Qu'est-ce qu'un troubadour, Qu'est-ce qu'un trouvère

La frontière linguistique de la Loire forme la différence  entre le terme Troubadour et Trouvère

Au sud règne la langue d’oc des troubadours, au nord c’est le domaine de la langue d’oïl des trouvères 

 

Les langues de la Galloromania, du nord au sud. 1 Limite de la langue d'oïl au VIIIe siècle (ligne von Wartburg) 2 Extension de l’occitan avant le XIIIe siècle (Poitou, Saintonge, Maurienne, Piémont) 3 Limite sud de la langue d'oïl au XIIIe siècle 4 Limite actuelle de l’occitan, après le XVe siècle

TROUBADOURS – Un laboratoire formel (Cours vidéo, Université Rennes, 2007)

Un troubadour est un chanteur du Moyen Âge, qui chantait des poèmes dans certaines régions de la France (Languedoc, Limousin, Provence...).

Le troubadour s'exprimait à l'époque dans une autre langue, l'occitan. Le plus célèbre est Guillaume IX de Poitiers, dit le Troubadour (1071-1127). Il inventa un genre littéraire appelé "l'amour courtois", qui fut un modèle pour des générations d'artistes.

L’homologue féminin du troubadour est la trobairitz.

 

Robert Wace, ménestrel normand, attaché vers 1155 à la cour de Henri II d'Angleterre, composa en vers, d'après la légende latine du fantastique Geoffroi de Montmouth, le poème du Brut ou des Bretons, dont voici le naïf début :

Qui velt oir, qui velt savoir,

 De roi en roi et d'hoir en hoir,

Qui cil furent et dont ils vinrent

Qui Engleterre primes tinrent;

Queus roi y a en ordre eu,

Qui aincois et qui puis y fu :

 

Maistre Guace l'a translate

Qui en conte la vérité,

Si que li livres la devisent.

Le poème du Rou ou de Rollon, sur les exploits des ducs de Normandie, commencé par Eustace et achevé par le même Robert Wace, complète cette merveilleuse histoire, dans laquelle de précieux détails, des circonstances vraies et frappantes, se mêlent aux extravagances d'un esprit crédule et borné.

En même temps un trouvère champenois, Chrétien de Troyes, attaché vers 1180 à la cour de Philippe II, développait le caractère mystique et religieux de la légende d'Arthur entouré de ses douze paladins, chevaliers de la Table-Ronde, intrépides défenseurs du Saint-Gral, coupe où coula le sang du Sauveur, source de toutes les vertus célestes.

 C'est à lui qu'on attribue les longs poèmes de Lancelot, de Parceval, de Guillaume et du Chevalier au lion, type d'Amadis d'Espagne et de Tristan le Léonais ; pendant que d'autres trouvères allégorisaient la vie d'Alexandre, et que la croisade de Philippe-Auguste trouvait enfin un narrateur sérieux dans Villehardouin, son compagnon d'armes, premier prosateur national.

Cependant la race anglo-normande, qui gouvernait la moitié de la France, faisait peser son influence sur l'idiome du midi comme sur celui du nord, et ce fut au milieu des querelles, au milieu des luttes incessantes des quatre fils de Henri II que le plus éloquent des troubadours, le poète-guerrier par excellence, donna l'essor à sa verve brûlante et à ses mâles inspirations. Bertrand de Born, seigneur de Hautefort, vassal de Henri de Guyenne qu'il excita contre ses frères, puis de Richard Cœur de Lion qu'il excita contre son père, chantant et combattant sans cesse, nouveau Tyrtée, dévoué à ses amis, impitoyable envers ses ennemis, est un type historique plein de vie et un poète plein d'inspiration. Soit qu'il chante ses amours, soit qu'il revendique son honneur, soit qu'il affronte ses adversaires, soit qu'il pleure avec effusion le jeune Henri son protecteur, son expression est toujours vraie, originale et énergique. Mais c'est surtout dans une de ces missives provocatrices qui lui ont valu de la part de Dante la terrible sentence qu'il subit dans l'Enfer, dans un sirvente adressé à Richard pour l'exciter à une nouvelle guerre, que se déploie toute l'exubérance de cette imagination impétueuse :

« Bien me plaît le doux printemps qui fait renaître feuilles et fleurs; bien me plaît d'ouïr les oiseaux faire retentir leurs chants dans le bocage ! Et j'aime à voir dans les prairies s'élever tentes et pavillons ; et mon cœur s'anime en regardant, rangés au loin dans les campagnes, les cavaliers sur leurs chevaux armés.

« Je me réjouis lorsque les éclaireurs font fuir et bergers et troupeaux, et que derrière eux les hommes d'armes s'élancent nombreux et frémissants. Grande et vive est mon allégresse quand je vois castels assiégés, murs brisés et démantelés, armée campée sur le rivage entouré de larges fossés, hérissé de fortes palissades.

« Avant tout j'aime le noble chef qui, le premier, vole à l'attaque, sans pâlir, sur son coursier fougueux; car ainsi il enflamme les siens d'une émulation généreuse. Et quand il rentre dans le camp, tous doivent lui témoigner dévouement et joie ; car nul homme n'est digne d'estime s'il n'a reçu et donné maint coup de lance.

« Quand s'engage la mêlée, nous voyons de toutes parts éclater lances et glaives, et boucliers solides et casques nuancés ; et les vassaux s'entre-tuant avec rage, et les chevaux des mourants mêlés à ceux des morts. Car, au plus fort de la lutte, nul homme de noble sang n'aura d'autre pensée que de fendre têtes et bras : beaucoup mieux vaut mourir que de vivre sans gloire.

« Le manger, le boire, le sommeil me flattent bien moins, je vous le jure, que d'entendre crier des deux côtés : Sus! sus! et d'entendre hennir les chevaux sous l'ombrage et les hommes s'écrier : Au secours ! au secours ! et de voir le long des fossés tomber sur l'herbe petits et grands, et leurs corps transpercés par des tronçons de lances!

« Barons, mettez en gage châteaux, fermes et cités, avant qu'on ne vous fasse la guerre.

« Papiol, hâte-toi d'aller vers Oui et Non, et dis-lui que la paix se prolonge trop longtemps. »

Richard Cœur de Lion, à qui s'adressent ces vers, sut maintenir sur le trône cette renommée guerrière qui a fait oublier ses excès.

 La part glorieuse qu'il prit à la troisième croisade, dont il fut le brillant vainqueur, sa lutte opiniâtre et héroïque contre le pouvoir de Saladin, les malheurs mêmes qu'il subit par sa faute, ont rendu sa mémoire impérissable. Tout le monde connaît l'histoire de sa captivité en Allemagne, où il fut pris, à la suite d'un naufrage, par Léopold d'Autriche qu'il avait insulté, puis livré à l'empereur Henri VI et renfermé dans un donjon sur le Danube.

Voici les premières strophes de la complainte qu'il composa, dit-on, dans sa prison, et qui ont été conservées dans les deux dialectes d'oc et d'oï, parlés dans ses états du midi et du nord :

J a nul horn prez non dira sa raznn

Adreitamen, se com hom doulen non;

Ma per conort pot el faire canson:

Prou hai d'amiez, ma paûre son li don!

Honta y auran se, por ma rehezon,

Souy fach dos hivers prez.

 

Or sachan ben miei hom e miei baron,

Anglés, Norman, Peytavin et Gascon,

Qu'yeu non hai ja si paûre compagnon

Que per ave lou laissesse en prezon;

Faire reproch certes yeu voli non,

Mas souy dos hivers prez.

La ! nus homs pris ne dira sa raison

Adroitement, se dolantement non;

Mais por effort puet il faire chançon:

Moût ai amis, mais poure son li don!

Honte i auront se, por ma reançon,

Sui ca dos yvers pris.

 

Ce sevent bien mi home et mi baron,

Ynglois, Norman, Poitevin et Gascon,

Que je n'ai nul si poure compaignon

Que por avoir je lessaisse en prison;

Je vous di mie por nule retraçon,

Mais sui dos yvers pris.

On sait que, la rançon enfin payée, il revint à temps pour rétablir son autorité en Angleterre, et même en France où il mourut en brave, digne disciple de Bertrand de Born.

Aussi la poésie des troubadours prit-elle en ce moment un caractère nouveau, à la fois plus moral et plus fier. Gaucelin Faidit, dans un chant noble et grave, déplora la mort de Richard; Bambaud de Vaqueiras célébra en beaux vers la vue glorieuse du saint sépulcre; Arnaud de Marveil chanta l'amour avec grâce et délicatesse; Guillaume Figueiras flétrit avec éclat la guerre impie des Albigeois.

Peu d'années avaient suffi en effet pour voir naître, briller et s'éteindre cette fleur de civilisation qui couvrait le midi de la France. Une épouvantable tourmente, provoquée par le fanatisme, activée par la rapacité, vint fondre sur ces belles contrées pour en faire un sanglant désert.

Ces Albigeois, dont les naïves croyances, consignées dans la Nobla Leyezon, méritaient tout au moins l'indulgence, furent exterminés par milliers sous la hache de l'atroce Montfort: châteaux et cités s'écroulèrent entraînant leurs populations, et étouffèrent les chants des troubadours, dont les rares et fugitifs échos ne retentirent plus que sur les rives lointaines.

Ce fut l'époque de Giorgi de Venise, de Calvo de Gênes, de Sordel de Mantoue, poète célèbre par la pose majestueuse que Dante lui donne dans le Purgatoire, mais qui mérite de l'être encore par ses chants de guerre et d'amour, et surtout par son mordant sirvente sur le coeur de l'intrépide Blacas, qu'il offre ironiquement aux rois dégénérés.

A la suite de tous les troubadours nous devons nommer encore Frédéric II d'Allemagne, intrépide défenseur des privilèges du trône, plein d'énergie pour le bien comme pour le mal, cruel envers des ennemis cruels, mais plein de zèle pour la prospérité des lettres.

A l'exemple de son aïeul et de son père, l'un troubadour, l'autre minnesinger, il composa en dialecte sicilien la première élégie italienne, à l'époque où les armes victorieuses de Ferdinand III de Castille ranimaient en Espagne les souvenirs chevaleresques et faisaient surgir le Romancero du Cid.

Les trouvères cependant prospéraient dans les cours de France et d' Angleterre, ou grandissait leur influence avec la suprématie du nord. Des princes chevaliers, comme Thibaut de Champagne, comme Raoul de Couey, exprimaient en rimes vives et faciles, l'un son admiration poétique pour les verlus de Blanche de Castille, l'autre son amour vif et profond pour l'infortunée Gabrielle de Vergy.

Les contes, les fabliaux se multipliaient à I'envi, tantôt fades, tantôt licencieux, tantôt ingénieux et piquants, comme le conte du Renard, le lai d'Aristote, le charmant fabliau d'Aucassin et Nicolette. Le genre didactique n'était pas négligé, et la Bible Guyot, I'Ordène de chevalerie, le Castoiement des hommes et des dames, abondaient en préceptes moraux assaisonnés du sel du bon vieux temps.

Enfin Joinville, sans autre prestige que celui de la vérité pure, dotait son siècle du manuel le plus accompli de morale politique et religieuse en racontant, avec l'émotion du coeur, la vie exemplaire de Louis IX.

La longue série des poèmes chevaleresques fut également continuée avec zèle, et, après le cycle du Saint-Gral, se forma celui de Charlemagne. Adenez, sous Philippe le Hardi, écrivit le roman de Berthe et celui d'Ogier le Danois; Villeneuve, celui de Renaud de Montauban, que d'autres compléterent par l'histoire des Fils Aymon, par ceiles du Huon de Bordeaux et de Gérard de Vienne, et par la fabuleuse expédition de Charlemagne a Constantinople et à Jérusalem. Enfin Guillaume de Lorris et son continuateur Jean de Meung donnèrent à l'allegorie mystique son développement le plus Complet dans célèbre roman de la Rose, dont la renommée éclipsa celle de toutes les oeuvres précédentes.

Au milieu de tous ces noms, et plus anciennement qu'eux, brille, au début du treizième siècle, la réputation pure et modeste d'une femme née Française, comme elle le dit elle-même, mais dont le séjour habituel fut la cour normande des rois d'Angleterre.

 Marie de France, dont on ignore la vie et qu'on ne connaît que sous ce prénom, a laissé dans ses lais et ses fables, écrits en style simple et naïf mais non dépourvu de finesse, une gracieuse et inaltérable empreinte de sa douce personnalité.

Ses lais, tels que ceux de Lanval, de Gugemer, du Frêne, sont de courtes historiettes qui ont sur toutes celles du même temps l'avantage d'une diction plus correcte, d'une marche plus naturelle, de pensées plus élevées. Ses fables au nombre de cent, comprises sous le nom naif d'Esopet, n'ont pas été dédaignées de La Fontaine.

Marie, dans sa dédicace au comte Guillaume, attribue au roi Alfred la traduction anglaise du texte greco-latin; assertion fort douteuse, mais qui sert à prouver la haute estime qu'on avait conservée, au milieu de l'Angleterre franco-normande, pour la science de ce grand et vertueux monarque.

Por amur le conte Willame,

Le plus vaillant de nul realme,

Meinlenur de cest livre feire .

E del angleis en romans treire.

AEsoye apelurn ceste livre

Qu'il translata e fist escrire;

Del griu en latin le turna,

Li reis Alvrez qui mut l'ama,

Le translata puis en engleis,

E ieo le rimee en franceis.

Marie se signala aussi dans l'allégorie religieuse, genre de poésie très-répandu à cette époque, et dont nous trouvons un curieux exemple dans le voyage de saint Brandan d'Irlande au paradis terrestre, par un autre trouvère franco-normand.

Le pieux abbé découvre avec ses moines, dans une île inconnue, un jardin délicieux où les oiseaux répondent à ses psaumes. Les oiseaux sont des âmes bienheureuses, parvenues à la pureté des anges. Il aborde ensuite à une autre île, où d'autres oiseaux aux ailes blanches voltigent sur un arbre à feuilles rouges, nuancé des teintes de l'automne ; ce sont les âmes rebelles, mais repentantes, qui sont reléguées dans ces lieux. Il continue à cingler en haute mer où des monstres s'enfuient à sa vue, où des poissons étranges viennent écouter sa voix pendant qu'il célèbre la messe. Enfin la barque aborde en enfer, région couverte de noires ténèbres que sillonnent des flammes menaçantes. Sur une roche escarpée on aperçoit un homme nu et la tête voilée, le corps lacéré de coups et livré à d'horribles douleurs : c'est Judas, l'apôtre perfide, le plus malheureux des damnés.

C'est avec des couleurs analogues, quoique plus calmes et moins fantastiques, que Marie a peint le purgatoire de saint Patrick, d'après une ancienne légende qui plaçait sous le couvent même fondé par le premier missionnaire de l'Irlande l'entrée de la région mystérieuse consacrée aux expiations.

Après elle Adam de Ross a chanté la descente de saint Paul en enfer, où le conduit l'archange saint Michel. Il y entre en tremblant et aperçoit d'abord un arbre de feu auquel sont suspendues les âmes des avares et des calomniateurs ; l'air est rempli de démons ailés qui conduisent les méchants aux supplices. Au sein d'une énorme fournaise bouillonnent des métaux en fusion dans lesquels sont plongés les damnés. A mesure que le gouffre s'abaisse, les tourments deviennent plus affreux ; un puits scellé de sept sceaux renferme les plus grands criminels. Saint Paul est ému de pitié, et le Sauveur, exauçant sa prière, accorde aux réprouvés le repos du samedi au lundi, qui, dans le moyen âge, était la trêve de Dieu.

Une description plus ancienne du paradis, du purgatoire et de l'enfer est attribuée en Italie à Albéric, moine du Mont-Cassin, qui vivait vers 1120. « Qu'est-ce que cela prouve ? dit avec raison Châteaubriand : que Dante a trouvé, comme Homère, dans des traditions vénérées et au fond des croyances populaires, les germes précieux mais informes que devait vivifier son génie ; mais que son œuvre n'en est pas moins à lui. »

L'enthousiasme poétique et guerrier, qui animait la France, l'Espagne et l'Angleterre, eut un prompt retentissement en Allemagne, où le dialecte souabe méridional, élaboré à la cour brillante et chevaleresque des Hohenstaufen , prit tout à coup son essor au douzième siècle, pour devenir une langue littéraire, digne interprète de hautes inspirations. Ce siècle est en effet l'époque culminante de la littérature du moyen Age, époque où le mouvement des passions, sans rien perdre de son activité, de son énergie, de sa cruauté même, dépouilla au moins cette grossièreté sauvage, ce farouche égoïsme qui le caractérisait, pour céder à l'impulsion de l'honneur, de la religion, de l'héroïsme. Les guerriers, appelés aux croisades par un même élan de piété et de vaillance, apprirent à se connaître, à s'apprécier, à s'honorer d'une estime mutuelle en présence de l'ennemi commun contre lequel s'unissaient leurs efforts. Cet ennemi lui-même excitait leur bravoure par un déploiement de forces imposantes, en même temps que les civilisations grecque et arabe, qui leur apparaissaient pour la première fois, les frappaient d'une double lumière, source féconde des grandes inspirations. Aussi, de retour dans leur patrie, s'efforçaient-ils de l'embellir parleurs souvenirs, à l'imitation de ces chantres brillants qui illustraient le midi de la France; et lorsque le grand Frédéric Barberousse, ami zélé des lettres et des arts, passa en 1151 à Turin, où l'attendait Raymond de Provence entouré de ses nombreux troubadours, le pacte intellectuel fut conclu : l'Allemagne comprit la poésie et s'élança avec une noble ardeur dans une nouvelle carrière d'enthousiasme et de gloire. La langue romane, fille du latin, fut aussitôt étudiée avec zèle; les poésies provençales et normandes furent traduites, imitées, embellies; l'idiome souabe ou allemanique, devenu dès lors national, fut fixé et épuré par l'usage, et bientôt l'Allemagne à son tour retentit de chants chevaleresques.

Cependant les tournois, vives images de la guerre, animaient les loisirs des châteaux; les femmes, affranchies de l'esclavage, honorées, et ennoblies par la foi, donnaient aux mœurs une direction nouvelle, et leur bienfaisante influence calmait l'aigreur des dissensions. Des lois d'honneur et de courtoisie venaient se joindre aux lois criminelles, dont l'utile et curieux recueil fut fait dans ce siècle, au midi et au nord, dans le Schwaben-spiegel et le Sacksen-spiegel, miroirs des Souabes et des Saxons. Les règlements de l'Église furent aussi rédigés sous l'autorité immédiate des papes, tandis que le droit romain continuait à être suivi et maintenu par les empereurs.

L'institution de la chevalerie devint la plus sûre garantie des mœurs, puisqu'elle imposait des devoirs de conscience qu'on ne pouvait transgresser sans félonie. Aussi fut-elle une digue puissante au milieu des luttes intestines qui, à cette époque comme à toutes les autres, déchirèrent le cœur de l'Allemagne. On apprit à user de la victoire avec plus de calme, plus de dignité; on apprit à respecter le malheur, à soulager le pauvre, à défendre l'innocence.

Mais trop souvent ces idées généreuses, qui s'étaient fait jour dans tous les cœurs, furent étouffées par l'intérêt du moment, par l'entraînement d'une aveugle colère. La colère des Allemands était passée en proverbe; mais cette colère devenait noble et généreuse quand ils s'élançaient au fort de la mêlée et qu'ils prodiguaient leur vie avec joie sur le sol consacré au Sauveur. Si les croisades sont, comme on l'a dit, l'époque héroïque du Christianisme, nulle part ce caractère ne se peint plus vivement que dans la poésie des minnesinger.

Formés primitivement à l'école des troubadours et des trouvères de France, dont les chansons et les poèmes fécondèrent leur inspiration, ils s'en écartèrent bientôt pour reprendre leur physionomie nationale, empreinte surtout de gravité et de franchise. Également éloigné de l'aimable galanterie et de la caustique pétulance française, leur esprit plus méditatif, mais aussi plus vague et plus rêveur, assimila à sa propre nature les caractères du nord et du midi.

Pendant que les ménestrels français, écrivant sous l'impression du moment, se mettent partout en scène avec leurs amitiés et leurs haines, leurs exploits et leurs infortunes, pendant qu'ils lancent des satires acerbes contre les chefs déloyaux ou inhabiles, ou qu'ils se consolent de leurs peines en volant vers d'autres amours, les minnesinger, absorbés en eux-mêmes, semblent oublier la scène mouvante du monde; ils n'y voient que la dame de leurs pensées, les prairies, les fleuves, les oiseaux; ils expriment en mesures diverses, toujours pleines de douceur et de grâce, leurs désirs, leurs plaintes, leurs regrets, le succès tardif de leur constance.

Souvent aussi ils se réveillent, et, sortant de cette sphère vaporeuse, ils contemplent la vie, signalent ses illusions, analysent ses phases si variées. Dès lors ce ne sont plus de simples chants d'amour, des rimes et des cadences mollement enlacées, des images gracieuses et éphémères qui nous frappent d'un éclat passager: ce sont des élans religieux, des préceptes de vertu et de morale, de sages et austères réflexions sur l'instabilité des choses humaines et l'utile emploi de nos jours. Enfin quand, embouchant la trompette guerrière, ils s'élancent dans le domaine de l'histoire, ou plutôt dans celui de l'imagination, pour célébrer la gloire des héros, les luttes, les exploits, les conquêtes, les vengeances éclatantes ou le triomphe sublime du patriotisme et de la foi, le cercle de leur poésie s'enrichit et s'élève, et leurs allégories embrassent toute la nature.

 Tableau de la littérature du Nord au moyen âge, en Allemagne et en Angleterre, en Scandinavie et en Slavonie / par F.-G. Eichhoff,


Voici une liste assez complète de troubadours célèbres :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_troubadours_et_trobairitz

 

Croisade de Guillaume IX le troubadour, grand-père d’Aliénor d’Aquitaine et premier poète connu en langue occitane.  <==.... ....==> Aliénor d'Aquitaine protectrice des Troubadours et Trouvères

 


 

Délimitation de la Vieille Langue Française au temps d'Aliénor d'Aquitaine (langue d'oc, langue d'oil) -

La langue du midi de la France, la langue d'oc, n'a pas été populaire dans le Poitou. Rapprochés du nord, en relations continuelles avec les hommes qui parlaient la langue d'oil, les Poitevins ont parlé cette langue avec certaines modifications locales....

 

Aux jours de fête, les poètes et les jongleurs chantaient les chansons de Geste devant les seigneurs. -

Les origines de la langue et de la poésie Française En Gaule, au moment où le roman a remplacé le latin vulgaire, on rencontre la distinction célèbre qui partage cet idiome en deux langues : la langue d'oc et la langue d'oïl, séparées sur notre territoire par une ligne tirée de La Rochelle à Grenoble, démarcation naturelle des populations de races différentes du Nord et du Midi, avec leur génie, leurs aptitudes particulières et leur climat distinct.

 

Chanson sur la mort du Roi Richard (Cœur de Lion) -
La réputation que les troubadours s'étaient acquise les ayant fait prendre pour modèles, non-seulement on imita leurs œuvres, mais encore on les traduisit ; c'est une traduction de ce genre qu'on va lire.....