1213 Savary de Mauléon commande la flotte de Philippe Auguste (bataille navale de Damme)

La bataille navale de Damme s'est déroulée le 30 et le 31 mai 1213 durant le conflit entre Capétiens et Plantagenêt.

Damme, sur l'ancien estuaire du Zwin, est un avant-port important de Bruges.

Philippe-Auguste entreprit une expédition contre Ferrand, comte de Flandre, dont le but principal était d'anéantir les premiers efforts de la ligue formée contre la France, dont Othon de Saxe, petit-fils d'Aliénor d'Aquitaine, et l'oncle celui-ci, Jean-sans-terre roi d'Angleterre, étaient les chefs, en même temps que Ferrand, comte de Flandre, et Renaud, comte de Boulogne, y jouaient un grand rôle.

 Les confédérés, assemblés à Valenciennes, s'étaient déjà partagé la France, partage si souvent fait et que notre esprit de nationalité, disons-le avec orgueil, à nous Français, rendra toujours d'une exécution impossible.

 Tout le pays d'outre-Loire devait être réuni définitivement, et sans hommage, à l'Angleterre tandis que le Vermandois était promis à Renaud, et Paris et l'Ile-de-France à Ferrand.

Pour résister à cette ligue, un concile national avait été réuni à Soissons, et on s'était prononcé contre l'empereur Othon, qui, disait-on, désolait l'Église. On le voit, on se servait ici d'un motif pieux pour un but politique.

Cadoc Routiers, Les compagnies de mercenaires recrutées par savary de Mauléon (1)

Un auteur qui parle de cette réunion (1) dit que Savari y jura de défendre la cause sainte ; mais il y ajoute une réflexion critique, lui qui change de parti suivant l'occasion, selon l'habitude des Poitevins (2).

Cette expédition dont nous venons de parler eut lieu tant par terre que par mer.

Les Anglais savaient que le roi Philippe II de France avait l'intention d'envahir l'Angleterre, à tout le moins comme un moyen de prévenir une attaque anglaise sur le Poitou.

Cadoc Routiers, Les compagnies de mercenaires recrutées par savary de Mauléon (2)

Pendant ce temps, Philippe est en Flandre pour attaquer le comte Ferrand de Flandre. Le roi Jean d'Angleterre répond en envoyant une flotte en Flandre.

Cette flotte compte 500 navires, 700 chevaliers et leurs hommes, ainsi que des mercenaires, sous le commandement de Guillaume de Longue-Épée, accompagné de Renaud de Dammartin et Hugues de Bove. Elle quitte l'Angleterre le 28 mai 1213.

le mercenaire Lambert Cadoc un archer gallois, chef de routiers au service de Philippe Auguste

Philippe-Auguste s'embarqua avec sa suite et son armée, et donna le commandement de la flotte à Savary de Mauléon qui avait amené un grand nombre de vaisseaux de la côte du Poitou, et ils étaient montés par des matelots de cette province, qui passaient pour être très-habiles, mais aussi pour être très-adonnés à la piraterie.

Jean de Nivelle, Louis Galiot, et même Lambert Cadoc (un archer gallois, chef de routiers au service de Philippe Auguste ) avec sa bande d'impitoyables routiers, étaient aussi là.

Le point indiqué pour la réunion de la flotte était Boulogne, et il en partit 1700 navires.

« L'océan, dit un auteur breton (3) semblait trop étroit pour contenir tant de navires; le vent du midi manquait de souffle pour agir à la fois sur tant de voiles un œil humain ne pouvait embrasser toutes ensemble les embarcations qui mettaient à la fois à la mer. »

En fait de flotte de guerre, il s'agit d'une multitude hétéroclite, évaluée par les chroniqueurs à quelque... 1700 barques de pêche et nefs de commerce hâtivement reconverties en transports de troupes.

La flotte stationna d'abord à Calais et ensuite à Gravelines. Là le roi et son armée débarquèrent pour faire le reste du trajet à pied.

Des vaisseaux en moindre nombre et les simples transports étaient restés en arrière, sillonnant la mer des côtes de Flandre jusqu'au port de Dam, où ils mouillèrent.

Savary de Mauléon avec le mercenaire Lambert Cadoc archer gallois, chef de routiers au service de Philippe Auguste (1)

Dans ce lieu, alors d'une si grande importance, Savari de Mauléon, aussi bon marin qu'expert à la guerre, trouva une agglomération des richesses de tout le monde connu, que des navires y apportaient continuellement.

« Là on voyait, dit encore l'auteur de la Philippide, l'argent non travaillé; du métal qui éblouit les yeux de rouge; les tissus des Phéniciens et des Chinois, ainsi que ceux que fournissent les Cyclades; des pelleteries de la Hongrie de ces grains qui donnent la véritable teinture du rouge vif des vins de la Gascogne et de la Rochelle; du fer et autres métaux de premier usage; des draps et autres marchandises d'Angleterre.

Tous ces objets apportés en Flandre, comme dans un lieu de dépôt, étaient déversés sur d'autres points, au grand bénéfice du peuple industrieux qui se livrait à ce commerce. »

Or quoique reçu à Dam avec la condition que les propriétés seraient respectées, Savari de Mauléon, qui s'était adonné à la piraterie, aidé des hommes sous ses ordres, secondé en cela par Cadoc et les siens, au mépris d'un traité conclu, enleva aux habitants de Dam toutes leurs marchandises, pour en enrichir son pays.

 

Guillaume le Breton attribue à cette déloyauté les malheurs postérieurs de l'expédition.

Savary de Mauléon, prince et seigneur de Talmond avec le mercenaire Lambert Cadoc archer gallois, chef de routiers au service de Philippe Auguste

 

Cependant le roi de France continue ses conquêtes; il soumet Cassel, Bruges, et envoie le comte de Soissons et Albert de Hangest à Dam, avec 240 chevaliers et 10,000 soldats éprouvés. Philippe-Auguste continue le cours de ses succès et assiège Gand.

Or les nombreux vaisseaux mis sous les ordres de Savari de Mauléon se trouvaient dans une rade accessible, lorsque tout à coup les embarcations de toute la côte de la Belgique, qui s'étaient réunies, fondent sur la forêt de navires français, la mettent en désordre, et s'emparent de 400 d'entre eux.

Les Poitevins aidés de Cadoc se tiennent en réserve pour garder les richesses qu'ils se sont illégitimement appropriées, en semblant négliger le reste de la flotte.

Dans l'intérieur de la ville, Robert de Poissy résiste encore aux attaques dirigées contre les portes, mais il perd ses meilleurs guerriers. L'armée ennemie investit la place, et on n'espère plus que sur l'arrivée de Philippe-Auguste, à qui plusieurs courriers avaient été dépêchés à son camp devant Gand.

Alors le roi de France se décide à abandonner le siége de cette ville, en marchant par terre au secours de sa flotte, et dépêchant en grande diligence, en avant de lui, une avant-garde aux ordres de Pierre Mauclerc duc de Bretagne ; celui-ci fit une telle diligence qu'il arriva le lendemain matin.

Aussitôt les Flamands s'empressent de faire retraite; on se met à leur poursuite et le comte de Boulogne et plusieurs autres grands seigneurs de ce parti sont faits prisonniers.

Les Anglais en se retirant brûlent le croira-t-on presque toutes les habitations de ce beau pays de Flandre, qui s'était si dévoué il eux.

Cadoc Routiers, Les compagnies de mercenaires recrutées par savary de Mauléon (3)

(Routiers, Les compagnies de mercenaires recrutées du XIIe siècle au XIVe siècle)

Cadoc Routiers, Les compagnies de mercenaires recrutées par savary de Mauléon (4)

Mais Philippe-Auguste apprend que le légat du pape qui lui avait concédé l'Angleterre, dans laquelle il voulait bientôt descendre, a retiré ce don, en recevant l'hommage de Jean-sans-Terre au Saint Siége,

Renonçant aussitôt à cette expédition il se borne à humilier la Flandre, en emmenant comme otages 60 grands du pays déjà entre ses mains, qui ne pouvaient être rachetés que pour leur propre poids en argent.

Alors le roi de France jette sur sa flotte un regard observateur, et comme la libre sortie de ses vaisseaux est impossible, à cause des forces ennemies qui croisent dans le détroit, il ordonne que tous ses vaisseaux seront réduits eu cendre, après qu'on en aurait extrait tout ce qu'ils contenaient.

Philippe-Auguste croit gagner en détruisant ce que son ennemi allait lui enlever. Le commandement fait, la flotte présente l'aspect effrayant du plus vaste incendie. Le gros de l'armée française va réduire les habitants de Garni, et Savari de Mauléon et ses Poitevins sont obligés de regagner leur pays par la voie de terre, n'emportant avec eux que de l'or, de l'argent, et des articles précieux et d'une grande valeur.

le château de Mauléon se prépare à partir en croisade Le siège de Damiette, en Égypte (1)

le château de Mauléon se prépare à partir en croisade Le siège de Damiette, en Égypte (2)

La manière dont un auteur anglais (4) parle, dans cette circonstance, de Savari de Mauléon dont les siens font un portrait si flatteur à d'autres époques est curieuse.

A l'entendre, ce fut le comte de Salisbury amiral de la flotte anglaise qui détruisit celle que Philippe-Auguste avait envoyée sur les côtes de Flandre, commandée, dit-il, par un pirate nommé Savari, fameux par les brigandages qu'il commettait sur l'océan en rapportant son butin dans un port près de la Rochelle, appelé le port Savari (5).

Jean-sans-Terre essaya de ramener à son parti Savari de Mauléon en lui écrivant une lettre le 22 août 1213 ou il lui annonçait l'envoi de deux de ses familiers, Geoffroy de Nevill et Philippe d'Aubigny.

Il ne paraît pas que cette tentative eut alors le succès que le roi d'Angleterre en attendait.

Mais Jean-sans-Terre débarqua à la Rochelle, au commencement de 1214, avec une armée.

 

Revue anglo-française: destinée à recueillir toutes les données ..., Volume 6

Savary de Mauléon avec le mercenaire Lambert Cadoc archer gallois, chef de routiers au service de Philippe Auguste (2)

Savary Ier de Mauléon se prépare à partir en croisade (médiévale à Mauléon )

 Les Seigneurs de MAULÉON (Châtillon-sur-Sèvre) <==

 

1211 Croisade des Albigeois, Savari de Mauléon à la rescousse du comte de Toulouse Raimond VI<==.... ....==>

 

 

 

 

 


 

(1) Guliel. Armor. Phil.

(2) On sait que les Poitevins sont assez maltraités par les écrivains de cette époque. On les accusait de passer aisément d'un parti dans un autre et depuis ou a dit qu’ils tenaient trop fortement à Leurs idées.

(3) Guliel. Armor, Phil. Je ne puis m'empécher ici la bonne édition que l'on vient de faire, en Belgique, de l'ouvrage de Guillaume le Breton ou l'Armoricain. Elle est due à M, Oct. Delepierre archiviste de la France occidentale à Bruges

(4)   Cogghes.-Durand et. Marten. – Arcère Hist. De la Rochel.                     

(5)    Ce n'est pas, du reste, de Savari de Mauléon que le port Savari situé sur la côte du Poitou et non loin d'Esnandes tirait son nom.

En effet on trouve ce port indiqué dans le don fait, en 1137 par Guillaume le Jeune comte de Poitou et duc d'Aquitaine à l'abbaye de St-Jean-d'Angély,  des moulins, des pêcheries et des maisons de la Conche d'Esnandes.

Voici cette mention; Haec enim concha tenet à cruce quae est in via usque ad PORTUM SAVARICI et in eadem conchat molendina piscatorias vel aliud quodlibet œdificium.

Je dois ajouter aussi que Duchesne prétend que Savari de Mauléon faisait ses armements dans un port situé sur le petit fleuve au Lay. .