Les arènes de Poitiers _gaule-poitiers-limonum-pictonum-jc-golvin_

Construites au premier siècle, cette énorme construction elliptique, dont les arcades superposées s'élèvent à 27 mètres de hauteur, et à travers lesquelles les rayons du soleil levant produisent d'admirables alternances de lumière et d'ombre ?

Ce colosse, c'est l'amphithéâtre, frère plus jeune et plus petit que le Colisée romain mais encore de proportions gigantesques (Voir au Musée des Augustins de la Société des Antiquaires, une gravure empruntée à l’ouvrage : Topographie Française, par Claude Chastillon, Paris , 1641. Cette gravure a pour titre : Les vestiges et ruines du grand et magnifique amphitéastre construict par les antiques au plus hault et esminent lieu de la ville de Poitiers.- la construction de cet immense édifice était attribué à l’empereur Gallien, et appartenait, par la suite, au milieu du IIIe siècle)

Mesurant 155 mètres de grand axe, sur 130 mètres de petit axe, avec soixante gradins de pierre circulant tout autour de l'arène, il est capable de contenir jusqu'à 40.000 spectateurs.

 C’était une des entrées principales de l’arène. Çà et là régnaient encore la corniche aux profils simples sur laquelle reposait la retombée de la voûte, et l’appareil de minuto lapide, dont le placage solide avait résisté aux siècles, au feu et à l’intempérie des saisons.

Des voûtes de moindre dimension, qui se coupaient, se brisaient, s’enchevêtraient les unes dans les autres et abritaient alors des magasins à fourrages, aidaient à reconstruire par la pensée le gigantesque monument.

Un escalier grossièrement pratiqué par l’usage dans le massif même des constructions s’offrait aux yeux à droite, et donnait accès sur les reins mêmes de la grande voûte d’entrée. Du haut de cet observatoire, malgré les mesquines demeures qui, semblables à des plantes parasites, s’étaient soudées aux flancs décrépits du colosse, on distinguait aisément le caractère imposant et majestueux de ce vaste édifice.

La forme elliptique de l’arène et des divers étages était retracée à l’œil par des ruines éparses, placées comme autant de jalons sur le vaste emplacement qu’occupaient autrefois, dans leurs jeux gigantesques, le peuple-roi vainqueur et le peuple gaulois vaincu.

Cet amphithéâtre, que nous croyons, malgré l’opinion vulgaire qui l’attribue à Gallien, l’œuvre des empereurs Adrien et Antonin (de 117 à 161), était remarquable par son étendue.

Des fouilles partielles faites sous nos yeux, avant le beau travail publié en 1843 par MM. Bourgnon de Layre et Lamotte, nous avaient personnellement autorisé, dès 1837, à réduire à des proportions moins vastes le diamètre de l’arène proprement dite ; mais cette conjecture, née de nos observations, et consignée alors dans un rapport resté inédit, puis justifiée plus tard par les immenses recherches de nos deux confrères, loin d’enlever au monument un degré d’importance en rétrécissant l’espace consacré au spectacle, augmentait au contraire l’intérêt qu’il nous offrait.

Elle donnait en effet une plus juste idée du grand nombre de spectateurs qu’un étage de plus conviait aux jeux sanglants des gladiateurs.

Il est désormais prouvé que le nombre des gradins sur lesquels les spectateurs s’asseyaient était de 60, et, d’après les calculs qu’autorisent les amphithéâtres connus où se trouvent encore indiquées les places de chaque spectateur, celui de Poitiers, à 40 centimètres par spectateur, devait contenir plus de 40 000 personnes assises et 12 000 debout.

Outre la porte d’entrée septentrionale, à laquelle correspondait, dans le prolongement du grand axe de l’arène, l’entrée méridionale ; outre les deux entrées moins importantes existant aux extrémités orientale et occidentale du petit axe, 124 vomitoires, assez larges pour donner passage à trois personnes de front, permettaient à ces 52 000 spectateurs, marchant avec la vitesse du pas militaire, de se placer ou de se retirer en moins de deux minutes.

C’est ce qui explique comment, malgré les variations possibles de l’atmosphère pendant une représentation publique, les Romains pouvaient construire en plein air et sans abri permanent ces gigantesques théâtres, qui doivent faire honte aux avortons enfantés par notre civilisation moderne.

Quelques auteurs ont écrit que l’amphithéâtre de Poitiers avait dû servir au spectacle des naumachies. Les découvertes faites et signalées par M. Bourgnon de Layre, à propos de nos aqueducs romains, détruisent complètement cette opinion.

Voici, du reste, d’après le travail de MM. Bourgnon de Layre et Lamotte, un tableau comparatif des proportions qui existaient entre l’amphithéâtre de Poitiers et ceux de Rome et de Nîmes.

 

GRAND AXE
TOTAL.

                 

PETIT AXE
TOTAL.

                 

GRAND AXE
DE L’ARÈNE.

Colisée (Rome),

205m »

 

171m »

 

93m  »

Arènes de Poitiers,

155  80

 

130  50

 

72  30

Arènes de Nîmes,

129  »

 

97  78

 

69  40

 

 

PETIT AXE
DE L’ARÈNE.

             

ÉPAISSEUR
DES BATIMENTS.

             

ÉLÉVATION
DE L’ÉDIFICE.

Colisée (Rome),

59   »

 

56   »

 

52  »

Arènes de Poitiers,

47   »

 

51  73

 

27  64

Arènes de Nîmes,

38  17

 

29  80

 

21  »

Lorsque les idées religieuses que le Christ avait apportées au monde eurent renouvelé la société païenne, les jeux du cirque durent perdre de leur prix aux yeux des populations chrétiennes. Ils leur rappelaient moins encore la magnificence de leurs maîtres et les plaisirs de leurs ancêtres que le sang de leurs martyrs, et tout porte à croire qu’à Poitiers comme ailleurs, elles vengèrent sur des murailles inertes les crimes qu’une odieuse persécution y avait fait commettre.

Dès le VIe siècle, la destruction de l’amphithéâtre de Poitiers dut être un fait accompli, et depuis lors, si son squelette abandonné retrouva quelquefois une vie éphémère, ce fut dans ces moments critiques où les défenseurs de la cité des Pictons durent s’en servir, en raison de sa situation dans le suburbium, hors des murs, comme d’un avant-poste formidable contre les ennemis qui se succédèrent dans ces temps de luttes barbares.

Puis ses pierres furent arrachées pour en construire des fortifications grossières, ses ornements décorèrent les temples, et il ne fallut, pour le conserver tel qu’il apparaissait encore il y a peu d’années, rien moins que l’usurpation intéressée des pauvres familles qui vinrent se nicher dans ses vomitoires, et se faire de sa ceinture protectrice un abri qu’elles n’eussent pu remplacer et qu’elles protégèrent à leur tour.

Après des fortunes diverses, devenu, comme nous l’avons dit, la propriété de l’abbaye de Nouaillé, il fut cédé avec ses dépendances par bail emphytéotique du 16 avril 1757, et il appartenait en dernier-lieu, par suite d’échanges, aux hospices de Poitiers.

Sauf quelques formes de langage que nous avons dû adapter à ce qui n’est plus, les pages qui précèdent reproduisent la description de ce qui était encore au moment où nous écrivions notre première édition, et nous terminions ainsi :

« Serait-ce une pensée téméraire que d’espérer, pour ce monument, désormais, une protection plus efficace, qui servirait utilement les intérêts des pauvres ?

Conserver à la ville de Poitiers l’un de ses plus anciens titres de gloire, c’est lui conserver aussi le seul attrait qui puisse, ainsi que nous l’avons déjà dit, solliciter la curiosité de ces touristes intelligents, dont la présence est semblable aux pluies fécondantes qui laissent partout où elles tombent les traces de leur action bienfaisante. »

Ceci s’écrivait en 1851.

En 1857, une compagnie de spéculateurs se forma pour l'exploitation de l'emplacement occupé par ce magnifique amphithéâtre, et malgré les efforts de la Société des Antiquaires de l'Ouest, en fit disparaître les imposantes ruines, afin de bâtir à la place un vulgaire marché.

C'est le marché Saint-Hilaire, inauguré le 17 mars 1859 et qui borde la rue Magenta, et qui occupe à peu près le centre de l'arène. Il ne reste plus du monument romain que quelques amorces de voûtes noyées dans les constructions de la petite rue Bourcani.

N’y avait-il aucun moyen de concilier les intérêts du présent avec ce que nous regardions comme un intérêt de premier ordre aussi ?

Pas plus que les hommes d’intelligence et de cœur qui défendirent en vain, il y a quinze ans, une cause qu’on ne doit pas dire mauvaise parce qu’elle a été perdue, nous ne saurions admettre une telle impuissance.

Bornons-nous, après avoir constaté le devoir noblement rempli, en cette grave circonstance, par la Société savante que son nom seul « obligeait », bornons-nous à cette simple réflexion :

« Si c’était à refaire, les actionnaires qui ont payé l’œuvre de destruction ne seraient-ils point, par hasard, aussi conservateurs que nous ? »

« Dans un siècle où tout acte de la vie humaine semble s’estimer à raison de ce qu’il peut rapporter à son auteur, veuillez, ami lecteur, prendre note de ce qui précède… à titre de moralité. » (2e édition.)

Une note adressée à notre « véracité » nous engage à constater que MM. les actionnaires, dont les capitaux, jusqu’à ce jour, à peu près complètement généreux,

Offrent, chaque matin, à chacun sa provende,

Bientôt, ne seront plus, faute d’un dividende

L’estomac creux, coupons en main,

Exposés à mourir de faim !

 

 

C'est au sein de cet antique colosse de pierre, que la société païenne, avec un fébrile enthousiasme, s'assemblait aux jours de grande festivité, pour célébrer les victoires de l'empire ou l'avènement de quelque nouveau César, soit par les jeux du cirque, soit par des combats de gladiateurs.

Quelquefois ces gladiateurs sont de pauvres esclaves, que l'on oblige à se transpercer les uns les autres, pour le plaisir d'une foule avide d'émotions violentes et désireuse d'aspirer l'âcre odeur du sang répandu.

vue de l'amphithéâtre de Poitiers bastie par les Romains pour les spectacles

Quelquefois ce sont de vaillants chrétiens, qui ont refusé de prendre part aux sacrifices offerts sur les autels des idoles, et qui, pour cela, sont jetés en pâture aux bêtes.

Peut-être avons-nous ainsi l'explication de l'hypogée ou sanctuaire souterrain, qui fut consacré, non loin du dolmen celtique de la Pierre-Levée, à la mémoire de soixante-douze martyrs, hypogée dont la découverte est due à notre savant archéologue poitevin, le P. de la Croix.

Cette crypte était voisine d'une nécropole romano-gauloise, où l'illustre antiquaire rencontra plus de 300 sépultures appartenant à l'époque païenne.

Puis, continuant le cours de ses explorations, il découvrit, non loin de là, dans un champ que la tradition orale appelle encore Champ-des-Martyrs, d'autres sépultures, mais celles-ci d'origine chrétienne, et, au milieu de cette seconde nécropole, une construction souterraine, qui renfermait un autel, des chasses, des sarcophages, des ossements humains, des sculptures, des peintures, et des inscriptions.

De ces inscriptions, il résulte que cette cavité était un hypogée-martyrium, construit au VIIe siècle, par un prêtre nommé Mellebaude, afin d'honorer les restes des martyrs inhumés en ce lieu.

 

En 1908, l'administration des Monuments Historiques a fait élever, pour mettre à couvert cet antique sanctuaire chrétien, un petit édifice rectangulaire, à toiture rouge formée de deux plans inclinés.

Grâce au P. de la Croix, les moulages des bas-reliefs et des inscriptions mérovingiennes qui décoraient les murs de l'hypogée primitif sont venus enrichir les collections des Antiquaires de l'Ouest.

Ce fut aussi l'éminent archéologue qui découvrit, à l'ouest de Poitiers, sur la colline de la Roche, les vestiges d'un temple dédié à Mercure, qui a fourni au Musée des Antiquaires un beau vase votif d'une seule feuille de cuivre, provenant de ce sanctuaire païen.

Avec le temple de Mercure situé hors des remparts, il y avait sans doute, à l'intérieur de la ville, et peut-être à la place même de l'église Notre-Dame, qui repose sur de vieilles substructions romaines, il y avait, disons-nous, un temple dédié à Minerve, comme semble bien le démontrer l'intéressante découverte d'une statue de la déesse, qui se fit il y a peu d'années.

Cette découverte eut lieu sur le versant ouest de la ville, en la cour d'une école de jeunes filles, ancien jardin de l'hôtel des Lusignan à Poitiers, au bas de la rue du Moulin-à-Vent, qui devrait maintenant s'appeler plutôt rue de Minerve.

Le lundi 20 janvier 1902, un terrassier creusait le sol, dans ladite cour, préparant des fosses destinées à une plantation d'arbres.

Tout à coup, sa pioche rencontre un bloc de marbre sculpté, qu'il prend d'abord, en sa stupéfaction, pour un cadavre. Or c'était une superbe statue de Minerve, enfouie sous terre depuis l'époque de la première invasion des barbares, c'est-à-dire depuis plus de seize siècles.

A cette nouvelle, tout Poitiers exulta. Notables, archéologues, amis des arts, se rendirent en grand nombre sur le lieu de la découverte, et furent émerveillés. Il y eut même quelqu'un, antiquaire dans l'âme, qui pleura d'émotion. Nous l'avons vu qui nous parlait, les larmes aux yeux. Oh ! le culte des vieilles choses !

Toutefois, la statue était maculée par la couche de sable rougeâtre, où elle" gisait depuis si longtemps, et mutilée en quelques parties. La tête était séparée du tronc, et les deux avant-bras disloqués. Fort heureusement, la tête et l'avant-bras gauche furent retrouvés dans le voisinage de la statue. Seule une partie du bras droit n'a pas été mise à jour.

On transporta avec soin ces précieux restes au Musée de l'Hôtel de Ville, on remit en place les fragments retrouvés. De l'antique poussière qui le souillait, on nettoya le vieux marbre ; et, maintenant, au milieu de la plus belle salle du Musée, à la place d'honneur, sur un piédestal archéologique, la déesse apparaît majestueuse, aux regards des Poitevins et des visiteurs de toute la France, en sa blancheur marmoréenne, dans une imposante attitude hiératique, casque en tête, deux épais bandeaux de cheveux encadrant les tempes, une égide retombant sur les épaules, derrière la nuque une lourde tresse ou catogan, autour du buste un collier de serpents, et. pour agrafe de collier, une figure de Gorgone. Un large peplum l'enveloppe jusqu'au-dessus des genoux, et un autre, plus mince, descend jusqu'aux pieds.

« La déesse a le type grec très pur, les lèvres assez fortes, ainsi que le menton, les yeux grands ouverts. Sa physionomie respire le calme. L'ensemble du corps, aux formes peu accentuées, donne bien l'idée de la vierge, de la jeune fille, qui est une des conceptions de la Minerve grecque ».

Telle est l'admirable Minerve poitevine.

La curieuse trouvaille de celte divinité mythologique nous donne évidemment le droit de supposer que celle qui était considérée comme la protectrice des cités, comme la déesse de la sagesse, de la paix et des arts, était jadis le palladium du Poitiers gallo-romain, et qu'elle y recevait un culte pieux .

Il est à croire que ce sont quelques-uns de ses fidèles sectateurs qui, pour la soustraire aux profanations et aux ravages des Bagaudes, l'ensevelirent à la hâte, vers la fin du troisième siècle, dans les entrailles du sol poitevin.

 

 

 

Amphithéâtre de l'ancien Poitou et de sa capitale, pour servir d'introduction à l'histoire de cette province  par J.-M. Dufour 1826

Il est assez difficile de pouvoir, au premier coup d'oeil, se faire une idée, même approximative, de l'ancienne étendue de terrain qu'occupait l’amphithéâtre Romain.

 Pour prendre une connaissance, la plus exacte que possible, de sa circonscription primitive, il faut nécessairement visiter toutes les caves des maisons bâties sur ses ruines ; et ce n'est que d'après des reconnaissances dirigées avec une scrupuleuse attention, que l'on parvient enfin à recomposer le plan de l'édifice entier.

Toutes les constructions extérieures qui l'environnaient sont absolument détruites : elles étaient immenses, puisqu'on en rencontre encore quelques ruines dans le bas de la rue du Lycée (1), dans le voisinage de celle de la Celle. Etait-ce de ce côté qu'étaient situés les CELLE, PROSTIBULA, bâtiments sans fenêtre que l'on assignait: aux filles publiques, PROSEDIAE, MERETRICES, DIOBOLARES,  autour des Amphithéâtres , des Cirques, des Thermes, et autres lieux publics (2), et à la porte desquels on plaçait un écriteau, indicatif du prix qu'il en coûtait pour être reçu chez chacune d'elles (3)?

Ce qui porterait à le penser, c'est qu'on trouvé dans ce quartier la rue de, Paille.; RUA DE PALEA, c'est-à-dire, de la misère, de la crapule, qui ne doit, selon les apparences, son appellation qu'au voisinage des maisons de prostitution qui y existaient anciennement.

Je ne vois pas autrement (4) quelle pourrait être l’étymologie de sa singulière dénomination (5), puisqu'il est constant, au surplus, d'après un titre de.1224 (6), que le local de la rue de Paille était, à cette époque, planté de treilles, en majeure partie (7).

On se figure à peine l'emplacement DIAZOMA, ou de cette large plate-forme, qui servait de communication intérieure.

Le podium (8) et les colonnes qui devaient l'orner ont disparu entièrement; mais j'ai retrouvé ses murs a trois pieds et demi de profondeur au-dessous du sol actuel. Ces murs ont sept pieds d’épaisseur.

Les loges dans lesquelles on renfermait les bêtes destinées aux jeux, sont attenantes au PODIUM.

J'ai reconnu les murs de refend de ces loges ; j'ai même pu en mesurer deux; l'une à quatre pieds deux pouces de largeur; la seconde, deux pieds six pouces seulement (9). Ces murs de refend ont deux pieds huit pouces d'épaisseur. On ne compte sept de distance entre le revêtement du PODIUM, et celui extérieur du premier rang des sièges, ou gradins au-dessus de ce PODIUM.  En ajoutant les sept pieds d'épaisseur des murs de ce dernier, il en résulte que l'espace total qu'il comportait à partir de la base de son revêtement, est de quatorze pieds. La hauteur approximative des PRAECINCTIONES se conjecture par quelques cintres encore debout des VOMOTORIA, aujourd'hui isolés (10).

J'en ai compté trois rangs, ce qui indique l'existence de trois galeries bien distinctes.

 On compte douze pieds de distance entre les murs du premier rang de gradins, et ceux de la seconde galerie, non compris l'épaisseur de ces murs, qu'il n'est plus facile de vérifier, parce qu'une terrasse règne aujourd'hui sur le massif.

Nulle trace certaine des SCALARIA , et des CUNEI (11 ). On ne peut, que par conjecture, se retracer à l'esprit le facies et la disposition des portiques qui formaient la partie supérieure de l'Amphithéâtre, ainsi que cette espèce d'esplanade, où les femmes et les personnes en deuil étaient placées par les soins des DESIGNATORES , ou des LOCARII..

Au niveau du sol actuel , on voit quelques vestiges des corridors, ou portiques couverts qui introduisaient, au moyen des VOMITORIA, dans les diverses galeries; la partie la moins dégradée de nos jours se trouve dans les écuries de l'hôtel d'Evreux (12). Une voûte principale qui introduisait dans l'Arène, trop de fois arrosée du sang des Mirmllons (13), des Sécuteurs,  des Rétiaires (14), et peut-être aussi des Essedarii (15), est encore assez intacte, quoi que ses parements intérieurs aient été enlevés presque entièrement.

L'exhaussement du sol de cette Arène ne permet plus de reconnaître les traces du canal rempli d'eau qui régnait dans tout son pourtour, pour la plus grande sûreté des spectateurs assis au premier rang, afin d'empêcher les animaux de s'approcher d'eux; mais on est certain de son existence, par la direction d'un aqueduc, aujourd'hui détruit, qui, traversant en partie le boulevard de Tison et les jardins qui le bordent, ainsi qu'une maison de la rue Corne-de-Bouc (16), ne pouvait se déverser que dans l'Amphithéâtre.

Je ne pense pas, au surplus, que le canal dont il s'agit ait jamais pu servir à y former une espèce de lac pour des Naumachies :  le volume d'eau que devait fournir cet aqueduc (17), eût été certes, bien insuffisant pour

du côté du FORUM, aujourd'hui le Marché-au-Blé, puisqu'elle était en face de la porte. LIBITIBENENSIS permettre d'y représenter des combats sur mer, qui ne se donnaient d'ailleurs ordinairement que dans des locaux particulièrement destinés à cet usage, et distincts des Amphithéâtres (18).

Celui de Poitiers, situé en dehors du POMOERIUM, formait une île entière aujourd'hui circonscrite par l'ancien hôtel de la Bourdonnaye, et les autres maisons sur la gauche de la place du Minage, jusqu'à la rencontre de la rue dite du Petit-Bonnevaux ; par le côté gauche de cette rue, jusqu'à la rencontre de celle des Arènes; par le côté droit de celle-ci et celui gauche de la rue Corne-de-Bouc,  jusqu'à Saint-Nicolas.

Dans une description générale du département de la Vienne, on donne au milieu de l'édifice, ou l’Arène proprement dite (19) , cent vingt-huit mètres, 7,243 millimètres de long, sur quatre-vingts mètres, 4,526 millimètres de large (20) : mais il y a bien certainement erreur dans ces mesures (21).

L'histoire ne nous a point transmis le nom de l'empereur qui fit bâtir cet  Amphithéâtre (22) : nous croyons pouvoir l'attribuer à cet Antonin-Pie, à qui le Poitou fut redevable, comme nous l'avons vu, des deux magnifiques viae militares qui traversaient son territoire. Ce prince s'occupa très-particulièrement des besoins et de l'embellissement des provinces :. MULTAE URBES CONDITAE, DEDUCTAE, REPOSITAE, ORNATAEQUE, dit Aurelius Victor (23)

Lorsque l'antiquaire promène maintenant ses regards attendris sur ces ruines augustes , et; si, peu respectées , une idée pénible se présente sans cesse à ses méditations, et fatigue sa pensée par un souvenir trop déchirant.

Il est forcé peut-être d'accuser le zèle inconsidéré des premiers Chrétiens, qui ne pouvait s'allier avec les motifs politiques qui avaient fait ériger des édifices consacrés au plaisir et à la dissipation, et le fanatisme intolérant.et barbare qui accompagne .toujours trop longtemps, l'exercice d'une religion précédemment proscrite, ou à peine tolérée, devenue tout à coup dominante.

Ce fanatisme dut recevoir une nouvelle force de la loi portée par Constantin, le 25 Août 325, relative à la suppression des spectacles alors en usage (24).

Il est à croire cependant que la plus grande et la plus considérable dégradation de l’amphithéâtre fut consommée par les Visigoths, lorsqu'ils firent procéder à la confection d'une nouvelle enceinte de Poitiers.

On remarque , en effet, dans les murs de cette enceinte, et nous l'avons déjà observé, des assises entières composées de blocs de pierre , dont quelques-unes sont, chargées de moulures et de cannelures, et dont la coupe et les dimensions assez uniformes dénotent qu'elles avaient été primitivement employées à tout autre usage (25).

 

 

 

Un chantier de fouilles pour remonter l'histoire


La ville de Poitiers et la direction des affaires culturelles ont décidé de financer un chantier de fouilles dans les seules parties visibles de l'amphithéâtre. Elles sont menées par Christophe Belliard archéologue municipal de la direction culture et patrimoine et par François Blanchet du service régional archéologie de la DRAC.
Ils ont gratté la terre dans ce qui était l'un des couloirs de l'amphithéâtre  et dans lequel circulaient les spectateurs fortunés, ceux qui pouvaient s'approcher au plus près de l'arène. Et ils ont mis au jour différents niveaux d'occupation depuis l'époque antique. Gràce aux objets découverts, des poteries, des verres, des pièces, ils ont une idée des occupations  successives jusqu'à la plus récente peut-être, une forge qui s'y était installée à la fin du 19ème siècle.==> https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/l-amphitheatre-antique-de-poitiers-sous-l-oeil-des-archeologues-1017525.html

 

Redécouverte de ce monument exceptionnel à travers quelques images, conservées notamment au service Patrimoine et Inventaire de Nouvelle-Aquitaine (Poitiers).

https://inventaire.poitou-charentes.fr/operations/agglomeration-de-poitiers/80-decouvertes/212-album-photos-les-arenes-de-poitiers

 

 

Quand Poitiers s’appelait Limonum capitale des peuples Pictavi et Tiffauges, Theiphalia <==

Fortification de Pictavia, Poitiers capitale des Pictons. <==

 

 

 


 

(1) Maison n° 19, Quartier A.

(2) Vide Lamp., Fit. Heliog., apud Hist. Rom. script., p. 165, 169; éd. de 1603, ih-4°-

(3) Vide Pitisc, Dict- ant. Rom. Cella, Meretrices. .

(4) A moins qu'on ne suppose que les maisons de cette rue ne différaient point de celles des anciens Gaulois-Aquitains, qui, au rapport de Vitruve (L. 11, c. 1 ), couvraient leurs habitations en paille, ou en bardeaux de chêne taillés, en forme de tuiles, comme cela se pratique encore dans quelques cantons.

(5) Suivant une tradition populaire, aussi invraisemblable que ridicule, le nom de cette rue proviendrait de la circonstance suivante: Les chanoines de S.-Hilaire, voulant dérober au monastère de la Celle, le corps de ce saint évêque qui y était déposé, firent joncher de paille, pendant une certaine nuit, tout le chemin qu'ils avaient à parcourir depuis leur collégiale jusqu'à l'église des religieux, afin que ceux-ci ne les entendissent point marcher, et ne pussent se tenir sur la défensive.

(6) US. de Fonten.

(7) Dans un titre d'échange entre les monastères de Montier-neuf et de la Celle, daté de 1280, il est parlé d'une maison, de treilles, et d'une roche, sises dans, le même endroit : in vico , seu rua de palea. {MS. de Fonten. )

(8) On appelait de ce nom la partie avancée du mur qui entourait l’Arène, et qui formait une espèce de balcon, où se plaçaient les Sénateurs et les autres personnes revêtues de quelque dignité. Quoique ce PODIUM fût ordinairement élevé de quinze pieds au-dessus du sol, il était néanmoins garni de barreaux en bois, pour empêcher les bêtes lancées dans l'Amphithéâtre de pouvoir le franchir.

(9) Son peu de largeur me porte à soupçonner Qu'elle était ' particulièrement destinée à renfermer ceux des malfaiteurs condamnés à mort, que l'on destinait à combattre les bêtes lancées dans l'amphithéâtre.

(10) En comparant les proposions de cet Amphithéâtre avec celles des Amphithéâtres de Vérone et de Nîmes, on peut conjecturer que celui de Poitiers, d'après l'élévation des VOMITORIA, comportait de soixante à soixante-dix pieds de hauteur; que le portique extérieur se composait d'une soixantaine d'arcades environ; et qu'une trentaine de sièges régnaient dans le pourtour de l’arène.

(11) Rhodiginus prétend que les coins étaient affectés aux personnes de la basse classe, NOTAE VILIORIS, ( Lect. antiq., t. I, t. VIII, C. VIII, p. 566. ) Cette assertion me semble un peu trop générale, car, dans les théâtres, les cunei étaient destinés à placer des, personnes d'un rang très-différent.

(12) Et non pas des Vreux, comme il est écrit au-dessus de la porte d'entrée. Le nom de cet hôtel lui vient, suivant M. Thibaudeau ( loct. dict., t.-I., p, aS8, 289 ) de Raoul du Fou, abbé de Noaillé , ensuite évêque d'AngouIême puis d'Evreux, qui eu fit l'acquisition. Bernard de Poitiers, prieur de Noaillé, en 1631, le fit rebâtir. Cette: version ne me paraît pas exacte en tout point. On conçoit difficilement les motifs qui portèrent Raoul du Fou à faire l'acquisition de l'hôtel dit d'Evreux,, puisqu'il en jouissait déjà en sa qualité d'abbé du monastère de Noaillé, des dépendances duquel il faisait partie depuis plusieurs siècles.

Nous voyons, en effet, par un acte de désistement, daté du jeudi après les Cendres 1255;, que le chapitre de S.-Hilaire se rendait tous les ans processionnellement, le jour de la fête de S. Luc, à la chapelle qui existait dans la maison, ou hôtel, que possédait à Poitiers l'abbé de Noaillé, et que celui-ci était tenu à donner à ce chapitre.de. S.-Hilaire des gâteaux, du vin, et neuf deniers, redevance qui fut convertie par ce même désistement eu une rente de vingt sous, monnaie courante (MS. de Fonten. ) Le droit de la collégiale de S.- Hilaire rappelle son ancien patronage du monastère de Noaillé, en sa qualité de propriétaire primitif.

(13) Gladiateurs Gaulois , qui portaient sur leur casque la figure d'un poisson. Lorsque le Mirmillon. combattait contre le Rétiaire, on chantait cette chanson :  NON TE PETO, PISCEM PETO ; QUID ME FUGIS, GALLE ,

 

(14) Le Sécuteur était armé d'un casque , d'une épée et d'un bouclier.: Il combattait contre le Rétiaire, nu, tenant d'une main un filet qui lui servait à envelopper son adversaire, et de l'autre main un trident pour le percer. S'il manquait le premier coup, il était forcé de fuir et d'éviter la poursuite du Sècuteur, jusqu'à ce qu'il fût préparé de nouveau à jeter son filet. ( Vide Juven. Satir. VIII ; Just. Lips. Saturn.,L. II, C. VII, VIII. ) -

 (15) Gladiateurs qui se battaient sur le char nommé Essedum, à la manière des Gaulois et des Bretons. Je présume fort, d'après l'examen que j'ai fait du local, que la porte LIBITINE ibitike de l'Amphithéâtre , par laquelle on sortait, les corps des gladiateurs morts ou blessés à mort, se trouvait du côté de la rue actuelle Corne-de-Bouc, ainsi que le SPOLIARIUM, où on les déposait. Par-une conséquence nécessaire; la porte SANAVINARIA, par laquelle on faisait passer ceux qui avaient échappé à la fureur des bêtes, s'ouvrait

(16)'N° 26, Quartier À.

(17) Comme les spectacles duraient quelquefois une journée entière , ou ménageait, dans les Amphithéâtres, des conduits d'eau particulièrement destinés à rafraîchir les spectateurs, ainsi que le local. J'ai reconnu la bouche d'un de ces conduits ; elle n'est pas parfaitement ronde, mais arrondie. La hauteur de son ouverture est de trois pouces, sur deux pouces six lignes de largeur.

(18) On pourrait opposer, à la vérité , le témoignage de Calphurnius ( Eclog. VII,V. 64-73 ) ; mais l'Amphithéâtre de Titus, à Rome, que décrit ce poète, me paraît foire naturellement une exception, et ne peut se comparer à celui d'une cité aussi peu importante par elle-même que l'était celle de Poitiers.

(19) Ainsi nommée parce qu'on la couvrait de sable pour la commodité des combattants.

(20) Desc. gèn. du départ, de la Vien., par le Préfet Cochon, an X, p. 16. L'erreur provient, entre autres causes , de ce qu'on a compté les quatorze pieds d'épaisseur ou de largeur que comportait le PODIUM, aujourd'hui enfoui, comme je l'ai dit, auquel on ne pensait point. On ajoute: L'épaisseur des bâtimens qui régnaient autour de l’Arène, était de quarante huit mètres 2716 millimètres, ce qui donnait pour toute sa longueur, à partir d'un point de l'ellipse à l'autre, cent soixante-seize mètres 9959 millimètres. » Ces calculs me paraissent au moins problématiques.

(21) Elie Vinet, dans ses Commentaires sur Ausone ( 210 G..), ne donne à l’Arène de l'Amphithéâtre .de Bordeaux, que deux cent vingt-quatre pieds de long, sur cent quarante de largeur. L'Arène du magnifique Amphithéâtre de Vérone ne comporte que deux cent quarante pieds de long, sur cent trente de large : vingt-deux mille spectateurs y étaient assis, sans être trop pressés, ( Rich-, Desc. hist. et crit. de Vital., t. II, p. 542 et suiv, )

L’Amphithéâtre de Poitiers, en adoptant aveuglément ces mesures dé 128 mètres 7,243 millimètres de long, sur 80 mètres, 4,526 millimètres de large, serait hors de toute proportion avec ceux de Bordeaux et de Vérone, ce qui n'est pas vraisemblable.

(22). Gibbon ( loc. dict., T. I, p.93)  attribue à Adrien les monuments publics des provinces. .

(23) De Caesar. . p. 385; éd. de 1535.  

(24) Néanmoins les combats des gladiateurs ne furent entièrement abolis que sous l'empereur Honorius. Sous la première race de nos rois, les combats des bêtes féroces furent très-fréquents dans les amphithéâtres ; mais les Conciles les défendirent ensuite.

(25) Et notamment à la construction des deux rangs d'arcades qui formaient le portique extérieur de l'Amphithéâtre.