croisade du roi Richard coeur de Lion - Saladin château de Talmont (1)

Richard, après avoir conclu avec Saladin une trêve de trois ans trois mois et trois jours, et instruit de ce qui se passait dans son royaume, où les régents par lui nommés commettaient des vexations de toutes sortes, quitta l'armée des croisés pour revenir en Angleterre.

Le roi d’Angleterre, à son  départ de la terre sainte, est poussé par la tempête au fond de la mer Adriatique ; ayant fait naufrage sur la côte italienne, le roi tente de gagner l'Angleterre en traversant les terres de ses ennemis.

Comme il craignait les vengeances de ceux qu'il avait maltraités en route, il voyagea incognito ; mais il fut reconnu en Autriche par le duc Léopold, qu'il avait insulté à Ptolémaïs en déchirant sa bannière. Le duc d'Autriche retint prisonnier.

Philippe de France, en apprenant la captivité du roi d'Angleterre, voulut en profiter pour s'emparer de ses domaines du continent, puis après de l'Angleterre.

Des prisons de Léopold, Richard passa dans celles de l'empereur d'Allemagne ; il y resta jusqu'à ce qu'il eût acquitté une rançon qui s'élevait à cent cinquante mille marcs d'argent, et à laquelle il avait été condamné par jugement : il eut sa liberté en janvier 1194.

Les historiens sont unanimes à cet égard, c’est le 20 décembre 1192 (kalendas januarii captus est)

Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (16)

Le roi Richard, au moment de son débarquement, avait encore avec lui deux gentilshommes : Baudouin de Béthune et Guillaume de l’Etang, quelques templiers et un petit nombre de serviteurs dévoués.

Il comprit qu’il fallait, pour fuir l’Italie, traverser les domaines de Léopold, duc d’Autriche, ce prince qu’il avait si brutalement offensé sous les murs de Saint-Jean-D’acre : pour garder un incognito vraisemblable, il réduisit d’abord le nombre des hommes qui l’accompagnaient ; ensuite il prit un déguisement et se fit passer pour marchand.

Maitre Hugues, tel était son nom d’emprunt. Cependant, comme tel, il lui fallut demander un sauf-conduit au seigneur de Zara. Richard eut l’imprudence, pour obtenir cette pièce, de faire offrir au châtelain un gros rubis monté sur une bague, pierre célèbre dans toute l’armée chrétienne. Chacun l’avait vu briller au doigt de Richard Cœur de Lion, du vainqueur de Ptolémaïs et d’Ascalon.

Traqué par le duc d’Autriche, il sera reconnu et arrêté à l’automne 1192, à Rast, un petit bourg près de Vienne.

 

Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (9)

Avril 1193 L’empereur décida que Richard serait jugé par la diète germanique, réunie à Haguenau.

Les chefs d’accusation portés contre Richard

1-      Appui donné au bâtard Tancrède dans son usurpation du trône de Sicile

2-      Divers manquement au roi de France, suzerain de Richard

3-      Le prince de Chypre injustement détrôné, et cette il donnée à un étranger (Lusignan)

4-      Insulte faite à la nation allemande, à Léopold, en faisant jeter dans un égout la bannière de l’Autriche

5-      Le meurtre de Conrad de Montferrat, ordonné et soldé par Richard

6-      Connivence entre Saladin et Richard pour ne pas enlever Jérusalem aux infidèles, et présents du sultan acceptés par le roi d’Angleterre.

rançon d'aliénor d'Aquitaine pour Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (3) [Résolution Originale]

Richard, debout, les mains chargées de chaînes, répondit en ces termes à tous les chefs d’accusation :

Je suis né dans un rang à ne rendre compte de mes actions qu’a Dieu seul ; mais elles sont d’une nature telle, qu’elles ne craignent pas même le jugement des hommes, et particulièrement, seigneur, d’un prince (Henri VI) aussi juste que vous.

Mes liaisons avec le roi de Sicile n’ont rien qui vous ait dû fâcher ; j’ai pu ménager un homme dont j’avais besoin, sans offenser un prince dont j’étais l’ami. Pour le roi de France, je ne sache rien qui m’ait dû attirer son chagrin, que d’avoir été plus heureux que lui. Soit l’occasion, soit la fortune, j’ai fait des choses qu’il eût voulu avoir faites : voilà tout mon crime à son égard. Quant au tyran de Chypre, chacun sait que je n’ai fait que venger les injures que j’avais reçues le premier. En me vengeant de lui, j’ai affranchi ses sujets du joug sous lequel il les accablait. J’ai disposé de ma conquête, c’était mon droit ; et si quelqu’un avait dû y trouver à redire, c’était l’empereur de Constantinople, avec lequel ni vous ni moi n’avons pas de grande mesure à garder.

Le duc d’Autriche s’est trop vengé de l’injure dont il se plaint, pour compter encore parmi mes crimes. Il avait manqué le premier, en faisant arborer son drapeau dans un lieu où nous commandions, le roi de France et moi, en personne : je l’ai puni trop sévèrement ; il a eu sa revanche au double ; il ne doit plus rien avoir sur le cœur, si ce n’est le scrupule d’une vengeance que le christianisme ne permet pas.

L’assassinat du marquis de Montferrat est aussi éloigné de mes mœurs, que mes intelligences prétendues avec Saladin sont peu vraisemblables. Je n’ai pas jusqu’ici montré assez de crainte de mes ennemis, pour qu’on me croie capable d’attaquer leur vie autrement que l’épée à la main, et j’ai fait assez de mal à Saladin, pour donner à penser que, si je ne l’ai pas trahi, je n’ai pas été son ami.

Mes actions parlent pour moi, et me justifient mieux que mes paroles. Acre pris, deux batailles gagnées, des partis défaits, des convois enlevés, avec tant de riches dépouilles dont tout la terre est témoin que je ne me suis pas enrichi, marquent assez, sans que je le dise, que je n’ai pas épargné Saladin, non moins recommandable pas sa courtoisie et sa générosité que par sa valeur et sa conduite, m’a de temps en temps envoyés. Le roi de France en a reçu comme moi ; ce sont là des honnêtetés que de braves gens dans la guerre se font les uns aux autres sans conséquence.

On dit que je n’ai pas pris Jérusalem : je l’aurais prise si l’on m’en avait donné le temps. C’est la faute de mes ennemis, non la mienne, et je ne crois pas qu’aucun homme équitable me puisse blâmer d’avoir différé un entreprise qu’on peut toujours faire, pour apporter à mes peuples un secours qu’ils ne peuvent plus longtemps attendre. Voilà, seigneur, quels sont mes crimes. Juste et généreux comme vous êtes, vous reconnaissez sans doute mon innocence ; et si je ne me trompe, je m’aperçois que vous êtes touché de mon malheur.

Révolution d’Angleterre, par le P. d’Orléans.

 

Lorsque Philippe-Auguste et Jean Sans Terre connurent les conditions de la délivrance de richard, ils promirent à l’empereur de lui assurer une somme d’argent plus forte que celle qui avait été fixées pour la rançon du roi.

 

La nouvelle en étant venue en Normandie, l’archevêque de Rouen écrivit au Pape se plaignant que ce prince eut été pris en revenant du pèlerinage de Jérusalem, contre le privilège de la croisade, qui mettait les croisés sous la protection spéciale du S. Siége et exhortant le pape à employer en cette occasion le glaive de S.Pierre. La lettre fut composée par Pierre de Blois, qui écrivit aussi en son nom à Conrad archevêque de Maïence, avec lequel il avait contracté amitié pendant ses études : le priant de travailler de tout son pouvoir à la délivrance du roi Richard.

La reine Aliénor employa le même secrétaire pour écrire au pape en son nom trois fois.

 

Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (5)

Aliénor âgée de près de 80 ans, réussit à rassembler péniblement la rançon.

100 mille marcs d’argent, et lui donna des otages pour les 50 mille qui restaient à payer. Les églises d’Angleterre épuisèrent leurs trésors pour racheter la liberté de leur roi. Richard chercha à adoucir les peines de sa captivité, par les charmes de la poésie

 

Lettre d’Aliénor d’Aquitaine au pape Céléstin III, lui demandant de faire rendre à son fils la liberté, et de lancer les foudres de l’église contre ses geôliers couronnés.

J’avais résolu de garder le silence, disait la reine mère au souverain pontife, de peur que dans l’abondance du cœur et au fort de ma douleur, il ne m’échappât contre le successeur de Pierre quelque expression qui me fît accuser d’insolence et de présomption ; car la douleur, lorsqu’elle se laisse aller à son impétuosité, ne diffère pas beaucoup du délire. Mais il faut parler ; et qu’on ne s’étonne pas si la violence de mon affliction me rend moins retenue dans mes paroles ; car je déplore un malheur public.

Les nations troublées, les peuples déchirés, les provinces désolées, l’église d’Occident dans les larmes vous supplient, ô très-saint Père, de mettre un terme à nos désastres.

Notre roi est en prison. Le tyran qui l’y retient forge sans cesse des armes d’iniquité contre lui. Il l’a fait prisonnier pendant le  saint pèlerinage, quand il était sous la protection du Dieu du ciel, lorsqu’il défendait l’église. Ce monstre tue mon fils chargé de chaînes ; il couve sa proie.

Si l’église garde le silence, que Dieu s’élève alors et qu’il juge notre cause ! Où est le zèle d’Elie contre Achab, de Jean contre Hérode, de Basile contre Valens ?

Au milieu de tant de plaintes, de tant de larmes, vous n’avez pas envoyé un seul nonce à ces princes coupables ; cependant pour des causes peu importantes vos cardinaux sont envoyés avec de grands pouvoirs dans des contrées barbares.

 

Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (1)

Seconde lettre d’Eléonore au Pape

La distance que me sépare de vous, très-Père, m’empêche de vous parler en personne. Cependant il faut que j’épanche ma douleur. Je suis desséchée par le chagrin. Mes années s’écoulent dans le gémissement. Mes entrailles sont arrachées. J’ai perdu le soutien, l’ami de ma vieillesse, la lumière de mes yeux, j’ai perdu mon fils, et je vous le demande ! O mon fils, qui m’accordera, Vierge sainte, regardez la douleur d’une mère !...

Le roi Richard est dans les fers. Son frère Jean ravage son royaume…. Je flotte incertaine : si je pars, si j’abandonne le royaume  de mon fils, ce royaume sera privé de mes conseils et de mes consolations ; si je reste, je ne verrai point la face de mon fils. O tyrans impies et cruels, qui n’avez pas craint de porter des mains sacrilèges sur l’oint du Seigneur, personne ne se lèvera donc pour vous punir ! Mais le prince des apôtres règne et commande encore sur le siége apostolique. Saint Père ! tirez donc le glaive de Pierre contre les méchants ! La croix du christ est supèrieur aux aigles de César, le glaive de Pierre à l’épée de Constantin, le siége apostolique au trône impérial. Votre puissance vient de Dieu, non des hommes.

 

Richard coeur de lion, Capturé à son retour de croisade (8)

 

LA COMPLAINTE DU PRISONNIER

 

Déjà nul prisonnier ne dira sa raison dextrement, s’il ne le fait tristement ; mais pour se consoler il peut faire une chanson.

J’ai beaucoup d’amis, mais pauvres sont leurs dons ; honte ils en auront, si pour attendre ma rançon je suis ces deux hivers prisonnier.

Sachent bien mes hommes et mes barons anglais, normands, poitevins et gascons, que je n’ai jamais eu si pauvre compagnon que je voulusse pour argent laisser en prison.

Je ne dis point cela par reproche ; mais encore suis-je prisonnier.

Je sais bien comme chose vraie de toute vérité, que homme mort ou prisonnier n’a mai ni parent, et que s’ils me laissent faute d’or et d’argent, c’est mal pour moi, mais pis pour ma nation, qui après la mort souffrira blâme de m’avoir si longtemps laissé prisonnier.

Pas n’est merveille si j’ai le cœur dolent, lorsque mon seigneur (Philippe-Auguste) met ma terre au pillage. S’il lui souvenait de notre serment que nous fîmes tous deux en commun, bien sais-je vraiment qu’ici longtemps ne serais prisonnier.

 

RICHARD CŒUR DE LION

(1157 - 1199)

Histoire de Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre, par M. Baptistin Poujoulat

 

La troisième croisade (1189-1192) - la croisade des rois Philippe-Auguste et Richard Coeur de Lion <==.... ....==>Siège du château de Nottingham, par Richard Coeur de Lion en 1194.

....==> Récit de la mort de Richard Cœur de Lion d’après Roger de Hoveden.

 

 

Essai historique sur les Monnaies du Poitou et sur quelques autres Monnaies de la période anglo-française -

Parmi les nombreuses singularités que présente notre histoire monétaire, un des plus frappante est la rareté des monnaies de nos rois et des plus puissants feudataires de la couronne, tels que les ducs de Normandie, de Bourgogne, de Bretagne, d'Aquitaine, frappées aux onzième et douzième siècles, et la rencontre fréquente de pièces des même temps au noms de seigneurs d'assez minces domaines.