Nieul sur l’Autize Le pont de pierre aux trois arches, dit de la Pajotière

M Lary, qui se recommande par un talent et des études remarquables, a payé un large tribut aux travaux de la Société ; il a publié divers articles intéressants que je vais vous faire connaitre. Le premier a pour objet la reconnaissance de deux voies romaines que ne mentionnent ni l’Itinéraire d’Antonin, ni la Table Théodosienne, et que le zèle des antiquaires n’avait pu découvrir jusqu’à ce moment. L’une se dirigeant de l’est à l’ouest, continuait la voie entre Poitiers et St-Maixent, sous  le nom Bissêtre (via strata), par Brélou, St Maxire et Saint-Pompain, jusqu’aux rives de l’Océan.

La seconde partait de Saintes, allant du nord au sud, par Malleveau, St-Félix, Epanne, L’ile de Magné, Coulon, et convergeait avec la première vers le passage de l’Autize à Santon (fines Santonum)

 Picton Santon Nieul sur l’Autize voie romaine abbayes de Nieul et de Maillezais

Entre Champagné et Coulon, une chaussée de 10 mètres de large sur une épaisseur d‘un mètre 70 centimètres occupe tout le fond de la vallée, qui a un demi-kilomètre de longueur. Elle eut pour l’objet d’unir les deux berges opposées, avant que le niveau du bassin se fût élevé, sous l’action du temps et des alluvions de la Sèvre, au point où il est aujourd’hui. Cet atterrissement, qui n’a pas moins de deux mètres, a dû arrêter les eaux de la mer, dont le reflux se faisait sentir jusque-là.

Cette chaussée, posée sur la limite des eaux douces et salées, aura nécessairement déterminé l’exhaussement de la vallée, et privé Niort d’un avantage maritime que lui reconnait une charte de 1262, découvert par M. de la Fontenelle, et par laquelle Marguerite de Flandre assurait aux négociants de cette ville de faire le cabotage avec ceux du port de Gravelines.

 

Le pré le plus voisin de Maupassé ; que traversait autrefois le chemin, a retenu depuis l’appellation de la Chaussée. La voie se dirigeait au sud par le deuxième passage de la Sèvre, appelé ligne de Mennevaut : l’empierrement est ici mieux conservé, plus apparent, plus solide ; il a 400 mètres de long sur une largeur de 13 à 15 mètres. Entre ces deux points, l’ile de Magné n’a gardé aucun indice matériel de cette direction ; mais quelques considérations morales, des bruits traditionnels signalent plusieurs voies antiques sur le sol de l’île.

Ils rapportent à la puissante intervention de Ste Macrine la création de la chaussée du gué et deux autres passages ç l’est de la chapelle. Vivement poursuivie par des ennemis redoutés, elle aurait à l’instant même obtenue de l’assistance du ciel le moyen de passer à pied sec la rivière qui l’arrêtait.

M. Lary ne s’empare de cette légende que pour conclure qu’il y eut autrefois sur ce point des travaux immenses que les populations, étonnées de leur grandeur, rapportaient à une cause miraculeuse, comme parmi nous, en d’autres lieux, l’œuvre indestructible des Romains est attribuée à la puissance Mélusine.

voie romaine abbayes de Nieul et de Maillezais

La voie court directement sur Epanne, entre des fossés qui dessinent sa largeur, arrive au pont de Cése (pons Caesaris), s’élève sensiblement jusqu’à Usseau, prend ensuite un caractère plus marqué, et pénètre dans la Charente-Inférieure en se dirigeant au milieu de deux villages dont les noms complètent la démonstration : l’un s’appelle la Chaussée de Marsais, l’autre de St- Félix ; elle se dirige vers Saintes par l’humide vallée de Malleveau, ou le défrichement récent d’un bois a fait trouver sur une longueur de 200 mètres, à un mètre et demi au-dessous de la superficie du sol, un large pavé composé de grosses pierres cimentées ; à gauche, et à eu de distance, s’élève un énorme tumulus d’une hauteur verticale de 12 mètres et de 180 de circonférence à sa base.

voie romaine abbayes de Nieul sur l'Autize Xanton Chassenon

Ainsi, au commencement, à la fin de cette ligne, se trouvent d’irrécusables preuves de son existence antique ; le gué de Mennevaut, le pont de Cése, le passage de Malleveau, sont des jalons qui fixent irrévocablement sa direction primitive.

Réunie à la Bissêtre au gué de Santon sur L’Autize, elle se portait vers le bourg de Vouvant.

Dans une seconde notice sur le même sujet, M. lary examine des faits accessoires comme apportant de nouvelles preuves au système exposé par la première.

Il fallait, après le passage de l’Autize, trouver la tendance de la voie, au milieu des communications moderne que le travail de la charrue, le sol pierreux,  frappent d’une désespérance  uniformité, vers le vieux bourg de Santon qui tient son nom de la province qu’il indiquait (fine Santonum).

C’est toujours au point ou une ligne de communication franchissait un territoire, que s’élevait une colonne, un hameau ou un bourg voisin, auxquels s’attachait l’expressive dénomination de fines. Là était la mansion, la station, l’étape.

Beaucoup de lieux ont conservé le nom de fines, un peu altéré sous les désignations de feins, fimes, quelquefois heins ou haimps, par le changement de L en h aspirée

Rarement le mot fines a été supprimé par l’usage pour ne laisser que celui de la contrée. Il en a été ainsi dans cette circonstance, le mot Santonum a engendré Santon.voie romaine Xanton gué des Brouettes (fines Santonum frontière Picton Santon)

C’était donc le point séparatif des Santons et des Pictons ; la voie romaine passait par là.

La voie de St-Maxire, après avoir traversé Villiers, St-Pompain et Benet, aboutissait au gué des Brouettes, ou jadis était un pont, à quelques centaines de mètres au-dessus de Santon : au-delà de ce passage elle gravissait la colline opposée, ou 300 mètres de pavé ont fixé son souvenir.

Les vestiges disparaissent ensuite pour renaitre au chemin des justices, qui part de Santon pour aller à Vouvant.

Depuis St-Maxire, ou elle prend le nom de Bissêtre, jusqu’à Santon, elle s’est conservée par fragments, quelquefois grandioses, comme à Villiers, ou son stratumens s’élève d’un mètre à deux.

La voie de Coulon, s’échappant des marais de la Sèvres, près de la Peyrine, laissant Coulon à gauche, se dirigeait vers Benet, qu’elle atteignait à l’ancienne ferme de Ste-Catherine. Là elle se divisait : la branche droite rejoignait la Bissêtre en avant de St Pompain ; la gauche, longeant la partie méridionale de Benet, allait retrouver la Bissêtre au-dessus du château de Benet.

Ces deux voies confondues s’élevaient à un plateau fort élevé, sur lequel git un ancien campement que signalent des arbres séculaires et le nom significatif de Normande : c’est peut-être dans ces lieux, tombés du souvenir des hommes, que s’accomplit un de ces grands décisifs combats ou l’indépendance et la libertée nationales luttaient contre l’invasion des hommes du Nord.

Revenons à son tracé qui de Saint-Pompain nous a conduit au gué de Xanton :voie romaine Xanton gué des Brouettes (fines Santonum frontière Picton Santon) (2)

« A quelques centaines de mètres au-dessus de Xanton, il existe un gué qu’on appelle aujourd’hui le gué des Brouettes et qui, selon la tradition, aurait pris la place d’un ancien pont, là vient aboutir la Bissètre après avoir traversé Villiers, Saint-Pompain et Benet.

L’Autize franchie, elle gravit en ligne droite la colline opposée ou elle a laissé sur une longueur de 300 mètres, des traces bien reconnaissables que les habitants appellent le vieux chemin de Vouvent. Dans ce trajet d’un demi-kilomètre, elle est complètement effacée, mais elle continue à figurer sur le cadastre. »

Nieul sur l’Autize  Le pont de pierre aux trois arches, dit de la Pajotière, reconstruit en 1875, servait de péage entre les abbayes de Nieul et de Maillezais

Bulletin de la Société des antiquaires de l'Ouest et des musées de Poitiers

 

 

 

==> Histoire de Nieul-sur-l'Autize et de l’abbaye royale Saint Vincent dans le Bas Poitou

 

 

 

 


 

 9 Avril 1074- Gui Geoffroi, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, restitue à l'abbaye de Maillezais le village appelé Santun, que ses prédécesseurs avaient donné à cette abbayen et dont il l'avait dépouillé depuis injustement (Evêché de La Rochelle) T.25 p 435

Lacurie (abbé). Carte du Golfe des Santons, Pictons sous les Romains

Lacurie (abbé). " Carte du pays des Santons sous les Romains, dressée pour l'intelligence des Mémoires de la Société archéologique de Saintes, dressée par M. l'abbé Lacurie, secrétaire de la Société. " (S. d.) Un savant ecclésiastique, M. l' abbé Lacurie, a envoyé au concours un mémoire manuscrit sur les Antiquités de Saintes......