l’entrée méridionale ; outre les deux entrées moins importantes existant aux extrémités orientale et occidentale du petit axe, 124 vomitoires, assez larges pour donner passage à trois personnes de front, permettaient à ces 52 000 spectateurs, marchant avec la vitesse du pas militaire, de se placer ou de se retirer en moins de deux minutes.

C’est ce qui explique comment, malgré les variations possibles de l’atmosphère pendant une représentation publique, les Romains pouvaient construire en plein air et sans abri permanent ces gigantesques théâtres, qui doivent faire honte aux avortons enfantés par notre civilisation moderne.

Quelques auteurs ont écrit que l’amphithéâtre de Poitiers avait dû servir au spectacle des naumachies. Les découvertes faites et signalées par M. Bourgnon de Layre, à propos de nos aqueducs romains, détruisent complètement cette opinion.

Voici, du reste, d’après le travail de MM. Bourgnon de Layre et Lamotte, un tableau comparatif des proportions qui existaient entre l’amphithéâtre de Poitiers et ceux de Rome et de Nîmes.

 

GRAND AXE
TOTAL.

                 

PETIT AXE
TOTAL.

                 

GRAND AXE
DE L’ARÈNE.

Colisée (Rome),

205m »

 

171m »

 

93m  »

Arènes de Poitiers,

155  80

 

130  50

 

72  30

Arènes de Nîmes,

129  »

 

97  78

 

69  40

 

 

PETIT AXE
DE L’ARÈNE.

             

ÉPAISSEUR
DES BATIMENTS.

             

ÉLÉVATION
DE L’ÉDIFICE.

Colisée (Rome),

59   »

 

56   »

 

52  »

Arènes de Poitiers,

47   »

 

51  73

 

27  64

Arènes de Nîmes,

38  17

 

29  80

 

21  »

Lorsque les idées religieuses que le Christ avait apportées au monde eurent renouvelé la société païenne, les jeux du cirque durent perdre de leur prix aux yeux des populations chrétiennes. Ils leur rappelaient moins encore la magnificence de leurs maîtres et les plaisirs de leurs ancêtres que le sang de leurs martyrs, et tout porte à croire qu’à Poitiers comme ailleurs, elles vengèrent sur des murailles inertes les crimes qu’une odieuse persécution y avait fait commettre.

Dès le VIe siècle, la destruction de l’amphithéâtre de Poitiers dut être un fait accompli, et depuis lors, si son squelette abandonné retrouva quelquefois une vie éphémère, ce fut dans ces moments critiques où les défenseurs de la cité des Pictons durent s’en servir, en raison de sa situation dans le suburbium, hors des murs, comme d’un avant-poste formidable contre les ennemis qui se succédèrent dans ces temps de luttes barbares.

Puis ses pierres furent arrachées pour en construire des fortifications grossières, ses ornements décorèrent les temples, et il ne fallut, pour le conserver tel qu’il apparaissait encore il y a peu d’années, rien moins que l’usurpation intéressée des pauvres familles qui vinrent se nicher dans ses vomitoires, et se faire de sa ceinture protectrice un abri qu’elles n’eussent pu remplacer et qu’elles protégèrent à leur tour.

Après des fortunes diverses, devenu, comme nous l’avons dit, la propriété de l’abbaye de Nouaillé, il fut cédé avec ses dépendances par bail emphytéotique du 16 avril 1757, et il appartenait en dernier-lieu, par suite d’échanges, aux hospices de Poitiers.

Sauf quelques formes de langage que nous avons dû adapter à ce qui n’est plus, les pages qui précèdent reproduisent la description de ce qui était encore au moment où nous écrivions notre première édition, et nous terminions ainsi :

« Serait-ce une pensée téméraire que d’espérer, pour ce monument, désormais, une protection plus efficace, qui servirait utilement les intérêts des pauvres ?

Conserver à la ville de Poitiers l’un de ses plus anciens titres de gloire, c’est lui conserver aussi le seul attrait qui puisse, ainsi que nous l’avons déjà dit, solliciter la curiosité de ces touristes intelligents, dont la présence est semblable aux pluies fécondantes qui laissent partout où elles tombent les traces de leur action bienfaisante. »

Ceci s’écrivait en 1851.

En 1857, une compagnie de spéculateurs se forma pour l'exploitation de l'emplacement occupé par ce magnifique amphithéâtre, et malgré les efforts de la Société des Antiquaires de l'Ouest, en fit disparaître les imposantes ruines, afin de bâtir à la place un vulgaire marché.

C'est le marché Saint-Hilaire, inauguré le 17 mars 1859 et qui borde la rue Magenta, et qui occupe à peu près le centre de l'arène. Il ne reste plus du monument romain que quelques amorces de voûtes noyées dans les constructions de la petite rue Bourcani.

N’y avait-il aucun moyen de concilier les intérêts du présent avec ce que nous regardions comme un intérêt de premier ordre aussi ?

Pas plus que les hommes d’intelligence et de cœur qui défendirent en vain, il y a quinze ans, une cause qu’on ne doit pas dire mauvaise parce qu’elle a été perdue, nous ne saurions admettre une telle impuissance.

Bornons-nous, après avoir constaté le devoir noblement rempli, en cette grave circonstance, par la Société savante que son nom seul « obligeait », bornons-nous à cette simple réflexion :

« Si c’était à refaire, les actionnaires qui ont payé l’œuvre de destruction ne seraient-ils point, par hasard, aussi conservateurs que nous ? »

« Dans un siècle où tout acte de la vie humaine semble s’estimer à raison de ce qu’il peut rapporter à son auteur, veuillez, ami lecteur, prendre note de ce qui précède… à titre de moralité. » (2e édition.)

Une note adressée à notre « véracité » nous engage à constater que MM. les actionnaires, dont les capitaux, jusqu’à ce jour, à peu près complètement généreux,

Offrent, chaque matin, à chacun sa provende,

Bientôt, ne seront plus, faute d’un dividende

L’estomac creux, coupons en main,

Exposés à mourir de faim !

 

 

C'est au sein de cet antique colosse de pierre, que la société païenne, avec un fébrile enthousiasme, s'assemblait aux jours de grande festivité, pour célébrer les victoires de l'empire ou l'avènement de quelque nouveau César, soit par les jeux du cirque, soit par des combats de gladiateurs.

Quelquefois ces gladiateurs sont de pauvres esclaves, que l'on oblige à se transpercer les uns les autres, pour le plaisir d'une foule avide d'émotions violentes et désireuse d'aspirer l'âcre odeur du sang répandu.

vue de l'amphithéâtre de Poitiers bastie par les Romains pour les spectacles

Quelquefois ce sont de vaillants chrétiens, qui ont refusé de prendre part aux sacrifices offerts sur les autels des idoles, et qui, pour cela, sont jetés en pâture aux bêtes.

Peut-être avons-nous ainsi l'explication de l'hypogée ou sanctuaire souterrain, qui fut consacré, non loin du dolmen celtique de la Pierre-Levée, à la mémoire de soixante-douze martyrs, hypogée dont la découverte est due à notre savant archéologue poitevin, le P. de la Croix.

Cette crypte était voisine d'une nécropole romano-gauloise, où l'illustre antiquaire rencontra plus de 300 sépultures appartenant à l'époque païenne.

Puis, continuant le cours de ses explorations, il découvrit, non loin de là, dans un champ que la tradition orale appelle encore Champ-des-Martyrs, d'autres sépultures, mais celles-ci d'origine chrétienne, et, au milieu de cette seconde nécropole, une construction souterraine, qui renfermait un autel, des chasses, des sarcophages, des ossements humains, des sculptures, des peintures, et des inscriptions.

De ces inscriptions, il résulte que cette cavité était un hypogée-martyrium, construit au VIIe siècle, par un prêtre nommé Mellebaude, afin d'honorer les restes des martyrs inhumés en ce lieu.

 

En 1908, l'administration des Monuments Historiques a fait élever, pour mettre à couvert cet antique sanctuaire chrétien, un petit édifice rectangulaire, à toiture rouge formée de deux plans inclinés.

Grâce au P. de la Croix, les moulages des bas-reliefs et des inscriptions mérovingiennes qui décoraient les murs de l'hypogée primitif sont venus enrichir les collections des Antiquaires de l'Ouest.

Ce fut aussi l'éminent archéologue qui découvrit, à l'ouest de Poitiers, sur la colline de la Roche, les vestiges d'un temple dédié à Mercure, qui a fourni au Musée des Antiquaires un beau vase votif d'une seule feuille de cuivre, provenant de ce sanctuaire païen.

Avec le temple de Mercure situé hors des remparts, il y avait sans doute, à l'intérieur de la ville, et peut-être à la place même de l'église Notre-Dame, qui repose sur de vieilles substructions romaines, il y avait, disons-nous, un temple dédié à Minerve, comme semble bien le démontrer l'intéressante découverte d'une statue de la déesse, qui se fit il y a peu d'années.

Cette découverte eut lieu sur le versant ouest de la ville, en la cour d'une école de jeunes filles, ancien jardin de l'hôtel des Lusignan à Poitiers, au bas de la rue du Moulin-à-Vent, qui devrait maintenant s'appeler plutôt rue de Minerve.

Le lundi 20 janvier 1902, un terrassier creusait le sol, dans ladite cour, préparant des fosses destinées à une plantation d'arbres.

Tout à coup, sa pioche rencontre un bloc de marbre sculpté, qu'il prend d'abord, en sa stupéfaction, pour un cadavre. Or c'était une superbe statue de Minerve, enfouie sous terre depuis l'époque de la première invasion des barbares, c'est-à-dire depuis plus de seize siècles.

A cette nouvelle, tout Poitiers exulta. Notables, archéologues, amis des arts, se rendirent en grand nombre sur le lieu de la découverte, et furent émerveillés. Il y eut même quelqu'un, antiquaire dans l'âme, qui pleura d'émotion. Nous l'avons vu qui nous parlait, les larmes aux yeux. Oh ! le culte des vieilles choses !

Toutefois, la statue était maculée par la couche de sable rougeâtre, où elle" gisait depuis si longtemps, et mutilée en quelques parties. La tête était séparée du tronc, et les deux avant-bras disloqués. Fort heureusement, la tête et l'avant-bras gauche furent retrouvés dans le voisinage de la statue. Seule une partie du bras droit n'a pas été mise à jour.

On transporta avec soin ces précieux restes au Musée de l'Hôtel de Ville, on remit en place les fragments retrouvés. De l'antique poussière qui le souillait, on nettoya le vieux marbre ; et, maintenant, au milieu de la plus belle salle du Musée, à la place d'honneur, sur un piédestal archéologique, la déesse apparaît majestueuse, aux regards des Poitevins et des visiteurs de toute la France, en sa blancheur marmoréenne, dans une imposante attitude hiératique, casque en tête, deux épais bandeaux de cheveux encadrant les tempes, une égide retombant sur les épaules, derrière la nuque une lourde tresse ou catogan, autour du buste un collier de serpents, et. pour agrafe de collier, une figure de Gorgone. Un large peplum l'enveloppe jusqu'au-dessus des genoux, et un autre, plus mince, descend jusqu'aux pieds.

« La déesse a le type grec très pur, les lèvres assez fortes, ainsi que le menton, les yeux grands ouverts. Sa physionomie respire le calme. L'ensemble du corps, aux formes peu accentuées, donne bien l'idée de la vierge, de la jeune fille, qui est une des conceptions de la Minerve grecque ».

Telle est l'admirable Minerve poitevine.

La curieuse trouvaille de celte divinité mythologique nous donne évidemment le droit de supposer que celle qui était considérée comme la protectrice des cités, comme la déesse de la sagesse, de la paix et des arts, était jadis le palladium du Poitiers gallo-romain, et qu'elle y recevait un culte pieux .

Il est à croire que ce sont quelques-uns de ses fidèles sectateurs qui, pour la soustraire aux profanations et aux ravages des Bagaudes, l'ensevelirent à la hâte, vers la fin du troisième siècle, dans les entrailles du sol poitevin.

 

Un chantier de fouilles pour remonter l'histoire


La ville de Poitiers et la direction des affaires culturelles ont décidé de financer un chantier de fouilles dans les seules parties visibles de l'amphithéâtre. Elles sont menées par Christophe Belliard archéologue municipal de la direction culture et patrimoine et par François Blanchet du service régional archéologie de la DRAC.
Ils ont gratté la terre dans ce qui était l'un des couloirs de l'amphithéâtre  et dans lequel circulaient les spectateurs fortunés, ceux qui pouvaient s'approcher au plus près de l'arène. Et ils ont mis au jour différents niveaux d'occupation depuis l'époque antique. Gràce aux objets découverts, des poteries, des verres, des pièces, ils ont une idée des occupations  successives jusqu'à la plus récente peut-être, une forge qui s'y était installée à la fin du 19ème siècle.==> https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/l-amphitheatre-antique-de-poitiers-sous-l-oeil-des-archeologues-1017525.html

 

Redécouverte de ce monument exceptionnel à travers quelques images, conservées notamment au service Patrimoine et Inventaire de Nouvelle-Aquitaine (Poitiers).

https://inventaire.poitou-charentes.fr/operations/agglomeration-de-poitiers/80-decouvertes/212-album-photos-les-arenes-de-poitiers

 

 

Quand Poitiers s’appelait Limonum capitale des peuples Pictavi et Tiffauges, Theiphalia <==

Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons. <==