Juillet 1604 Voyage de Sully en Poitou, Nicolas Rapin le reçoit dans le Château de Terre Neuve à Fontenay le Comte

Le château de TERRE-NEUVE fut construit en 1580, pour Nicolas RAPIN, Grand Prévot de la Connétablie de France et compagnon d’HENRI IV. Dans ce Joyau de la Renaissance Française, il reçut d’illustres personnages dont le Duc de SULLY, et Agrippa d’AUBIGNE.

des racines et des ailes Le château de Terre-Neuve Vendée (1)

 « Le 9 juillet 1604, sur les cinq à six heures du soir, Monsieur de Rosny fist son entrée en la ville de Fontenay, assisté de plusieurs et grand noblesse. Et le 10e dudict mois, fist aussy son entrée Monsieur de Rohan (1), qui fust survies dix heures du matin, et le sieur de Rosny fust au- devant dudict sieur de Rohan avec ses gardes et aultre noblesse, et furent iceux dicts sieurs souper en la maison appelée Terre-Neufve, appartenant à Monsieur Rapin.

Le canon tira sur les dix heures du soir, comme ils retournaient dudict lieu de Terre-Neufve». »

L'ÉVÉNEMENT dont il est question dans les lignes que je viens de transcrire était-il donc assez important pour justifier le soin que l'on prit, dans une petite localité du voisinage, d'en conserver le souvenir en l'inscrivant sur les registres publics ?

Il s'agissait de rappeler une de ces tournées politiques, comme il s'en est accompli sous tous les régimes, quand le chef du gouvernement ou ceux qui partagent avec lui l'administration des affaires tiennent à se montrer aux populations et à se rendre compte par eux-mêmes des dispositions des esprits, que leur présence réussit quelquefois à modifier momentanément.

Le Poitou, trop longtemps ensanglanté par les dissensions religieuses, semblait entrer dans une période de calme relatif.

Dès la fin de 1597, Nicolas Rapin avait cédé à son fils sa charge de grand-prévôt de la connétablie, dont il resta véritablement pourvu jusqu'à la fin de 1599.

Retiré dans sa ville natale, il y avait achevé son château de Terre-Neuve, commencé par sa femme Marie Poictyer, et il cherchait à oublier la vie orageuse des camps et les intrigues de la cour, au milieu de ses amis, dans le calme de l'étude.

Son exemple avait été imité d'abord par ia bourgeoisie, assez confiante dans l'avenir et avide de goûter enfin un peu de repos, et peu à peu le reste de la population s'était laissé entraîner.

Toutefois le Poitou causait encore quelques craintes à Henri IV.

Depuis son abjuration, il voyait ses anciens amis se défier de lui, et il était urgent d'empêcher les mécontents d'une province facile à émouvoir de se joindre à ceux que la conspiration de Biron avait démasqués.

C'est dans l'espoir de ramener à lui les esprits encore hésitants qu'il envoya Sully faire une tournée dans le Poitou.

 Car nul n'était aussi désireux de « maintenir le dedans de son royaume en repos et tranquilité », et il était « asseuré que par sa vigilence, par la bienveillance des gens de bien qui excédent en nombre infiny les autres, par ses armes et son argent, il empescherait d'esclater ces nuées de brouilleries » qui se formaient à l'horizon, au détriment du bonheur des peuples.

Le voyage du sgr de Rosny avait pour prétexte la prise de possession de la province, dont il avait été pourvu le 10 décembre 1603.

 Il y remplaçait M. de Malicorne, que « son extrême vieillesse et une indisposition continuelle «avaient obligé de se démettre en faveur de son neveu, M. de Laverdin, lequel, de son côté, avait déclaré ne pas vouloir quitter le gouvernement du Maine et du Perche, a où ses biens étaient situez et assis. »

Le choix de M. de Rosny pour « la plus grande Province de France » et une des plus difficiles à diriger n'était pas justifié seulement, comme il le prétendait lui-même, par « la bienveillance du Roi » et sa propre « loyauté au service de Sa Majesté. »

Henri IV n'ignorait pas qu' « en présence des pratiques et menées de MM. de la Trémoille et du Plessis, en Anjou, Poictou et Xaintonge », il fallait un huguenot pour gouverner ces provinces. Il savait aussi que M. de Rosny apporterait, dans ses rapports avec ses administrés, toute la prudence désirable, et que, « suivant les instructions du Roy, faisant passer par son entremise toutes les gratifications qu'ils tireraient de luy, il prendrait toute la créance et la ferait perdre à tous les Bouillons et brouillons », surtout en les amenant à com. prendre que, s'ils se comportaient « ainsi que de bons sujets et loyaux serviteurs, il n'y aurait, pour eux, de plus deffensables places de seureté (voire y fust La Rochelle) que ses bonnes grâces et sa parole (2). »

Le voyage de. M. de Rosny en Poitou ne dura pas aussi longtemps qu'il en avait été décidé tout d'abord ; mais il n'en fut pas moins un véritable voyage triomphal. Malgré sa modestie, et la peine qu'il éprouve à parler de sa « personne particulière », il ne peut s'empêcher de redire, dans ses lettres à Henri IV, « les magnifiques réceptions qui luy ont esté faictes, les honneurs qui lui ont esté rendus, et la grande affluence de personnes de toutes qualitez et de toutes religions qui sont venues au devant de luy à son arrivée en cette Province, qui se sont trouvées à ses entrées dans les illes et l'ont accompagné par les chemins. »

Le 22 juin 1604, il arrivait à Poitiers. « Les habitants de cette grande ville, que l'on a de tout temps estimés des plus revesches et fascheux », firent assaut de « courtoisie et de civilité » à l'égard de M. de Rosny et de sa suite. C'était « à qui donnerait le plus de louanges à Sa Majesté, à qui tesmoigneroit le plus de defference à ses volontez, et d'approbation du choix qu'elle avoit fait » pour la représenter dans la province (3).

Le 9 juillet, Sully faisait son entrée à Fontenay.

 L'accueil qu'il allait y recevoir ne pouvait être de la nature de ceux que l'on réserve à des inconnus. On se rappelait l'avoir vu naguère devant la place, quand le Béarnais en conduisait le siège, et lui-même se sentait heureux de revenir en messager de paix au milieu de gens qui avaient éprouvé sa valeur dans les combats.

Aussi le maire, Jean Chasteau, et les autres magistrats s'empressèrent-ils d'accourir à sa rencontre pour lui offrir leurs hommages et le prier de compter désormais sur la fidélité de leur ville.

Ces témoignages de condescendance et d'estime durent toucher son coeur; mais n'éprouva-t-il pas une joie plus douce encore, lorsque son ancien compagnon d'armes, Nicolas Rapin, qu'il avait toujours affectionné, lui ménagea une de ces surprises dont les esprits délicats ont seuls le secret?

Au moment où il se présentait à la porte de ce superbe manoir de Terre-Neuve, « où le vent souffle » encore aujourd'hui « un bon air en toute saison », puisqu'il est resté le séjour chéri des Muses et des Beaux-Arts, il vit s'avancer trois jeunes enfants, chargés de lui souhaiter la bienvenue.

On les avait habillés à l'antique, et, par leur costume comme par leurs attributs, ils rappelaient Homère et Virgile, les chantres harmonieux d'Achille et d'Enée, à côté desquels on n'avait eu garde d'oublier « le prince des poètes » d'alors, le divin Ronsard.

Sully ne put contenir son émotion, lorsqu'il les entendit réciter, l'un après l'autre, ces trois sonnets composés par Rapin, où, tout en le remerciant de l'honneur insigne accordé' à son hôte, ils exaltaient au-dessus des héros de l'antiquité le vaillant ami d'Henri IV, et célébraient le protecteur que les lettres avaient trouvé dans « un autre Mécène auprès d'un autre Auguste. »

HOMÈRE A ROSNY.

Magnifique seigneur, tout plein de valeur haute,

Qui fais que notre ouvrage en France soit vanté ;

Des Champs Elysiens nous avons remonté

En faveur de celui que tu choisis pour hoste.

 

Moi qui d'un fort clairon sur la troisiesme coste

Des princes Argyens la victoire ay chanté,

Et l'éternel courroux d'Achille non dompté,

Et d'Ulysse facond la vigilance caulte,

 

Moi qui ay remporté le prix sur tous les Grecs,

Qui ay sceu de nature et du ciel les secrets,

Et rendu par mes vers l'honneur à la milice,

 

Je sors à l'air françois, par le vouloir des Dieux,

Pour venir enchanter tous ces aimables lieux,

Tels faits qui passent ceux et d'Achille et d'Ulysse.

 

VIRGILE. A SULLY.

De ce fond caverneux, où jadis mon Enée

Par la sainte prêtresse aux Enfers fut conduit,

 Je sors à l'air du ciel, à quoy rien ne m'induit,

Que le désir de voir cette belle journée. .

 

Sur les chantres romains la palme m'est donnée ;

J'ai l'amour des pasteurs au chalumeau réduit ;

Puis, grossissant ma voix, par un plus fort conduit,

J'ai, pour les grands guerriers, la trompette entonnée.

 

Mécène auprès d'Auguste en crédit me monta ;

Et ma muse sa gloire aux laboureurs conta,

Lui rendant de ses biens la récompense juste.

 

Aussi son hoste et ceux qui sont chéris de moi

Attendent, grand Rosny, tout leur secours de toi,

Qui es plus que Mécène auprès d'un autre Auguste.

 

RONSARD AU MEME

Les François m'ont tenu pour un second Terpandre,

Tant que j'ay souspiré cet air de l'univers,

Ayant premier osé, par mes écrits divers,

D'un clairon plus hautain ma renommée espandre.

 

Je chantai sur mon luth les amours de Cassandre,

Quand Charles, mon grand roy, désireux de mes vers,

Me fit sonner Francus ; mais sur les myrthes verts,

Devant l'oeuvre parfait, il lui convient descendre.

 

Eh ! si tel patron que toi m'eust assisté,

J'eusse plus ardemment sur l'ouvrage insisté

Et porté son renom jusqu'aux peuples estranges.

 

Courage, grand Béthune, en faveur de celuy

Que tu viens honorer de ta vue aujourd'huy;

Nous venons enseigner à chanter tes louanges (4).

 

 

 

 

Au XIXe siècle, le Château de TERRE-NEUVE est propriété du Marquis Octave de ROCHEBRUNE, célèbre aquafortiste. Il réalisa 492 eaux fortes à Terre-Neuve et sera ainsi considéré par certains comme « le PIRANESE de son époque ».

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des racines et des ailes Le château de Terre-Neuve Vendée (9)

 

 

Château de Terre Neuve,

Visitez ce Château renaissance en Vendée situé entre Nantes et La Rochelle, patrimoine de la Vendée. Construit en 1580 pour Nicolas Rapin, cette demeure a appartenu à Octave de Rochebrune. Georges Simenon y demeura entra 1940 et 1942.

http://www.chateau-terreneuve.com

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(1) Gendre de Sully. ;

Extrait des Registres d'Etat civil du Poiré-sous-Velluire (Notre dame de Coussay). Document communiqué par B. Fillon et transcrit par M. Bitton dans les Archives historiques de Fontenay, recueil manuscrit très précieux pour l'histoire de -notre-Bas-Poitou.

(2) Voir les Mémoires ou OEconomies royales de Henry le Grand, par Maximilien de Béthune, duc de Sully, 1644, in-folio, t. 2, pp. 254-256.

(3) Economies royales, p. 844.

(4) Extrait de la Notice biographique et littéraire sur Nicolas Rapin, par Alfred Giraud, publiée dans le Bulletin du Bibliophile de la librairie Techener, en 1850. Quand donc paraîtra l'édition des oeuvres poétiques de N.Rapin promise depuis si longtemps, et que la mort de M. Giraud semble avoir ajournée indéfiniment ? Elle serait favorablement accueillie, même en dehors de l'ancienne province du Poitou.