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La légende de la fondationde Maulévrier - Mauléon

 

Extraits de « Maulévrier, son histoire des origines à 1815 » de Louis Ouvrard  Hérault – Editions « Le livre historique et régional »

« C’était un grand seigneur qui habitait un puissant château fort, aux confins de l’Anjou et du Poitou. C’était avant tout un homme bon et juste, puissant et aimé de tous ses sujets. Plus d’une fois, il avait dû prendre les rames pour chasser de ses domaines des envahisseurs rapaces et cruels avides de s’enrichir en pillant le pauvre peuple.

Maintenant ses fiefs vivaient en paix. Les paysans et les gens de bourgs vaquaient tranquillement à leurs occupations sans crainte d’être détroussés ou malmenés par les soldats des seigneuries voisines.

Templiers château Mauléon

Ce bon seigneur n’était plus tout jeune. Il avait compris que la paix valait bien toutes les conquêtes et il s’était fait une raison une bonne fois pour toutes, se disant que c’en était bien fini pour lui des activités belliqueuses. Dès le début de ce Xème siècle, il était sans doute sans le savoir le précurseur de cette trêve de Dieu qu’on instaurait partout cent ans plus tard.

Mais les périodes de paix et de tranquillité ont ce ci de commun à toutes les époques : Elles ne durent pas.

Ce bon seigneur avait trois fils que lui avait donnés la comtesse défunte dont il continuait à vénérer la mémoire. Ces trois fils, beaux et vigoureux cavaliers, auraient dû être satisfaits de leur sort, mais ils s’estimaient au contraire les plus malheureux des jeunes gens. Dévorés d’ambition, ils trouvaient que

le gouvernement de leur père ne correspondait plus à la mentalité de l’époque... Déjà, ils s’affichaient pour le progrès et le changement ! Ces trois hommes étaient en réalité de pauvres écervelés, comme il y en eut de tout temps. Ayant beaucoup, voulant toujours plus et finissant toujours par tout perdre à force d’ambition exacerbée, ils décidèrent ni plus ni moins de chasser leur père de ses propriétés et de les gouverner à sa place et à leur guise.

N’ayant point d’armée sous leurs ordres, (...) ils décidèrent de demander de l’aide au puissant seigneur de la province voisine, ancien adversaire de leur père, mais réconcilié avec lui depuis plus de dix ans.

(...) A la tête de cette armée, les trois mauvais fils envahirent leurs propres domaines, enfin ! Ceux de leur père, pour en faire la conquête. En assiégeant le Château, ils se heurtèrent à une forte résistance. Leur père lui-même fut tué à la tête de ses fidèles soldats. Avant de mourir, il eut le temps de demander pardon au Dieu des armées pour lui, mais aussi pour ses fils indignes et parricides. Quant à eux, sans pitié, ils firent massacrer « à titre d’exemple » une bonne partie de leurs compatriotes qui ne

comprenaient rien à ce qui arrivait.

Il resta tout de même quelques survivants pour informer le Rois des Pictons à quelle besogne on avait employé ses soldats.

Celui-ci, justement indigné de tant de fourberie et cruauté entra dans une violente colère.

Il envoya d’abord des courriers pour rappeler ses soldats, mais ceux-ci, convenablement rémunérés par leur nouveaux chefs, firent la sourde oreille. Alors mobilisant le ban et l’arrière-ban de ses vaisseaux, le duc, à la tête d’une puissante armée se mit en campagne pour infliger aux trois félons le juste châtiment qu’ils avaient mérité.

Les trois frères, chacun à la tête d’un groupe de soldats, se séparèrent, dans l’espoir illusoire d’échapper à la défaite qui les guettait.

L’aîné fut rejoint sur un coteau abrupt où il s’était retranché avec ses hommes pour y lutter jusqu’à la mort avec le dessein de ne jamais se rendre. Tous ses guerriers furent tués à ses côtés et il mourut atteint de vingt blessures, bravement, après s’être défendu  comme un lion. Le lieu de sa défaite fut appelé Mauléon, ce qui veut dire « Mauvais lion », lion étant synonyme de bravoure.

Pendant ce temps, le deuxième, le cadet, retranché sur une colline voisine, avait assisté

épouvanté au massacre de son frère. Sans même chercher à se défendre, il jeta les armes et recommandant à ses soldats d’en faire autant, il s’enfuit comme un lièvre, talonné par la peur. Hélas ! Deux lieues plus loin, une rivière en crue lui barre la route. Il est rejoint occis avec ses hommes sur les bords de la Sèvre qu’il n’a pu traverser. On a appelé ce lieu Mallièvre, ce qui veut dire « mauvais Lièvre », lièvre étant synonyme de peur.

Quant au troisième, le plus jeune, le moins mauvais des trois, qui n’avait suivi ses frères que par faiblesse et par soumission, il y a déjà plusieurs jours qu’il a donné congé à ses soldats en leur recommandant de se soumettre.

Pris de remords, il se dirigea vers le Nord, en direction du domaine de son père, assassiné par sa faute.

Sur son chemin, il rencontra des moines et se jeta à leurs pieds : « Bons pères, ayez pitié d’un malheureux criminel ! »

Les religieux le relevèrent, le firent asseoir sur le talus du chemin et l’entretien dura longtemps. Quand il prit fin, le jeune homme se releva et continua son voyage. Un des bons moines l’accompagnait. Ils n’iront pas loin. Une demi-lieue plus loin, sur les bords de la Moine, ils rencontrent l’armée du Roi des Pictons qui, sa mission accomplie, est sur le chemin du retour. Pour l’heure, les soldats ont fait halte, se reposant dans les prairies qui bordent la rivière. C’est là que l’enfant prodigue fera sa mission et obtiendra son pardon. On n’entendra jamais plus parler de lui, car il ira s’enfermer pour la vie dans

un monastère afin d’y pleurer sa jeunesse coupable.

Depuis, on a appelé ce lieu « Maulévrier », lévrier étant synonyme de fidélité.